‹ Exploration scientifique de la TunisieChapitre 23 sur 58 · FLORE NATURELLE ET PRODUCTIONS VÉGÉTALES DUES À LA CULTURE · texte numérisé non relu

FLORE NATURELLE ET PRODUCTIONS VÉGÉTALES DUES À LA CULTURE

La flore de l'Afrique septentrionale appartient, jusqu'à l'Atlas, à la grande zone naturelle qu'on a justement qualifiée de «méditerranéenne », et que caractérise essentiellement la culture de l'olivier. Au delà de la chaîne atlantique commence une région toute différente, celle qu'on a appelée la zone saharique, c'est-à-dire l'immense désert qui s'étend, en longitude, à travers toute l'Afrique et une partie de l'Asie, du Sénégal jusqu'à l'Indus, et, en latitude, de l'Atlas jusqu'au Soudan.

«L'uniformité de la végétation ou l'unité botanique de la région méditerranéenne, dit M. Ch. Martins, ne saurait être mise en doute. Elle est telle que cette région forme réellement

? Cod. Theod., tit. XIX, τὸ:

«Imppp. Gratianus, Valentinianus et Theodos. AAA. Floro PF. P. :

«Cuncti qui, per privata loca, saxorum venam laboriosis effossionibus persequuntur, decimas fisco, decimas etiam domino repraesentent : celero modo suis desideriis vindicando. Dat. 1v Καὶ. Septembr. Constantinop. Artonio et Syagrio Coss. » Cf.1.8.

? Cod. Theod., tit. XIX, 13 :

« Imppp. Valentinianus , Theodos. et Arcad. À À A. Rufino PF. P. :

« Privatorum manus ab exercendo quolibet marmoreo metallo prohiberi praecipimus, ut fiscalibus instantia locis liberior relaxetur. Si quis vero clandestino opere vetita deinceps exercere temptaverit, omne id , quidquid exciderit, jari fisci et publico vindicandum. Dat, Prid. Id. Febr. Constantinop. Theod. A. III et Abundantio Coss.» (393).

ὁ Le scrupule était la vingt-huitième partie de l'once.

un centre de création distinct de ceux qui l'entourent, comme si les bords de cette mer intérieure n'étaient que les restes d'une vaste région disparue sous les eaux;... la flore de la région littorale de l'Algérie reproduit celle du continent qui lui fait face, et chaque province participe de la végétation du rivage européen le plus voisin. La flore de la province d'Oran rappelle celle de l'Espagne; la végétation de la province d'Alger est celle qui offre le plus de ressemblance avec la végétation de la Provence et du Languedoc, et le voisinage de la Sicile se fait sentir dans celle de Constantine... D'un côté du bassin comme de l'autre, les terrains stériles sont occupés par les mêmes plantes, et la garrique du midi de la France offre partout son aspect caractéristique. Le chêne vert, le chêne-liège, le micocoulier (celus australis), le peuplier blanc, le pin d'Alep, le figuier, l'amandier, le laurier d'Apollon, l'olivier, le jujubier, le caroubier, tantôt à l'état sauvage, tantôt cultivé, deux espèces d'arbousiers, deux genévriers (juniperus oxycedrus, juniperus phoenicea) , les phyllireae, le myrte, le grenadier, les lentisques et les térébinthes, le sumac, les Ογ 1565, les genêts, le redoul, l'épine du Christ, l'anagyre fétide, le palmier nain, les cistes et les labiées odorantes à tige ligneuse, thym, romarin, sauge et lavande, forment le fonds commun de la végétation arborescente. Les lauriers roses ornent de leurs toufles fleuries le lit des torrents, et les tamaris se maintiennent sur les plages sablonneuses de la mer, où la scille maritime et le lys narcisse étalent leurs larges feuilles, .. |

. «Entre cette zone et celle du Sahara s'étend une zone intermédiaire, composée des gradins successifs par lesquels le massif atlantique s'élève graduellement au-dessus de la Méditerranée et de la mer de sables, et à laquelle on a donné le

IMPRIMERIE NATIONALE

nom de sous-région des hauts plateaux. Dépourvue, en général, de végétation arborescente, parcourue en été par d'immenses troupeaux, dont la dent ronge les plantes jusqu’à la racine, cette zone n'offre plus les: cultures variées de la région méditerranéenne. L'orge est la seule céréale qui y mürisse sûrement ses grains. La vigne et l'olivier réussissent sur beaucoup de points et sont destinés à couvrir un jour la nudité de ces plateaux, que le libre parcours des troupeaux et l'incurie arabe ont dépouillés de leur verdure. Deux arbres habitent encore cette région : le cèdre, qui couvre quelques-unes-des cimes ou des gorges des montagnes isolées dont les massifs abrupts interrompent ces plaines uniformes, et le betoum ou pistachier de l'Atlas. Un frêne spécial, le fraxinus dimorphe, les deux genévriers, des tamaris sur le bord des sebkhas, sont également communs sur les hauts plateaux, et deux herbes, l'alfa (stipa tenacissima) et l'armoise blanchâtre (artemisia herba alba), recouvrent d'immenses espaces d'un tapis uniforme !.»

La région saharienne est essentiellement caractérisée par le palmier: c'est là seulement que ses fruits mürissent complètement?. Nous ne citerons que pour mémoire deux plantes particulières au désert de sable, le drin (arthratherum pungens), graminée qui élève à deux mètres au-dessus du solises longues feuilles linéaires, si recherchées par les chameaux, et l'ezel, arbrisseau de la famille des polygonées, dont le tronc ligneux porte des branches noueuses terminées par de nombreux ra-

1 Ch. Martins, Le Sahara et la végétation du désert.

* I ne faut pas moins de 5,100 degrés de chaleur, accumulés pendant huit mois, pour que la datte mürisse entièrement, et la chaleur n'étant utile au dattier qu'à par-

tir du dix-huitième degré, toute températureinférieure à ce degré n'entre pas dans ce calcul. Si la somme de chaleur est moindre, les fruits nouent, mais grossissent à peine et restent privés de la fécule et du sucre qui constituent leurs propriétés nutritives.

