‹ Exploration du Sahara: Les Touâreg du nord;Chapitre 99 sur 139 · PI. VIII · texte numérisé non relu

PI. VIII

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Fig. 16.

CLARIAS LAZERA

(poisson db l'ouadi-tikhammalt).

Doasiné d'après nature, par M. Bocourt, sur le sujet rapporté par M. H. Duveyrier et déposé au Muséum d'histoire naturelle

de Paris.

Quand ils y sont entrés, on referme les conduits et on les prend.

La présence des crocodiles dans ces lacs rend ce mode de pêche difficile et en interdit tout autre.

J'ai rapporté de mon voyage, mais non du pays des Touareg, d'autres poissons qui ont été reconnus être :

L'un, trouvé dans les fossés de Tougourt, le Glyphisodon ZUlii. Val. ;

Deux autres, fournis par les eaux artésiennes de l'Ouâd-Rîgh, le Cyprinodon doliatus et le Cyprinodon cyanogaster.

Enfin, un quatrième, un Chromis^ encore indéterminé, commun dans les eaux du Belâd-el-Djérîd, oasis de la Tunisie.

Scorpion.

Le scorpion est généralement plus commun que la vipère, mais, comme ce reptile, il préfère les bas-fonds chauds et humides aux terrains élevés, froids et secs.

On en distingue deux variétés : le noir et le jaune. On dit le venin du noir plus dangereux. C'est à vérifier.

Cette arachnide est relativement plus rare chez les Touareg que dans les autres parties du Sahara, et sa piqûre y est moins dangereuse, car on dit qu'elle ne détermine pas des accidents graves. Dans les maisons des oasis, les piqûres sont plus féquentes, le scorpion trouvant un refuge dans les interstices des briques crues des murailles, et l'obscurité faiforîsant ses attaques. A El-Ouâd, j'ai été piqué ainsi, dans mon lit, en dormant; heureusement, une légère cautérisation avec Tammoniaque liquide a aussitôt neutralisé les effets du virus.

Araignée venimeuse.

Cette araignée du genre Galeodes, dont l'Algérie possède plusieurs espèces, paraît affecter les plateaux élevés , car, dans mon exploration du Sahara, je ne l'ai trouvée que chez les Beni-Mezâb et chez les Touareg.

L'exemplaire de cette espèce que j'ai rapporté n'a pu être , faute de temps, déterminé par M. Lucas, professeur au Muséum d'histoire naturelle. {Voit Mémoires de r Académie des sciences : Galeodes.)

Le venin de cette araignée ne produit jamais d'accidents sérieux. -

Coléoptères.

D'autant moins nombreux et moins variés qu'on s'avance dans le Sahara, les coléoptères n'offrent guère à l'entomologiste que les genres suivants ; cicindèles, graphiptères, carabes, scarites, buprestes, ateuchus, bouziers, blaps, pimelies.

A peu près tous les insectes du pays des Touareg sont noirs.

Les sujets que j'ai rapportés de mon voyage sont :

Des Cicindèîes, indéterminables par suite d'avaries;

VAnthia venatrix;

VAnthia sexmaculata;

Le Scarites héros ;

La Pimelîa senegalensis;

Une Adesmia, voisine de la montana de Klug;

Le Trachiderma hispida;

Le Scaurus carinatus;

Une Akis indéterminée;

VAgryporus notodenta;

UAteiLchus sacer.

Sauterelles.

Lors de mon séjour chez les Touareg, il y avait plusieurs années que la sauterelle voyageuse n'avait paru : aussi n'en Paient-ils plus en provision. Je sais toutefois que l'apparition de ces orthoptères, calamité pour les habitants du Tell, est pour eux, comme pour tous les autres Sahariens, une bonne fortune, car elle leur assure des subsistances pour quelque temps.

On conserve les sauterelles, soit confites dans l'huile, soit desséchées ou réduites en poudre.

D'après la loi musulmane, ces animaux doivent être privés de la vie par un procédé quelconque, l'asphyxie ou Tébullition, avant d'être conservés pour la nourriture de l'fiomme, car, si on les laissait mourir de leur belle mort, ils seraient réputés djîfa et défendus ; mais il est douteux que cette prescription religieuse soit observée.

