CHAPITRE XXII
Qailimané. — Le colonel Nunez. — Obstacles mis à l'agriculture. — Passeports. — Retour au Zambèse. — Choupanga. — Nos canotiers de Mazaro et leurs parents. — Famine à Tête. — Dispersion d'esclaves/ — Les Portugais ne se livrent ni à la chasse ni à Tagriculture. — Remorque du Lady Nyassa. — Atrocités de Mariano. — La tombe de rÉvèque. — Sens de l'ouïe et de l'odorat chez le crocodile. — Pèche au crocodile. — Vue effrayante. — Pénétration de Pair dans toutes les parties de l'oiseau. — Retour de M. Thomton. — Le Kilimandjaro. — Générosité de M. Thomton. — Son voyage à Tété; sa mort. — Désolation. — Traite et famine. — Culture des marais. — Léthargie des survivants. — Squelettes. — Pas de salut pour ces régions tant que la traite existera. — Influence d'un vapeur anglais sur le lac Nyassa. — Fraîcheur de la verdure des montagnes. — Pas de vente de denrées. — Pas de travail. — Découragement et mauvaise nourriture. — Maladie du D'. Livingstone. — Le D'. Kirk reste auprès de lui. — Départ. — Remontrance au gouvernement portugais. — Vains efforts. — Conduite des hommes d'État portugais à l'égard de l'Afrique. — Départ du D'. Livingstone et de M Raô pour aller voir l'ancien bateau. — Femme blessée par une flèche. — Ténacité de la vie. — Le D'. Meller.
Le Pionnier reprit la mer le 18 octobre. Après avoir touché à Johanna, embarqué des Anjouhannais comme matelots, et emmené nos bœufs, nous flmes voile pour le Zambèse ; mais n'ayant pas assez de combustible, et le vent étant contraire, il fallut s'arrêter à Quilimané pour faire du bois.
On n*a pu bâtir cette ville qu'en vue de la traite. Il n'est pas un homme qui, sain d'esprit, eût jamais songé à s'établir dans un endroit aussi bas, aussi vaseux, aussi hanté par la fièvre et par les moustiques, sans les avantages qu'offre cet endroit pour le commerce d'esclaves. La barre, au moment du flux et en toute saison, peut être aisément franchie par les navires ; mais comme elle est éloignée du rivage, elle est toiyours dangereuse pour les barques.
Depuis six ans des milliers d'esclaves ont été envoyés de Qui-
limanéy sous le nom d'émigrants libres, aux ports situés au sud de cette ville, surtout à Massangano.
On trouve à Quilimané d'excellentes maisons bâties en brique, et dont les propriétaires sont hospitaliers et généreux; entre autres le colonel Nuiiez, qui est un noble exemple de ce que l'énergie et la droiture peuvent accomplir, même dans cette province.
Parti d'Europe en qualité de mousse, n'ayant personne qui lui tendit la main, il est arrivé à la fortune par des moyens honnêtes ; et persévérant dans la même voie, il est devenu l'homme le plus riche de toute la côte orientale. En 1856, à l'époque où nous descendions le Zambèse, il n'y avait dans le pays que quatre hommes en qui l'on pût avoir confiance ; et le colonel Nuûez était le plus important des quatre. Mais pendant qu'il s'élevait par son activité, des masses d'individus ont roulé dans l'abîme, en poussant, entre les bouffées de leurs cigares, des lamentations sur la paresse des nègres.
Toute entreprise agricole dans le district de Quilimané est paralysée de fait par les mesures administratives. Pour visiter une de ses fermes on a besoin d'un permis, qu'on est obligé de payer; et cette obligation, dans un endroit où le travail est déconsidéré, fait céder la gestion des biens à un maître -esclave qui ne donne au propriétaire que la part du revenu dont il lui plaît de se dessaisir.
Un passeport est également de rigueur pour se rendre à Mazaro, à Senna, ou à Tété; et il faut un permis de séjour pour passer un mois à Quilimané.
Avec un sol et un climat éminemment propres à la culture de la canne, avec des esclaves nombreux, une situation qui les met en rapport avec tous les marchés du globe, les habitants de ce district n'ont jamais pensé à faire du sucre, pas même pour leur propre usage; celui qu'ils consomment leur vient de Bombay. « Les gens de Quilimané, nous disait un Portugais d'Europe, ne savent rien entreprendre ; ils perdent tout leur temps à souffrir de la fièvre, ou à s'en rétablir. »
Entrés dans le Zambèse vers la fin de novembre, nous l'avons trouvé plus bas qu'A l'ordinaire, et ne sommes arrivés à Choupanga que le 19 décembre. Les amis de nos canotiers vinrent à notre rencontre, et félicitèrent vivement leurs compatriotes d'à-
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voir échappé aux dangers de la mer ; ils craignaient de ne plus les revoir.
