ΠΝ . —— RELIEF DU SOL. —— SOULEVEMENTS
La chaîne qui s'étend de l'océan auquel elle a donné son nom jusqu'au golfe de Kabès se compose de deux massifs, sensiblement parallèles, courant de l’ouest-sud-ouest à l'estnord-est et reliés entre eux par des chaînons transversaux plus ou moins apparents.
Le massif septentrional se confond le plus souvent avec le littoral et présente, du nord au sud, une profondeur moyenne de quatre-vingts kilomètres.
Au sud de cette région montagneuse s'étendent, de l’ouest à l'est, des plateaux élevés et des plaines immenses, au fond desquelles viennent s'accumuler, dans ces vastes cuvettes naturelles qui ont reçu le nom de chott et de sebkha”, les eaux qui ne peuvent trouver d'issue ni vers la Méditerranée ni vers le Sahara. Cette série de bassins fermés au nord et au sud, et séparés les uns des autres par les chaînons transversaux dont nous avons parlé, déterminent cinq régions secondaires, que les indigènes ont appelées les Chtout, le Sersou, le Hodna, le Zarhez et les Sbakh.
* Au pluriel chtout et sbakh.
Les deux chaînes atlantiques.
Chaine
septentri onale.
Plateaux intermédiaires et région des Chtout ou zone des landes.
Chaine
méridionale,
Plaines
sahariennes
vu zone des oasis.
Massifs secondaires.
Au delà de cette dépression s'étend le second massif montaoneux, dont le versant méridional borde à son tour une seconde zone de plaines, plus vaste encore que la première et composée, comme elle, de bassins fermés, au fond desquels s'allongent de grands lacs salins. Cette seconde zone va se terminer, dans le sud, à la limite naturelle que forme la ligne des oasis.
Le sol algérien présente donc, dans l'ensemble de son relief, deux gigantesques bourrelets séparant les plaines intermédiaires de la Méditerranée et du Sahara. L'une de ces chaînes peut porter dès lors le nom de massif méditerranéen, l'autre celui de massif intérieur ou saharien. Les deux régions basses que domine le versant méridional de chacune de ces deux chaînes peuvent être désignées sous le nom de zone des landes et de zone des oasis.
Très accusés en Algérie, ces caractères généraux se modifient sensiblement dans la régence de Tunis. Les deux massifs y présentent un bien moindre relief et ne sont plus-aussi nettement séparés. La zone des landes forme un vaste plateau qui s'abaisse par une série de gradins jusqu'à la côte orientale, où ses dernières ondulations se confondent avec le littoral.
Les deux grandes chaînes, méditerranéenne et saharienne, se subdivisent d’ailleurs en un certain nombre de massifs secondaires.
La chaîne méditerranéenne comprend en Algérie, à partir des frontières du Maroc :
Le massif des Trara (Djebel Fougal et Djebel Tadjra), entre la Mlouïa et la Tafna;
Le massif tlemcénien (Djebel Ouargla et Toumzaït), entre le Sig et le Maroc;
Le massif du Tessala, composé du Tafaraoui, du Tessala et du Djebel Sebäa Chioukh, entre le Sig et la Tafna;
Le massif saïdien, entre la Mina et la Mkerra;
L'Ouänsenis, limité par le Sig et la Mina;
Le massif algérien (Djebel Aïn Talazid, Mouzaïa, Taguelsa et Zakkar), entre la mer, l'Isser et le Chélif;
Le Djerdjera, entre la Méditerranée, lIsser et lOued Sahel;
Le Dira, à Vouest d'Aumale;
L'Ouennougha, à l'est du même point;
Le massif sitifien (Guergour, Magris, Babour), entre l'Oued Sahel, l'Oued el-Kebir et la mer;
Le massif numidien (Edough), entre la Méditerranée, la Seybouse, l'Oued Cherf et la Medjerda.
Cette même chaîne se continue, dans la régence de Tunis, par le massif africain, compris entre le littoral et la Medjerda et qui se termine au Ras Sidi Ali el-Mekki. Les principaux sommets, dont la plus grande altitude ne dépasse pas 1,200 mètres, sont le Djebel Gorra, le Djebel Tagma et le Djebel Adissa.
La chaîne saharienne comprend en Algérie, de l'ouest à l'est :
Le massif du Djebel Ksän, au-dessous des Chtout de la province d'Oran;
Lé Djebel Amour, au sud du Sersou;
Le Djebel Sahari, au sud du Zarhez;
Le Djebel bou-Kakil, au-dessous du Hodna;
Enfin, au sud des Sbakh, le massif de l'Aurès, composé de l'Ahmar Khaddou, du Cheliah, du Chechar et du Noughis.
