Waterbucks, egocertu ellipHprymntu
2. Cette antilope n'étant pas connue dans le pays des Béchuanas, nous avions cru, en layoyant ici, découvrir une espèce nouvelle; mais la description que M. Webb a donnée de l'ourébi, quMl a trouvé dans le Natal, ne laisse aucun doute sur Titientité de cette antilope et du tianyané : même aspect , même allure , mêmes habitudesi même cri d'alarme. Ayant commis cette méprise, nous sommes tout disposé à l'indulgence; cependant nous demanderons en toute bumilité s'il convient de multiplier les noms au sujet d'animaux qui ne se distinguent des variétés connues que par une légère différence dans la courbure des cornes ou dans la teinte du pelage. Un élan, par exemple, qui fut tué en 1853 dans les plaines même où nous sommes actuellement, a été signalé comme ayant encore à Tftge adulte, la livrée que portent les jeunes dans le désert du Kalahari ; dix ans plus tard on l'a redécouvert sous le nom de djxkijounha dans l'ouest de l'Afrique. Pareille cbose est arrivée pour un nakong ou nzoé , dont on a fait une variété nouvelle sous prétexte qu'il est < faiblement Ucheté. > Une tête de jeune waterbuck, apportée de l'Afrique occidentale a eu le même honneur; et le bushbuck ordinaire^ (anltlopé! sylvatiea) a reçu le nouveau nom d'antilope Roualeynif bien qu'il ait été découvert et décrit avant la naissance de pas un de nous.
246 LE ZAIABÈBE
Nemrod en herbe éprouvera le besoin de faire aller son nom à la postérité sur le dos de cette antilope.
A moitié de la distance qui sépare le Tabachéou de la grande cataracte du Zambèse, les eaux commencent à se diriger vers l'ouest. Elles coulaient avant dans la direction opposée. De grandes masses de granit, ressemblant un peu à d'anciens châteaux forts /se dressent dans les airs aux environs de Kalomo. Le pays est un plateau élevé, dont nos hommes connaissent les différentes parties; ils nous désignent par leurs noms les plaines et autres lieux près desquels nous passons.
13 août. Rencontré des gens que Sékélétou nous envoie. Il a dit à ces hommes : < Allez à la rencontre du docteur, demandezlui combien un cheval doit coûter, et ne donnez pas davantage.* C'est à propos de bétes qu'ont amenées les Griquas. Nous avons répondu qu'ayant acheté un des chevaux avant notre arrivée, et l'ayant payé neuf grosses défenses, ils avaient donné ^ux marchands le droit de supposer qu'ils payeraient les autres le même prix.
Rien de plus drôle que de voir ces Hakololos imiter Tair d'importance d'un certain blanc avec lequel ils ont fait du négoce, et qui aurait voulu paraître ne pas se soucier de la chose : tenant la tête haut, et se grattant le menton, « moins par indifférence qu'àpcause de la vermine, «insinuent les bonnes langues. Il est heureux que nous ne sachions pas toujours ce que les Africains disent de nous; leurs remarques sont souvent peu flatteuses, et ressemblent beaucoup à ce que certains voyageurs écrivent sur le compte des noirs.
Notre camp est en face de la grande lie de Mparira, située elle-même vis-à-vis du confluent du Chobé et du Zambèse. Les cailles, lesfrancolins et les pintades abondent, ainsi que le gros gibier. Mokompo, chef makololo, nous apporte un présent considérable, et nous dit, ce qui est une politesse d'usage, combien il regrette de n'avoir pas de lait à nous offrir ; mais que ses vaches sont taries.
On nous donne ici du miel, provenant d'une très-petite abeille que les Batokas appellent moandi^ les autres kokomatsanéf et qui n'a pas d'aiguillon. Ce miel est d'un goût arpmatique et légèrement acide. L'abeille qui le produit est facile à reconnaître à l'habitude qu'elle a de vous bourdonner autour des
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yeux, et de vous chatouiller la peau en vous la suçant comme le fait la mouche domestique. Elle habite généralement le creux d'un arbre, et place à l'entrée de sa ruche un tube en cire de la grosseur d'un tuyau de plume.
Sékélétou a la lèpre. De grands malheurs en ont été la conséquence. Hokompa se lamehte ; il craint de voir ]a tribu se démembrer, et ne sait pas ce qui peut advenir. Il nous prête deux pirogues pour nous rendre à Séshéké. Son grand canot est parti avec un chargement d'jvoire qu'il dirige sur cette ville , et qui doit y être échangé contre des marchandises apportées de Benguéla par des trafiquants indigènes.
