CÉRÉMONIES RELIGIEUSES
réfugier, fussent-ils coupables d’adultère et de meurtre, y demeurent à l’abri de tout danger. Ils peuvent même en sortir librement. Ceux qu'ils ont offensés se contentent de leur dire : « Vous « vous êtes réfugiés chez le dieu Chinigchinig, et « nous vous avons épargnés; mais c'est lui qui se « chargera de votre châtiment ! » Quoi qu'il en soit, la vengeance est héréditaire dans les familles; et les descendants d’un coupable portent, de génération en génération , la peine de son crime. Si un chef de tribu condamné à mort se réfugie dans le temple, il est déposé à l'instant même, et on élit à sa place son fils aîné, en lui recommandant d’avoir toujours présent l'exemple de son père, afin de ne pas limiter.
La plupart des cérémonies et des fêtes des Indiens consistent dans des danses de divers caractères auxquelles ils se livrentavec ardeur. En dansant , ils sont ordinairement nus, la tête ornée de plumes, le visage et le corps peints ; les hommes et les femmes forment deux groupes distincts, séparés les uns des autres. La musique se compose de plusieurs chanteurs , dont quelques-uns sont munis de tambours et d’écailles de tortue, remplis de petits coquillages qu'ils agitent en mesure. Quelques-unes de ces danses sont extrêmement licencieuses. D’autres représentent la chasse de
DANSE DE LA MORT. 375 l'ours, celle du cerf, des scènes empruntées à la vie privée : le départ pour la guerre, la chasse de la mort, etc. Cette dernière danse, à laquelle nous avons assisté chez les Indiens Mokelemnés , au levant de San Francisco, est fort singulière, et mérite quelques mots de description.
Un groupe de chanteurs accroupis pendant la nuit autour d'un grand feu, au bord d’une rivière ou sur la lisière d’un bois, accompagne plusieurs Indiens dansant paisiblement. Tout à coup, un cri aigu, semblable à celui du chacal, se fait entendre, et l’on voit se dessiner dans le lointain un être fantastique couvert de plumes noires hérissées, avec une longue queue, la tête surmontée de grandes cornes, et portant à la main un arc et des flèches. À son approche, les Indiens se forment sur une seule ligne en poussant des cris lamentables ; puis ils l'entourent en tenant leurs arcs bandés et les flèches dirigées vers lui ; ils tournent longtemps dans cette attitude et en dansant, tandis que le mauvais esprit semble chercher des yeux celui qu'il doit frapper. Lorsqu'il a choisi sa victime, il lui lance une flèche émoussée ; l’Indien tombe comme mort, sans proférer un cri; ses compagnons se débandent alors, une partie s'approche de lui en accompagnant leur danse de chants plaintifs; l’autre s’empresse de
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