La chaîne saharienne se partage, sur le territoire tunisien, en deux rameaux ou chaînons assez distincts.
Le rameau septentrional, courant du sud-ouest au nordest, traverse le centre du Beylik et se termine au Ras Adar (cap Bon). Relié à l'Aurès par le plateau de Tebessa, 1] dessine les massifs du Djebel bou-Ghanem, du Djebel Zilk, de l'Ha-
—+#%( 8 )..3.--.mada des Oulad Ayar, du Djebel Rihan, du Tella Sidi Yahia, du Zaghouân et de la presqu'île du cap Bon ou Dakhlat el-Mäouin. Les deux points culminants, le Djebel Zilk et le Zaghouân, ne dépassent pas l'altitude de 1,600 mètres.
Le chaînon méridional est le prolongement de la partie de l’Aurès qui domine le Sahara. Formée des massifs du Djebel Madjour, du Djebel Chebika, du Djebel Teldja et du Djebel Sidi Younés, cette chaîne secondaire se subdivise à son tour en deux rameaux, dont l'un se rattache au massif des Oulad Ayar, tandis que l'autre, formé du Djebel Arbet, de la petite chaîne des Chereb et du Djebel Akarit, se dirige du nord-ouest au sud-est et aboutit au fond du golfe de Kabès. Un rameau secondaire, détaché du Djebel Arbet et comprenant les montagnes des Aïaïcha et le Djebel bou-Heudma, se prolonge en outre dans la direction générale ouest-est.
Toute cette partie du versant sud de la chaîne méridionale présente l'aspect le plus étrange et le plus sauvage. Les immenses plateaux qui descendent de Tebessa vers le sud et se succèdent comme une série de gradins gigantesques se terminent tout à coup par un dernier et puissant ressaut, au pied duquel viennent expirer les flots de sable de la mer Saharienne. « Nulle part les contrastes ne sont aussi frappants, les transitions moins ménagées. D'un côté la vue embrasse une région tourmentée de mille façons : des montagnes dénudées et déchiquetées, revêtant au soleil les tons les plus chauds, les teintes les plus variées; des ravins abrupts aux berges profondément déchirées, des pentes vertigineuses, des coupures béantes. De l’autre, une plaine immense, unie, à l'aspect vague et bleuâtre, dont le regard cherche en vain à sonder les profondeurs. Ici, le chaos terrestre, la collision des forces; là, limmobilité infinie, absolue.
«Formée de marnes multicolores dont les teintes varient du rouge vif au brun le plus foncé, de sables blancs ou jaunes plus ou moins solidement concrétionnés, et enfin d'épaisses couches d'alluvions, toute cette chaîne est étrangement bouleversée; d'immenses failles se sont produites, des fissures profondes se sont ouvertes. Les eaux ont fait rage dans ces terrains meubles et faciles à entraîner : 11] en est résulté des érosions, des arrachements gigantesques dont rien ne peut donner une idée. Tous les torrents des montagnes, passant subitement des plateaux supérieurs dans les plaines basses, se sont creusé de vastes lits sinueux, aux berges à pic, de quatre-vingts à cent mètres de profondeur, et viennent rejeter au seuil du Sahara leurs flots, qui s'échappent, mugissants, par les grandes coupures béantes auxquelles les Arabes ont donné le nom caractéristique de Foum «les bouches ». Toute la contrée comprise entre Nigrin et Ferkân, et au delà, est coupée par ces profonds ravins, véritables vomitoires qui, à des époques reculées, alors que sous un climat différent des pluies abondantes fertilisaient le sol des hautes plaines, si arides aujourd'hui, lançaient dans le désert d'énormes masses d'eau, dont on ne peut se figurer la puissance que par les bouleversements terribles qu'elles ont produits”. »
Plus à l'est, aux limites du plateau tunisien, le tableau n’est pas moins pittoresque, bien que les traits en soient un peu différents. Plus escarpée encore, la ceinture des hautes terres plonge à pic dans la nappe éblouissante des Sbakh sahariennes. Je ne sais rien de plus saisissant que cette gigantesque falaise, à l'heure où ses parois tourmentées s'empourprent aux dernières lueurs du couchant, tandis que les premières ombres
! Baudot, Étude sur l'ousis de N igrin. (Recueil des nolices et mémoires de la Société archéologique de Constantine, t. XVIL)
Soulèvements.
Système
des Pyrénées.