3ur le haut Zambèse, c'est-à-dûre en amont de la cascade, tous les rameurs se tiennent debout dans les pirogues. Ils se servent de grandes pagaies de dix pieds de long, et changent alternativement de côté sans que la précision et le rhythme de leurs mouvements aient à en souffrir*
Hochokotsa nous rencontre dans la journée du 17. Il vient de la part de Sékélétou, qui nous fait dire de prendre de l'ivoire et de lui acheter un cheval. Nouveau refus de notre part d'intervenir dans cette affaire. Le message porte en outre, que personne, excepté le docteur, ne doit se présenter devant le chef; et que tous ceux qui ont eu la petite vérole à Tété (il y a de cela trois ans) , doivent retourner auprès de Hoshobotouané pour se faire asperger d'une médecine qui les purifiera du mal, et empêchera qu'ils ne le répandent dans la tribu. Mochokotsa est renvoyé à Sékélétou avec mission de lui répondre , < que la petite vérole est connue des blancs depuis une longue suite d'années ; qu'ils savent comment on la prévient, et que s'il y avait aujourd'hui le moindre danger, nous serions le premier à l'en avertir. Pourquoi lui-même ne va-t-il pas trouver Moshobotouané, et se faire asperger de médecine, pour se délivrer de sa lèpre ? Nous n'avons pas, quant à nous, peur de sa maladie ni de la fièvre qui a tué les missionnaires, ainsi que beaucoup de Makololos. » Gomme cette idée de quarantaine vient évidemment des docteurs du pays qui l'ont formulée pour accroître leur influence, nous ajoutons que nous n'avons pas de vivres ; que nous irons demain à la chasse, encore le jour suivant; et que si après cela on nous reparle de purification nous retournerons dans notre pays.
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Ce message n'est pas entièrement de notre crû; nos gens l'ont même entrelardé de protestations violentes, et d'injures assez Tortes, à l'égard de ces animaux de docteurs qui veulent les empêcher de voir leur père. Toutefois, ils se servaient prudemment du dialecte de Tété pour épancher leur bile, quand, à leur grande surprise, Mochokotsa leur a dit qu'il n'avait pas perdu une seule de leurs paroles ; « attendu qu'il était de la tribu des Baziloulous , et qu'il les déûait de les tromper dans n'importe quel langage : que ce fût la langue des Mashomas, qui demeurent au levant, ou celle des Mambaris qui sont au couchant. » 11 répéta ensuite, deux fois notre message pour savoir s'il en possédait bien les termes, et retourna vers Sékélétou.
Ces courriers ont une mémoire excellente; ils portent souvent à des distances considérables des messages d'une grande longueur, et les délivrent presque mot pour mot. Habituellement quand la route est longue, ils vont deux ou trois ensemble, et chaque soir, ils se répètent ce qu'ils ont à dire, afin d'être bien sûrs de n'y rien changer. Lorsqu'on parle aux indigènes de la nécessité d'apprendre à écrire, ils vous répondent que pour eux c'est inutile ; « que leurs messagers portent les nouvelles tout aussi bien qu'une lettre; et que si l'on a quelque chose à dire à une personne d'un village voisin , la meilleure manière est de l'envoyer chercher ou de se rendre auprès d'eUe. Quant à correspondre avec des amis qui sont à une grande distance, c'est très-bien pour les blancs ; mais les noirs n'ont pas d'amis loin- d'eux. » Le seul argument qui produise quelque effet en faveur de la lecture, c'est qu'il est de leur devoir de connaître la révélation du père céleste, et dans les termes où elle est écrite dans la Bible.
