ACTES DU CONGRES
Monroe exposa l'inqualifiable opinion que le continent de l’Amérique, grâce à l’état de liberté et d'indépendance qu'il avait su acquérir et conserver, ne pouvait être considéré désormais comme champ de colonisation pour aucune nation européenne. Îl n’est point de grande puissance qui ne doive accueillir avec un sourire une si exorbitante prétention, et les Américains euxmêmes jugent qu'il eüt été plus prudent et plus convenable de s'être abstenu de l’exprimer*.
Après le message du Président, la Chambre des Représentants nomma, le 29 décembre 1823, un comité pour juger l'opportunité de l’occupation du Rio Colombia. Le général Thomas Jesup, chef d'état-major de l’armée fédérale, aux questions qui lui furent posées à cet égard, par le comité, répondit qu'il fallait établir sans délai une ligne de postes militaires à travers le continent, et envoyer par terre une troupe de deux cents hommes et deux bâtiments marchands à l'embouchure de la Colombie, chargés d’artillerie, de munitions, d'approvisionnements et du matériel nécessaire pour un premier établisse-
* Voir : Greenhow’s Memoir hist. and polit., pag. 178. « This « principle (wich it would, perhaps, have been more politic to « keep 2 petto than to assert openly) the British and Russian « Governements each refused to admit. »
SUITE DES NÉGOCIATIONS. 271 ment, afin d'enlever aux Anglais le commerce sur les eaux du fleuve, les éloigner du territoire, et en assurer la possession et le trafic exclusifs
aux citoyens des États-Unis, à l'expiration de la
convention de 1818.
La publication de ces documents produisit l'effet le plus fâcheux ; la Russie et l'Angleterre protestèrent énergiquement contre de telles prétentions, et, dans une conférence tenue, à Londres, au mois de juillet 1824, entre l’envoyé américain, M. Rush, et les commissaires anglais, un de ces derniers, Sir Strafford Canning, ne puticacher sa surprise de la démarche du Congrès, qui ne conduisait rien moins qu'à violer la convention de 1818, en s’emparant du territoire, et cela au moment où les négociations étaient pendantes entre les deux puissances.
Après de longues discussions, M. Rush présenta, de la part de son gouvernement, un projet tendant à ce que tout pays situé à l’ouest des Montagnes Rocheuses, qui pourrait être réclamé par les deux parties, füt libre et ouvert pendant dix ans, ainsi que la navigation de tous ses cours d’eau, aux sujets des deux nations, à condition que, pendant ce temps, les Anglais ne fissent pas d'établissements au sud du 51° degré de latitude, et que les Américains
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