—#2( 10 )«e3— ᾿ du crépuscule étendent déjà leurs teintes bleuâtres sur les longues lignes horizontales des sables dormants.
Au sud de la chaîne des Chereb, la vaste dépression du Chott el-Djerid, le plus oriental des lacs de la région des oasis, laisse arriver le Sahara jusqu'à la Méditerranée. Les collines du Djebel Thaga, qui s'étendent parallèlement au Chereb sur la rive méridionale du Chott, appartiennent à un autre système orographique, celui de la Tripolitaine, beaucoup plus simple et bien moins important que celui que nous venons de décrire. La région atlantique, ainsi qu Hérodote l'avait déjà fait remarquer, se termine en réalité à la Petite-Syrte. À l'est du Chott el-Djerid, le Sahara n'est séparé de la Méditerranée que par une série de hauteurs dont l'altitude, très peu considérable, va en décroissant jusqu'au fond de la Grande-Syrte. Le Djebel Matmata, le Djebel Ghoumracen, le Djebel Beïda, le Djebel Nfoucça, le Djebel Gharian et les collines de Tarhouna forment les principaux massifs de la petite chaîne tripolitaine.
Telest, quant au relief, l'aspect général du sol. En l'étudiant de plus près, on ne tarde pas à reconnaître que le massif atlantique présente, dans son apparente unité, trois systèmes orographiques différents, que M. Élie de Beaumont, avant même qu'on eût acquis aucune notion sur les terrains géologiques qui s'y rencontrent, avait rapprochés des trois principaux axes de dislocation de l'Europe méridionale. Les faits observés depuis ont complètement justifié la théorie de l'illustre géologue.
Le système le plus ancien est celui des Pyrénées, orienté ouest-nord-ouest-est-sud-est. Bien que plus ou moins masqué presque partout par des soulèvements plus récents, 1] se dessine très nettement dans la province de Constantine. Les grandes plaines qui traversent cette région, de l'ouest à l'est, sont limitées, au sud, par une chaîne très large, dirigée est (1 8°
τον ET jen à 20°)-sud, dont les points culminants sont le Chellia et le Tou-
gour, près de Batna, Les montagnes de la Meskiana et d'Amäma, le Djebel Sidi Rgheïs, le Guerioun, le Nif en-Neceur, le Djebel
Sidi Aïssa, près de Djemila, s’allongent dans la même direc-
tion, ainsi que le massif de l'Edough, à l'est de Bône. Le ver-
sant sud de l'Aurès est limité de même par une ligne est-sud-
est, qui part du littoral, près de Ténès, pour s'étendre jusqu'au
golfe de Kabès par la série des collines qui séparent les hautes
terres du Sahara (Djebel Madjour, Djebel Aïaïcha et Djebel
Hadifa ).
Un second système, presque perpendiculaire au précédent, Système
celui des Alpes occidentales, dirigé nord (27°)-est, se dessine ne REA
Système des
grandes Alpes.
—#3( 12 )ee3—
nettement près de La Calle et sur la frontière voisine de la Tunisie. C'est cette direction nord-nord-est qu'affectent les hauteurs qui limitent la partie orientale de la Mitidja et la ligne de faîte qui, en se prolongeant dans le Sahara, partage l'Algérie en deux versants est et ouest. Ce soulèvement se retrouve, plus marqué encore, dans la régence de Tunis, où 1] caractérise les principales masses de montagnes. Les ondulations parallèles et décroissantes qui se succèdent de la frontière algérienne jusqu'au Sahel tunisien appartiennent également à ce système.
Un troisième soulèvement, beaucoup plus important que les deux premiers, est celui des grandes Alpes, dirigé, au centre de l'Algérie, est (17° à 18°)-nord. Aussi saïllant dans le détail que dans l'ensemble, c'est celui qui traverse toute l'Afrique septentrionale, du cap d'Ighir jusqu'au littoral tunisien, en comprenant la grande chaîne marocaine du Mültsin et du Glaoui, haute de 3,500 mètres, une partie de l’Aurès, les montagnes qui déterminent le cours moyen de la Medjerda, le Djebel Teldja, qui rattache la chaîne saharienne du Djebel Madjour au Djebel Sidi Younès, et enfin la chaîne des Chereb, qui domine la rive septentrionale du Chott el-Djerid. Le Thaga et le Gharian, dans la Tripolitaine, ont été produits par le même soulèvement. C'est encore à ce système qu'appartiennent, en Algérie, un assez grand nombre de plis parallèles, dont les principaux sont les deux chaînes qui encadrent le Chélif, la chaîne limite du Tell et du Sahara, au sud de Sebdou, Saïda et Frenda, deux plis du Djebel Amour, la Chebka d'El-Aghouat, sur la rive droite de l'Oued Djedi, et enfin la longue série de dunes qui passe près d'El-Golea et au nord de l'oasis de Touat, vers 30° de latitude moyenne. Toute la ligne des Ksour, de Figuig à Biskra, indique la même origine. C'est seulement à
—#>( 13.).:--partir de Biskra que cette direction se modifie et devient celle des Pyrénées.