—+x( 275 jses—

meaux verts, cylindriques δὲ sans feuilles, qui se détachent et tombent pendant l'hiver. Ni l'une ni l'autre de ces deux plantes n'ont de place dans l'histoire de la flore antique, à laquelle cette esquisse sommaire de da végétation africaine, telle qu’elle s'offre à nous, formait une indispensable introduction.

Salluste nous représente le sol de l'Afrique, si fertile en moissons et en pâturages, comme peu favorable à la végétation arborescente : « Ager frugum fertilis, bonus pecori, arbore infecundus. » Le dernier trait de cette description ‘n'est vrai que dans une certaine mesure et autant qu'il s'applique à l'aspect général du pays que Salluste avait administré; nous savons par saint Augustin que les plaines de la Numidie septentrionale, comme celles de l'Afrique propre, n'étaient guère plus boisées qu'aujourd'hui; mais d'autres témoignages ne permettent pas de douter que certaines parties de ces deux provinces ne possédassent de véritables forêts.

Le premier en date est le texte d'Hérodote que nous avons déjà cité, et qui représente le lac Triton comme séparant les plaines nues et sablonneuses de la région syrtique des terres élevées et couvertes de bois de la Libye occidentale. Le Djebel Atra et le Djebel Berda, qui dominent la rive septentrionale du Chott el-Djerid , sont encore très boisés : la sombre verdure qui couvre leurs cimes contraste avec les flanes dénudés de la chaîne des Chereb et du Djebel Arbet. Sur ce même versant saharien des hauts plateaux, entre Feriana et le Bahirt el- Arneb, il existe de véritables forêts, peuplées de bêtes fauves. Le Djebel Chaâmbi, le Djebel bou-Ghanem et les plateaux des Frachich ‘offrent également d'épais fourrés de pins, repaire habituel des lions qui hantent cette partie du sud tunisien. Toute cette région présente donc encore les caractères que lui

Forêts.

attribue Hérodote, et il est évident box τι n'était pas moins boisée à l'époque romaine. R

En Algérie et dans la même zone nous tt les forêts de l'Aurès, donidé nom berbère, Aouras, signifierait «les cèdres ! et pouvait avoir le même sens en libyen, puisqu'il est parer ment d'origine libyenne. Plus au nord et toujours dans cette région des hauts plateaux, nous rencontrons dans les gorges de Chellela, près de Batna, les débris d'autres forêts de cédres.

I n'est donc pas douteux que le sud de l'Afrique propre et de la Numidie n'ait été en partie boisé dans l'antiquité. Nous croyons même que cest là qu'il faut chercher ces forêts qui nourrissaient les éléphants dont parlent tant de textes anciens. Nous reviendrons sur ces témoignages au chapitre spécialement consacré à la faune africaine. Nous constaterons seulement ici que l'éléphant ne pouvait vivre, au nord du Sahara, qu'autour de ces immenses cuvettes de la partie méridionale des hauts plateaux qui forment le réservoir naturel des eaux descendues des versants opposés des deux chaînes atlantiques. Là seulement se trouvaient réunies les deux conditions indispensables à T existence des grands pachydermes : de l'eau et d'épais fourrés.

Les PR de l'époque romaine prouvent également que l'Afrique possédait de véritables richesses forestières. Salluste lui-même parle de saltuosa loca. Les armées romaines, dans le cours des guerres puniques, trouvent sur place, non seulement les bois nécessaires à leurs retranchements, mais les gros matériaux de charpente qu’exigeait la construction de leurs machines et de leurs tours ?. Pline mentionne les cèdres

! Nous devons dire que cette significa- dil en tamahak et inguel dans le dialecte tion du mot Aouräs, admise par quelques du Djurdjura. berbérisants, est contestée par d'autres. ᾿ Appien , VILE, xcvrr : Ô Κηνσωρῖνος ἐπὶ

Le véritable nom du cèdre est iguil ou igui- ὕλη és μηχανὰς διέπλευσς διὰ τῆς λίμνης.

de la Nümidie'; Juvénal fait allusion à ces grands bois de Thabraca, qui existent encore”; Corippus, qui était né en Afrique, parle à chaque instant des forêts de la Byzacène*. L'épigraphie, de son côté, nous révèle l'existence, tant dans la Numidie que dans l'Afrique propre, de saltus, dont quelquesuns dépassaient en étendue le territoire de certaines cités ". Il y a plus : toute une série de dispositions législatives attestent l'exportation régulière des bois d'Afrique à destination de Rome”. La province était donc assez boisée pour qu'elle pût

1 Hist. nat., XVI, Lxxix. 1 Tels sont : le saltus Philomusianus,

# Sat. x, v. 194:

nomimé dans une inscription trouvée dans

ΘΠ, ἀρ ube padit Thobraca data les environs de Simittu; le saltus Buruni-

% Johannide, IL, v. 5 :

τ τ Gastraque munivit posuitque impervia silvis. “Ibid., v. 53 :

Silcadenitque ferus, celsis qui vivida silvis

tanus, mentionné dans la Table de Soukel-Khmis (C. 1. L., t. VIII, 10570); le saltus Bequensis (ibid., 270); le saltus Massipianus (ibid., 587); le saltus Horreorum (ibid., 8h25, 8426).