Cette traversée .avait rendu |nos bateliers bons matelots, et en avait fait d'excellents serviteurs. Nous les avions loués par mois, à raison d'une pièce de cotonnade, de seize yards; ce qui représente environ dix schellings (douze francs cinquante), la cotonnade valant alors sur le marché portugais un peu plus de soixante-quinze centimes le yard. Nous avons donc payé à chacun cinq pièces d'étoffe pour quatre mois et demi de voyage. A la même époque un marchand ne donnait à ses canotiers pour sept mois de travail, que trois pièces de la valeur susdite. Si les traitants ne font pas fortune, ce n'est pas parce que la maind'œuvre est chère; c'est parce que l'ouvrier est rare. Ils ont saisi toutes les occasions d'exporter les travailleur^, et maintenant ils manquant de bras.
Nos hommes possédaient, en outre, une quantité d'habits que leur avaient donnés les matelots du Pionnier et de l* Or este ; et ils étaient regardés parleurs voisins, et se regardaient eux-mômes, conune des gens importants. Jamais ils n'avaient étési riches; ils pouvaient s'établir; aussi l'achat d'une épouse et d'une case fut-il leur premier placement : seize yurds pour la femme, et quatre pour la hutte.
, Nous aurions désiré les garder; car ils s'étaient fort bien conduits , et avaient fait leur apprentissage ; mais il n'y eut pas moyen. Toutefois, ils s'empressèrent de nous procurer du monde, et nous amenèrent tous leurs parents, deux fois plus qu'il n'en fallait : frères et cousins demandant à rejoindre le navire, et à nous suivre au Ghiré, ou ailleurs. Ils consen • tirent tous à ne recevoir que demi-paye, tant qu'ils ne cotmattraient pas la manœuvre * et bien qu'on eût enlevé du pays tout ce qu'on avait pu vendre, les travailleurs ne nous firent pas défaut.
Il y avait eu Tannée précédente, ainsi que nous l'avons dit, une sécheresse exceptionnelle, qui avait tout brûlé entre le Lupata et le Kébrabasa, et jusqu'au nord-est du pays des Manganjas. Tous les esclaves de Tété à l'exception du très-petit nombre employé comme domestiques, avaient été chassés de leurs demeures par la faim. Ils étaient maintenant dans les bois, dans les fourrés, dans tous les lieux où ils pouvaient trouver un
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aliment quelconque, racines ou fruits sauvages; et leurs maîtres s'attendaient à ne plus les revoir.
Depuis l'époque où nous y sommes venus, (1856) Tété a souffert deux fois de la disette ; et en 1854 une famine pareille à celle que nous voyons maintenant avait fait périr dans le district des milliers d'individus. Si le pays appartenait à des gens actifs et industrieux comme les colons du Cap, les moissons ne tarderaient pas à y être indépendantes des nuages. Avec les pentes et les chutes d'eau qui abondent, des hommes courageux auraient bientôt fait d'irriguer leurs terres, soit au moyen du Zambèse, soit par ses affluents. Hais une colonie comme celle-ci, qui n'est qu'un lieu de déportation, soumis an régime militaire, ne prospérera jamais. « L'intérêt du pays? nous disait le plus entreprenant des négociants de Tété, que voulez- vous que cela me fasse? Je n'ai besoin que d'une chose : m'enrichir le plus vite possible ; et aller à Bombay jouir de ma fortune. »
Néanmoins, depuis la famine, toutes les affaires étaient suspendues, ce qui ne devait pas être égal aux commerçants de Tété. Non-seulement il n'y avait plus de bras pour transporter les marchandises; mais ces mQ3sieurs pouvaient à peine se procurer des vivres pour les gens de leurs maisons.
Il avait plu à Mazaro; et la récolte y avait été passable. A, Ghoupanga, on ramassait les fruits sauvages dont la plupart sont loin d'être comestibles pour un Européen, et on les faisait sécher. On y mangeait différentes racines; entre autres celle d'une liane appelée bisé^ et qui ressemble extérieurement à la petite patate blanche ; elle a un peu le goût de la pomme de terre, et serait très-bonne si elle était un peu plus grosse*. On autre tubercule, nommé oulanga fournirait d'excellent amidon
La grosse bête est commune à quelques milles de Ghoupanga; mais bien qu'ils aiment la viande, les habitants ne sont pas chasseurs, et ne tuent guère de gibier.
1. Ce défaut de grosseur disparaîtrait certainement par la culture. La pomtne de terre, lorsqu'elle fut introduite en Europe, n'avait pas le volume que nous lui connaissons; pourtant c'était déjà un produit cultivé, tellement loin du type sauvage, qu'on ne sait pas de quelle plante elle dérive, et qu'elle paraît être une création de l'art On peut donc nous apporter le hiséj sans se préoccuper de sa petitesse. {^ote du traducteur).
