CARTHAGE PUNIQUE
« Carthage, dit Polybe, est située dans un golfe. Elle forme une sorte de presqu'île saillante, baignée, sur la plus grande partie de son périmètre, d’un côté par la mer, de l'autre par un lac. L'isthme qui la rattache à la Libye a environ vingtcinq stades de largeur. Du côté de cet isthme qui regarde la mer, et à peu de distance, est située Utique; de l’autre, sur les bords du lac, Tunis'..... L'isthme qui rattache Carthage à la Libye est fermé par des collines difficiles à franchir et dans lesquelles la main de l’homme ἃ pratiqué des passages conduisant dans la plaine située au delà de cette chaîne ?. »
Lorsqu'on tient compte des changements qu'a subis le littoral, la description de Polybe est d'une parfaite exactitude et nous restitue les traits essentiels d'une topographie qu'il est facile de deviner à travers les modifications que les siècles y ont apportées. À l'époque où la rive méridionale de la sebkha de Soukara, aujourd'hui séparée de la Méditerranée par un simple cordon de dunes, formait une partie du littoral du
I, rxxut, 4 : Η γὰρ Καρχηδὼν... ἐν 1, Lxxv, 4: Τῶν γεωλόφων, τῶν ἐπικόλπῳ κεῖται, ποροτείνουσα nai χερρονησί- ξευγνύντων τὸν αὐχένα τὸν συνάπήοντα ξουσα τῇ Θέσει, τὸ μέν τι SahdrTy, το dé rt τὴν Καρχηδόνα πρὸς τὴν Λιξύην, ὄντων καὶ λίμνῃ περιεχομένη κατὰ τὸ πλεῖστον : δυσξάτων, καὶ χειροποιήτους ἐχόντων διεκὁ δὲ συνάπήων ἰσθμὸς αὐτὴν τῇ Λιδύῃ τὸ ὀἐολὰς ἐπὶ τὴν χώραν. :
golle d'Utique, le massif de Carthage était une véritable presqu'ile que rattachait au continent un isthme étroit, baigné d'un côté par la mer, de l'autre par le lac de Tunis. Polybe évalue approximativement la largeur de cet isthme à vingt-cinq stades (4,625"); c'est, à cent mètres près, la moyenne des deux plus courtes distances (4,350 et 4,700") qu'on mesure aujourd'hui entre la rive septentrionale du lac de Tuniset l’ancien littoral, représenté par les bords méridionaux de la sebkha de Soukara. ; La pointe de Sidi-Ali-bou-Ktioua, par laquelle se termine, au nord, la chaîne de collines escarpées qui fermait l'isthme à l'époque punique, est actuellement séparée du littoral par une zone d'alluvions de quatre à cinq kilomètres de largeur; mais les traces de l’ancien rivage sont encore visibles au-dessous de cette pointe, et l'on se rend très bien compte de l'obstacle continou qui sétendait, au temps de Polybe, entre l'isthme de Carthage et la plaine d'Utique : le Djebel Ahmor formait, du lac de Tunis à la mer, une barrière qu'il était impossible de tourner.
Le passage suivant d'Appien, qui paraphrase les premières lignes du texte de Polybe, maïs en y ajoutant un détail essentiel, complète la topographie des environs de Carthage:
«La ville était située au fond d'un grand golfe et ressemblait à une presqu'ile, qu'un isthme de vingt-cinq stades de largeur rattachait au continent. De cet isthme se détachait une bande de terre, étroite et allongée, large environ d'un demi- . stade et s'étendant vers le couchant entre la mer et le lac”. » La bande de terre dont parle Appien, et qu'il appelle indif-
1 Punic., xCv : ἣν δὲ ἡ πόλις ἐν μυχῷ σταδίων" ἀπὸ δὲ τοῦ αὐχένος ταινία oem) κόλπου μεγίστου, χερρονήσῳ τι μάλισϊα καὶ ἐπιμήκης, ἡμισήαδίου μάλισ]α τὸ mÀd- “προσεοικυῖα. Αὐχὴν γὰρ αὐτὴν ἀπὸ τῆς τος, ἐπὶ δυσμὰς ἐχώρει, μέση λίμνης τε καὶ ἠπείρου διεῖργεν, εὖρος ὧν mévre καὶ εἴκοσι τῆς Θαλάσσης...
féremment Ταιρία où Γλῶσσα,, est évidemment l'isthme sablonneux qui sépare encore aujourd'hui le lac de Tunis de la mer et rattache par un second point le massif de Carthage au continent. De là le nom de Ligula qu'il portait dans la langue vulgaire !. La largeur d’un demi-stade, que lui donne Appien, se retrouve encore immédiatement au nord de la Goulette, ainsi qu'au sud de cette localité. Dans le voisinage de la presqu'ile de Carthage, la Liqula présente aujourd'hui une largeur moyenne de 450 mètres, qui se réduit à 300 au point où elle se rattachait à la presqu'ile. Cette différence entre les dimensions actuelles de la Taenia et celles que lui donne Appien s'explique sans peine, non seulement par les travaux du siège qui agrandirent l'isthme aux dépens du lac, mais par les apports continuels de la mer.