Aelius Gallus (ap. Fest., Ρ- 244) définit

.+Bella dolis metuenda parat.

Jbid v. 57:

Mercurios colles et densis Ifera silvis.

Ibid., v. 62

Macaresque vagi, qui montibus altis Horrida praeruptis densisque mapalia silvis Objectae condunt securi rupis ad umbram.

Zbid., v. 424 :

... Et densae radiant in nubila silvae.

Ibid., v. 463: 7

Silvis bellare videtur Ipse sibi.

Ibid. , IT, v. 23:

Ibat in adductas densis exercitus umbras

* Arboribus.

: ' Ibid., VI, v. 143 :

Urbs Laribus mediis surgit tutissima silvis.

ainsi le saltus : «Saltus est ubi silvae et pastiones sunt.» Le saltus représentait, par conséquent, les « prés-bois » des montagnes du Jura.

5 Cod. Theod., liv. XIIL, tit. 1v, 1. 10:

«Impp. Valentinianus et Valens A. A.

ad Ampelium, proc Africae :

«Navicularios africanos qui idonea publicis dispositionibus ac necessitatibus, ligna convectant, privilegiis concessis dudum rursus augemus. Dat. ur. Id. Mart.

Hadrianop. Divo loviano et Varroniano Coss. »

Godefroi a fait remarquer ayec raison qu'il faut lire Ma. La loi est donc du 13 mai 364.

Une autre loi de Valentinien, du 2 décembre 369, fixe à soixante le nombre des naviculari chargés, par la législation de Constantin, de fournir les bois néces-

Citrus,

—#3( 278 ).ς:--non seulement suflire à sa propre consommation, mais exporter encore des approvisionnements considérables de bois de chauflage et de charpente.

L'Afrique, on peut donc l'aflirmer, était beaucoup plus boisée à l'époque romaine qu'elle ne l'est aujourd'hui. La diminution de ses richesses forestières semble dater de la fin du régime impérial. Nous avons vu dans quelles proportions l'agriculture avait déjà décliné au γ᾽ siècle : l'abandon des terres eut pour conséquence l'extension du droit de parcourstet de pâture, si fatal à la végétation arborescente; les incursions des Maures, les incendies périodiques qui les signalaient”, augmentérent singulièrement le mal. Les dévastations systématiques par lesquelles les indigènes essayèrent vainement de combattre l'invasion arabe * accrurent, dans une proportion déjà irréparable, la dévastation des forêts africaines. Le régime arabe l’acheva.

Parmi les rares essences forestières que nomment les auteurs anciens, il en est une, le citrus, qui joue un rôle important dans l'histoire du luxe romain : elle fournissait des tables

saires à la consommation des thermes de furent, à ‘plusieurs reprises, confirmés

la ville de Rome :

« Impp. Valentinianus et Valens ad Olybrium P. V. :

«Sicut olim de dinteonibus et navicularis Divus Constantinus instituit, ita nunce ex omnibus sexaginta ad praesentis necessitatis teneantur inpensas. . . Sed sollicita inspectione prospiciatur, ne ἃ quoquam amplius postuletur, quam necessitas exegit lavacrorum, vel instituta jamdudum forma praescripsil. Dat. 1v. Non. Decembris. Triv. Valentiniano NB. P. et Victore Coss. »

Les privilèges des naviculart africains

par Honorius (L. 30, 31 et 36 De nawculariis).

! C’est aux bois de charpente que paraît s'appliquer l'expression idonea publicis dispositionibus ligna, qu'on trouve dans la loi du 13 mai 364.

? Corippus, Johannde, passim.

ἡ D'aprèsleshistoriensarabes, l'Afrique, au moment de l'invasion musulmane, « ne formait qu'un seul ombrage, depuis Tripoli jusqu'à Tanger.» La reine berbère Damia el Kahena, voulant opposer le désert aux envahisseurs, donna l'ordre de tout brüler.

d'un prix fabuleux. On conservait encore au temps de Pline celle que Cicéron avait payée un million de sesterces (210,000 francs), et qui était la plus ancienne qu'on connût. Celle d'Asinius Gallus avait: coûté 1,100,000 sesterces. Deux tables de citre ayant appartenu au roi Juba et vendues à l'encan furent adjugées, l'une à 1,200,000 sesterces, l'autre à une somme un peu moindre. Un autre meuble de ce genre, appartenant à la famille des Cethegus, avait atteint le prix d'un grand domaine : 1,400,000 sesterces (294,000 francs). On utilisait pour ces tables le nœud de la racine de l'arbre, et l'on peut se faire une idée, ajoute Pline, de la grosseur du citre et de ses racines en considérant les tables rondes qu'il fournit. La plus grande que l'on eût encore vue était celle de Ptolémée, roi de Maurétanie : elle était faite de deux demi-circonférences réunies ensemble et mesurait quatre pieds et demi de diamètre sur trois pouces d'épaisseur. La plus grande table de citre d'un seul morceau portait le nom de son premier possesseur, Nomius, affranchi de Tibère : elle était large de quatre pieds moins trois quarts de pouce, sur une épaisseur de six pouces moins la même fraction. |

Le principal mérite de ces tables, au dire de Pline, était d'offrir des veines disposées en cheveux crêpés ou en petits tourbillons. Les pièces de la première espèce portaient le nom de #igrinae; celles de la seconde, de pantherinae. D'autres, à ondulations crépées, étaient plus recherchées encore lorsqu'elles reproduisaient les yeux de la queue du paon. Venaient ensuite celles dont les veines figuraient des grains entassés et serrés, densa veluti granit congerie, et que leur ressemblance avec la graine d'ache avait fait surnommer apiata.

