MOEURS DES TRIBUS LIBYENNES
Il est impossible de tracer un tableau d'ensemble des mœurs et de l'état social des Libyens à un moment donné de leur histoire. La civilisation de la race qui a peuplé toute l'Afrique septentrionale ἃ nécessairement varié, en degrés, suivant le temps et l'espace. Elle n’a été la même, ni sur les mêmes points aux diverses époques de l'antiquité, ni au même moment dans les différentes régions qui s'étendent de la Méditerranée au Sahara-et des bords de la mer Rouge à ceux de l'Océan. Ces différences sont surtout sensibles du nord au sud de la partie de l'Afrique dont nous nous occupons spécialement, et s'expliquent bien moins par la distance absolue qui séparait les diverses fractions de la race libyenne que par leur éloignement plus où moins grand de l'élément civilisateur par excellence, cest-à-dire de cette Méditerranée, qui fut à la fois le centre et l'agent principal du développement du monde antique. Salluste constate le fait en quelque mots lorsqu'il dit : «Ibi et in omni Africa, qua procul ἃ mari incultius agebatur. »
Les deux zones ethniques qui partagent l'Afrique septen-
trionale parallèlement à la grande mer intérieure correspondent, par le fait, à deux degrés fort inégaux dans l’état social de la race libyenne. Adoucies dès les temps les plus reculés par le mélange d'éléments étrangers que l'histoire n'est pas en mesure de définir, les populations du littoral se séparent presque aussitôt de celles de la zone saharienne, moins encore par un état social plus avancé que par une aptitude plus grande à sortir de leur condition barbare. Tel nous paraît être, dans les traditions locales recueillies par Salluste, le sens de cette légende qui partage la race indigène en Libyens et en Gétules, bien avant l’arrivée des peuples venus d'Espagne, Ibères et Indo- Européens. À dater de cette double immigration, attestée non seulement par les souvenirs de la race africaine, mais par les indices d'une incontestable valeur que fournissent la physiologie de cette même race et la nomenclature géographique, les différences qui séparent les deux zones ethniques de l'Afrique occidentale sont nettement accusées. La race blonde prend possession du littoral, qu'elle partage avec les débris des peuplades ibériennes, tandis que les populations sahariennes, réfractaires à tout mélange et à toute assimilation, continuent à mener dans l'intérieur cette vie sauvage que dépeignent encore les premiers historiens de l'époque romaine.
La zone méditerranéenne elle-même se partage en différentes régions d'une culture fort inégale. Au moment où.les monuments égypliens nous donnent les premiers renseignements cerlains que nous possédions sur les tribus libyennes, deux centres de civilisation se dessinent aux deux extrémités opposées de l'Afrique septentrionale. Tandis que la Maurétanie, voisine de l'Espagne, participe vraisemblablement aux premiers progrès réalisés de l'autre côlé du détroit, la Libye orientale, à l'est de la Cyrénaïque, paraît avoir atteint une civilisation
analogue à celle que l'on constate parmi les populations qui lui font face de l'autre côté de la Méditerranée. Les documents égyptiens du xiv° siècle avant notre ère prouvent que les Libou, dès cette époque, avaient des rois ou chefs héréditaires, une industrie assez avancée, une marine, et des relations, non seulement commerciales, mais politiques, avec les peuples des îles de la Méditerranée et des côtes méridionales de l'Europe. Un des textes que nous avons cités, celui de Karnak, nous montre un de leurs chefs, Marmaïou, fils de Deïd, organisant une alliance des peuples méditerranéens contre l'Égypte ᾿ς Indépendamment des tribus libyennes des Machouacha, des Kahaka et des Libou, la confédération comprend les Shardana, les Shakulsha, les Toursha, les Likou etles Akhaouacha, dans lesquels on croit reconnaître les Sardes, les Sicules, les Tyrrhéniens, les Lyciens et les Achéens.
Dans la liste des objets enlevés aux vaincus figurent 91 1 1 coutelas de bronze des Machouacha?, des monnaies, de l'or, de l'argent, des sièges, des ares et des vases de bronze appartenant au chef des Libyens*. La grande inscription de Médinet-Abou contient également une liste de trophées conquis sur les Machouacha par Ramsès III et cite, entre autres objets, 115 coutelas de bronze de cinq coudées, 124 coutelas de trois coudées, des arcs, des carquois, des javelots et des chars.