Le dernier savant qui se soit occupé, assez incidemment du reste, de la topographie de Carthage, Ch. Graux?, suppose, sans oser l'affirmer cependant, que le lac de Tunis était, à l’époque punique comme aujourd'hui, en communication avec la mer. Le doute n'est pas possible à cet égard : la λίμνη de Polybe et d'Appien, le stagnum de Tite-Live, n'était, pas plus alors qu'aujourd'hui, un lac proprement dit. C'était une lagune, λιμνοθάλασσα, et Orose la dépeint bien ainsi lorsqu'il dit, en parlant de la muraille méridionale de Carthage: «imminens mari quod mare stagnum vocabant, quoniam objectu protentae linguae tranquillabatur. » Orose, comme on le voit,
1 Victor de Vita, Pers. Vandal., I, 17:
«Quidum.. ad Maxulitanum littus exisset, quod ligula vulgi consuetudine vocitatur, »
L'expression dont se sert Victor de Vita,
* Maxulitanum littus, ne laisse pas de doute sur l'identité de la ligula et de l'isthme dont nous parlons. Maxula, dont les ruines se
retrouvent à Radès, fermait l'extrémité méridionale de la langue de sables qui sépare le lac de Tunis de la mer.
* Ch, Graux, Notes sur les fortifications de Carthage à l'époque de la troisième querre punique, 35° fascicule de la Bibliothèque de l'École des Hautes Études.
laisse entendre, non seulement que le lac était une lagune, mais que les Carthaginois le désignaient par un mot équivalent.
Le canal qui fait communiquer le lac de Tunis avec la mer a existé de tout temps : c'est l'issue naturelle par laquelle s'écoulent les eaux du bassin de Tunis. L'estuaire qu'elles se sont creusé a été seulement régularisé ] par la main de l’homme : deux quais puissants, dont la construction primitive remonte certainement à l'époque punique, l'encadrent dans toute la largeur de la Taenia et se prolongent par deux môles inégaux dans les eaux peu profondes du golfe. C'est par ce goulet, qui sert encore aujourd'hui de port de débarquement, que la flotte romaine était entrée dans le lac; c'est par le lac que Censorinus, campé sur ses bords, recevait ses approvisionnements, de même que Manilius, campé plus au nord sur le rivage de la mer, les tirait des transports qui mouillaient sur le littoral même. Le lac était donc ouvert et navigable; nous le savons non seulement par le témoignage d'Appien, mais par celui de Polybe , et il n'est pas douteux que son vaste bassin ne servît de rade, l'hiver, à la flotte commerciale de Carthage, trop exposée sur la rade foraine de la Goulette, et trop nombreuse pour pouvoir se réfugier tout entière dans le port de la ville punique. |
Vue de Tunis, la presqu'île de Carthage dessine sur l'azur foncé du golfe, au-dessus des plaines basses de l'«isthme» de Polybe, des eaux toujours calmes du lac et de la nappe éblouissante de la sebkha de Soukara, une série d'ondulations à peine sensibles à la naissance de la Taenia, mais de plus en
* Polybe,[,LxIx, 1 : Ôs (Γέσκων) σαρα- Tunis, prend la mer à Carthage, et vogue γενόμενος κατὰ SédarTav μετὰ τῶν ypy- vers Tunis. Le texte de Polybe prouve bien μάτων, καὶ προσπλεύσας “πρὸς τὸν Τύ- que le lac qui baignaït Tunis était en com- ἢ vyra . .. Giscon, chargé de payer l'arriéré munication avec la mer.
de la solde des mercenaires, campés à
plus marquées, du sud-ouest au nord-est, jusqu à la pointe de Sidi-bou-Saïd, véritable promontoire, dont l'altitude atteint près de 130 mètres. Une seconde série de collines moins élevées courant du sud-ouest au nord-ouest rattache la pente de Sidibou-Saïd à un autre cap, le Ras Kamart, dont les pointes escarpées plongent du côté du nord dans le golfe, du côté du sud dans les bas-fonds de Soukara. Le terrain forme donc, dans son ensemble, un triangle scalène, dont la base est figurée par la ligne qui relie Sidi-bou-Saïd à Kamart. Très relevé aux deux angles de base, le plateau triangulaire que nous essayons de représenter s'abaisse en pente douce vers le sud, et offre en outre deux versants déterminés-par l'arête qui s'étend de Sidi-bou-Saïd à la Taenia. C’est sur les deux versants de la partie méridionale de cette arête que s'élevait Carthage.