C'était à la couleur du citre qu'on attachait le plus d’importance : la nuance.de vin miellé, avec des veines brillantes, était

la plus estimée, Après la couleur, c'était la grandeur qu’on recherchait : on voulait des troncs entiers, et plusieurs dans une seule table : «Jam toti caudices juvant, pluresque in una. » Les défauts qui dépréciaient le citre étaient l'absence d'éclat, un fond uni et sans dessin, ou des dessins semblables à Ja feuille du platane; la ressemblance avec la couleur ou les veines de l'yeuse, des fentes ou des gerçures produites par da chaleur et les vents; une bande noire semblable à une murène, une couleur ponctuée comme celle de l'écorce du pavot, en se rapprochant du noir; enfin des taches d'une couleur sombre, maculae discolores.

Les indigènes enfouissaient le citre encore vert après l'avoir enduit de cire. Les ouvriers le faisaient ensuite sécher pendant sept jours sur des tas de blé et attendaient encore sept autres jours. Grâce à ces précautions, le poids de la pièce était singulièrement diminué. Le citre se desséchait aussi par laction de l’eau de mer, et prenait alors une dureté et une densité qui le rendaient inaltérable. Aucun procédé ne lui donnait ces qualités au même degré. On entretenait le lustre du citre en le frottant avec la main sèche.

Le citre portait en grec le nom de thyon ou thya. Théophraste en parle comme d'une essence des plus estimées; les charpentes faites de ce bois duraient, pour ainsi dire, éternellement, et sa racine veinée fournissait la matière des ouvrages les plus précieux '. On le trouvait dans la partie inférieure de la Cyrénaïque; le plus estimé venait de l'oasis du Temple de Jupiter Hammon.

Ὁ Theopbr. , Hist. plant., V, αν : Τὸ δὲ καρπῷ, μᾶλλον δ᾽ ὥσπερ κυπάριτΊος ἀγρία... Θύον, οἱ δὲ Θύαν καλοῦσι... τὴν μὲν uop- ἀσαπὲς γὰρ ὅλως τὸ ξύλον οὐλότατον δὲ Cv ὅμοιον κυπαρίτήῳ καὶ τοῖς κλάδοις, τὴν ῥίξαν ἐστί" καὶ ἐκ ταύτης τὰ σπουδαιόκαὶ τοῖς φύλλοις, καὶ τῷ σήελέχει, καὶ τῷ τατα ποιεῖται τῶν ἔργων.

“ον 281 )es—

Pline ajoute que le citre était surtout fourni par la partie de la Maurétanie voisine de l'Atlas, et notamment par le mont Ancorarius, dans la Maurétanie Citérieure, qui donnait la variété la plus recherchée. Il était, du reste, déjà épuisé de son temps. Le naturaliste romain décrit le citrus comme un arbre semblable par le feuillage, l'odeur et le tronc, au cyprès femelle (cupressus sempervirens L.). Aussi croit-on le retrouver dans le thuya articulata d'Algérie, qui présente à peu près les mêmes caractères et dont le bois, richement veiné, peut rivaliser avec les essences les plus recherchées par l'ébénisterie moderne.

D'après une épigramme de Florus’, on attribuait au fruit du citre certaines propriétés médicales :

Stat similis auro citri mirabilis arbos, Omnibus autumni anteferenda bonis.

Haec ornant mensas, haec praestant poma medellam, Cum quatit incurvos tussis anhela senes.

Pline cite encore, parmi les essences forestières africaines, l'yeuse (quercus coccifera), qui donnait une belle teinture écarlate *, le peuplier libyque (le tremble, en arabe sa/sa/)° et le cèdre. Le cèdre d'Afrique était un des plus estimés“. Les poutres de cèdre de Numidie employées dans la construction du temple d'Apollon, à Utique, existaient encore, au premier siècle de notre ère, telles qu'elles avaient été posées lors de la fondation de la ville, 1178 ans auparavant”.

Notre Algérie offre encore quelques vestiges de ces forêts de cèdres numides, notamment dans les gorges du Chellala, près

* Anthol. lat., ed. Riese, 170. ® Pline, XVI, zxxix : « Memorabile et

? Pline, XVI, xr. Uticae templum Apollinis, ubi Numidi-

ὁ Pline, XVI, xxxv. carum cedrorum trabes durant ita ut po-

ΔΛ Pline, XVI, zxxvi : «At cedrus in sitae fuere prima urbis cjus origine, annis Creta, Africa, Syria, laudatissima. » MCLXXVIIL »

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L'yeuse.

Le tremble.

Le cèdre,

LL ohvier.

de Batna et de Teniet-el-Had, au sud de Miliana et dans le Djerdjera. « Jeunes, les cèdres de l'Atlas ont une forme pyramidale; mais quand ils s'élèvent au-dessus de leurs voisins ou du rocher qui les protège, un coup de vent, un coup de foudre, un insecte qui perce la pousse terminale, les priveñt de leur flèche; l'arbre est découronné : alors les branches s'étalent horizontalement ct forment des plans -de verdure superposés les uns aux autres, dérobant le ciel aux yeux du voyageur, qui s avance dans l'obscurité sous ces voûtes impénétrables aux rayons du soleil. Du haut du sommet élevé de la montagne, le spectacie est encore plus grandiose. Ces surfaces horizontales ressemblent alors à des pelouses du vert le plus sombre ou d'une couleur glauque comme celle de l’eau, sur lesquelles sont semés des cônes violacés; l'œil plonge dans un abîme de verdure, au fond duquel gronde un torrent invisible. Souvent un groupeisolé attire les regards; on s'approche et, au lieu de plusieurs ‘arbres, on se trouve en face d'un seul tronc, coupé jadis par les Romains ou les premiers conquérants arabes; l'arbre a repoussé du pied; des branches énormes sont sorties de la vieille souche; chacune de ces branches est un arbre de haute futaie, et les vastes éventails de verdure étalés autour du tronc mutilé ombragent au loin la terre. Quelquesuns de ces cèdres sont morts debout, leur écorce est tombée et, squelettes végétaux, ils étendent de tous côtés leurs bras blanchis et décharnés !. »