Notre messager est revenu aujourd'hui même : • Vous avez dit vrai, nous répond Sékélétou ; la maladie est ancienne, et les blancs doivent la connaître; venez tout de suite, ne dormez pas dans le sentier, car j'ai grand désir de vous voir. »
Après le départ de Témissaire, nous avons rencontré les honmies de Mokompa ; ils rapportent les dents d'éléphants. On achètera les chevaux, qui sont préférés aux articles de Benguéla. Ces hommes sont en outre porteurs d'instructions pour leur chef, et voici à quel propos : Mashotlané n'a pas accueilli M. Baldwin avec tous les égards qu'il devait avoir pour un
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Anglais, suivant la recommandation qu'avait faite Sékélétou; de plus il a été fort incivil pour les émissaires de Mossilikatsi, qui nous apportaient des lettres de M. MofTat. Il les a reçus comme s'ils avaient été des espions, leur a fait déposer leurs dépêches , et a refusé de prendre le sac avant qu'ils se fussent éloignés. Aux remontrances que nous lui avions faites à ce sujet, il a répondu qu'il n'avait été placé aux Chutes que pour veiller sur les Matébélés, ennemis des Makololos : « Pouvait-il savoir que les gens en question venaient de la part de H. Moffat? > Là-dessus nos hommes ont fait courir le bruit que Mashotlané nous avait insultés ; d'où il résulte que Sékélétou envoie à Mokompa le message suivant : « Allez trouver Mashotlanéy et dites-lui qu'il a eu de grands torts. Ce n'est pas à Monaré (le docteur Livingstone), mais à Sébitouané qu'il a fait injure; car Honaré occupe maintenant la place de notre père, et nous le révérons comme Sébitouané lui-même. Vous lui direz aussi que l'amende qui a été imposée à M. Baldwin doit être restituée sur-le-champ ; car M. Baldwin n'est pas un fioer, mais un Anglais. Sékélétou est fort irrité ; et Mokompa ne doit rien cacher du message. »
Quand il connut les maraudes que Mashotlané se permettait de faire chez les Batokas, Sékélétou lui fit dire de quitter sa résidence, et de venir habiter Séshéké. Il voulait simplement ravoir sous les yeux; mais craignant que cet ordre ne fût suivi d'une condamnation à mort, Mashotlané répondit qu'il était trop malade pour supporter le voyage. Sékélétou a essayé de nouveau de l'éloigner des Batokas ; mais sans aucun succès. En théorie le chef est absolu; dans la pratique son autorité est restreinte. Il ne se fait obéir de ses vassaux qu'en faisant mettre à mort de temps en temps quelques-uns des insoumis.
A l'exception des petits rapides de l'île de Mparira, près de l'embouchure du Ghobé, nous ne trouvons que des eaux calmes jusqu'à Séshéké. Des bœufs et des vaches, de deux ou trois variétés, paissent dans les herbages des lies. Les Batokas possédaient autrefois des bêtes bovines de très-petite espèce , mais joliment faites, et d'une douceur remarquable ; il en reste beaucoup dans le pays. On voit en même temps deux autres races; Tune de taille moyenne offre de nombreux exemples de cornes pendantes et flottantes; l'autre, plus grande et plus forte a des
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cornes d'une dimension exceptionnelle , qui paraissent être un fardeau pour Tanimal qui en est chargé. Cette dernière race est très-commune sur les bords du lac Ngami^
Nous faisons halte, au milieu du jour, àTun des postes à bestiaux de Hokompa, où l'on nous sert du .lait en abondance. Les hommes de cette position ont ordinairement plusieurs troupeaux établis en différents endroits. Ils vont passer quelque temps dans chacun de ces KraalSy tout en faisant leur principale résidence des villages qu'ils gouvernent En l'absence de Mokompa, son fils, âgé de dix ans, est chef de la station que nous voyons aujourd'hui. Le Kraal aux bétes bovines, suivant les Makololos, est une école où tous les garçons doivent être élevés ; ils y reçoivent le genre d'instruction qui leur est nécessaire, y apprennent à connaître les pâturages et à soigner le bétail.
Des vents d'est violents soufflent tous les jours de midi à minuit, et continueront jusqu'au début de la saison pluvieuse ; c'est-à-dire jusqu'au mois d'octobre ou de novembre. Us entraînent la Jumée qui provient de l'incendie des hautes herhas, et la font tournoyer et courir sous forme d'immenses colonnes. Une de ces trombes, qui sont fréquentes dans l'après-midi , a passé devant nous à une vingtaine de mètres, et a failli nous saisir. Le vent semblait attiré vers elle de tous les points de l'horizon. Tournoyant dans sa course, elle balayait la poussière noire du sol, emportait l'herbe dans les anneaux de sa spirale, et soulevait à des centaines de pieds dans l'air le nuage épais et sombre qu'elle renouvelait sans cesse.
Des troupes de zèbres, de léchés, de gnous, de pokous nous regardent passer. 11 y a des instants où le mirage les fait paraître suspendus entre ciel et terre, et leur donne, ainsi qu'aux palmiers, les formes les plus fantastiques. Les vastes plaines, au sol uni et riche, qui bordent les deux rives, pourraient alimenter une population nombreuse. En les arrosant, ce qui serait
1. M. OsweU a possédé un bœuf de cette espèce dont les cornes mesuraient d'une pointe à l'autre, huit pieds huit pouces en ligne droite, treize pieds cinq pouces, le long de la courbure; et qui avaient un pied six pouces six lignes de circonférence à la base; ces chiffres sont quelquefois dépassés.