Les eaux ayant enfin grandi, nous partîmes pour le Chiré le 10 janvier 1863, remorquant le Laffy Nyassa. Vende temps après, nous étions témoins des ravages de Mariano. Les survivants d*une petite bourgade, située au pied du Morambala, avaient été réduits à la dernière misère par les bandes de ce brigand. On voyait les femmes chercher des insectes, des racines, des fruits sauvages, tout ce qui pouvait être mangé, afin de traîner s'il était possible leur triste existence jusqu'à la moisson prochaine.
Deux pirogues, qui passèrent auprès de nous, avaient été pillées; leurs propriétaires n'avaient pour se nourrir que les noix de palmier qu'ils cueillaient; et s'étaient fait chacun un tablier de feuillage, les bandils les ayant dépouillés de leurs vêtements et de leurs parures.
Tous les jours nous rencontrions des cadavres flottant sur la rivière; et chaque matin il fallait enlever des roues du Pionnier ceux que les palettes avaient retenus pendant la nuit.
La population de la vallée , sur des vingtaines de milles, avait été balayée par Mariano, redevenu ce qu'il était autrefois : le grand pourvoyeur des traitants portugais. Cet immense ravage brisait le cœur. Les rives, naguère si populeuses étaient désertes, les villages brûlés. Un silence de mort, où la foule industrieuse nous vendait les produits de son travail. Çà et là, sur la berge, un appentis qui avait abrité un pêcheur jusqu'au jour où les grandes eaux, en entraînant le poisson, avaient enlevé au malheureux sa dernière ressource, et l'avaient laissé mourir.
Tingané avait été vaincu ; son peuple tué, capturé ou mis en fuite. Quelques survivants se trouvaient encore dans le village qui était au-dessus du Ruo ; mais le plus grand nombre était
mort.
Partout l'odeur et la vue des cadavres. Beaucoup de fugitifs, pris de leur dernière défaillance, étaient tombés au bord du sentier, où gisaient leurs squelettes. Des spectres efl*rayants, dont la taille montrait la jeunesse, filles et garçons, les yeux éteints, rampaient à l'ombre des cases désertes; quelques jours encore de leur faim terrible, et ils seraient avec les autres.
Oppressés par cet affreux spectacle, nous nous sommes ren-
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dus à la tombe de l'Évéque ; et bien que Fendroit où reposent les cendres d'un chrétien importe pea, c'est avec une profonde tristesse que nous avons pensé aux espérances qui s'étaient groupées autour de cet homme éminent^ quand il avait quitté les murs classiques de Cambridge, et qui se trouvaient enterrées dans ce lieu sauvage.
Comme nous exprimions nos regrets de la perte de tant de savoir et de générosité, Tun de ceux qui nous accompagnaient répondit qu'on était bien coupable d'employer des instruments de cette valeur à convertir des païens. Que s'il fallait absolument que l'entreprise fût tentée, c'était se montrer avare du cuivre et prodigue de For que de sacrifier l'élite des hommes à une pareille œuvre.
Le sacrifice est grand, nous le reconnaissons; mais un prêtre ordinaire , très-capable de desservir une paroisse ne pourrait pas fonder une mission africaine ; il faut pour cela des études et des qualités bien différentes. Quant à l'utilité de ces missionnaires éminents, ell& est comme celle d'un homme qui fonde un hôpital, et qui pourvoit à jamais aux remèdes qui n'auront plus qu'à être employés. Pût-il parvenu à introduire le christianisme dans cette région, M. Mackenzie aurait fait peu de prosélytes; mais le petit nombre de ses convertis auraient formé le noyau des légions futures-
Le Chiré baissa de deux pieds avant que nous eussions atteint le banc de sable qui nous avait arrêté l'année précédente, et cette fois nous remontions avec deux navires.
Un hippopotame fut tué à deux milles en amont de ce banc de sable, et reparut trois heures après. On l'attacha derrière le bateau ; les crocodiles arrivèrent en foule; on ne put les éloigner qu'en tirant sur eux.
La balle n'avait pas pénétré jusqu'au cerveau de l'hippopotame; elle y avait seulement enfoncé un fragment d'os qui avait causé la mort. Il ne sortait de la blessure qu'un peu de gaz et de sérosité rien autre chose ne pouvait annoncer aux crocodiles la présence d'une bête morte; et cependant ceux qui étaient derrière nous accoururent d'une distance de plusieurs milles. L'odorat, chez ces monstres, n'est pas moins développé que le sens de l'ouïe; et l'un et l'autre sont d'une finesse extraordinaire.
JoumbOy notre pilote^ afGrme que le crocodile ne dévore jamais sa proie immédiatement, qu'il la fait toujours attendre, et que plus elle est faisandée, plus il en est satisfait. La chose est fort possible. Le crocodile ne mange que par petites bouchées; il déchire difficilement la chair fraîche, et doit préférer celle qui est tendre. Pour avaler, ce qu'il fait comme le chien, il lève la tête au dessus de l'eau.