Columelle donne le premier rang à l'olivier parmi tous les arbres utiles, prima omnium arborum. « La limite de la culture de l'olivier est celle de dla région méditerranéenne. Partant de Perpignan, la courbe qui la circonscrit passe par Arlessur-Tech et Olette dans les Pyrénées-Orientales, Carcassonne

1 Ch. Martins, Le Sahara.

dans l'Aude, puis, pénétrant dans les vallées abritées des Cévennes, elle traverse Saint-Chignan, Saint-Pons et Lodève dans l'Hérault, le Vigan et Alais dans le Gard, Joyeuse, Aubenas, Beauchastel dans l'Ardèche, où elle atteint son point le plus septentrional par 44° 50° de latitude; elle redescend ensuite vers le sud, coupe le Rhône à Douzères, descend à Nyons dans la Drôme, puis à Sisteron et à Digne dans les Basses-Alpes, à Bargenon et Grasse dans le Var, et à Saorgio dans les Alpes- Maritimes. Elle longe ensuite le pied méridional de l'Apennin, passe au nord de Florence, traverse la Dalmatie, coupe le méridien un peu au sud de Constantinople, et se termine dans VAsie Mineure, sa patrie originelle. De là l'olivier s'est successivement étendu, dès la plus haute antiquité, en Syrie, en Palestine, en Grèce et dans le nord de l'Afrique, où il prospère admirablement depuis la Cyrénaïque jusqu'au Maroc. En Espagne, cet arbre est cultivé sur toute la côte orientale, depuis les Pyrénées jusqu'au détroit de Gibraltar. L'olivier entoure ainsi le pourtour de la Méditerranée d’une ceinture continue, qui n'est interrompue que par l'Égypte, où d'autres cultures plus fructueuses l'ont remplacé, sans l'exclure totalement. C'est donc avec raison que les dénominations de région méditerranéenne ou région des oliviers sont admises comme synonymes par les naturalistes et les géographes modernes |. »

On s'est appuyé sur deux textes antiques pour aflirmer que la culture de l'olivier n'avait été introduite que fort tard dans l'Afrique septentrionale. L'un est un passage de Fenestella, reproduit par Pline ?; l'autre, la phrase dans laquelle Diodore

© Ch. Martins, Le Sahara. Italia, Hispaniaque , aut Africa, Tarquinio ? Pline, Hist. nat., XV, 1: « Fenestella Prisco regnante, ab annis populi romani vero (aiebat oleam) omnino non fuisse in cLxxtir.»

44 284 je prétend qu'à l'époque de la guerre de Sicile (312 avant notre ère), les Agrigentins importaient une grande quantité d'huile à Carthage, «la Libye n'étant pas encore plantée d'arbres fruitiers !.»

On a forcé le sens des mots οὔπω γὰρ κατ᾽ ἐκείνους τοὺς χρόνους τῆς Λιδύης meQureuuérns en en concluant que l'ohvier n'existait pas en Afrique. Diodore a seulement voulu dire que l'Afrique, à cette époque, ne produisait pas assez d'huile pour suffire à ses propres besoins. Le même historien, au chapitre vu du 20° livre, constate que l'armée d'Agathocle, en arrivant en Afrique, fut émerveillée de la beauté des vignobles et des plantations d'oliviers du territoire de Carthage ?. Quant à l'assertion de Fenestella, elle ne doit pas être prise plus au sérieux que celle de Pline lorsque ce dernier auteur affirme «que les autres provinces de l'Empire produisent aussi des oliviers, à l'exception de la fertile Afrique, qui ne donne que du froment ÿ.» Pline, comme Diodore, nous permet lui-même de réduire son asserlion à sa juste valeur, lorsqu'il: ajoute : Oleum ac vinum non invidit tantum, satisque gloriae in messibus fuit. «La nature s'est bornée à ne pas lui refuser l'huile et le vin : de riches moissons suflisent à sa gloire.» ἃ d'autres endroits, d'ailleurs, il parle des oliviers de Tacape et d'une espèce d'olive douce qu'on ne trouvait qu'en Afrique et en Lusitanie près d'Emerita”.

᾿ Diodore, XIIT, rxxxr, 4-5 : Kai τὸ æheîolov τῆς χώρας ἐλαίαις κατάφυτον, ἐξ ἧς παμπληθῆ κομιξόμενοι καρπὸν ἐπώλουν εἰς Καρχηδόνα. Ούπω γὰρ κατ᾽ ἐκείνους τοὺς χρόνους τῆς Λιβύης πεφυτευμένης, οἱ τὴν ἀκραγαντίνην νεμόμενοι τὸν ἐκ τῆς Λιβύης αντιβορτιζόμενοι π΄“ λοῦτον οὐσίας dmislous τοῖς μεγέθεσιν ἐκέκτηντο.