{Note du traducteur)»
facile au moyen du Zambëse, elles produiraient toute l'année, et seraient à l'abri de la sécheresse.
Deux hommes, montés dans un léger canot, viennent de se glisser auprès d'un hippopotame qu'ils croyaient endormi. L'animal au contraire était sur le qui-vive; et nos chasseurs battent rapidement en retraite. Aujourd'hui les hippopotames sont rares entre Séshéké et le Mosi-oa-Tounya, comparativement à ce qu'ils étaient autrefois; ils sont devenui^ en* même temps d'une prudence excessive ; attendu que le moindre somme en plein jour les voue à une mort certaine. On les tue ici avec de grandes lajices pareilles à des javelots.
18 août. Arrivés à Séshéké. L'ancienne ville est presque détruite; les habitants l'ont quittée après l'exécution de Moriantsiané leur gouverneur, qui fut mis à mort pour avoir jeté un sort au chef; et ils ont été s'établir (toujours sur la rive gauche du fleuve), à quatre ou cinq cents yards en amont de la ville abandonnée. Sékélétou est maintenant sur la rive droite, auprès de quelques huttes provisoires. Il nous a fait crier par un de ses hommes de nous reposer sous l'arbre de l'ancienne place publique. Un jeune Makololo, aux cuisses volumineuses qui distinguent la plupart des gens de sa tribu, ainsi que les Zoulous, a passé le Zambèse pour aller recevoir les ordres du chef. Il est revenu prendre M okélé, le gouverneur de la ville nouvelle. Mokélé après s'être entendu avec Sékélétou, qui ne s'est pas montré au peuple depuis qu'il a la lèpre, nous a installés dans une case un peu étroite, mais en bon état; et nous a fait amener un excellent bœuf comme présent du mattre. « Nous sommes dans un temps de disette, a-t-il ajouté, et nous n'avons pas de farine ; mais nous en attendons de la vallée des Barotsés. »
Ce présent nous est venu fort à point, car nous n'avions plus de vivres. Jamais viande n'a été plus parfaite; cela vaut bien mieux que toute espèce de venaison. A l'exception du crocodile, nous avons mangé de tous les animaux comestibles d'Afrique, et souvent avec une faim qui aurait pu influer sur notre jugement; mais tout ce que Ton peut dire au sujet du meilleur de ces quadrupèdes, c'est que la chair en est presque aussi bonne que du bœuf. Il est possible qu'on pût tirer parti de ces animaux sauvages en leur faisant pâturer des marais et des landes que nos troupeaux ne sauraient utiliser ; mais nous dirons
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aux sociétés d'acclimatation : multipliez le nombre des bœufs; et rhumanité y aura plus de bénéfice qu'à l^introduction d'un animal sauvage quelconque, depuis le crocodile jusqu'à l'hippopotame ou Téléphant ^
Toutefois, pour celui qui n'en a pas l'habitude, il faut avouer que cela produit un singulier effet de se trouver à table devant du bœuf tout sec; les yeux et les mains cherchent involontairement quelque chose qui accompagne la bouchée de viande, sous forme de pain, de pommes de terre ou d'autres légumes; et si parfait que soit le bœuf qu'on mange, cette absence de ce que les Écossais appellent kitchen {o^)^ vous cause une sensation désagréable. C'est avec le gras que nous accompagnons la viande.
Les Makololos commencent par dévorer la graisse, qu'ils tiennent pour ce qu'il y a de meilleur; ils avalent ensuite le maigre, et finissent par le potage ou par le pain, quand ils en ont. Les peuplades qui mangent comme eux beaucoup de viande et de laitage, résistent bien autrement à la fatigue et aux privations que toutes celles dont le régime se compose surtout de farine et de légumes. Dans les expéditions des Makololos, razzias qui se font parfois à une distance d'un mois de marche, beaucoup de gens des tribus soumises, qui n'ont que de la bouillie, meurent de simple fatigue ; tandis que les mangeurs de bœuf ne songent pas même à se plaindre de lassitude.