Les Libou représentés sur les monuments égyptiens de la xIx° dynastie ont la peau blanche, les yeux bleus, les cheveux et la barbe blonds ou châtains. La chevelure, bouclée avec soin, est partagée en deux touffes, dont l’une couvre la nuque, tandis
! Monument de Karnak, voir Brugsch, * Monument de Karnak, ligne 36. A la Das Ausland, pl. 25. — Lepsius, Denkm., ligne 61, il est question de coupes d'argent ΠῚ, 199 a. — Dümichen, Hist. Inschr., 1-5. et de cuirasses de bronze, mais il est im- — Rougé, Rev. arch., 1865. possible de deviner si cesobjets ont été pris
ἡ Monument de Karnak, ligne 58. aux Libyens ou à leurs alliés.
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que l'autre retombe sur le front. Le crâne, au-dessus de l'oreille droite, est en partie rasé; deux franges de cheveux, étroites et parallèles, réunissent seulement la toufle de devant à celle de derrière, En avant de l'oreille pend une longue tresse, recourbée à l'extrémité, et exactement semblable à celle que les Amazigh du Rif portent encore sur la tempe droite. Les chefs se disünguent par leur chevelure bouclée soigneusement, comme celle des princes maurétaniens du 1°" siècle avant notre ère, et surmontée de deux plumes d'autruche. La moustache, fort courte, découvre la lèvre supérieure. La barbe est taillée en pointe. Le costume se compose d’une pièce de toile ou de coton ceignant les reins et d'une robe de laine ouverte dans toute sa longueur, dont les deux extrémités supérieures sont nouées sur l'épaule gauche. Ce second vêtement est orné d'une bordure; celui que portent les personnages d'un rang élevé ést couvert de broderies disposées parallèlement à la bordure inférieure.
Un des chefs libyens représentés dans les peintures du tombeau de Menephtah porte sur le biceps du bras gauche un tatouage qui se répète sur la jambe gauche et représente un rectangle allongé et quadrillé. Le bras droit et la cuisse gauche sont également tatoués d'une série de traits horizontaux ou perpendiculaires.
La coiffure des Tahennou du monument de Karnak est une sorte de bonnet rond, couvrant en partie la nuque, muni de deux brides et surmonté de deux plumes d'autruche. Celle des Libou est à peu près semblable; elle ne diffère guère de la première que par l'ampleur plus grande du couvre-nuque et la double échancrure qu'on remarque en avant et en arrière des brides. Les femmes de certaines tribus de la Tripolitaine portent encore cette espèce de coifle.
τον 475 jes—
La Libye orientale, du reste, paraît avoir subi de bonne heure l'influence de l'Égypte. Dès le v° siècle avant notre ère, toutes les tribus cantonnées entre la vallée du Nil et la Cyrénaïque avaient adopté les mœurs égyptiennes : le costume seul était resté libyen '.
La Cyrénaïque formait elle-même un autre centre de civilisation. Les Asbystes, les Bakales et les Auschises s'étaient hellénisés au contact de la colonie dorienne*. Ce n'est qu'à l'ouest d'Evhespérides, limite du territoire de Cyrène, qu ‘Hérodote constate des mœurs nationales et des usages originaux. Les Nasamonsépousent plusieurs femmes, quiappartiennent d'ailleurs à qui bon leur semble. Comme chez les Massagètes, le personnage qui est honoré de ces faveurs passagères plante son bâton en terre avant de les recueillir. La première nuit des noces est consacrée par la nouvelle mariée à se faire une dot avec les présents intéressés dont chaque convive a soin de se munir. Les Nasamons honorent la mémoire des hommes qui se sont distingués par leur justice et leur courage, en jurant par leurs noms et en touchant leur tombeau au moment même où 115 prononcent un serment. Pour deviner l'avenir ils vont prier sur les tombes de leurs ancêtres, s y endorment et règlent leur conduite d'apres les songes qui ont rempli leur sommeil. Pomponius Mela constate la même coutume parmi les habitants d'Augila, qui faisaient d’ailleurs partie de la confédération des Nasamons : « Les Augiliens ne reconnaissent d'autres divinités que les âmes des morts. Ils ne jurent que par elles et les consultent comme des oracles. Après leur avoir exposé leurs demandes, 115 se couchent sur un tombeau et considèrent . leurs songes comme une réponse 5.» Une coutume analogue
! Hérodote, IV, czxvur, czxix. 15 Mela, c. 1x : «Augilae manes tantum
* Hérodote, IV, czxx, cLxxi. Deos putant; per eos dejurant; eos ut ora-
—+>( 176 ).ς3--existe encore chez les Berbères du Sahara. « Souvent, pour se mettre en communication avec ceux qui leur sont chers et qu'une longue expédition retient loin d'elles, les femmes, parées de leurs vêtements et de leurs ornements les plus riches, vont se coucher sur les anciennes tombes, où elles évoquent l'âme de celui qui les renseignera. À leur appel, Idebni, un esprit, se présente sous la forme d'un homme. Si l'évocatrice ἃ su plaire à l'esprit, Idebni lui raconte tout ce qui s'est passé dans l'expédition; dans le cas contraire, 1] l'étrangle!.»
