NOUVELLE ARCHANGEL
Le nombre total des Russes, Créoles et Indiens employés au service de la Compagnie, ne saurait être évalué à moins de douze mille personnes, dont mille Européens, y compris les équipages des navires. Chacune des sections est soumise à un chef appelé perodvvtchik (l'ancien). Tous les établissements ou postes se nomment arte/s, Le plus considérable est celui de la Nouvelle Archangel, qui renferme huit cents habitants. Ce fort fut fondé en 1802 par M. de Baranoff, qui eut à lutter longtemps contre les attaques des Indiens Kalouches qui habitent l'île de Sitka, et trouvent un refuge dans ses épaisses forêts. Les bois sont employés dans les chantiers de la Compagnie. En 1839 il en sortit un navire de quatre cents tonneaux; depuis lors, on s’est borné à construire des bâtiments de cabotage, car la Compagnie trouve plus d'avantage à acheter des navires américains ou venant d'Europe, le bois de Sitka étant généralement trop mou, et offrant le grave inconvénient de se laisser dévorer par les vers.
Toutes les constructions de la Nouvelle Archangel, les maisons, comme la forteresse qui est armée de plusieurs batteries, sont construites en madriers; aussi, ces ouvrages, suffisants pour tenir en respect les Îndiens, ne pourraient , en cas de guerre, résister à aucune attaque sérieuse de la
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ENGAGÉS DE LA COMPAGNIE. 313 part des grands vaisseaux. La Nouvelle Archangel possède une église grecque, une chapelle luthérienne, un hôpital, une école , un observatoire astronomique et météorologique, un cabinet d'histoire naturelle, une salle de réunion que les officiers russes convertissent l'hiver en théâtre, et où ils s'amusent à jouer des pièces en français, et une bibliothèque où l’on trouve les meilleurs ouvrages dans toutes les langues".
Le climat de Sitka est humide et pluvieux ; on compte à peine annuellement soixante ou quatrevingts jours de beau temps; la terre est couverte de neige pendant cinq mois , bien que le thermomètre ne descende guère au-dessous de 12 degrés. Pendant l’été ils’élève jusqu’à 25. La température moyenne de l’année, d’après les observations des officiers russes, est de + 7° centigrades , et la hauteur moyenne du baromètre de 756 millimètres.
Tous les engagés de race blanche, ouvriers, matelots, sont confondus sous le nom de promichléniks , et soumis, dans les différents postes, au service militaire. Leurs appointements s'élèvent à trois cent cinquante ou quatre cents roubles en papier : le rouble-papier vaut un franc. Les affaires commerciales de la Compagnie sont di-
! Voir, dans ce volume, la vigneie 1° 6.
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314 CONVENTION ENTRE LA COMPAGNIE D'HUDSON rigées maintenant par M. de Kostromitinoff, qui a le titre de Chef des comptoirs. Il n'y a guère que des bâtiments anglais et quelques américains qui aillent à Sitka échanger des marchandises européennes contre des pelleteries. |
Le capital de la Compagnie impériale , appliqué à ses établissements d'Amérique seulement, s'élève à plus de quatre millions de roubles papier, représentés par la valeur des constructions, marchandises, navires, nt nIOns, approvisionnements et objets divers. Ses dépenses, consistent principalement dans la solde de ses employés et l’achat des produits des manufactures européennes , dépassent le chiffre de cinq cent mille roubles, et ses bénéfices ne sauraient être évalués à moins d’un million.
En 1834 et 1835, la Russie refusa de renouveler les conventions conclues en 1824 et 1825 avec les États-Unis et la Grande-Bretagne, ral. gré les instances de ces deux gouvernements.