Quand nous eûmes pris la quantité de viande que nous voulions avoir, les crocodiles revinrent par douzaines, et se disputèrent le reste de l'hippopotame. On essaya de les pécher; l'un d'eux se jeta sur l'appât et fut bientôt pris. Il fallut six hommes pour le traîner; et l'hameçon s'étant redressé, l'animal disparut ; c'était cependant un hameçon à requin. On fabriqua alors un croc en fer; mais la hête ne pouvant pas l'avaler, ne tarda pas à l'aplatir avec ses mâchoires; et notre pêche en est restée là. Ainsi qu'on peut se le figurer, d'après la vigueur que déploie un saumon, la traction d'un crocodile est terriblement forte.
Le corps d'un jeune homme passa près du navire; un crocodile monstrueux s'élança avec la vitesse d'un lévrier, saisit le cadavre, et le secoua comme un terrier lait d'un rat. Il en accourut d'autres qui se jetèrent sur la proie, chacun d'eux fouettant l'eau de sa queue puissante, et la faisant tourbillonner à chaque morceau qu'il arrachait : spectacle affreux à voir. Au bout de quelques secondes il ne restait plus rien.
Ces monstres pullulaient dans le Ghiré; nous en avons compté jusqu'à soixante-sept sur un banc de sable; mais ils n'y étaient pas aussi féroces que dans certaines rivières. « Les crocodiles, écrit le capitaine Tuckey, sont tellement nombreux dans le Congo, près des rapides, que lorsque les femmes vont y remplir leurs calebasses, il y en a toujours une qui s'occupe d'écarter ces hideux reptiles; malgré cela, il arrive fréquemment que ces malheureuses sont emportées. »
Ici , pour tirer de l'eau, on se sert d'une calebasse, mise au bout d'une longue perche; ou bien on fait une palissade à Tendroit où on va la puiser.
Nous avons vu que les riverains de la Rovouma se régalaient de crocodile. A part une forte odeur de musc, cette chair ressemble à du poisson; mais en manger nous paraîtrait faire acte de cannibalisme.
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Humboldt a remarqué que, dans rAmérique du sud, les alligators de certaines rivières sont plus dangereux que les autres. On sait que Talligator diffère du crocodile en ce que la quatrième paire des dents inférieures s'enfonce dans des alvéoles de la mâchoire d'en haut, tandis que chez le crocodile proprement dit, elle se loge dans de simples échancrures latérales de cette mâchoire. Les membres offrent aussi quelque différences: chez le crocodile, les pieds de devant ont cinq doigts non palmés; ceux de derrière en ont quatre et sont réunis entre eux par une membrane ; chez l'alligator les doigts sont libres à tous les pieds. Du reste ces animaux se ressemblent tellement que sans aucun doute leur union serait féconde.
L'un des crocodiles que nous avons tués avait eu le bout de la queue emporté dans une bataille; un autre avait perdu l'un des pieds antérieurs. Nous leur avons trouvé des sangsues entre les dents, ainsi que le mentionne Hérodote; mais nous n'avons jamais vu le pluvier les délivrer de ces annélides*. Si le crocodile est plus féroce dans telle rivière que dans telle autre, cela vient certainement de ce qu'il y est affamé. Dans cette partie du Congo, où il se montre si avide, il n'y a, dit le capitaine Tuckey, d'autre poisson que le cat-fish ou poisson-chat (primelodus). Nous avons vu que dans le Nyassa, où l'eau est transparente et le poisson abondant, il est rare que l'homme soit attaqué par les crocodiles. Le Chiré est également très-poissonneux; et la seule époque où ces monstres y soient vraiment redoutables, est celle où la rivière déborde. Le poisson est alors entraîné loin de ses parages habituels, et aucun animal ne vient boire à la rivière, l'eau abondant partout. La faim pousse alors le crocodile à se mettre à l'affût, il attend les femmes qui vfendront puiser de l'eau ; et c'est ainsi que chaque année sur les bords du Zambèze il fait une quantité de victimes. Le danger est bien moins grand dans toute autre saison.
1. Les bdeUes étaient donc bien des sangsues comme Tavaient pensé les premiers traducteurs, et non pas des insectes ailés, ainsi qu*on l'a dit plus tard. Que le crocodile d'Egypte ait le palais piqué par les cousins le fait est possible; mais peut-être ne serait-ce pas un pluvier qui l'en délivrerait; tandis que celui-ci qui est amateur de vers, doit aimer les sangsues. L'alligator qui hante surtout les marécages, et dort la gueule béante, est victime des moustiques ; et ce n'est plus un vermivore, mais un todier, chercheur d'Insectes, qui Ten débarrasse.
[Note du traducteur).