Depuis mon retour, on m'a fait part de la bonne nouvelle de l'arrivée de cette manne du désert.

ANIMAUX. 2ftl

Il faut avoir vu des invasions de sauterelles pour se faire une idée de l'étendue qu'elles embrassent et des ravages qu'elles causent.

Quelquefois leurs essaims, aussi épais que des nuages, obscurcissent le soleil à plusieurs kilomètres à la ronde et font en volant un bruit sourd qui s'entend à de très-grandes distances.

Malheur aux contrées sur lesquelles ils s'abattent, car ils y détruisent toute la végétation et dévorent les champs les plus riches, comme si le feu y avait tout consumé I

Libellules,

Elles n'existent qu'autour des sources, les unes rares comme les autres. C'est à peine si j'en ai vu quelques-unes pendant toute la durée de mon voyage.

Abeilles.

L'apiculture est très-restreinte chez les Touareg : l'état nomade des populations et la pauvreté de la flore la rendent difficile ; néanmoins, dans les établissements fixes, quelques ruches donnent, diton , d'excellent miel.

Des abeilles sauvages, plus communes que les abeilles domestiques, déposent leurs gâteaux dans les rochers, dans les trous des arbres. Quand on les découvre, on les récolte avec soin.

Il semblerait que cette abeille, domestique ou sauvage, a été importée chez les Touareg, soit de Tunis, soit du Soudan, car ils assimilent l'espèce productive du véritable miel à celle de ces contrées, et ils l'appellent tihenkêkert-en-toûrâout (mouche du miel), pour la distinguer d'une autre mouche indigène à laquelle ils donnent le nom de lihenhékert-en-tâment (mouche du tâment).

Les Touareg appellent tâment des gouttes de miel ou de résine mielleuse qu'on trouve adhérente aux feuilles du tamarix éthel.

Cette liqueur, douce, sucrée, que j'ai souvent go(itée, et à laquelle j'ai trouvé beaucoup des qualités du miel, est-elle produite par l'arbre ou par une mouche mellifère? Je l'ignore.

Quoi qu'il en soit, jusqu'à ce que le doute ait disparu, je constate qu'il y a chez les Touareg une mouche spéciale, abeille ou non, à

laquelle ils donnent le noin> de mouche d'un miel particulier, autre que celui de Tabeille ordinaire.

Un troisième miel, fourni par un insecte ou par une larve que les Touareg appellent khamït, est de qualité inférieure.

Dans la XXVI* surate du Coran, le Prophète s'exprime ainsi sur le miel :

Verset 70. « Ton Seigneur a fait cette révélation à l'abeille : Cher- (( che-toi des maisons dans les aK)ntagnes, dans les arbres, dans les (( constructions des hommes.

Verset 71, « Nourris-toi de tous les fruits et voltige dans les « chemins frayés par ton Seigneur. De tes entrailles sort une liqueur (( de différentes e^èces, et elle contient un remède pour les « hommes. »

Commentant lui-même la parole de Dieu révélée par l'ange Gabriel, le Prophète ajoute dans ses Hadith :

« Deux choses sont salutaires et nécessaires : le Coran et le « miel. »

Et ailleurs, il complète sa pensée en disant : u Quiconque en « mourant auta du miel dans le ventre ne verra pas le feu de « l'enfer. »

Es-Sioûti, qui a recueilli en un livre toutes les pratiques médicales du Prophète, enseigne que le miel détruit la pituite, chasse la trop grande humidité du corps, déterge les ulcères de mauvaise nature et guérit les affections dépendantes de l'atrabile.

« Mêlez, dit-il, du sel avec du miel, frictionnez avec ce mélange a la langue d'un enfant qui n'a^ pas encore parlé : non-seulement (( cette opération lui donne la parole, mais elle développe extraora dinairement son organe vocal. » Avis aux chanteurs qui voudront faire usage de la recette ; je la leur livre telle qu'elle se trouve dans Es-Sioùti.