Le soulèvement des Pyrénées paraît avoir produit des hauteurs de 1,200 mètres; celui des Alpes occidentales, des hauteurs de 600 à 800 mètres; celui des grandes Alpes, des hauteurs de 1,200 mètres. Il en résulte que, dans les croisements, les hauteurs atteignent à peu près la somme de celles des deux chaînes. Les plus grandes altitudes du Djerdjera et de l'Aurès sont effectivement de 2,308 et de 2,312 mèétres!.
$ 2: — OROGRAPHIE DE LA PROVINCE D'AFRIQUE D'APRÈS LES AUTEURS ANCIENS.
Les géographes anciens ne paraissent pas avoir saisi les traits essentiels du système orographique de l'Afrique septentrionale. L'unité du massif atlantique leur a échappé?. Pour Pline comme pour Polybe, l'Atlas appartient exclusivement à la Maurétanie, et Ptolémée lui-même, qui distingue dans la Tingitane les deux principales chaînes du système, le « petit Atlas » et le «grand», ne retrouve pas ces deux divisions naturelles dans le reste de l'Afrique. Il se borne à énumérer un certain nombre de massifs compris dans la province romaine : la partie orientale du mont Buzara, l'Audus, le Thammes, le Cirna, le Mampsarus, le mons Jouis, le Vasaletus, le Giglius, le Thizibr et le Zuchabbari. En ajoutant à celte énumération les quelques noms de montagnes qui nous ont été conservés par les historiens, le mons Bellus de Tite-Live, le Suggaris d'Éthicus, les monts Uzarae d'Orose, le mons Ziquensis de Victor de Vita,
* Renou, Géol. de l'Algérie, p-130-131. τῆς Mavpouolas, τὸ ἀπὸ τῶν Κώτεων μέχρι
? Strabon (XVII, ur, 2) est le seul qui καὶ Σύρτεων οἰκεῖται καὶ αὐτὸ καὶ ἄλλα constate l'existence d'une chaîne composée, παράλληλα αὐτῇ κατ᾿ ἀρχὰς μὲν ὑπὸ τῶν s'étendant des Colonnes d'Hercule jusqu'aux Μαυρουσίων, ἐν βάθει δὲ τῆς χώρας ὑπὸ τοῦ Syrles; mais il ne lui donne pas le nom μεγίστου τῶν Λιξυκῶν ἐθνῶν, οἱ Γαίτουd'Atlas : Τὸ δ᾽ ὄρος διὰ μέσης ἐκτεινόμενον λοι λέγονται.
Le Buzanra.
—#>( 14 ).:-:--l'Aurasius, T'Aspis, le Pappua et le Burgaon de Procope, la Gallida, Y'Agalumnus, le Macubius, les montagnes de Gurubi et de MNavust citées dans la Johannide de Flavius Cresconius Corippus, nous aurons relevé tous les renseignements que nous ἃ laissés l'antiquité sur l'orographie de la province d'Afrique.
Il est fort difficile, pour ne pas dire impossible, d'appliquer au terrain les indications de Ptolémée. On ne peut se guider, en effet, ni sur ses notations astronomiques, entachées d'erreurs énormes, nl sur son système hydrographique, dont les impossibilités sont évidentes. Essayer de faire correspondre à l'Afrique que nous connaissons la Libye que Ptolémée prétendait connaître, c'est entreprendre la tâche la plus ardue et la plus ingrate. Aucun des commentateurs qui l'ont abordée na pu y réussir sans mettre de côté, comme inadmissibles, quelques-unes des données du géographe alexandrin, et même dans ces conditions les résultats obtenus, toujours incertains en eux-mêmes, sont fort différents suivant que l'on adopte ou que l’on rejette telle ou telle de ces indications dont l'ensemble est évidemment inacceptable. C'est sous le bénéfice de ces réserves que nous abordons l'étude des différents massifs énumérés par les tables ptoléméennes.
