‹ Exploration du Zambèse et de ses affluents et découverte des lacs Chiroua et NyassaChapitre 4 sur 69 · Idenij pages 92 et 626. Paris, Hachette · texte numérisé non relu

Idenij pages 92 et 626. Paris, Hachette

Réduite à cinq cent- soixante hommes, l'expédition se remit en marche. Elle souffrit de la faim et de la soif d'une manière effroyable ; et après avoir été, à diverses reprises, attaquée par des corps nombreux d'indigènes, elle fut contrainte de revenir sur ses pas, sans même avoir atteint les mines d'or qu elle cherchait si avidement.

A cette époque, des missionnaires de l'Église romaine avaient été plus loin que l'armée de Barreto n'avait pu le faire. Déjà, d'après ce que rapporte le senbr Bordalo, dans ses Essais historiques, le P. Gonçalo da Silveira avait subi le martyre au Monomotapa.

Il y avait même alors un nombre considérable de missionnaires catholiques dans cette partie du continent; on le voit de nos jours par les ruines des missions. J'aurais voulu faire tomber les calomnies dont les écrivains portugais ont flétri la mémoire de ces hommes courageux. Mais^ il m*a été impossible de me procurer une histoire sérieuse des travaux de ces hommes de bien ; c'est pour moi un vif regret. D après le souvenir qu'en ont gardé les natifs, on doit penser qu'ils étaient pleins de piété et de zèle. Les écrivains, dont je parlais tout à l'heure, assurent qu'ils faisaient le commerce d'esclaves; c'est probablement aussi faux que les accusations plus modernes qui, de temps à autre, se débitent contre leurs collègues des églises protestantes.

Les philanthropes ont tort, parfois, de prêter Toreille à de simples commérages des établissements de la côte, et de croire à toutes les atrocités que les cancans attribuent à nos compatriotes. Il est, d'autre part, certains individus qui, pratiquant la plus niaise de toutes les hypocrisies, s'efforcent de paraître plus mauvais qu'ils ne le sont réellement, taxent la philanthropie de faiblesse, et publient les propos que des traitants d'une immoralité reconnue tiennent contre des hoipmesqui sont l'honneur du genre humain.

Aujourd'hui les travaux des missionnaires, consignés dans des publications largement répandues, survivront aux rapports malveillants ou calomnieux. Il est à regretter que les missions catholiques d'autrefois n'aient pas joui du même avantage, et que les traductions de leurs archives, qui ont été faites dans l'idiome des indigènes, ne puissent pas être consultées. Nous ne pouvons admettre que ces hommes pieux aient risqué leur vie

pour acquérir, même parades moyens légitimes, des richesses dont la jouissance leur était défendue par la règle à laquelle ils étaient soumis*. Mais il serait du plus haut intérêt pour leurs successeurs de savoir ce qui les a fait échouer dans la propagation de la foi.

Pour'-que les pages suivantes puissent être facilement comprises, il est nécessaire de rappeler certains faits antérieurs à l'expédition du Zambèse. On sait qu'avant la découverte du lac 'Ngami, et de la région fertile qu'habitent les Makololos, on croyait généralement que l'intérieur de l'Afrique était composé de déserts sableux, où les rivières allaient s'engloutir.

Lors du voyage que je fis d'une mer à l'autre (1 852-56), traversant ainsi la portion intertropicale du continent africain, au sud de l'équateur, il se trouva qu'au lieu d'une contrée déserte où l'eau se perdait dans les sables, c'était un pays bien arrosé, d'un sol fécond, présentant de vastes forêts, de belles vallées herbeuses, habitées par une population considérable, et renfermant l'une des cataractes les plus surprenantes qui soient au monde.

On eut a'ors la certitude que cette partie de l'Afrique est un plateau élevé, déprimé au centre en forme d'auge, et présentant des fissures latérales par où les fleuves se précipitent vers la mer.

Il est impossible de parler de cette découverte sans rappeler la remarquable hypothèse de sir Roderick Murchison, président de la Société géographique de Londres, qui indiqua nettement ce trait du continent africain avant qu'il eût été vérilié par le mesurage des diflérents niveaux du sol, et par l'observation du cours des eaux ^

Pendant ce temps-là, de nouvelles clartés étaient répandues sur d'autres points de l'Afrique par le célèbre voyage du docteur Barth, les explorations de MM. Krapf, Rebman, Erkhardt, membres des missions de l'Église d'Angleterre ; les efl'orts persévérants du docteur Baikie, dernier martyr du climat africain ; par le voyage de François Gallon, et l'éminente découverte des lacs

1. Il est impossible de ne pas rendre hommage à la tolérance du docteur Li vingstone. Quelle droiture, et quelle simplicité d'âme! {Note du traducteur.)

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