Les Nasamons engageaient leur parole en se donnant réciproquement à boire, ou, à défaut d'eau, en se présentant un peu de poussière que chacun des contractants léchait dans la main de l'autre?,
Les Garamantes, qui habitaient au sud des Nasamons, fuyaient tous les autres hommes, ne connaissaient pas l'usage des armes et ne savaient pas combattre même pour se défendre”,
À l'ouest des Nasamons se trouvent les Maces, les Gindanes, les Lotophages, les Machlyes et les Auséens. Trois de ces tribus se distinguaient entre elles par l'arrangement différent de leur chevelure. Les Maces ne laissaient qu'une crête sur le milieu du crâne“; les Machlyes ne se rasaient que la partie antérieure de la tête; les Auséens, au contraire, ne gardaïent de cheveux que sur cette même partie, et se rasaient l'occiput*. Des diflérences analogues se remarquent encore aujourd'hui parmi quelques tribus Amazigh. Les Ghomara du Rif ne laissent pousser
cula consulunt : precatique quae volunt, 1 Hérodote, IV, czxxv : . . . A6Gous κεί-
ubi tumulis incubuere, pro responsis fe- ρονται, τὸ μὲν μέσον τῶν τριχῶν ἀνιέντες
runt somnia. » αὔξεσθαι, τὰ δὲ ἔνθεν καὶ ἔνθεν κείροντες ἐν ! H. Duveyrier, Les Touäreg du Nord, χροΐ.
p. Δι. δ 1υϊά., cLxxx : Καὶ οἱ μὲν Μάχλυες τὰ ? Hérodote, IV, czxxtr. ὀπίσω κομέουσι τῆς κεφαλῆς, oi δὲ Αὐσέες
᾿ Hérodote, IV, czxxiv. τὰ ἔμπροσθε.
leurs cheveux que sur la partie gauche du crâne; les Beni-Ahsen de la rive gauche du Sbou se rasent la partie antérieure de la tête, comme les Machlyes. La crinière médiane des Maces se retrouve chez les Imohagh, leurs descendants directs, qui conservent, du front à la nuque, une crête de cheveux appelée ahokkot et tressée en petites mèches réunies les unes aux autres". L'ahokkot targui ressemble assez exactement à la crinière d'un casque antique et justifie le mot λόφος dont se sert Hérodote.
Hérodote constate, chez les Gindanes, les Machlyes et les Auséens, une facilité de mœurs plus grande encore que chez les Auschises. Les femmes des Gindanes portent au bas des jambes autant de bandes de cuir qu'elles ont eu d’amants, et celles qui en portent le plus sont les plus considérées, comme ayant été les plus recherchées”. Chez les Machlyes et chez les Auséens les femmes sont en commun. Les enfants sont élevés par leurs mères; quand ils sont grands, on les mène à l'assemblée que les hommes tiennent tous les trois mois, et celui à qui l'enfant ressemble le plus en est réputé le père” : « quos pro suis colant, formae similitudine agnoscunt".» Des mœurs analogues ont été observées par Ibn Batouta chez les Messoufa d'Ioulaten”, par Barth chez les Touäreg d'Air δ, par Lyon chez les Tibbou . Les jeunes filles des Oulad-Naïl algériens ainsi que celles des tribus touäreg campées près de Ghadamès amassent leur dot, comme les femmes gindanes, en anticipant sur le mariage, et ne sen marient que mieux.
Les femmes de la tribu des Auséens portaient, outre leur tunique, le pardessus en peau de chèvre orné de franges de
nn: C Duveyrier, Les Touâreg, P- 32. ἢ Voyages d'Ibn Batouta, traduction de ? Hérodote, IV, czxxvr. 4 M. Defrémery, t. IV, p. 388. * Hérodote, IV, czxxx. δ Reisen und Entdeckungen, etc.
* Mela, I, vur. Cf. Pline, V, vin. 7 Travels, p. 251.
—#2( 178 ).653---cuir que les Grecs leur empruntèrent, dit Hérodote, pourien faire un des attributs d'Athéné”. Les Maces du! Cinyps se couvraient également de peaux de chèvre.