Au milieu de cette même arête se dresse la colline de Byrsa. Placé sur cette hauteur centrale, on embrasse facilement l’ensemble de la ville antique. Au sud, à cinq cents mètres environ du pied de la colline, deux lagunes à demi ensablées, l'une circulaire, l'autre de forme allongée, marquent l'emplacement des ports. À l’est s'étend la longue ligne des quais extérieurs, sans cesse battue par les flots du golfe. Au nord-est et au nord courent une série de hauteurs qui se rattachent à Byrsa etre présentent les limites de la ville proprement dite. Au delà s'étend la plaine d'El-Marsa, la Megara antique, limitée à l'est par le promontoire de Sidi-bou-Saïd, à l'ouest par celui de Kamart. Du côté du nord-ouest et du sud-ouest, deux villages arabes, Maälka et Douar ech-Chatt, indiquent la position des grandes citernes, de l’'amphithéâtre et du cirque romain. De ce côté, point d'accident de terrain : le regard n’est arrêté, à l'horizon, que par les montagnes qui dominent la plaine et le lac de
IMPRINERIE NATIONALE.
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Tunis, ainsi que par les collines qui séparent la péninsule de Carthage de l'estuaire de la Medjerda.
Toute la surface de la ville antique est couverte de décombres, de pierrailles, de fragments de marbre et de poteries, sans cesse retournés par la charrue arabe. Çà et là, du sein de ce sol factice, surgissent de puissantes masses de blocages, témoins imposants d'édifices disparus. La plupart de ces débris, toutefois, appartiennent à l'époque romaine. De la Carthage punique 1] ne reste guère que les vestiges de l'enceinte.
Nous ne possédons malheureusement pas la partie du récit de Polybe relative au siège de Carthage. Nous en sommes donc réduits à la narration d'Appien, dont les principales données doivent avoir été empruntées à celle de Polybe, mais qui, étudiée de près, ainsi que la fait observer Ch. Graux, ne paraît ni complète au point de vue de l'ensemble, ni exacte dans toutes ses parties. Telle qu'elle nous est parvenue, cependant, elle permet à un observateur familiarisé avec le terrain de reconstituer d’une manière satisfaisante l'ensemble des défenses de Carthage.
Après avoir indiqué en termes généraux la situation de la ville punique, Appien ajoute qu'elle était défendue, du côté de la mer, par un simple rempart, du côté du sud et du conünent, par trois murailles, hautes chacune de trente coudées sous les créneaux, c'est-à-dire de 13°,86, et épaisses de trente pieds (9",24)°. A l'intérieur de chacun de ces murs, qui étaient
! Diodore évalue la hauteur des murs à ? Dureau de la Malle ἃ traduit le mot ho coudées (18”,48) et leur épaisseur à βάθος par« profondeur » (du fossé). C'est un 22 coudées (11,64). Ces chiffres peuvent contresens évident : le mot βάθος ne peut très bien se concilier avec ceux d'Appien, désigner ici que la profondeur horizontale en ce sens qu'ils donnent la hauteur totale du rempart, car c'est évidemment au remdu rempart, y compris le couronnement, part qu'il s'applique, comme le mot ὕψος.
et sa largeur prise à la base. tandis que Dureau le rapporte aux tours.
à deux étages, creux et couverts, κοίλῳ τε καὶ oîeyavé, on
avait ménagé, à l'étage inférieur, des logements pour trois
cents éléphants, avec les provisions nécessaires pour la nour-
riture de ces animaux; au-dessus, des écuries pour quatre mille
chevaux, ainsi que des magasins remplis de fourrage et d'orge,
et des logements pour vingt-quatre mille hommes, fantassins
et cavaliers. Les tours, à quatre étages, étaient séparées par un intervalle de deux plèthres (61",66) ”.
