‹ Exploration du territoire de l'Orégon, des Californies et de la mer vermeille [microforme]Chapitre 85 sur 313 · BALE DE BAKER · texte numérisé non relu

BALE DE BAKER

fort George, qui est situé à près de quinze milles du cap, on ne devra pas négliger de faire des signaux, parce qu'il peut arriver que quelques blancs ou des Indiens se trouvent aux environs, et qu'ils envoient des canots avec des pilotes. Pour entrer comme pour sortir, il faudra toujours attendre des vents fermes et bien établis, car si la brise venait à manquer au milieu de la barre, le navire serait infailliblement entraîné sur les brisants et démoli par les vagues. Une précaution fort utile aussi, c'est de tenir les embarcations en état d’être mises à l’eau au moindre danger. Dans l'été, lorsque le nord-ouest souffle , on mouille dans la baie de Baker avec assez de süreté ; mais dans l’hiver, pendant les vents du sud-

est, il peut survenir des rafales assez violentes

pour que les navires fassent côte.

Durant la mauvaise saison, les vents sont infiniment plus variables que dans la belle, et il arrive, en décembre et en janvier, des ouragans si terribles, que le vent fait le tour du compas. C’est alorssurtout que le mouillage de la baie de Baker est périlleux , et qu’il faut se tenir constamment en position d’appareiller au premier signal, Nous sommes restés, à la fin de décembre 1841, à bord d'un bâtiment anglais à l'embouchure du fleuve, et nous avons passé dix-neuf mortels jours au

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DANGERS DE L'EMBOUCHURE. 119 milieu d'orages et de tempêtes furieuses, ne pouvant ni remonter, à cause des courants, ni mouiller en dedans de la baie, à cause de la violence des vents du sud, nous tenant à un mille et demi de la pointe du cap, affourchés sur trois ancres, prêts à mettre à la voile à la première éclaircie, et aimant mieux courir la chance de traverser la barre que d'aller faire côte sur les rochers. Quelques mois auparavant, nous étions entrés dans le Rio Colombia, à bord d’un excellent navire commandé par le capitaine Brotchie, un des officiers les plus expérimentés de la Compagnie de la baie d'Hudson. Nous nous étions approchésde terre avec une forte brise de l'ouest, et nous nous trouvions déjà sur la barre, lorsque le vent faiblit et nous laissa entraîner en dérive par les courants vers les brisants du nord. La houle empêchait de mettre les embarcations à la mer pour nous faire remorquer, et nous ne pouvions laisser tomber les ancres sur un fond où elles ne tiennent pas. Enfin, après une heure d'angoisse, la brise fraîchit un peu, et nous permit d'aller prendre le mouillage dervièrele cap. Il est arrivé à des navires de la Compagnie de rester pendant deux mois, courant des bordées devant l'entrée du fleuve, s'’approchant chaque jour de la barre pour la reconnaître, et forcés la

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120 NAUFRAGES NOMBREUX muit de regagner la haute mer, afin de n'être pas surpris par des coups de vent, au milieu de l’obscurité, près de terre et dans des parages si dangereux. D’autres bâtiments, au contraire; se sont vus retenus dans la rivière pendant six et sept semaines, sans pouvoir profiter d’un instant favorable pour en sortir. lies

Nous avons entendu dire à des marins anglais et américains, et nous déclarons nous-même que dans nos nombreux voyages nous n'avons jamais trouvé un passage si épouvantable que l'entrée du Rio Colombia. Ni la Manche, ni le détroit de Gibraltar, ni le golfe du Mexique ne présentent des courants aussi rapides , des tourmentes aussi fortes, des changements de vent aussi brusques, et une barre d’une pareille étendue.

Le nombre des navires qui ont péri à l’entrée du Rio Colombia est considérable, eu égard au chiffre peu élevé de ceux qui fréquentent ces parages. En 1829, le brig Æ#illiam and Ann, de la Compagnie d'Hudson, y périt corpset biens, avec vingt-sept personnes. En 1830, la Compagnie eut à regretter le naufrage du navire Zsabella ;

en juillet 1839, le Starling ; du capitaine Bel-

cher, faillit être englouti, et laissa son gouvernail sur la barre; et le 28 juillet 1841, la corvette de guerre des États-Unis, le Peacock, s’y est perdue

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À L'ENTRÉE DE LA COLOMBIE. 121 entièrement par un temps superbe, ayant été entraînée, faute de vent, sur les brisants. L’'équipage put à grand'peine gagner le cap Désap pointement. |

La barre est formée desable-tellement meuble, que lorsque les navires touchent, la quille n’est point brisée, mais elle creuse un lit dans lequel le corps du bâtiment s'enfonce graduellement, tandis que la partie supérieure est démolie par les vagues. Il serait peut-être imprudent, dans l'espoir d’alléger le bâtiment , de jeter les canons ou les mâts à la mer, car le roulis pourrait s’en emparer et venir les faire battre contre ses flancs; ce qu'il y aurait de mieux à faire en pareil cas, serait d'attendre la marée , et si la mer n'était pas. trop grosse, de mettre les embarcations à l’eau , et de se faire remorquer.

À diverses époques, plusieurs autres navires, mouillés dans l’intérieur du fleuve, ont été à la côte; néanmoins, dans l'été, durant les mois de juin, juillet et août, la barre est parfaitement

* tranquille ,.et l’on peut la traverser sans risques,

mais avec des vents portants. La navigation serait alors très-facile pour des bâtiments à vapeur, et c'est cette saison que la Compagnie anglaise a choisie, il y a quelques années, pour faire sortir le pyroscaphe Beaver (le Castor) qu'elle avait reçu

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