Hérodote suppose que Τ᾿ ὀλολυγή, le cri prolongé que l'on poussait dans les fêtes d'Athéné, avait été, comme le culte de cette déesse, emprunté à la Libye. « Les femmes libyennes, en effet, ajoute-t-1l, ont l'habitude de le faire entendre et le modulent très agréablement :» κάρτα γὰρ ταύτῃ χρέονται ai Aiδυσσαί, καὶ χρέονται καλῶς". Les descendants des Libyennes excellent toujours à pousser ce cri aigu, prolongé et modulé comme un trille, qui porte le nom de zagrit et que l'on fait entendre dans toutes les fêtes. L'arrivée d'un hôte de distinction, les noces, le retour d'une expédition heureuse, sont toujours salués par le zagrit.
Hérodote est frappé, comme le sera plus tard Salluste*, de la vigoureuse constitution des Libyens et de leur longévité exceptionnelle. «De tous les hommes que nous connaissons, dit-il au chapitre cLxxxvir, ce sont assurément ceux qui jouissent de la plus robuste santé”. » Les Libyens attribuaient eux-mêmes ce fait à une pratique que rapporte Hérodote. Dès qu'un enfant avait accompli sa quatrième année, on lui appliquait sur le sommet de la tête et souvent sur les tempes des moxas de laine de brebis. Cette médication prophylactique devait avoir pour résultat d'empêcher tout flux d'humeur prove-
* Hérodote, IV, cLxxxix : Τὴν δὲ ἄρα ἐσ- * Salluste, Jugurtha, xvit : « Genus ho-
θῆτα καὶ τὰς aiyidas τῶν ἀγαλμάτων Tÿs minum salubri corpore, velox, patiens Αθηναίης ἐκ τῶν Λιδυσσέων ἐποιήσαντο oi laborum : plerosque senectus dissolvit, nisi Ἰΐλληνες" πλὴν γὰρ ἢ ὅτι σκυτίνη ἡ ἐσθὴς qui ferro aut bestiis interiere : nam morbus
τῶν Λιβδυσσέων 01 καὶ oi SUoavor οἱ ἐκ τῶν haud saepe quemquam superat. »
? Hérodote, IV, cLxxxIx.
1 Hérodote, IV, azxxxvur, ὃ : Εἰσὶ γὰρ ὡς ἀληθέως Alôves ἀνθρώπων “σάντων ὑγιηρότατοι τῶν ἡμεῖς ἴδμεν.
nant de la tête’. Quand il survenait des convulsions pendant l'opération, on les calmait par des aspersions d'urine de bouc?. Ces pratiques médicales sont encore en usage chez les Berbères. Tous les enfants portent sur le crâne des cicatrices laissées par le fer rouge, qui remplace aujourd'hui les moxas de laine de mouton. La cautérisation, du reste, forme le fond de la médication indigène. Les médecins ambulants qui parcourent les tribus n'ont pour tout bagage qu'un sac de cuir rempli d’une série de fers de différentes formes et de différentes dimensions; rougis au feu, ces fers sont appliqués en toute circonstance : la nature se charge de faire le reste. C'est ce que laisse entendre, d’ailleurs, le cri par lequel s'annonce l'opérateur : « Voici le médecin qui soigne; la guérison vient de Dieu.» Les praticiens: berbères répètent, comme on le voit, le mot d'Ambroise Paré.
Au temps d'Ibn Khaldoun, la durée habituelle de la vie, chez les Touâreg, était de quatre-vingts ans. C’est encore la moyenne actuelle; les centenaires sont nombreux, et l'on cite des individus qui ont vécu jusqu'à cent trente et cent cinquante ans’.
Le culte des divinités solaire et lunaire était commun à tous les Libyens. Ils sacrifiaient tous au soleil et à la lune, et ne sacrifiaient qu'à ces seules divinités, au dire d'Hérodote. Les nomades voisins du lac Tritonide faisaient seuls exception : ils sacrifiaient en outre à Athéné, leur divinité principale, puis à Triton et à Neptune”. Le sacrifice saccomplissait de la manière suivante: on commençait par couper l'oreille de la victime et on la jetait par-dessus l'épaule; puis on lui tordait le cou”. Il existe encore dans les montagnes qui dominent l'oasis de Kriz, sur la rive septentrionale du Chott el-Djerid,
* Hérodote, IV, czxxxwir, 2. —? Jbid., GLxxxvIT, 4. — ἢ Duveyrier, Les Toudreg du Nord, p. 428. — ‘ Hérodote, IV, czxxxvrir. — ἢ Hérodote, ibid.
un curieux monument de ce vieux culte libyen. Sur la surface aplanie d'un rocher, à peu de distance d’une autre roche portant quelques inscriptions votives de l'époque romaine, on distingue re une tête tracée au trait et surmontée d’une
Fig. 48.