Néanmoins il n'est jamais prudent de se baigner, ou de puiser de Teau dans les endroits dont on ne voit pas le fond, surtout le soir. Un de nos Makololos était allé à la rivière à la chute du jour ; il eut soif; tandis qu'il se jetait de l'eau dans la bouche, comme ils font tous en pareil cas, un crocodile surgit tout à coup et lui happa la main. Il y avait heureusement une branche d'arbre à portée du buveur, qui eut la présence d'esprit de la saisir ; et chacun de tirer tant et plus, l'un pour avoir à souper, l'autre pour sauver sa vie. La partie demeura quelque ten\ps indécise ; mais l'homme tint bon, et le monstre lâcha la main, y laissant les marques profondes de ses effroyables dents.
Tandis que nous étions arrêtés par la baisse des eaux, attendant la crue du mois de mars, le docteur Kirk et Charles Living* stone prirent une quantité d'oies et de canards qui firent une agréable diversion à la chair d'hippopotame, et à nos viandes salées. Une oie dont on voulait conserver la robe, et que pour cela on avait étranglée, afin d'avoir la peau intacte, continua de respirer par l'humérus qui était brisé; et il fallut la tuer d'une autre manière. C'était la preuve de ce fait bien connu, à savoir que chez les oiseaux l'air pénètre dans toutes les parties du corps. Il y traverse les poumons, les entoure, baigne la surface des viscères, remplit les cavités des os, et s'insinue entre les muscles du cou daiis certains espaces destinés à le recevoir. De cette façon, non-seulement l'hématose est parfaite; mais l'air se raréfie au contact du sang, dont la température est trèsélevée ; et l'oiseau acquiert à la fois la légèreté et la vigueur que réclame son genre de vie.
Le docteur Kirk a trouvé de la moelle dans le tibia de différents oiseaux, bien qu'en général on ait dit que cet os était creux.
Au mois de mars nous vîmes arriver M. Thornton, qui venait de Choupanga. On se rappelle qu'il nous avait quittés en 1859, pour se rendre auprès du baron Van der Decken , et aller avec lui au Kilimanjaro. Une ascension de huit mille pieds, faite dans ce voyage, donna la certitude que la montagne était couverte de neige perpétuelle, ainsi que l'avaient annoncé MM. Krapf et Rebman. Plus tard lebaron.de Decken s'éleva à quatorze mille pieds, mesura le plus grand des deux pics, et lui trouva une altitude d'au moins vingt mille pieds (six mille mètres) audessus du niveau de la mer.
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De retour à Choupanga, M. |Thomton avait fait la carte du premier voyage, d'après les matériaux que le baron lui avîûl fournis; ce travail achevé il s'était mis en route pour nous rejoindre. A son arrivée, il fut chargé par nous d'étudier la géologie des cataractes ; et reçut en même temps la recommandation de ne pas approcher des Âjahouas, avant de s'être assuré de la bienveillance de cette tribu.
Nous avons dit qu'après la mort de l'Évéque, les missionnaires avaient quitté Magoméro pour aller s'établir près de Ghibisa, dans la basse-vallée du Cbiré. M. Thornton, que sa tournée géologique avait amené chez ces messieurs, les voyant soufifrir du manque de viande, leur offrir d'aller à Tété, et de leur acheter des moutons et des chèvres.
n était parti depuis deux jours, quand cette démarche, à laquelle l'avait entraîné sa nature généreuse, vint à notre connaisssance. Non-seulement il ramena le troupeau qu'il avait promis, augmenté de quelques bétes qu'il avait achetées pour nous ; mais il fit un travail qui devait lui permettre de rattacher les études qu^il venait d'entreprendre à celles qu'il avait déjà faites sur le district de Tété.
Les fatigues d'une pareille marche, qui autrefois avait failli tuer le docteur Rirk et M. Rae, excédèrent les forces de M. Thornton. Il revint dans un état de maigreur et d'épuisement douloureux à voir, fut pris d'une diarrhée qui dégénéra en dyssenterie accompagnée de fièvre, et mourut le 21 avril 1863, ayant près de lui le docteur Kirk et le docteur Meller, chirurgien du Pionnier, qui ne l'avaient pas quitté d'un instant. 11 n'avait presque jamais été malade depuis qu'il était en Afrique; nous espérions que son tempérament vigoureux et sa jeunesse le tireraient de ce mauvais pas ; mais dans la nuit du 20 avril, il fut pris d'un tel délire que nous n'avons pas pu connaître ses dernières volontés; et le lendemain matin, à notre grande douleur, il avait cessé de vivre. On l'enterra le 22, sur la rive droite du Chiré, à l'ombre d'un gros arbre situé à cinq ou six cents pas de la plus basse des cataractes de Murchison, tout près d'une petite rivière où se trouvaient alors nos deux navires.
Il n'est pas de mots qui puissent rendre la désolation de cette vallée autrefois si riante. Partout les mêmes scènes de mort; partout la solitude. Où les villageois accouraient en foule, û
peine si l'on voyait une âme ; et quand par hasard vous tombiez sur un indigène, son corps émacié portait l'empreinte de lafaim, son regard exprimait la frayeur ou l'abattement.