Le lendemain de notre arrivée un flot constant de visiteurs s'est pressé autour de nous. Plusieurs d'entre eux, qui ont fait des pertes cruelles pendant notre absence, ont paru très-émus en nous revoyant. Tous d'ailleurs sont profondément tristes: une sécheresse exceptionnelle a fait périr les grains, et détruit les herbages de Linyanti. La population est dispersée; chacun
1. Ce D'est pas aux sociétés d'acclimatation à multiplier les bœurs. Leur tâche est la même que celle des gens qui nous ont donné la poule, la brebis et tant d'autres; et sans aller chercher le crocodile, qui est un monstre à détruire, ou réléphant qui ne convient pas à nos terres morcelées, \m acclimateurs nous reodraient grand service en nous dotant de nouvelles bêtes de chasse ou de boucherie. La différence qui se remarque entre le gibier de tel ou tel canton prouve que la chair s'améliore comme le reste. Nos prairies , nos coteaux ou nos bois pourraient affiner la venaison africaine, modifier son fumet, eu lui enlever ce qu'il a de trop sauvage. Notre bœuf lui-même n'a pas la saveur de ses ancêtres ; et la mauvaise qualité que lui donne l'engraissement au tourteau démontre ime fois de plus que la viande est modifiable. {Noie du tradwHmr).
est à la recherche des fruits et des racines , et va demander rbospitalité à ceux qui ont récolté des arachides. La lèpre du chef a entraîné des maux sans nombre. Sékélétou , supposant qu'on lui avait jeté un sort, a soupçonné les hommes les plus importants du royaume , et en a fait exécuter plusieurs, ainsi que leurs familles. D'autres ont pris la fuite, et sont encore en exil. Ponhouané, qui avait été jusqu'alors la « tête et les yeux » de Sékélétou, vient de mourir. Celui-ci y a vu la preuve des maléfices employés par ses ennemis contre ceux qui l'aimaient; il s'est mis à l'écart, et ne veut plus recevoir que Mamiré, l'un de ses oncles.
Le pays souffre cruellement; et l'empire de Sébitouané s'écroule. De jeunes Barotsés, formant un corps nombreux, ont donné le signal de la révolte ; ils se sont enfuis vers le nord, et ont tué en route un Makololo pour mettre l'inimitié du sang entre Sékélétou et Masiko, le chef du pays où ils allaient s'établir. Les Batokas de Sinamané se sont déclarés indépendants ; ceux de Mouemba ont suivi leur exemple ; et Mashotlané, le chef des Chutes, brave l'autorité de Sékélétou.
La sage politique de Sébitouané qui mettait les tribus conquises sur le même pied que les Makololos, et en regardait tous les membres, non-seulement comme ses enfants, mais comme pouvant arriver aux plus grands honneurs, a été abandonnée par son fils. Sékélétou n'a épousé que des femmes de sa tribu, et n'a pris de fonctionnaires que parmi les Makololos. Il s'est ainsi aliéné les peuplades noires que son père avait conquises par sa bravoure , et subjuguées d'une manière plus sûre par la justice et la sagesse de son gouvernement.
Des bruits étranges courent dans la ville sur l'invisible Sékélétou. On dit qu'il a les ongles crochus comme ceux d'un aigle, et la figure si horriblement déformée que personne ne pourrait le reconnaître. Certaines gens commencent à faire entendre qu'il pourrait bien ne pas être le fils du grand Sébitouané, si fort dans la bataille si habile dans le conseil.
« Au temps du Grand-Lion, nous dit sa sœur, la veuve de Moriantsiané, qui a été mis à mort par son neveu Sékélétou, nous avions des chefs, des sous-chefs , des anciens pour administrer les provinces et les villages. Sébitouané, le Grand-Chef, les connaissait tous ; il n'ignorait aucun de leurs actes, et le pays était
sagement gouverné. Mais Sékélétou ne sait rien de ce que font ses agents; ceux-ci le méprisent; et la puissance des Makololos ne tardera pas à être détruite *. »
Les docteurs indigènes ont abandonné Sékélétou; ils n'ont pas su le guérir y et déclarent qu'il est incurable. Une vieille femme, de la tribu des Manyétis, a entrepris de le soigner. C'était sur l'habileté de cette vieille que reposait le dernier espoir du malade quand il apprit notre arrivée. Il ne pouvait rece voir que sa mèrç et son oncle; la vieille doctrice lui avait imposé la séquestration absolue, conune condition essentielle du succès. Sékélétou nous a cependant envoyé chercher ; et nous avons eu tous les trois la permission de le voir. Il était dans un v^agon couvert, entouré d'une haute palissade faite avec des roseaux étroitement joints. Sa Ggure n'est que légèrement déformée par l'épaississement de la peau, dans les endroits attaqués de la lèpre. Quant à ses ongles, ils n'ont rien de particulier, si ce n'est leur dimension, qui néanmoins ne dépasse pas beaucoup la mesure ordinaire; car tous les gentilshommes makololos les portent d'une longueur peu commune.