RC sorte de croissant (fig. 48). Cet attribut à et la forme rigoureusement sphérique de la tête ne permettent guère de douter que CR l'artiste n'ait voulu représenter une divinité lunaire.
Les indications d'Hérodote sur le ‘culte des Libyens ne s'appliquent qu'à la région située entre l'Égypte et le territoire de Carthage; mais, même dans cette limite, elles sont incomplètes et, à certains égards, trop absolues. L'historien grec raconte lui-même que les Atarantes injuriaient et maudissaient le soleil comme l'ennemi
implacable de la terre et des hommes .
Les Libyens nomades dont Hérodote décrit les mœurs enterraient leurs morts comme les Grecs. Les Nasamons seuls les ensevelissaient assis, et c'est dans cette attitude que le mourant devait expirer ?. Ce que l'historien grec nous a donné comme l'exception devait être la règle parmi les tribus libyennes qui n'avaient pas subi l'influence des mœurs étrangères. Toutes les tombes mégalithiques que nous avons observées au Maroc prouvent que le cadavre ne pouvait y être placé qu'accroupi.
Les Libyens nomades habitaient des huttes formées de
ΕΝ, czxxxiv, 2 : Οὗτοι τῷ ἡλίῳ ὑπερ- σκοντας οἱ Νομάδες κατάπερ oi ἕλληνες, βάλλοντι καταρέονται καὶ “πρὸς τούτοισι πλὴν Νασαμώνων - οὗτοι δὲ κατημένους πάντα τὰ αἰσχρὰ λοιδορέονται, ὅτι σφέας Sémlovor, φυλάσσοντες, ἐπεὰν ἀπίη τὴν καίων ἐπιτρίδει, αὐτούς τε τοὺς ἀνθρώπους ψυχὴν, ὅκως μιν κατίσουσι μηδὲ ὕπήιος καὶ τὴν χώρην αὐτῶν. ἀποθανέεται. Νόμοισι μὲν τοιούτοισι χρέον-
? IV, cxc : Θάπγουσι δὲ τοὺς ἀποθνή- ται.
#4 L81 )..3--quelques pieux soutenant des .nattes tressées de jones et de tiges d'asphodèle!. Les indigènes donnaient à ces cabanes de branchages le nom de mapalia."Elles portent aujourd'hui celui de gourbis. La tente, d'origine arabe, était inconnue aux Libyens. Aujourd'hui encore elle n'est guère en usage que parmi les Arabes. Les mapalia de quelques tribus maurétaniennes ressemblaient à une carène de navire renversée. Le toit des gourbis berbères des environs de Tanger affecte encore la courbe des flancs d'un navire. | Comme Hérodote, Diodore ne décrit que les tribus libyennes répandues entre l'Égypte et la partie orientale de la région syrtique. Celles de ces peuplades qui trouvent des ressources suffisantes dans le sol se livrent à l'agriculture; d'autres sont nomades et ne vivent que des produits de leurs troupeaux. «Les unes et les autres, ajoute Diodore, obéissent à des rois et ne mènent pas une vie absolument sauvage. Mais une troisième fraction de ces Libyens ne reconnait aucune autorité, na aucune notion du juste οἱ ne vit que de brigandages, s'élançant à l'improviste du désert sur la proie qui se présente et l'entraînant dans ses repaires. Tous ces Libyens mènent une existence de bêtes sauvages, couchant en plein air et abrutis par leur genre de vie. Ils ne connaissent ni notre nourriture, ni notre vêtement : à peine se couvrent-ils de peaux de chèvres. Leurs chefs n'ont pas de villes, mais seulement, dans le voisinage des sources, des tours dans lesquelles ils renferment leurs richesses. Chaque année, ils exigent des tribus qui vivent dans leur dépendance le serment d'obéissance absolue. Ils traitent en alliés ceux qui le prêtent, en ennemis ceux qui le refusent. Leur armement est conforme à la nature de ! Hérodote, IV, exc, 2 : Οἰκήματα δὲ σύμπηκτα ἐξ ἀνθερίκων ἐνερμένων mepi σχοίνους ἐσΊὶ, καὶ ταῦτα πσπεριβφορητά.
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leur pays et à leurs mœurs : légers de corps et habitant un
pays de plaines, ils courent au combat avec trois javelots et quelques pierres dans un sac de cuir; ils ne portent ni épée,
ni casque, ni aucune autre arme quelconque; ils ne s'attachent
qu'à gagner l'ennemi de vitesse, soit dans l'attaque, soit dans
la retraite. Aussi, développant leurs aptitudes naturelles par
un exercice continuel, excellent-ils à courir et à lancer des
pierres. Du reste, envers les étrangers, ils n'observent abso-
lument ni foi, ni loi!.»