La sécheresse était arrivée après la panique causée par les chasseurs d'esclaves. Si nous avions pu nous faire la moindre idée delà dépopulation qui s'en était suivie, nous ne serions pas revenus sur le Chiré. Les Manganjas s'étaient précipités des hauteurs, ne songeant qu'à mettre la rivière entre eux et leurs ennemis. Ils fuyaient sans provisions, laissant leurs greniers dans les montagnes; et la famine devint si grande qu'il ne resta pas assez de monde pour enterrer les morts. -Les cadavres que nous avons vu passer n'étaient que les restes des malheureux à qui des amis trop faibles n'avaient pu creuser une fosse, ou que les crocodiles, n'ayant plus faim, n'avaient pu dévorer.
11 est certain que la disette fut la cause d'une grande partie de ce désastre; mais la chasse à l'esclave en fut le principal agent. Lors des sécheresses précédentes, si les Manganjas descendaient de leurs montagnes, c'était pour ensemencer les marais, où dans n'importe quelle saison, le maïs est mûr au bout de trois mois. Cette année la crainte lès en empêcha. Quelques individus, encouragés par les missionnaires, avaient surmonté leur frayeur; mais ils se virent enlever leurs récoltes par les fugitifs, à mesure que l'épi se formait. Qui pourrait blâmer ces proscrits, mourant de faim, d'avoir volé pour se nourrir? ou s'étonner de ce que les propriétaires aient défendu à coups de lance et de massue, le faible avoir dont leur vie dépendait?
M. Waller nous avait annoncé l'horrible état de ces villages que nous avions vus si heureux ; et ses paroles, bien qu'éloquentes, ne nous avaient pas fait soupçonner la réalité. Nous les avions prises, comme on prendra les nôtres, pour le récit exagéré d'une calamité locale. Mais après avoir vu de nos yeux les épaves de cet immense désastre, nous avons compris que les maux effroyables qui découlent du trafic de l'homme sont audessus de toute exagération.
Le moyen qu'emploient les Manganjas pour obtenir des récoltes de la fange molle et noire des marais, ne serait peut-être pas venu à l'esprit d'agriculteurs plus civilisés. Ils déposent sur la vase des pelletées de gros sable de rivière , dont ils font de petits tas, placé? à deux pieds les uns des autres, et où le maïs
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est planté. A mesure qu'elles poussent, les racines prennent ce qui leur convient du sol trop gras qu'elles ont au-dessous d'elles, et puisent en même temps dans l'air qui traverse le tas de sable les éléments atmosphériques dont elles ont besoin.
Lorsque, sans être détrempé, le sol est cependant trop humide, ils font un trou qui peut avoir un pied de profondeur, y jettent la semence, la recouvrent d'une pelletée de sable, et ont une moisson abondante, que la terre féconde, mais trop mouillée, n'aurait pas donnée sans cela.
C'était ainsi que dans les années précédentes ils avaient toujours triomphé de la sécheresse. Mais cette fois la frayeur leur avait enlevé toute faculté d'agir. Les quelques survivants, même après notre arrivée, étaient en proie à une apathie léthargique. A peine si quelques-uns piochaient un coin de terre, chose étonnante chez un peuple aussi passionné pour l'agriculture. On les voyait chaque jour dévorer les épis verts qui poussaient dans les anciens champs, et qui le mois d'après auraient donné du grain. Impossible de les tirer de cette léthargie ; la laim paralyse toutes les facultés. Nous avons voulu en pousser quelques-uns à faire un effort pour se procurer des aliments; nous n'avons pas réussi. Ils avaient perdu leur ancien courage; et les yeux mornes, évitant notre regard, ils répondaient d'une voix gémissante, à chacune de nos propositions : ail ai! (non, non!)
Quelque fût l'endroit où se dirigeaient nos pas, nous rencontrions des squelettes; et les - différentes postures dans lesquelles avaient expiré les malheureux, dont ils représentaient l'agonie, étaient pour nous un sujet de remarques à la fois pénible et intéressant. On les trouvait en monceau au bas d'une pente située derrière un village, où de nombreux fugitifs, venant de Test, avaient passé la rivière. Dans l'une des cases de ce village il n*y avait pas moins de vingt tambours, que le passeur avait sans doute reçus en payement.
Un grand nombre de ces infortunés étaient morts sous des arbres touffus. Dans les montagnes ils s'étaient traînés sous les saillies des rocs. Beaucoup d'autres avaient achevé leur misère au fond de leurs cases, et les portes closes ; on y trouvait leurs cadavres, ayant de pjauvres guenilles autour des hanches, et le crâne tombé à côté de l'oreiller; puis entre les deux grands squelettes, un petit corps roulé avec soin dans une natte.
La vue de ce désert, littéralement jonché d'os humains, nous donna la ferme conviction que le dépeuplement de cette partie de la vallée, si énorme que ce fût déjà, n'était qu'une faible partie du désastre; et nous avons compris qu'il serait impossible d'établir un commerce régulier dans cette région tant que la vente de l'homme, cette iniquité monstrueuse qui pèse depuis si longtemps sur l'Afrique, n'aurait pas disparu.
