‹ Exploration du Zambèse et de ses affluents et découverte des lacs Chiroua et NyassaChapitre 3 sur 69 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

But de Texpédition. — Les Portugais à la recherche de TOphir de Salomon. — Expédition portugaise à la recherche des mines d'or. — Missions catholiques. — Idées erronées sur Pintérieur du continent africain. — Décroissance de la traite des Noirs. — Opinion du révérend Wilson sur le commerce d'esclaves. — Opérations des croisières. — Fâcheux effets de la fermeture de la côte orientale. — Instructions données à l'expédition.

Lorsqu'il y a huit ans je publiais la relation de mes voyages dans l'intérieur de TAfrique australe", je me demandais avec une vive inquiétude si cette publication serait accueillie d'une manière bienveillante. J'étais d'autant moins rassuré à cet égard que mon nom était complètement étranger au public. Mais cette fois je suis encouragé par la certitude que de nombreux lecteurs, bien qu'ils me soient personnellement inconnus, recevront ces nouvelles pages avec l'indulgence de vieux amis ; et qu'un plus

1. Explorations dans Vintérieur de V Afrique australe ^ et Voyage à travers le continent : de Saint-Paul de Loanda à Vembouchure du Zambèsej 1840-56. f'aris, librairie Hache lie, 1859.

â LE ZÂMBÈSE

grand nombre encore, pénétrés de Tamour de la liberté, animés du désir de voir les principes religieux et sociaux dont ils jouissent se répandre dans le monde, seront sympathiques aux efforts que nous avons faits pour élever le caractère et améliorer la position d'une partie de nos semblables.

Cette pensée me fait désirer doublement de rendre ce volume digne d'être présenté au lecteur. En l'absence des qualités littéraires que la nature même de mes travaux m'a empêché d'acquérir, je donnerai le simple récit d'une mission qui, à l'égard du but qu'elle s'est proposé, contraste noblement avec quelquesunes de celles qui ont eu lieu dans l'Afrique orientale.

Je crois que les renseignements que je vais fournir sur la région que nous avons parcourue, et sur les peuplades qui l'habitent, ne seront matériellement contredits par aucun voyageur qui sera doué d'une santé robuste, et qui aura comme moi un rayon de soleil dans Tâme.

J'écris cette relation avec l'ardent désir de contribuer à l'ouverture du territoire africain, si follement interdit à l'activité européenne, de désigner ce champ si fécond et si vaste à l'esprit d'entreprise, d'aider les peuplades qui s'y trouvent à prendre rang parmi les nations de la terre, de concourir à la prospérité de ces tribus, plongées actuellement dans la barbarie, et dégradées par l'esclavage; enfin je caresse l'espérance qu'elle pourra être un encouragement à la propagation de l'Évangile dans ces contrées naguère inconnues.

La première expédition qui fut envoyée dans l'est de l'Afrique, après la découverte du cap de Bonne-Espérance, fut organisée sous les auspices du gouvernement portugais. Elle avait, dit-on, pour but de rechercher la province d'Ophir , citée dans l'Écriture sainte comme étant le pays d'où Salomon tirait de l'or, de l'ivoire, du bois de santal, des singes et des paons.

Les termes employés par les Juifs pour désigner ces quatre derniers articles n'existaient pas en hébreu, suivant MûUer, et y furent importés du sanscrit. Il est dès lors assez étonnant que ces recherches n'aient pas été faites dans l'Inde ; d'autant plus que le sanscrit était connu sur la côte de Malabar, où les paons et le bois de santal abondent. Mais les Portugais, ainsi que d'autres voyageurs d'une époque plus moderne, crurent que l'Ophir de la lUble devait être Sofalla, parce que les Arabes appelaient

quelquefois cette ville Zophar; en ce sens que^ de tous les ports qu'ils fréquentaient, celui-ci était le plus bas, ou le plus méridional.

Des négociants venus de la mer Rouge et des cdtes de Tlnde ont occupé l'Afrique orientale dès une époque très-reculée. Vasco de Gama (1498) les trouva solidement établis à Mozambique. Il gagna l'Hindostan ; et.de Calicut ses regards avides se tournaient vers Sofalla, où il se rendit en 1502.

Représentant pour eux l'Ophir des livres saints, ce point du rivage était considéré par les Portugais comme la plus riche de toutes leurs possessions. Ils crurent pouvoir y former un établissement considérable, et sacriGërent beaucoup d*hommes et d'argent pour conquérir le district où étaient situées les mines d*or. Mais n'aiyant pas Toutillage nécessaire, ils obtinrent de si minces bénéfices, en retour d'un si rude travail, qu'ils abandonnèrent l'entreprise.

L'expédition qui vint ensuite fut composée de trois navires portant un millier d'hommes, presque tous volontaires et de familles honorables. Partie de Lisbonne en 1 509, elle se proposait la conquête des mines d'or du Monomotapa, situées à Touest de Tété, et celles du Manica au sud-ouest de ces dernières. Enfin elle voulait gagner l'Atlantique en traversant le continentde Test à l'ouest. Mais elle échoua dans ses projets, dont la dernière partie ne fut réalisée que de nos jours, et par un seul Européen, qui est originaire d'Ecosse ^

Cette seconde eipédition, commandée par Francisco Barreto, était munie de provisions abondantes, et avait une quantité considérable de chameaux, de chevaux et d'ânes. Elle remonta le Zambèse jusqu'à Senna , y rencontra beaucoup d'Arabes, ainsi que d'autres négociants, qui s'y trouvaient établis, et qui la reçurent d'une façon extrêmement hospitalière. Mais les chevaux ayant traversé un endroit où abondait la tsétsé^,el le pays étant des plus insalubres, la maladie fit de tels ravages parmi les hommes et les bêtes, que Barreto supposa qu'on les avait empoisonnés; d'où il résulta que la plupart des habitants furent passés par les armes.

1. Le docteur Livingstone; voir Explorations dans V Afrique australe, Paris, Hachette, 18ô9.

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