Sékélétou a les manières simples et calmes de son père; il parle bas, distinctement, d'une voix agréable, et parait être un homme de sens, toutes les fois qu'il ne s'agit pas des maléGces dont il se croit victime. Sa conviction, à cet égard, est inébranlable; c'est une monomanie, c Moriantsiané, le mari de ma tante, nous a-t-il répondu, a d'abord essayé sur sa femme : elle est devenue lépreuse. La même chose est arrivée pour son premier serviteur. Voyant que la drogue réussissait, il m'en a fait prendre une dose plus forte dans un plat de viande de chèvre; et depuis lors j'ai eu la lèpre. Ils ont tué dernièrement Ponhouané ; à présent ils sont en train de me faire mourir. »
Sékélétou a réclamé nos soins. Toutefois nous ne voudrions
J. Celte prédiction qui nous a été faite en 1861 s'est en effet réalisée. Sékélétou est mort au commencement de 1864. La guerre a éclaté entre ceux qui convoitaient le pouvoir. Une portion des Makololos qui s'opposaient & la régence d'Impololo, oncle du défunt, ont emmené leur bétail, et sont allés se fixer au bord du lac 'Ngami. Après leur départ les tribus noires se sont insurgées; Impololo a été tué; et ce royaume, dont une mission habile aurait pu tirer si grand parti, a subi le sort ordinaire des États africains. Nous le déplorons profondément ; car les Makololos, quelles que soient les fautes qu'ils aient commises, n'étaient pas de ceux qui trafiquent les uns des autres, ainsi que le font les tribus qui les remplacent.
pas le retirer des mains de sa doctrice. Il est d'une mauvaise politique d'entrer en lutte avec un membre de la corporation médicale; et cette femme a le vif désir de continuer le traitement, c N'ayant pas abandonné le malade elle voudrait, dit-elle, le soigner encore un mois. Si après cela il ne va pas mieux, elle le remettra aux mains des docteurs blancs. > Mais comme dans un mois nous serons partis, Mamiré et les autres ont décidé la vieille à nous céder la place au moins pour, quelques jours. Nous avons stipulé qu'elle resterait près du chef, et recevrait ses honoraires comme si nous n'étions pas là.
Avant de rien entreprendre nous avons dit à Sékélétou que le mai dont il est affecté n'existe pas dans notre pays, et que nous le croyons fort rebelle à toute espèce de drogue ; que nous avons la certitude qu'il n'y a pas eu de sortilège, et que nous ferons tout ce qui dépendra de nous pour améliorer son état. C'est de notre part une œuvre de charité ; car nous n'avons pas de salaire à attendre, et nous courons de grands risques.
En l'absence de tous les médicaments employés d'ordinaire dans les maladies de peau, nous avons essayé d'une application de pierre infernale, puis administré à l'intérieur de l'hydriodate de potasse. Le succès a dépassé nos espérances; au point que Mamiré voudrait voir badigeonner le malade sur tout le corps avec une solution de nitrate d'argent. Il croit que ce remède est de la même nature que le liquide vésicant dont M. Oswell lui a fait autrefois une application sur le genou ; et il le considère comme ayant des vertus souveraines.
Cette lèpre débute par une légère décoloration de la peau, et n'attaque d'abord que l'épiderme. Les taches, comme si c'était une fongosité, se propagent à la manière des lichens, dont elles ont un peu l'aspect. De petites vésicules en entourent le bord extérieur; et la sérosité qui s'en échappe forme des croûtes. Le derme s'épaissit ; il constitue des nodosités sur le front, sur le nez et les oreilles. Quand la maladie est avancée, on voit se produire sur les orteils et sur les doigts des fissures d'un mauvais caractère. Dans certains cas les doigts et les orteils se détachent; et parfois le mutilé guérit.
Suivant les indigènes cette maladie serait héréditaire, et non contagieuse; mais pendant que nous nous en occupions nous avons eu aux mains, le docteur Kirk et moi, quelque chose qui
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lui ressemblait très-fort, et qui n'a cédé qu'à un large emploi de nitrate d'argent.
L'état général de Sékélétou, et celui de son esprit, s'améliore à mesure que l'épaièseur de la peau diminue, et que disparaissent les difformités du visage. La vieille doctrice, voulant s'attribuer une part de cette amélioration, avait commencé à gratter la peau dans les endroits malades, et à la frotter avec une poudre astringente; mais Mamiré lui ayant fait entendre que peut-être la médecine des blancs ne s'accordait pas avec celle des noirs, elle a renoncé à ses frictions.