Toujours persuadés qu'un navire croisant sur le lac, et faisant le commerce d'ivoire, au moyen de là Rovouma, pourrait aider à la suppression de la traita dans cette partie du continent, nous fîmes démonter le lady-Nyassa. Il se trouvait alors à cinq cents yards de la première cataracte ; et pour en faciliter le portage, nous commençâmes une route dont la longueur devait être de trente-cinq ou quarante milles. Faire pénétrer la lumière et la liberté dans cette belle partie du globe, transformée en région infernale par la cupidité d'une poignée d'hommes , était la plus belle œuvre que nous pussions rêver; et c'est avec joie que nous avons sacrifié une grande partie de notre avoir à l'avancement d'une si bonne cause.
Les ravins sont tellement nombreux au bord du Chiré qu'il fallut chercher à un mille de la rive un terrain plus uni pour y construire notre j'ou te. Là, il suffisait presque d'enlever les pierres et d'abattre les arbres ; la forêt peu épaisse, était dégarnie de sous-bois; et Ton n'avait guère ù couper qu'un tronc de faible grosseur tous les cinquante à soixante pas. Un bon charretier hottentot aurait mené un wagon du Gap à travers cette forêt sans se donner d'autre peine que d'abattre un arbre de temps à autre. L'herbe était abondante ; la tsétsé inconnue dans ce district; et nos bœufs de Johanna se portaient à merveille.
Les premiers neuf cents yards de notre chemin nous firent arriver graduellement à deux cents pieds au-dessus du point de départ; à cette hauteur la différence de climat était déjà sensible. La pente ne cessa d'augmenter, jusqu'à ce que nous eussions gagné la dernière cataracte, où l'on se trouve à plus de douze cents pieds au-dessus du niveau de la mer.
Les tristes effets de la sécheresse avaient disparu ; les montagnes, ainsi que la forêt, étaient d'un vert gai, d'une extrême fraîcheur; mais plus de ces foules qui nous suivaient autrefois
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pendant des milles ; plus de femmes chargées de légumes, de belle farine, de volailles grasses; plus de ces hommes qui accouraient pour porter notre bateau ; et le morne silence qui pesait sur ces lieux nous accablait de tristesse. Les marchands d'esclaves nous avaient tout enlevé : provisions et travailleurs. Pas d'autre aliment que le produit de notre chasse ; pas une poignée de grain ; il fallait aller chercher sur les bords du Zamhèse jusqu'aux vivres des hommes de l'équipage ; et nous en étions à plus de cent cinquante milles.
L'absence de nourriture végétale, les salaisons, les viandes sèches , la douleur de voir nos efforts déjoués par .un petit nombre de convicts, et nos découvertes ouvrir la voie aux bandes de ces misérables, triomphèrent de nos forces. Tous les membres de l'expédition eurent la dyssenterie. Le docteur Kirk et Charles Livingstone , entre autres , furent tellement malades qu'il fallut se décider à les^ renvoyer en Europe. Nous regrettions vivement cette séparation , eux-mêmes étaient désolés de partir. Après avoir tant fait, ils désiraient naturellement nous voir établis sur le lac, et jouir du résultat de leurs travaux; mais ce départ était indispensable.
Au moment où il venait d'être convenu que ceux d'entre nous qui pouvaient s'éloigner, partiraient pour la côte, afin d'assurer le passage des voyageurs sur le premier vaisseau qui se rendrait en Europe, nous fûmes pris à notre tour d une attaque de dyssenterie qui dura pendant un mois, et nous réduisit à l'état de squelette. Le docteur Kirk ne voulut pas nous quitter avant de nous avoir vu hors d'affaire; et ces messieurs ne partirent que le 19 mai.
Nous espérions, au moyen d'une vive remontrance, envoyée à Lisbonne, contre la part directe que les fonctionnaires de Tété prennent au commerce d'esclaves, obtenir quelque mesure qui aurait empêché les traitants de nous suivre, et de paralyser nos efforts. Cette démarche fut très-bien accueillie; et nous valut mille promesses du gouvernement portugais. Les autorités du Mozambique reçurent de nouveau l'ordre formel de nous prêter assistance ; et des renseignements sur nos découvertes furent demandés par le ministre de la marine et des colonies; chose inutile, car les détails que nous avions donnés à cet égard, avaient déjà servi à Son Excellence pour faire
dresser une carte dans laquelle, en changeant Torthographe des noms y elle avait voulu prouver que le docteur Livingstone n'avait rien découvert du tout.
