‹ Exploration du territoire de l'Orégon, des Californies et de la mer vermeille [microforme]Chapitre 252 sur 313 · VARIÉTÉ DES IDIOMES · texte numérisé non relu

VARIÉTÉ DES IDIOMES

physionomie semblable à celle des Asiatiques. Les Californiens, longtemps anthropophages, ont toujours été plongés dans l'ignorance la plus profonde ; les Mexicains, au contraire , bien qu'ils offrissent des sacrifices humains à leurs dieux, n’ont point connu l'anthropophagie, et se sont élevés progressivement jusqu'à la civilisation ; ils possédaient les notions complètes de l'écriture, de la peinture, de l’astronomie, de l'architecture, et connaissaient l’art de travailler les métaux ; enfin, tous les Indiens Aztèques ou Chichimèques parlent la même langue; tandis qu’en Californie il existe une telle diversité dans les dialectes, que, sur une étendue de deux cents lieues occupée par les Missions , on trouve plus de cent idiomes complétement distincts. Dans la seule Mission de San Josè, nous avons compté plus de quarante Indiens se servant de dialectes différents. Dans celle de San Juan il y avait des Indiens appartenant à plus de quinze tribus.

Le Père Boscana rapporte qu’un Cacique trouvant ses Indiens trop nombreux pour le territoire qu’il occupait, partagea sa tribu en deux parties. Il se réserva le commandement de l’une, et confia l’autre à sa fille, en lui ordonnant d’aller cher-

. cher des terres plus à l’est. Avant de se séparer, la tribu nouvelle composa une langue entière-

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TRADITIONS HISTORIQUES. 363 ment distincte de celle de la tribu dont jusqu’alors elle avait fait partie. Le phénomène de la multiplicité des idiomes avait frappé les premiers missionnaires qui , ainsi que leurs successeurs, en recherchèrent inutilement la cause.

Les Indiens de la Californie, depuis le nord du Rio Sacramento jusqu’au cap San Lucas, appartiennent tous à une mème famille, et s'ils diffèrent par leur langue, partout leurs caractères physiques, leurs mœurs et leurs usages sont les mêmes.

Ces Indiens n'ayant aucune idée de l'écriture, leur histoire se transmet par tradition. Les chants dans lesquels elle se conserve, sont rédigés dans une langue dont les chefs et les sorciers seuls ont l'intelligence , et qui n’a pas le moindre rapport avec le dialecte en usage de nos jours dans le reste de la tribu. La signification de leurs jeux et de certaines danses n'est également connue que d’un petit nombre d’adeptes. Il existe cependant parmi ces indigènes des signes conventionnels à l’aide desquels ils peuvent indiquer , soit sur une corbeille tressée, soit sur une ceinture

* Historia de las costumbres gentilicas de los Indios de California. Mauuscrit précieux du R. P. Boscana de la mission de San Juan Capistrano. (Entre nos mains.)

364 MYTHOLOGIE DES TRIBUS en plumes, la valeur des objets. En traçant sur les arbres ou sur la terre certaines figures , ils trouvent également moyen de se mettre en communication, de se donner rendez-vous en divers endroits pour voler les chevaux , attaquer leurs ennemis ou célébrer des fêtes. Ils emploient aussi une sorte de télégraphie de nuit formée par des feux allumés sur des collines, et dont le nombre, l'éclat et la couleur produits par la combinaison de plusieurs combustibles, sont autant de signes qu'ils comprennent parfaitement , et qui échappent à l'Européen.

Voici, sur la mythologie des races du Sud, les renseignements que nousavons pu recueillir des indigènes, chez les Franciscains et dans les archives des Missions. Suivant cette tradition, il n’y avait au monde, dans le principe , que deux êtres qui étaient frère et sœur , l’un formant le ciel et l’autre la terre. Les choses à cette époque

n'étaient point dans l’état où elles se trouvent:

aujourd’hui. Une obscurité complète régnait partout; il n’y avait ni soleil , ni lune, ni étoiles. Le frère s’approcha de la sœur, et, lui présentant la lumière, il lui dit qu’il voulait cohabiter avec elle. De leur commerce naquirent, en différentes fois, les pierres de toute espèce , et surtout les cailloux tranchants dont les Indiens arment leurs flèches,

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