Dans l'été de 1836, un navire de {a Compagnie de la baie d'Hudson, qui allait trafiquer et fonder un établissement sur le territoire russe dans la rivière Stikine, au fond de l’entrée du Prince Frédéric, en fut empêché par un bâtiment de guerre russe, que le baron de Wrangel, gouver neur de Novo Arkangelsk, avait envoyé à cet
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ET LA COMPAGNIE IMPÉRIALE. 315 effet. La Compagnie anglaise réclama à Saint- Pétersbourg, et finit par signer, à la fin de 1839, une convention pour dix ans, à partir du {* juin 1840, en vertu de laquelle la Compagnie impériale se réserve seulement le commerce des îles, et cède pour dix ans, aux Anglais , le droit d’exploitation mercantile de la côte au sud et à l’est d'une ligne tirée du sommet de la montagne du Beau Temps, et aboutissant au cap Spencer. La Compagnie d'Hudson fournit en échange, aux Russes, deux mille peaux de veau marin (fur seal), valant à Londres de vingt-cinq à trente schellings, etlivre dans les postes moscovites cinq mille fanègues de blé (deux mille huit cent quinze hectolitres) au prix de deux piastres !.
Le terrain occupé par les Russes autour de la Nouvelle Archangel est tellement limité, que le manque de prairies pendant l'été, et de fourrage en hiver, ne permet point d'élever de bestiaux. Il n'existe donc à Sitka qu'une douzaine de vaches et un seul cheval apporté de Californie.
" Voir dans l'Atlas, sur la grande carte générale n° 1, les limites de la convention de 1839.
Voir : London and Westminster Review, numéro d’Août 1838. Gtatiftifhe und ethnographifhe Nadridten, über die Ruffifhen Befipungen an ber orbwefttüfle von Umerita; von dem Ubmiral von Brangel. Gt. Petersburg, 1 band 8°, 1839, pag. 328.
316 OBJETS D'EXPLOITATION. Les navires qui relâcheraient dans ce port pour y faire des vivres, obtiendraient tout au plus quelques cochons et du poisson salé.
La Compagnie Impériale pourrait tirer un grand bénéfice de l'exploitation des bois, et en exporter aux Îles Sandwich , sur certains points de la côte de Californie, du Mexique, et même du Chili, qui en sont complétement dépourvus, et prendre en retour des céréales, de la graisse et de la viande sèche, dont elle a besoin pour nourrir ses employés; mais il faut dire que toute son attention est concentrée sur la pêche de la baleine, des loutres, des morses, des veaux marins et phoques de toute espèce, et sur la chasse des ours, des castors et des renards rouges, noirs , bleus et argentés, qui fourmillent dans les archipels.
La pêche de la baleine ne se fait point avec de grands navires ; rien n’égale l’habileté et la har-
diesse avec laquelle lesIndiens Kodiaks et Aléoutes
vont à sa rencontre, assis dans de netits canots en peaux de phoques, nommés baïdarkas. L'on voit souvent un seul homme, n'ayant pour arme qu'une lance, tuer ce monstrueux cétacé, dont l'huile, la graisse et la chair offrent à ces Indiens un aliment qu'ils préfèrent à tout autre.
‘ * Voir, dans ce volume, la vignette n° 5.
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PETROPAULOWSKI. — OKHOSTK. 817
La plus grande partie des fourrures et des pelleteries recueillies dans l'Amérique russe sont expédiées sur des navires qui partent de Sitka en mai, touchent aux îles Aléoutiennes , à Ounalachska , au Kamtschatka, à Pétropaulowski, qui n'a que huit cents habitants, et arrivent à Okhostk avant la fin de juin. On transporte par terre les marchandises jusqu’à Iakoutsk ; la distance est de deux cent cinquante lieues à peu près. Il se fait à la foire, qui se tient dans cette ville au mois d'août, un mouvement d'affaires très-considérable , et qui s'élève à deux millions et demi de roubles, dont un million en pelleteries. D'Iakoutsk , les fcurrures remontent par eau le grand fleuve la Léna jusqu’au lac Baïkal. Depuis l'extrémité sud de ce lac jusqu’à la ville que les Russes nomment Kiatka et les Chinois Maïimachin , les marchands russes ont fait construire une très-belle route, C’est à la foire qui a lieu à Kiatka en octobre, et surtout à celle du mois de février, que les Russes font un grand commerce de pelleteries avec les Chinois, qui leur donnent en échange du thé et des soieries. Une partie des fourrures est aussi transportée à Irkoustk, à Kazan, à la grande foire de Nijne-Nowogorod , et même à celle de Leipsick !.
* Voir dans l'Atlas, sur la carte n° 2, l'itinéraire des Russes. -