‹ Exploration du territoire de l'Orégon, des Californies et de la mer Vermeille, exécutée pendant les années 1840, 1841 et 1842 Vol.2Chapitre 98 sur 383 · SABLES MOUVANTS · texte numérisé non relu

SABLES MOUVANTS

de Londres en pièces, et qu’elle avait fait assembler devant le fort Van Couver.

Pendant la belle saison, les flottilles indiennes viennent de trois et quatre cents lieues pour pècher le saumon dont le fleuve et ses affluents fourmillent. Les canots grossiers dans lesquels les naturels entreprennent ces longs voyages, ne sont autre chose que des pins creusés par le feu, ayant à peine deux pieds de profondeur sur quatre de large, et vingt-cinq ou trente de long.

Un des plus redoutables périls que presente l'entrée du Rio Colombia, c’est la mobilité des bancs de sable, qui se déplacent souvent après la grande crue des eaux et modifient la direction du canal. Pour être bien au courant de l’hydrographie de cette entrée, il faudrait avoir constamment sur les lieux des pilotes qui en rectifiassent les plans. Ainsi, en 1792, les goëlettes espagnoles, parvenues en dedans de la barre près du cap, regagnèrent la pleine mer au sud, en longeant la pointe Adams; mais aujourd’hui ce passage serait impraticable , et les vieux Indiens se souviennent d’avoir vu, à l'entrée du fleuve, deux ou trois grandes îles sablonneuses dont ül ne reste d'autres vestiges que quelques brisants.

En hiver, à l'embouchure de la Colombie, les

ORAGES. - MARÉES. 123 marées combinées s'élèvent jusqu'à quatre mètres, et à l’époque de la fonte des neiges, les eaux du fleuve montent jusqu'à quinze et vingt pieds au-dessus de leur niveau ordinaire. Elles entrainent avec elles des débris de terrains inondés, des arbres déracinés, et des pans de bois tout entiers ; il est très-rare, pendant cette saison, de voir le fleuve se geler : la glace ne prend guère que vers le nord, et ne dure jamais longtemps. En novembre et en décembre 1841, au cap Désappointement, nous avons obtenu pour température moyenne huit degrés centigrades au-dessus de zéro; rarement le mercure descendait au-dessous , et si le vent était calme et que la pluie cessat un instant dans le milieu de la journée, le thermomètre s'élevait jusqu'à 10 et 12 degrés. Les matinées étaient généralement belles, et ce n'était ordinairement que vers deux heures de l'après-midi que les orages se formaient. Les torrents de pluie étaient accompagnés d’éclairs, de coups de tonnerre épouvantables , et le 16 novembre à trois heures un quart du soir, pendant que des nuages chargés d'électricité s’entre-choquaient avec fracas, nous vimes un rayon fulminant tomber des régions supérieures , puis, arrivé à une distance d'environ trois cents mètres des eaux, se bifurquer et venir frapper simultané-

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124 DERNIERS RELÈVEMENTS. ment les grands mâts des deux navires anglais mouillés à une encablure l’un de l’autre.

Mais les phénomènes les plus extraordinaires nous ont été fournis par le baromètre , et les faits qui vont suivre doivent convaincre de l'extrême utilité, pour les navigateurs, de consulter souvent les variations de cet instrument.

Les 21, 23, 25 et 26 décembre 1841, à l'entrée du fleuve, le thermomètre indiquait, de midi à une heure, + 10 degrés centigrades avec les vents établis du nord-ouest, et les baromètres marquaient 0,769", Le vent tournait à l’ouest d’abord, puis au sud et au sud-est, et les instruments descendaient jusqu'à 0,723"*. La marche ascensionnelle du mercure avait lieu lorsque les vents revenaient au nord et au nord-ouest, de manière que dans l’espace d’une heure les baromètres présentaient l'énorme différence de 46"”. En pleine mer et sur toute la côte, le même phénomène se reproduit , mais avec des variations moindres, et ces instruments ont été pour nous les meilleurs indicateurs des changements de vent. Cependant les relèvements récents, les sondes exécutées en août 1839 par la goëlette anglaise Starling, aux ordres du capitaine Belcher, et les travaux de l’escadrille américaine commandée par M. Wil- Kkes, pendant les six derniers mois de 1841, de-

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