? XX, vin, ἡ : H δὲ χώρα ἡ μὲν ἦν

* Pline, XV, πὶ : « Vicina bonitas provincüs, excepto Africae frugifero solo. Cereri tantum id natura concessit. Oleum ac vinum non invidit tantum, satisque gloriae in messibus fuit. »

Ἢ Pline, XV, 1v : « Sunt et praedulces, per se tantum siccatae, uvisque passis dul-

H est inadmissible que les colonies de Tyr et de Sidon n'aient pas introduit dans leurs établissements de la côte septentrionale d'Afrique une culture que la race cananéenne avait connue dés la plus haute antiquité‘ : tous les livres de l'Ancien Testament parlent de l'huile et de ses divers emplois. Une des plus anciennes colonies phéniciennes de la région syrtique, Zitha , devait ce nom significatif? à ses plantations d'oliviers, et la légende locale conserve, sous une forme un peu étrange, le souvenir de cette richesse spéciale, lorsqu'elle affirme qu'un aqueduc portait à Zerzis, port de Zitha, l'énorme quantité d'huile qu'elles produisaient.

Un passage de Magon, cité par Pline, constate qu'il existait en Afrique beaucoup d'oliviers qui rendaient jusqu'à mille livres d'huile par an, et qui avaient reçu en conséquence le nom de « milliaires » Ÿ.

L'agronome carthaginois recommandait de planter les oliviers sur les coteaux, dans des lieux secs; dans un terrain argileux, entre l'automne et le solstice d'hiver; dans un terrain fort, ou humide, ou un peu arrosé, depuis la moisson [115qu'au même solstice; précepte, ajoute Pline, qui s'applique à l'Afrique“.

Un usage également particulier à cette contrée était de ne

ciores, admodum rarae, in Africa et circa Emeritam Lusitaniae. »

* Sur l'origine hby-phénicienne de la culture de l'olivier et sur son introduction successive en Sardaigne et en Sicile, symbolisée par le mythe d'Aristée, voir Hehn, Kulturpflanzen und Hausthiere in ihrem Ucbergang aus Asien nach Griechenland und Italien, Berlin, 1877.

* nn de nv, olea.

* Pline, XVII, xix : «ln Africa vero

milliarias vocari multas narrant a pondere olei quod ferant annuo proventu. »

D'après un précepte de Magon, l’intervalle entre les plants d'oliviers devait être de 75 pieds en tous sens; de 45 pieds au moins dans un sol maigre, dur et exposé au vent : « Ideo Lxxv pedes Mago intervallo dedit undique : aut in macro solo, ac duro, atque ventoso, quum minimum XLV.»

(Pline, bd.)

# Pline, XVII, xxx.

—#+2( 286 )....-grefler l'olivier que sur l'olivier sauvage. L'opération se faisait parscions et par inoculation ?,

L'Afrique dut fournir annuellement à Rome, après la campagne de César, trois millions de livres d'huile (près d'un million de kilogrammes) ἡ. Ce chiffre, donné par Plutarque, étant précisément celui de la quantité d'huile que Leptiminus fut condamnée à livrer chaque année, on peut supposer que cette ville, à l'époque de César, eut à supporter seule la taxe en nature qui reçut depuis le nom d'oleum urbicarium.

Les habitants d'Oea voulurent donner à Septime Sévère, leur compatriote, une preuve de leur reconnaissance en lui envoyant chaque année une certaine quantité d'huile, qui fut en partie distribuée au peuple romain. A la mort de l'empereur, Fapprovisionnement en huile était assez considérable pour suflire pendant cinq ans, non seulement aux besoins de Rome, mais à ceux de l'Italie, où la culture de l'olivier avait été abandonnée“. La prestation, d'abord toute volontaire, des Tripolitains devint par la suite un impôt fort lourd, qui ne fut aboli que sous le règne de Constantin. Ces distributions gratuites d'huile étaient d'ailleurs limitées aux besoins des gymmases et des bains. Restreintes sous llagabal, elles furent reportées

! Pline, XVII, xxx. ! Spartien , Sever., xxrm : « Oleï tantum

* Plutarque, Cues., LV: Πρῶτον μὲν ὑπὲρ τῆς νίκης ἐμεγαληγόρησς πρὸς τὸν δῆμον, ὡς τοσαύτην κεχειρωμένος χώραν, ὅση παρέξη καθ᾽ ἕκασῆον ἐνιαυτὸν εἰς τὸ δημόσιον σίτου μὲν εἴκοσι μυριάδας ἀτ]ικῶν μεδίμνων, ἐλαίου δὲ λιτρῶν μυριάδας τριακοσίας.

* De Bello africano, xcvir : « Leptitanos tricies centenis millibus pondo olei in anuos singulos multat,. »

reliquit, ut per quinquennium non solum Urbis usibus, sed totius Italiae, quae oleo egeret, sufhceret. »

5 Victor, De Caes., χα : « Remotae olei frumentique adventitiae praebitiones , quibus Tripolis ac Nicaea acerbius augebantur : quas res, superioris Severi imperio, gratantes civi obtulerant : verteratque gratiam muneris hujus in perniciem, posterorum distinulatio. »

—#%( 287 ).:.--par Sévère Alexandre au chiffre fixé par Septime Sévère’. Elles se continuèrent sous les règnes suivants”.

Victor, dans le passage précité, ajoute que Constantin maintint les distributions d'huile comme partie intégrante du Canon urbicarius. Une loi du même empereur traite des mensae oleariae; celle de l'année 366, promulguée par Valentinien IT, a trait à l'arca olearia et frumentaria*. Plusieurs lettres de Symmaque (X, xxvn, xLvI13 IX, LV; IV, xvrnt) témoignent de l'importance que la préfecture de lAnnone attachait à ce que l'huile ne manquât pas à Rome. La lettre xxxvrr fait allusion aux distributions quotidiennes d'huile d'Afrique : « Quare omnes suppliciter oramus, ut quam primum judices africanos super hac specie romanis horreis inferenda divinus sermo distimulet : nam properato opus est priusquam reliquum profliget diurna praebitio. »

Une loi d'Honorius, datée du 15 avril 397, fait également allusion aux approvisionnements d'huile d'Afrique destinés à la ville de Rome“.