Malgré la disette, Sékélétou nous traite avec sa générosité ordinaire. Il nous fait servir du thé chaque fois que nous allons le voir; y ajoute d'excellents biscuits américains, et des conserves qui lui viennent de Benguéla. Parmi ces dernières, celles de fruits confits dans leur jus sont les plus estimées : des prunes, des poires , des fraises , des pommes et des pèches , que nous n'avons trouvées que chez les Portugais et les Espagnols. Cela nous fait désirer plus que jamais de planter les noyaux que nous avons apportés ; l'idée qu'ils pourraient avoir chez eux des fruits pareils à ceux-là, enchante tous ceux à qui nous en parlons.
Les femmes de Sékélétou, dont ce serait la mission, se trouvant à Linyanti, Mokélé, chef de Séshéké, et Manchounyané, la tante de notre malade, ont été chargés de pourvoir à notre nourriture.
Nous avons trouvé ici des Griquas du sud, et un trafiquant indigène de la côte occidentale; les uns et les autres viennent acheter des dents d'éléphants. L^'ivoire est cher à Séshéké ; mais dans le pays des Batokas, depuis le village de Sinamané jusqu'aux rives du Kafoué, il est à plus bas prix que partout ailleurs. Le négociant de Benguéla prend la commande des marchandises qu'il doit fournir l'année prochaine ; il offre d'apporter du café, du thé et du sucre à cent pour cent de bénéfice.
Les Makololos, profitant d'un avis qui leur a été donné autrefois, se sont assuré tout l'ivoire des Batokas, en Tachetant pour des houes en fer. Il en résulte que les marchands de Benguéla n'ont plus d'avantage à courir dans l'est pour s'y procurer des esclaves. Ils nous ont dit eux-mén;ies que sans le commerce d'ivoire, le trafic de l'homme ne faisait pas ses frais. De cette manière un vaste marché à esclaves a été fermé par
Sékélétou. Jamais les ordres qu'il a donnés à cet égard n'ont été enfreints, si ce n'est par contrebande ; et deux ou trois fois seulement.
La mode n'est pas moins despotique à Séshéké et à Linyanti qu'à Paris et à Londres. Ces dames ne voudraient pas qu'on les vtt avec des grains de verre démodés, quelque jolis qu'ils fussent d'ailleurs.
Sékélétou a la passion des chevaux ; c'eit pour lui une cause de grandes dépenses ; d'autant plus qu'il est malheureux : à peine achetées, ses bétes meurent presque toutes. Il a envoyé Tannée dernière à Benguéla une caravane nombreuse chargée d'ivoire, avec mission de lui ramener cinq chevaux qui venaient de Lisbonne. Tous les cinq moururent pendant le trajet. Leurs conducteurs désolés en prirent les queues et les déposèrent piteusement aux pieds du chef, disant qu'au village de Bihé, Tun des endroits où ils avaient passé la nuit, un métis portugais avait jeté un sort aux pauvres bétes. « Ils ont vu cet homme regarder les chevaux, puis les toucher; c'était bien sûr un sortilège, car ils sont morts' peu de jours après. »
Cette croyance à la sorcellerie, dont la disparition chez nous est toute récente, croyance qui est universelle en Afrique, est un grand obstacle à la civilisation. Les deux chevaux que nous avons laissés à Sékélétou, en 1859, vivent toujours malgré le terrible exercice auquel on les soumet. D'après les indigènes cela tient à ce que nous ainK)ns leur chef; tandis que les gens qui ont vendu les autres chevaux ne l'aimant pas, les lui ont ensorcelés.
Les pauvres bétes n'avaient pas besoin de cela; il suffisait du traitement qu'on leur a fait subir. De singuliers jockeys, que les gardes du corps de Sékélétou ! et des courses d'un genre non moins étrange. L'un de ces écuyers s'élance sur le cheval, qui n'a ni selle, ni bride; il étend les bras et part à toute vitesse. Quand il est démonté, au grand amusement des spectateurs, un autre s'empare de la béte, et la fait courir de plus belle , tandis que le jockey tombé se ramasse et se frictionne. Chacun à son tour, voulant prouver qu'il est plus solide que les autres, ne descend de cheval que quand il y est forcé ; et la pauvre béte est prise et reprise jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus. Ces courses, jointes au manque de grain et à l'absence de pansage, tueront infailliblement tous leurs chevaux.
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A l'époque où nous étions dans l'Angola , ayant monté le cheval d'un Portugais, il nous arriva de dire à Tun de nos compagnons, voilà une bête qui conviendrait à Sékélétou, Celui-ci, dès qu'il Ta su, a envoyé unedéputation àPungo Andongo (un millier de milles de Séshéké) ; on lui a ramené le cheval qui vit encore, mais qui n'est plus reconnaissable. La pauvre béte n'a, comme les autres, qu'un peu d'herbe sèche, et pas une poignée de grain.
