NAUFRAGES NOMBREUX
nuit de regagner la haute mer, afin de n'être pas surpris par des coups de vent, au milieu de l’obscurité, près de terre et dans des parages si dangereux. D’autres bâtiments, au contraire, se sont vus retenus dans la rivière pendant six et sept semaines, sans pouvoir profiter d’un instant favorable pour en sortir.
Nous avons entendu dire à des marins anglais et américains, et nous déclarons nous-même que dans nos nombreux voyages nous n'avons jamais trouvé un passage si épouvantable que l’entrée du Rio Colombia. Ni la Manche, ni le détroit de Gibraltar, n1 le golfe du Mexique ne présentent des courants aussi rapides , des tourmentes aussi fortes, des changements de vent aussi brusques, et une barre d’une pareille étendue.
Le nombre des navires qui ont péri à l'entrée du Rio Colombia est considérable, eu égard au chiffre peu élevé de ceux qui fréquentent ces parages. En 1829, le brig /7zlliam and Ann, de la Compagnie d'Hudson, y périt corps et biens, avec vingt-sept personnes. En 1830, la Compagnie eut à regretter le naufrage du navire /sabella;
en juillet 1839, le Sfarling, du capitaine Bel-
cher, faillit être englouti, et laissa son gouvernail
sur la barre; et le 28 Juillet 1841, la corvette de guerre des Etats-Unis, le Peacock, s’y est perdue
A L'ENTRÉE DE LA COLOMBIE. 121 entièrement par un temps superbe, ayant été entraînée, faute de vent, sur les brisants. L'équipage put à grand'peine gagner le cap Désappointement. |
La barre est formée de sable tellement meuble, que lorsque les navires touchent, la quille n’est point brisée, mais elle creuse un lit dans lequel le corps du bâtiment s'enfonce graduellement, tandis que la partie supérieure est démolie par les vagues. Il serait peut-être imprudent, dans l'espoir d’alléger le bâtiment, de jeter les canons ou les mâts à la mer, car Île roulis pourrait s’en emparer et venir les faire battre contre ses flancs; ce qu'il y aurait de mieux à faire en pareil cas, serait d'attendre la marée , et si la mer n'était pas trop grosse, de mettre les embarcations à l’eau, et de se faire remorquer.
À diverses époques, plusieurs autres navires, mouillés dans l’intérieur du fleuve, ont été à la côte ; néanmoins, dans l'été, durant les mois de juin, juillet et août, la barre est parfaitement tranquille, et l’on peut la traverser sans risques, mais avec des vents portants. La navigation serait alors très-facile pour des bâtiments à vapeur, et c'est cette saison que la Compagnie anglaise a choisie, il y a quelques années, pour faire sortir le pyroscaphe Beaver (le Castor) qu’elle avait recu
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