Nos plus anciens renseignements sur les mœurs des Libyens de l'Afrique occidentale ne datent que de la seconde guerre punique. Carthage avait créé, dans cette région, un troisième centre de civilisation, mais dont l'influence ne s'était pas étendue au delà des limites assez restreintes de son territoire propre et de celui de ses nombreuses colonies du littoral. L'intérieur de l'Afrique était resté barbare. Polybe constate que le plus grand titre de gloire, pour Masinissa, fut d'avoir arraché les Numides à la vie sauvage et de les avoir attachés au sol ἢ. Denys le Périégete, dont les descriptions sont le plus souvent empruntées à des sources fort anciennes, représente Massyliens et Massésyliens comme menant à travers les bois et les plaines l'existence la plus misérable ὅ.
! Diodore, IL, xzix. * Dionys., Perieg., v. 186-194 : * Polybe, XXXIIT , πὶ: Τὸ δὲ μέγιστον καὶ Setbreror τούτον τῆς γὰρ τῆς Noua- Τοῖσι δ᾽ ἔπι Νομάδων ππαραπέπΊλαται ἄσπετα
ΜῈ fe 2 Le ἫΝ ΟΝ ἔνθα Μασαισύλ:οἱ τε καὶ ἀγρόνομοι Μασυλῆες δίας ἁπάσης ἀχρήστου τὸν πρὸ τοῦ χρόνον TETE 1
à ; ) Du ἐδυνά δ Βόσκονται σὺν παισὶν dv’ ἤπειρόν τε καὶ ὕλην, ὑπαρχούσης, καὶ νομιζομένης ἀδυνάτου τῇ w: ; ; px 2 KE FRONT LEE d Μαιόμενοι διότοιο κακὴν καὶ ἀεικέα Θήρην. φύσει πρὸς ἡμέρους καρποὺς ὑπάρχειν" : , ἜΤ τοῦ Οὐ γὰρ γειομόροιο τομὴν ἐδάησαν ἀρότρου" - x € 4 πρῶτος καὶ μόνος ὑπέδειξε, διότι δύναται Κείνοις δ᾽ οὔποτε τερπνὸς ἀκούεται ὁλκὸς ἁμάξης, 7 3 1 - À Ξ ς ! \ F= x; ᾿ à πάντας ἐκφέρειν TOUS ἡμέρους καρποὺς Οὐδὲ βοῶν μυκηθμὸς ἐς αὔλιον ἐρχομενάων" οὐδ᾽ ὑποίας ἧττον, ἑκάσήῳ τῶν καρπῶν ἐν ἀλλ᾽ αὔτως, ἅτε Θῆρες, ἀνὰ δρία βουκολέονται, διασήάσει μνριοπλέθρους ἀγροὺς κατα- Νήιδες ἀσ]αχύων καὶ ἀπεύθεες ἀμήτοιο.
Au premier siècle de notre ère, les indigènes du littoral ont adopté presque tous les coutumes romaines : quelques groupes seulement conservent encore leur languc nationale et le culte des divinités de leurs ancêtres. Mais les tribus du voisinage sont loin d'avoir subi l'influence des conquérants. Les Libyens de cette seconde région n'ont point de villes : ils habitent toujours leurs mapala de roseaux ou de feuillages. Les chefs seuls portent des saies : le peuple n’a pour tout vêtement que des peaux de bêtes féroces ou d'animaux domestiques. Le sol sert de table et de hit. Pour toute boisson, du lait ou le suc de certaines baies; pour toute nourriture, de la venaison, car on ménage les animaux domestiques, seule richesse de la tribu.