L'Afrique tirait encore, à la veille de l'invasion arabe, des bénéfices considérables de ses exportations d'huile ὅ. Il est fort

! Lampride, Aleæand., xxut : « Oleum «Certum habetis, Patres conscripti, P Ρ

quod Severus populo dederat, quodque Heliogabalus imminuerat, turpissimis hominibus praefecturam tribuendo , integrum restituit. »

ς Vopiscus, Aurelian., ΧΙΤΙΙ : « Statuerat et vinum gratuitum P. R. dàre, ut, quemadmodum oleum et panis et porcina gratuita praeberetur, sic eliam vinum daretur. »

* Cod. Theod., XX, xtr, 2.

Cod. Theod., liv. XIV, tit. xv, 1. 3:

«Impp. Arcad. et Honor. A. A. ad Se-

natum.

quantum curarum impendimus pro vestris ac populi commodis : ideoque hac lege sancimius, ut si quid frumenti vel olei, urbicarii canonis remissione, indultum est speciali beneficio, contra publicum commodum elicita non valeant. Urbani etiam usus frumenta, si quando vel fortuna, vel ratio in Africa coegerit residere litoribus, adtingere nullus audeat, etc. Dat.

xvii Kalend. Mai, Med. Caesario et Attico Coss. »

Lorsque Abd Allah ben Saäd envahit la Byzacène, un habitant du pays lui

—#2( 288 )es— probable que cette culture, qui exige peu de travail, se développa en raison de l'abandon de celle des céréales. La production moyenne de l'huile, dans le Sahel tunisien, est évaluée aujourd'hui à 120,000 hectolitres, représentant une valeur d'environ douze millions de francs. La seule ville de Soussa, l'antique Hadrumète, figure pour un tiers dans ce chiffre.

L'huile africaine était de qualité inférieure et peu estimée à Rome : on ne l'employait guère que dans les gymnases et les bains publics, où elle était redoutée des raffinés. Son odeur, dit Juvénal, mettait en fuite les affreux reptiles de l'Afrique, et l'on ne se baignaïit pas volontiers avec les descendants des anciens sujets du roi Bocchus ”.

Cette infériorité provenait uniquement des procédés défectueux employés pour sa préparation; les huiles tunisiennes, traitées par ces mêmes procédés traditionnels, ne sont encore utilisées à Marseille que pour la fabrication du savon, tandis que l'huile obtenue en Algérie par les méthodes européennes peut rivaliser avec celle de Provence.

La pulpe del’oliveétait détachée du noyau etécraséeau moyen d'un moulin, trapetum, d'une forme particulière (fig: à et 2), dont Caton donne une minutieuse description *. Le trapetum se composait d'une base carrée en maçonnerie encadrant une cuve hémisphérique, mortarium, dont les bords portaient le nom de labra. Du centre de cette cuve s'élevait une courte et épaisse

montra une olive et lui dit : «C'est avec ! Juvénal, Sat. v, v. 86-91 :

ceci que nous nous Procurons de l'argent. ? Ipse venafrano piscem perfundit; at hic qui

— «Et comment?» demanda Abd Allah Pallidus affertur misero tibi caulis, olebit

ben Saäd. — «Les Grecs», répondit l'in- Laternam : illud enim vestris datur alveolis, quod

Canna Micipsarum prora subyexit acuta; Propter quod Romae cum Bocchare nemo lavatur; Quod tutos etiam facit a serpentibus atris.

digène, «n'ont pas d'olives chez eux et viennent échanger leur argent contre notre huile. » (Revue archéologique, t. II, Ρ- 495.) ? De re rustica, xX-XXII et CXXXV.

—+#>( 289 ).ε:-.-colonne appelée miliarium, à cause de sa ressemblance avec [65 bornes milliaires, et destinée à supporter les axes des meules,

Fig. 1. Fig. 2.

Ka

a. Mortarium. e. Cupa.

b. Miliarium. 17. Barres de bois.

cc. Orbes. 4. Fistula ferrea.

d. Columella ferrea. hh. Armillae.

orbes. Celles-ci avaient la forme d’une calotte de sphère, dont la convexité formait une surface concentrique, mais non adhérente aux labra, c'est-à-dire à la partie concave du mortarium. Une boîte rectangulaire, appelée cupa, fixée au muliarium par un fort pivot en fer, columella ferrea, qu'assujettissait un boulon, fistula ferrea, recevait à chacune de ses extrémités deux longues barres de bois passant comme essieux par le centre des meules et servant à donner le mouvement à la machine. Un peu plus large que le diamètre du miliarium, la cupa tenait la surface plane des roues à une certaine distance de cette pièce, de manière à empêcher tout frottement; sur la barre de bois, au point où elle s'engageait dans la face convexe de lorbis, était fixé un anneau, armilla, rivé par un clou, dont le rôle était d'empêcher les meules de céder à une pression latérale ten-

IMPRIMERIE NATIONALE

dant à les jeter sur les bords convexes de la cuve. La surface inférieure de la cupa était munie d'une plaque de fer, tabella ferrea, qui prévenait tout frottement entre la cupa et le miliarium. 11 est aisé de comprendre le fonctionnement de la machine. Deux hommes, agissant sur l'extrémité des longues barres de bois auxquelles étaient fixées les meules, mettaient celles-ci en mouvement en tournant autour du bassin, rempli d'une quantité suffisante d'olives. Dans la révolution accomplie par les meules autour du miliarium, la résistance opposée par le fruit les forçait en même temps à tourner sur elles-mêmes; la barre de bois jouait alors le rôle d'axe. Cette double action avait pour résultat d'écraser la pulpe sans attaquer le noyau, les roues étant suspendues de façon à n’avoir de point de contact ni avec les labra, ni avec le muliarium. C'était pour arriver à cette action douce, égale et régulière, que toute cette machine était si ingénieusement combinée.