‘ Appien, Punic. xov : ἀπὸ δὲ τοῦ αὐχένος, ταινία olevy καὶ ἐπιμήκης, ἡμιoladiou péliola τὸ πλάτος, ἐπὶ δυσμὰς ἐχώρει, μέση λίμνης τε καὶ τῆς ϑιαλάσσης ” ἁπλῷ τείχει πσερίκρημνα ὄντα' τὰ δὲ πρὸς μεσημέρίαν ἐς ἤπειρον, ἔνθα καὶ ἡ Βύρσα ἣν ἐπὶ τοῦ αὐχένος, τριπλῷ τείχει. Τούτων δ᾽ ἕκασῆον ἦν ὕψος μὲν πηχῶν τριάκοντα, χωρὶς ἐπάλξεών τε καὶ πύργων, οἱ ἐκ διπλέθρου διασήήματος αὐτοῖς τετρώροφοι περιέκειντο, βάθος δὲ ποδῶν τριάκοντα.
Διώροφον δ᾽ ἣν ἑκάσγου τείχους τὸ ὕψος, καὶ ἐν αὐτῷ, κοίλῳ τε ὄντι καὶ σήεγανῷ, κάτω μὲν ἐστάθμευον ἐλέφαντες τριακόσιοι, καὶ Snoavpol πααρέκειντο αὐτοῖς τῶν τροβῶν.
ἱπποσΊάσια δ᾽ ὑπὲρ αὐτοὺς ἦν τετρακισχιλίοις ἵπποις, καὶ ταμιεῖα χιλοῦ τε καὶ κριθῆς" ἀνδράσι τε καταγωγαὶ, πεζοῖς μὲν ἐς doμυρίους, ἱππεῦσι δὲ ἐς τετρακισχιλίους.
Il existe dans ce texte, après le mot Saλάσσης., une lacune que Schweighauser explique par la répétition de ce mot à une ligne de distance : le texte devait porter :
εὐν θαλάσσης" [καὶ mépirerelyiolo τῆς πόλεως τὰ μὲν mods τῆς ϑ'αλάσσης] ἁπλῷ τείχε: x. τ. À.
Ch. Graux fait observer que la lacune était peut-être plus considérable; que les
mots πρὸς μεσημδρίαν, πρὸς ἤπειρον constituent une indication impossible, puisque le côté de la ville qui regarde l'isthme n'est pas le sud, mais l'ouest; et que, sil'on conserve les mots πρὸς μεσημδρίαν, il faut ajouter καὶ devant ἐς ἤπειρον el admettre que la triple enceinte régnait non seulement à l'ouest, mais aussi au sud. «Les mots “σερίκρημνα ὄντα désignent bien, ajoute-t-il, comme l’a compris Schweigbauser, le rivage de la mer, c'est-à-dire le côlé est. Il est donc bien possible qu’Appien, dans la partie perdue du texte, eût parlé de la muraille du nord, à moins que, au lieu de καὶ seulement, ilne se soit perdu, dans son texte, après μεσημόρίαν, les mots καὶ βορέαν καὶ. Il faut que la mention des fortifications septentrionales ait disparu des manuscrits par accident, ou bien Appien serait, encore sur ce point, coupable de négligence. »
Ces observations nous paraissent peu fondées. La triple enceinte de Carthage s'étendant du sud-est au nord-ouest faisait face au sud-ouest et non pas à l'ouest. Les mots σρὸς ueoyuSpiav désignant d'ailleurs tout aussi bien le sud-ouest que le sud, l'impossibilité que signale Graux disparait, et il est tout à fait inutile de faire précéder de la conjonction καί les mots ἐς ἤπειρον,
Appien a certainement commis une méprise dans cette descriplion des remparts de Carthage. Que la ville eût été entourée d'une triple défense, c'est ce dont on ne saurait douter : non seulement ces triples défenses existaient dans les villes libyphéniciennes dont les ruines ont été explorées, telles qu'Hadrumète, Thapsus et Thysdrus, mais elles étaient considérées par les ingénieurs grecs comme la base essentielle du système de défense des places. La triple enceinte de Constantinople en offre un des derniers et des plus remarquables exemples. Ce qu'il est impossible d'admettre, c'est que les trois enceintes aient été identiques. Les chiffres que donne Appien sont d’ailleurs la meilleure réfutation de ce qu'il affirme quant à l'identité des dispositions qu'offraient les trois lignes fortifiées : en multipliant ces chiffres par trois, on arrive à un total de neuf cents éléphants, douze mille chevaux et soixante-douze mille hommes, et la force d'une pareille garnison est tout à fait inconciliable, non seulement avec l'étendue des lignes à défendre, mais avec l'effectif des troupes qu'entretenait Carthage. L'expression τριπλοῦν τεῖχος ne peut donc s'entendre que d'une triple ligne fortifiée établie d'après les principes alors adoptés pour la défense des places, et dont on retrouve l'application dans les fortifications des autres villes puniques.