Dans l'intérieur, les mœurs sont plus sauvages encore. Nomade comme les troupeaux quil suit plutôt quil ne les conduit, lindigène s'arrête là où la nuit le surprend. Point de communautés :
groupent que par familles; mais, grâce à la polygamie, ces
dispersés au hasard, les individus ne se
groupes sont toujours assez nombreux?. Il est facile de reconnaître dans ces nomades de l’intérieur les Gétules de Salluste. La plupart des Libyens et des Maures sont encore nomades
? Mela, I, var : «Interiores etiam in-
cultius, sequuntur vagi pecora :
! Mela, E, v : « Orae sic habitantur, ad
nostrum maxime ritum moratis cultoribus, utque
nisi quod quidam linguis differunt , et cultu
Deos , quos patrios servant, ac patrio more
venerantur, Proximis nullae quidem urbes stant, tamen domicilia sunt, quae mapalia appelantur. Victus asper el munditiis carens. Primores sagis velantur; vulgus bestiarum pecudumque pellibus. Humi ‘quies epulaeque capiuntur. Vasa Ligno fiunt aut cortice. Potus est lac, succusque baccarum; cibus est caro, plurimum ferina :
nan gregibus (quia id solum opimum est) quoad potest, parcitur. »
a pabulo ducta sunt, ita se ad sua tuguria promovent : alque ubi dies defcit, ibi noctem agunt, Quanquam in familias passim el sine lege dispersi, nihil in commune consultant : tamen, quia singulis aliquot simul conjuges, et plures ob id liberi agnatique sunt, nusquam pauci. »
* Salluste, Jugurtha, χιχ : « Super Numidiam Gaetulos accepimus, partim in tugurüs, alios incultius vagos agitare. »
au temps de Strabon. Ils ont pour costume une tunique flottante à large bordure et un manteau de peau attaché par une agrafe; pour armes une courte lance à large fer et un petit bouclier rond en cuir’. Les Maurétaniens se distinguent cependant par une certaine recherche : ils portent des bijoux, soignent leurs dents et leurs ongles, frisent leurs cheveux et leur barbe. «Ils évitent, ajoute Strabon, de se toucher lorsqu'ils s'abordent, de peur de déranger l'élégant édifice de leur coiffure *.» Les cavaliers maures combattent le plus souvent avec une longue lance, mais ils ont aussi des sabres. Les fantassins portent des boucliers en cuir d'éléphant. Tous sont couverts de peaux de lion, de panthère et d'ours, qui leur servent tour à tour de vêtements et de lits°. Le sabre est encore l'arme favorite des cavaliers marocains. Légérement recourbé, de façon à pouvoir frapper de taille et d'estoc, 1] est muni d'une garde en corne de rhinocéros, dont la forme est toujours la même et reproduit très probablement celle de la uayæioæ maurétanienne.
La peinture que Procope ἃ tracée des habitudes des Maures du Pappua est loin d'accuser un progrès dans leur bien-être. «Les Maures, dit l'historiographe de la campagne de Béli-
* Strabon, XVII, πὶ, 7 : Οὕτω δ᾽ εὐδαίμονα χώραν οἰκοῦντες τὴν πλείστην oi Μαυρούσιοι διατελοῦσιν ὅμως καὶ μέχρι δεῦρο τοῦ χρόνου νομαδικῶς ζῶντες οἱ πολλοί... Σχεδὸν δέ τι καὶ οὗτοι καὶ οἱ ἐφεξῆς ΝΜασαισύλιοι καὶ κοινῶς Λίδυες κατὰ τὸ πλέον ὁμοιόσκευοί εἰσι... πέλτη μικρὰ βυρσίνη, τλατύλογχα μικρὰ, ἄξωσῆοι πλατύσημοι χιτῶνες, ἐπιπόρπημα, ὡς ἔφην, δορὰ καὶ πσροθωράκιον. ᾽
* Strabon, XVII, πὶ, 7: Καλλωπίξονται
χρυσοφορίᾳ σμήξει τε ὀδόντων καὶ ὀνυχισμῷ: σπάνιόν τε ἂν ἴδοις ànlouévous ἀλλήλων ἐν τοῖς περιπάτοις τοῦ παραμένειν αὐτοῖς ἄθικτον τὸν κόσμον τῶν τριχῶν.