Recommandé par le Prophète, le miel est le remède par excellence de tous les musulmans; il joue un rôle d'autant plus grand dans la vie des Touareg que le sucre leur manque.

Les riches font usage du toûrâout, les moins riches du tâment et les pauvres duMiamit, mais cet usage est très-limité.

LBpi4optères.

Je n'ouvre îcî un compte aux papillons du Sahara que pour constater leur rareté et leur infériorité sur tous les papillons connus.

A quoi bon des animaux si brillants et si délicats au milieu du désert et d'une nature désolée?

Mouches et moustiques.

Si les papillons n'embellissent pas le désert, par contre les mouches et les moustiques contribuent à y rendre l'existence de Thomme très-pénible, surtout dans les parties habitées.

Pendant le jour les mouches, pendant la nuit les moustiques : c'est à n'y pas tenir. Il faut cependant s'habituer à leurs persécutions.

Les moustiques au moins restent dans les oasis, dans les campements où il y a de l'eau; mais les mouches suivent les caravanes au milieu des déserts les plus arides.

Plus d'une fois, dans les villes, pour pouvoir écrire, je me suis vu dans la néccessité de faire la nuit autour de moi et d'allumer la bougie en plein jour.

Scolopendre,

Ce myriapode, généralement connu sous le nom vulgaire de millepieds, se trouve dans le Sahara, particulièrement dans les endroits pierreux.

Ses fourches caudines contiennent un venin subtil assez puissant pour renverser l'homme, comme pourrait le faire une forte décharge d'électricité; mais, ce premier effet passé, les traces du virus disparaissent promptement. Cependant il détermine parfois des vomissements et une sorte d'engourdissement général.

Vers comestibles.

Ces vers, que l'on pêche dans les lacs du Fezzân, ne sont autres que les larves d'une diptère à laquelle on a donné le nom de Ârthemia Oudneii, en souvenir de l'exploration qui CQÛta la vie ^u docteur Oudney.

Mouches et larves se trouvent par myriades : les premières sur les rives des lacs et sur les eaux assez denses pour les porter; les secondes dans les vases d'où elles sortent à des époques périodiques, correspondant, pour le printemps, à la maturité de Torge, et pour l'automne, à la maturité des premières dattes ; époques auxquelles les lacs sont agités et bouleversés par les tempêtes équinoxiales.

On distingue deux sortes de vers : l'un, rouge-carmin, la doùda proprement dite, de qualité supérieure; l'autre, brun -jaunâtre, la tâkeroûka, de qualité inférieure.

Le corps de ces petits animaux a quelques millimètres de longueur à peine, de la tête à la queue, entre lesquelles est un petit, canal intestinal tracé en noir. La tête supporte deux antennes terminées par des points noirs qui sont les yeux ; la queue et les flancs sont armés de petites rames ou nageoires en éventail. Ces vers nagent indistinctement sur le ventre et sur le dos.

La pêche se fait au moyen d'un sac allongé, tenu ouvert par un cercle et supporté par un long manche.

Dans le sac de pêche se trouvent aussi, avec les vers, des fucus dont j'ai déjà parlé. (Voir page 209.) Vers et fucus sont laissés ensemble.

La pêche et la préparation des vers sont dévolues aux femmes.

Après chaque pêche, les vers sont pétris en pains et exposés au soleil pour être séchés , puis on les met dans des petites bourriches pour les conserver en silos.

Cette denrée alimentaire se vend dans tout le Fezzân; on la mange quelquefois seule, bouillie, mais le plus souvent en sauce, avec d'autres aliments. Le goût de ces vers rappelle celui de crevettes un peu faisandées ou mal préparées; nonobstant, les indigènes en font grand cas.

Les vers de première qualité ne se trouvent que dans le Bahar-ed- Doûd ; ceux de seconde qualité sont péchés dans le lac de Mâfou ; on en trouve aussi dans le premier lac. (Voir la planche ci-contre.)

Parasites de Vhomme,

Le ver de Guinée est trop connu pour que je le décrive. Je constaterai seulement qu'il atteint presque tous les Touareg qui vont au Soudan, et que cet animal, dont on se débarrasse difficilement, laisse après lui des traces de cicatrices considérables.

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