Les produits cultivés dans cette partie de l'Afrique sont le mapira ou mabili (holcus sorghum), le labélébélé ou meshouera {pennisetum]^ le millet, le maïs, Farachide, la fève souterraine {voandzeia)f le concombre, le melon, la citrouille, le sorgho sucré, la patate, le coton, le tabac et le chanvre. Les Barotsés y ajoutent le manioc, le bananier et la canne à sucr^. Le froment, le riz et l'igname sont inconnus des habitants de cette région; ils n'ont pas d'herbes potagères, ni aucun des fruits que Ton rencontre dans les districts plus voisins de la côte , où ils sont d'importation étrangère, tels que les mangues et les oranges.
Nous avons dit que le triste sort des missionnaires de la société de Londres nous avait été confirmé en arrivant aux Chutes. M. Baldwîn les avait trouvés dans le Kalahari auprès d'une citerne, où ils souffraient de la faim. Ils n'avaient pas de chevaux, sans lesquels, en pareil endroit, il est difficile de se procurer du gibier; et ils avaient manqué les rhinocéros qui étaient venus boire pendant la nuit. L^n trépide chasseur leur avait tué une couple d'antilopes; toutefois il se demandait ce qu'ils avaient pu ' devenir, et il craignait qu'ils n'eussent pas pu arriver chez les Makololos. Ces messieurs avaient néanmoins gagné Linyanti, mais dans un état d'épuisement qui les prédisposait à la fièvre.
La grande sécheresse a mis à découvert le fond des vastes marais qui entourent le village, et la fièvre n'a jamais été plus virulente. Connaissant l'extrême insalubrité de Linyanti, par la description qne nous en avons faite, M. Helmore exprima le désir d'aller se fixer au nord-est des Chutes. Sékélétou lui offrit de l'emmener à Séshéké. Il accepta, et fit le projet d'aller voir la cascade ; mais au moment de partir, les conducteurs du wagon furent pris de la fièvre. Mme Helmore tomba malade, et mourut peu de temps après. Le bon missionnaire dit aux Makololos qu'il n'en resterait pas moins chez eux, et, malgré son état de fai-
blesse, malgré sa profonde douleur, l'excellent homme, qui sa • vait déjà la langue du pays, commença à prêcher l'Évangile. Nous avons entendu des jeunes gens de Séshéké chanter les psaumes qu'il leur avait appris. Tous les habitants l'aimaient et parlent de lui en termes affectueux; il est probable qu'il aurait exercé une heureuse influence sur la population ; mais le mois suivant il était enlevé par la fièvre.
Ces détails nous ont été donnés par des membres des diverses tribus qui forment la nation des xMakololos. Ils sont généralement véridiques, à moins qu'un intérêt direct ne les pousse à manquer de franchise; dans ce cas même il leur est impossible de combiner et de soutenir un véritable mensonge. D'après ce qu'ils nous ont rapporté, et ce qui doit être vrai, la petite colonie comptait vingt-deux personnes : neuf Européens et treize individus de couleur. En moins de trois mois la fièvre emporta cinq de ces Européens, et quatre de leurs domestiques.
Le successeur de M. Helmore se trouva dans une cruelle position. Sa femme était malade ; il habitait l'Afrique depuis peu de temps, et connaissait à peine la langue des indigènes. Dès lors, ne pouvant avoir qu'une action très-bornée, il se décida à partir, la seule chose qu'il eût à faire. Malheureusement c'était trop tard : il perdit sa femme avant d'avoir gagné la région salubre.
Les serviteurs, qui venaient du sud, et qui n'avaient jamais vu la fièvre dans leur pays, supposèreot qu'on avait empoisonné leurs maîtres, ainsi que leurs camarades. Mais bien que ce soient des païens, et qu'ils aient peu de respect pour la vie humaine, les Makololos ne sont pas aussi perfides : c*est la lance, et non le poison qui est leur arme. Il n'y a pas eu ici d'autre virus que la malaria ; c'était plus que suffisant. Nous avons été mille fois témoin des effets de ce poison, et d'après ce que les survivants eux-mêmes ont raconté des symptômes du mal, nous sommes convaincu que la fièvre a été la seule cause de ces pertes douloureuses. C'est pour nous un vif regret de n'avoir su la maladie de M. Helmore et de ses compagnons, que lorsqu'il n'était plus temps de leur porter secours. N'est-ce pas la preuve que chaque mission devrait être accompagnée d'un médecin?
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