A dire vrai le but de notre voyage était moins d'explorer de nouvelles régions que de travailler au progrès et à la liberté d'un peuple asservi et dégradé par les compatriotes du Ministre. Il nous est pénible de l'avouer : en ayant foi aux promesses du gouvernement portugais, à son désir de faire ici la moindre réforme , nous avions commis la plus étrange méprise. On doit supposer le bien* chez les autres, et croire autant que possible aux bonnes intentions des gens ; mais tout en conservant une profonde reconnaissance pour quelques-uns de leurs compatriotes, qui nous inspirent la plus haute estime, nous déclarons que la conduite des hommes d'Ëtat portugais à l'égard de cette province est tout simplement infâme.
Lorsque la route fut complètement faite sur un espace de quelques milles, et que nous eûmes dressé les bœufs, nous primes le parti de remonter la rivière, et d'aller acheter des vivres aux tribus méridionales du lac, chez lesquelles les Ajahouas n'avaient pas pénétré. Avant de transporter un nouveau bateau au delà des cataractes il était sage d'aller examiner celui que nous avions suspendu à la branche d'un arbre, dix-huit mois auparavant. Le Pionnier, que nous laissions à la garde de M. Edouard Young, fut couvert d'une toiture, composée de brins d'euphorbe et de grandes herbes, qui protégea le pont contre l'ardeur du soleil. Tous les jours notre patit navire recevait le même nettoyage qu'un vaisseau de ligne; et de temps à autre on l'amenait au milieu du Chiré, où l'air circulait plus largement. Il fut recommandé aux trois chauffeurs, au voilier et au charpentier, quand ils auraient fini leur tâche, de se livrer à la chasse aux pintades, qui au mois de juin, après le retrait des eaux, arrivent par bandes nombreuses au bord de la rivière, et perchent la nuit sur les arbres du voisinage. Tout ce qui peut occuper l'esprit et le corps, est préservatif de la fièvre.
Pendant la convalescence des uns et des autres on avait réparé la machine du Pionnier, débité des arbres de manière à avoir des planches pour renouveler les aubes des roues ; et fait un jardin potager, muni dune pompe qui devait y amener l'eau de la rivière, dès que le besoin s'en ferait sentir. Nous avions fumé
notre terrain, chose nouvelle dans le pays ; et un carré avait été mis en froment, qui semé au mois de mai, à l'époque où le temps est frais et humide, poussait d'une façon merveilleuse. Ce résultat est d'un grand intérêt; il prouve combien il serait facile à une mission de se procurer du blé, en détournant l'un des ruisseaux qui coulent dans la montagne. Le bon Évéque le savait bien; malheureusement il fit ses semailles dans la mauvaise saison. Si nous avions pu soigner notre blé, nous aurions fait la moisson au bout de quatre mois; mais le devoir nous appela bientôt ailleurs.
Tandis que ces divers travaux nous occupaient, quelques-uns des affamés de l'autre rive traversaient la rivière pour venir couper le sorgho qui s'était ressemé de lui-même dans les champs abandonnés. Le 9 juin, dans l'après-midi, nous vîmes passer une pirogue s'en allant à vau l'eau, cette pirogue était vide. Peu de temps après on aperçut une femme qui nageait vers la berge, à deux cents mètres environ du navire. Nos canotiers prirent la chaloupe, et nous ramenèrent la malheureuse. Elle avait dans le dos un bout de flèche de huit à dix pouces de long, qui avait pénétré au-dessous des côtes; et qui, remontant vers le cœur, avait traversé le diaphragme et le poumon gauche : on l'avait tirée par derrière au moment où elle se baissait. 11 sortait de l'air par la blessure ; et comme il y avait à peine un pouce de la pointe barbelée qui parût au dehors nous pensâmes qu'il valait mieux laisser la pauvre femme tranquille, que de courir le risque de la tuer en faisant l'extraction du fer. La blessée fut transportée dans sa case , où l'un de ses parents fut moins scrupuleux que nous ; il ouvrit la plaie, et arracha la flèche avec une partie du poumon. M. Young envoya de temps en temps du sorgho à la aalade, qui non-seulement finit par guérir, mais recouvra toute sa vigueur. Il y a chez cette race une puissance réparatrice merveilleuse; et ce n'est pas une faim bénigne qui a pu tuer les nombreux milliers d'hommes dont nous avons vu les cadavres.
Seul maintenant pour veiller à la santé de l'équipage, le docteur Meller ne put pas nous accompagner dans notre excursion; nous l'avons regretté vivement. Il s'occupa toutefois de botanique et d'histoire naturelle dès que la saison des maladies, qui arrive en mars, et dure jusqu'au mois de juin, fut complé-
tement passée. A la fin de Tannée, au moment où il aurait pu se livrer à ses recherches, il descendit le Zambèse pour se rendre à Madagascar où on lui avait offert une position ; et fut tellement malade pendant son séjour à la côte qu'il resta près de deux ans sans pouvoir travailler. Néanmoins il n'est pas douteux pour nous que ce champ d'étude, encore vierge, ne lui fournisse l'occasion de se faire une place distinguée parmi les naturalistes.