Cette triple ligne devait se composer :
1° Des murailles proprement dites ou hautes, murailles, τὰ ὑψηλὰ τείχη;
2° D'un rempart extérieur ou avant-mur, προτείχισμα,
qui ne font que préciser la direction indi- fenses de la ville punique, au nord comme quée par les mots πρὸς μεσημδρίαν. I nous à l'est et au sud, se réduisaient à l'éroûr paraît fort douteux, enfin, qu'Appien ait τεῖχος, simplement opposé par Appien à parlé de la muraille du nord. Les indices la triple enceinte qui regardait le conti-
fournis par le terrain prouvent que les dé- nent.
-ττεϑοί, 573 )..1--beaucoup moins élevé que les hautes murailles, dont il délendait le pied;
3° D'une banquette palissadée et protégée par un fossé formant les défenses avancées de la place.
Nous acceptons sans difficulté, pour les hautes murailles, les dimensions données par Diodore et par Appien : celles que prescrit Philon pour le mur d'enceinte intérieur sont, dans le système ordinaire de fortification, une hauteur de vingt coudées (9,20), sur une épaisseur de dix (4",60); dans le système de fortification à courtines cintrées, la hauteur des murs est de six orgyes, un peu moins de onze mètres, et l'épaisseur de douze coudées (5,50) '. Les remparts phéniciens d'Utique avaient 6",60 d'épaisseur. On peut très bien admettre qu'en raison des aménagements qui y avaient été pratiqués, les hautes murailles de Carthage aient mesuré 14 mètres sur 9, ou 18,48 sur 11°,64, si nous préférons les chiffres de Diodore.
La seconde ligne fortifiée, dans les défenses de Thapsus, d'Hadrumète, de Leptis et de Thysdrus, était tracée à 30 ou- Ao mètres des grands murs, et se composait d’un large fossé derrière lequel s'élevait un remblai de terre fortement damé entre deux murs. Le mur extérieur était crénelé et dominait le fossé de quatre ou cinq mètres. La largeur de ce rempart est la même que celles des grandes murailles, et, de même que sous les grandes murailles, une série continue de petites citernes de 4",10 de long sur 2",78 de large, voûtées en culde-four, séparées les unes des autres par des murs de 1",43 et s ouvrant sur un corridor commun, avaient été ménagées dans
. l'épaisseur des fondations. On reconnaît là les dispositions
" Vet. Math., p. 80 et 83.
constatées dans les murs de Byrsa, et il n’est pas douteux qu'elles ne fussent communes aux deux premières lignes de défenses de Carthage. Peut-être même, en raison de la hauteur exceptionnelle des grandes murailles, le προτείχισμα de la ville punique était-il lui-même plus élevé que d'ordinaire et contenait-il des logements pour les hommes chargés de sa défense. L'affirmation d’Appien ne serait alors qu’en partie inexacte.
Quant à la ligne extérieure, elle se composait uniquement, dans les villes que nous avons citées, d’un fossé précédant une simple banquette en terre, défendue sans doute elle-même par une palissade, conformément aux préceptes de Philon. Cette fortification passagère, analogue à celle des camps retranchés, et que nous désignerons par le nom de vallum, se développait à 4o ou 45 mètres en avant de la seconde ligne.
Telles devaient être les triples défenses de Carthage, et un passage du chapitre xcvir d'Appien nous prouve, contre les affirmations du chapitre xcv, que les trois lignes fortifiées étaient de force inégale. Lorsque Manilius attaque les défenses qui faisaient face à l'isthme, le τριπλοῦν τεῖχος, il a d'abord, nous dit Appien, à combler le fossé du vallum et à enlever ensuite l'avant-mur, βραχὺ προτείχισμα, placé en arrière de la première ligne, pour arriver au pied des hautes murailles qui s'élevaient en arrière de la seconde". Le passage où Polybe raconte l'entrevue d'Hasdrubal et de Gulussa n'est pas moins concluant : Hasdrubal s'avance à une vingtaine de pieds de l'enceinte et, restant derrière le retranchement et le fossé, &poδεόλημένος τάφρον καὶ χάρακα, invite par un signe de tête le
* Appien, xGvir : Μανίλιος μὲν (mer ἐπὶ σπροτείχισμα (ἐπιτείχισμα mss. et cod.) τὸ τοὺς πολεμίους) ἀπὸ τῆς ἠπείρου κατὰ τὸν ἐπ᾽ αὐτῇ βιασόμενος, καὶ ἐπ᾽ ἐκείνω τὰ αὐχένα, ἐγχώσων τε τὴν τάδρον καὶ βραχὺ ὑψηλὰ τείχη.