* Strabon, XVII ur, 7 : Μάχονται δ᾽ ἱππόται τὸ σλέον ἀπὸ ἄκοντος, σχοινοχαὰ λίνοις χρώμενοι τοῖς ἵπποις καὶ γυμνοῖς" ἔχουσι δὲ καὶ μαχαίρας" οἱ δὲ πεζοὶ τὰς τῶν ἐλεφάντων δορὰς ὡς ἀσπίδας wpoβάλλονται" τὰς δὲ τῶν λεόντων καὶ παρδάλεων καὶ ἄρκτων ἀμπέχονται καὶ ἐγκοι-
—#2( 185 }e3— saire, habitent, été comme hiver, dans des huttes où l’on étouffe. Ni la neige, ni les chaleurs torrides de l'été ne leur font abandonner ces misérables retraites. Ils couchent sur le sol, les plus riches se contentant de s'étendre sur une toison, quand ils l'ont sous la main. Ils ne changent pas de vêtements suivant les saisons : en tous temps ils ne sont vêtus que d'une tunique grossière οἱ d'un vieux manteau d'uné étofle aussi rude. Is n'ont ni pain, ni vin, ni quoi que ce soit de bon. Le blé, l'épeautre, l'orge, leur servent de nourriture, maisilsn'en font ni bouillie, ni farine : ils mangent le grain tout cru, à la façon des animaux !. » Le dernier trait du tableau est évidemment chargé, et l'auteur se réfute lui-même lorsque, quelques lignes plus loin, il raconte l'histoire de cette galette cuite sous la cendre, «selon la coutume des Maures,» qui décida Gélimer à se rendre à Pharas ?. Mais les autres détails sont en-
! Procope, De bello Vand., 11, νι : Mavρούσιοι δ᾽ οἰκοῦσι μὲν ἐν πνιγηραῖς καλύ- Gas, χειμῶνί τε καὶ Sépous ὥρᾳ, καὶ ἄλλῳ τῷ ξύμπαντι χρόνῳ, οὔτε χιόσιν, οὔτε ἡλίου Sépuy ἐνθένδε, οὔτε ἄλλῳ ὁτῳοῦν ἀναγκαίῳ κακῷ ἐξισήάμενοι" καθεύδουσι δὲ ἐπὶ τῆς γῆς, κώδιον οἱ εὐδαίμονες αὐτοῖς, ἂν οὕτω τύχοι, ὑποσήρωννύντες" ἱμάτια δὲ σφίσιν οὐ ξυμμεταδάλλειν ταῖς ὥραις νόμος, ἀλλὰ τριδώνιόν τε ἁδρὸν καὶ χιτῶνα τραχὺν ἐς καιρὸν ἅπαντα ἐνδιδύσκονται.
* Procope, De bello Vand., I, vu: Γυνή τις Maupouoia, σῖτον ὀλίγον ἀμωσγέπως συγκοψαμένη, μᾶξαν δὲ ἐνθένδε βραχεῖαν κομιδῇ σοιησαμένη ἐς ζέουσαν τὴν σποδιὰν τὴν ἐν τῇ ἐσχάρᾳ ἐνέξαλλεν, Οὕτω γὰρ νό-
Παρὰ ταύτην δὲ τὴν ἐσχάραν δύο “παῖδε καθημένω καὶ τῷ λιμῷ ὑπεράγαν βιαξζομένω, ἅτερος μὲν αὐτῆς τῆς ἀνθρώπου υἱὸς, ἣ τὴν μᾶξαν ἐμδεδλημένη, ἐτύγχανεν, ὁ δὲ ἕτερος Γελέμερος ἀδελφιδοῦς ὧν, ἐδουλέσθην ταύτὴν δὴ τὴν μᾶξαν ἁρπάσασθαι, ἐπειδὰν αὐτοῖς τάχισήα ὠπΊήῆσθαι δοκῇ. Τούτοιν τοῖν ποαίδοιν ὃ μὲν Βανδίλος ποροτερήσας ἔῤρθασέ τε τὴν μᾶξαν ἁρπάσας καὶ ζέουσαν ἔτι ὡς μάλιστα σποδιᾶς τε ἀνάπλεων οὖσαν, ὑπερβιαζομένου αὐτὸν τοῦ λιμοῦ, ἐξ τὸ σήόμα ἐμξαλλόμενος ἤσθιεν, d δὲ ἕτερος λαξόμενος αὐτοῦ τῶν ἐν τῇ κεφαλῇ τριχῶν ἐπάταξέ τε κατὰ κόῤῥης καὶ αὖθις ῥαπίσαΞ ἠνάγκασε τῆν μᾶξαν ξὺν βίᾳ πολλῇ ἀποθδαλεῖν ἤδη ἐν τῇ φάρυγγι οὖσαν. Τοῦτο δὲ τὸ πάθος οὐκ ἐθηλύντη τε τὴν διάνοιαν καὶ πρὸς Φάραν ὡς Téyiola ἔγραψε τάδε κ.τ.λ.
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core vrais, depuis la masure enfumée qui ne défend le Kabyle ni du chaud, ni du froid, et que rien ne peut lui faire abandonner, jusqu'au τριδώνιον, djellaba déchiquetée qu'on se lègue de génération en génération.
Les textes antiques que nous venons de dépouiller ne donnent qu'une idée générale de l'état social des tribus libyennes. I nous reste à interroger les vestiges mêmes que ces populations ont laissés sur le sol africain, et à recueillir les quelques indications que fournissent encore, à l'époque romaine, les inscriptions et les monuments figurés.
L'épigraphie africaine nous fait connaître quelques-unes de ces divinités libyennes dont le culte avait survécu à l'indépendance nationale. Nous trouvons dans la Maurétanie Césarienne, à Pomaria, un Deus sanctus ou Deus invictus Aulisva!; en Numidie, à Lambaesis, un Motmanius associé à Mercure”, et à Madaure un Lilleus Augustus*; à Guelaat-bou-Sbäa, près de
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