La pulpe écrasée était soumise ensuite à l'action du pressoir, torcular (fig. 3). Le pressoir à olives se composait d'un le-

Fig. 3.

vier en bois, prelum (c), engagé, par une de ses extrémités (b), qui portait le nom de lngula, dans un arbre, arbor, ou plus souvent entre deux arbres (aa), solidement fixés en terre. Deux autres pièces de bois verticales ou poteaux, stipites (dd), réunies à

leur extrémité supérieure par une traverse, recevaient les deux extrémités du treuil, succula” (ee), au moyen duquel on faisait agir le prelum. Les paniers remplis de pulpe d'olive et recouverts d'un disque de bois très fort, orbis oleartus, étaient placés sur une area (f), au-dessous de la partie centrale du prelum qu'on abaissait, et dont la pression, régularisée par le disque, allait en croissant, par l'effort du treuil, jusqu'à ce que le suc fût complètement extrait. Une corde passée dans une poulie suspendue à la traverse servait alors à relever le prelum, de façon à ce qu'il fût possible de remonter le panier.

L'area du pressoir se trouvait placée dans un bassin carré dont le fond était incliné en pente douce, afin que l'huile se dirigeât vers un trou d'écoulement communiquant par un conduit de plomb avec une vaste jarre. À côté de cette Jarre, se trouvait une sorte de piédestal, recouvert d'une tuile à rebords inclinés vers le récipient; c'est sur ce piédestal que l'ouvrier chargé de vider la jarre au fur et à mesure qu'elle se remplissait posait les vases destinés à puiser l'huile. L'inclinaison de la tuile ainsi que ses rebords permettaient de n'en pas perdre une goutte; toute portion du liquide répandue retournait à la Jarre.

L'action du moulin à olives étant beaucoup plus rapide que celle du pressoir, le torcularium se composait d'un trapetum, occupant la partie centrale du bâtiment, et de deux machines à presser, placées aux deux extrémités. La figure 4 (p.292), représentant le plan d'un torcularium découvert à Stabies, donnera une idée exacte de ces dispositions ?. Les trous 4, h, 1, pratiqués dans le massif des fondations jusqu'à une profondeur assez considérable, étaient destinés à recevoir les montants du prelum.

! Pline, XVIII, Lxxiv. — ἢ Nous empruntons ce plan, comme la description du trapelum , au Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de Rich.

Fig. 5. — Coupe en À B.

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Fig, 7. — Coupe en E F.

G. Trapetum.

HH. Bassins en maçonnerie.

a a. Bords fermant le bassin du côté du passage où se trouve le trapetum, b b. Conduits en plomb.

cc. Jarres en terre.

ff. Piédestal incliné.

g»kh, L Trous carrés destinés à recevoir les stipites du treuil. i. Trou destiné à recevoir l'arbre portant la lingula du prelum. k k. Chambres où se trouvaient les traverses souterraines des stipites. 11. Escaliers conduisant aux chambres k k,

—#3( 293 ).3--- Le trou 1 recevait l’arbor; les trous q, h, les deux stipites. Comme tout l'effort de la machine portait sur ces trois montants, on les assurait, sous le plancher, par des traverses ou des boulons, pedicuni, logés dans une chambre souterraine k, à laquelle aboutissait un escalier ἰ (fig. 4, 6 et 7).

L'appareil que nous venons de décrire est encore, à peu de chose près, celui dont on se sert dans le Sahel tunisien. Dans une très intéressante étude sur l'Aurès, M. Masqueray dit avoir retrouvé le pressoir antique avec toutes ses pièces chez les Beni-Ferah. Le fait est d'autant moins surprenant qu'une partie de la population de ces montagnes descend directement, d'après la tradition locale, des colons romains établis sur le versant méridional de l’Aurès; elle se distingue très nettement des indigènes, qui la désignent sous le nom de Roumania. 1] est à remarquer, en outre, que tout ce versant de l'Aurès paraît avoir été, à l'époque romaine, couvert de plantations d'oliviers; sur les immenses plateaux du Bahirt el-Arneb, au sud de Tebessa, ainsi que dans toute la région adjacente du beylik de Tunis, les ruines de pressoirs à huile sont innombrables. Il est donc tout naturel de retrouver, dans le centre par excellence de la culture de l'olivier, les procédés que les Romains employaient pour l'extraction de l'huile. Mais ces méthodes ne paraissent pas avoir été adoptées par les populations libyennes non romanisées. Celles-ci employaient, selon toute apparence, les procédés beaucoup plus simples qui sont encore en usage dans la plupart des montagnes berbères. On écrase, au moyen d'une meule portative ou d'une pierre, les olives entassées dans une cuve creusée dans le rocher; on remplit ensuite la cuve d'eau, et l'huile, qui surnage, s'écoule dans une cuvette inférieure, où on la recueille. Une variante de cette méthode toute primitive consiste à faire tourner la meule dans une

Le dattier,

—#3( 294 )...--rigole circulaire creusée dans le roc et communiquant avec deux auges ou bassins également creusés dans le rocher. Nous reproduisons ci-dessous (fig. 8) le plan et la coupe d’un pressoir à huile découvert à Tifrit-n-Aït-el-Hadj, dans le Djerdjera, et qui, d'après M. C. de Vigneral, à qui nous empruntons ce dessin ', peut tout aussi bien être berbère que libyen.

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