Le Buzara, τοῦ Bouédpæ τὸ ἀνατολικὸν μέρος, dont Ptolémée place la partie orientale par 28° de longitude et 27° de latitude, est identifié par Mannert au Djebel Ouousgar, qui ne figure plus sur les cartes modernes. L'hypothèse de Forbiger, qui le retrouve dans les montagnes de Tittery et de l'Ouennougha n'est pas admissible : l'Ouennougha appartient tout entier à la Maurétanie sitifienne, et Ptolémée a soin de ne comprendre dans l'orographie de la province d'Afrique que la partie est du Buzara, τὸ ἀνατολικὸν μέρος. M. Vivien de Saint-
em 15 es— Martin se borne à constater l’analogie que présentent les noms du Buzara et de l'Usargala de Ptolémée, de l'Uzara d'Orose et du Suggaris d'Éthicus. On peut induire toutefois de son texte qu'il identifie le Buzara et l'Usargala, ce dernier massif désignant, à son avis, toute la partie de l'Atlas qui s'étend audessous de la Numidie, c'est-à-dire le Djebel Amour etlAurès”. Cette conjecture est en contradiction avec le texte de Ptolémée, qui distingue formellement le Buzara de l'Usargala et place le premier dans la province d'Afrique, tandis qu'il comprend l'autre dans l'orographie de la Libye intérieure. Le dernier auteur qui se soit occupé de la géographie comparée du Sahara algérien, M. W. Ragot, voit de son côté dans le Buzara la chaîne qui relie le Bou Kahil à l'Aurès, au sud du Hodna, ainsi que les montagnes qui s'étendent entre le Chott Zarhez et l'Oued Djedi*.
Toute la question se réduit à savoir si le Buzara de Ptolémée appartient à la chaîne méditerranéenne ou à celle qui forme la limite septentrionale du Sahara.
Dans le premier cas, la « partie orientale » du Buzara ne peut être que le prolongement est du massif du Magris au sud de Djemila (Cuicul). Le Magris, en effet, appartient à la Maurétanie sitifienne, et son extrémité orientale, qui présente à la hauteur de Djemila une altitude de 1,448 mètres, est comprise dans les limites de la province d'Afrique dont Cuicul faisait partie.
Dans la seconde hypothèse, qui est peut-être la plus vraisemblable, le Buzara serait représenté par le Bou Kahil, et son extrémité orientale, par le Djebel Matrof et le Djebel Bourzel, qui rattachent le Bou Kahil à l'Aurès et se trouvent déjà sur le territoire de la province d'Afrique.
* Le Nord de l'Afrique dans l'antiquité, p. 44o. — * Recueil des notices de la Société archéologique de Constantine, 1873-1 874, p. 153.
L'UsarGaLA,
le Succaris
et les monts Uzarar.
On éprouve d'ailleurs quelque embarras à se prononcer pour l'une de ces conjectures plutôt que pour l’autre : quelle que soit celle qu'on adopte, on est en présence de véritables contradictions. D'une part, en eflet, le Buzara, le Thammès, le Mampsarus et le Vasaletus de Ptolémée forment une ligne continue, allant de l'ouest à l’est, qui semble représenter l’une des deux grandes chaînes; et cependant, comme nous le verrons, certains détails semblent prouver qu'il s'agit tantôt de la chaîne méditerranéenne, tantôt de la chaîne saharienne. Il est bien peu vraisemblable, d'un autre côté, que Ptolémée se soit borné, dans l’énumération des montagnes les plus remarquables de la province d'Afrique, ὄρη ἐν τῇ ἐπαρχίᾳ xarovoμασμένα, à ne parler que de l’une des deux chaînes, οἱ 1] n'en est pas moins impossible, d'après la position assignée aux massifs qu'il nomme, de les répartir entre les deux régions méditerranéenne et saharienne. En somme, aucune considération décisive ne nous permet de trancher dans un sens plutôt que dans l’autre la question préalable dont la solution pourrait seule donner la clef de l'orographie dela province d'Afrique d'après Ptolémée.
Le Suggaris d'Éthicus et les monts Uzarae d'Orose, indiqués par ces deux auteurs comme la limite méridionale de la Numidie', sont identifiés par MM. Vivien de Saint-Martin et Ragot à l'Usargala de Ptolémée, et se retrouveraient dans l'Aurès. L'analogie des noms, sur laquelle s'est appuyé le premier de ces deux géographes , nous paraît contestable. En outre, comme nous l'avons déjà fait observer, la correspondance
! Aethic. Cosm. : « Numidia ... ab occasu Aethiopicum.»— Oros. I, 2 : «Byzacium .... habet Mauritaniam Sitifensem; ἃ meridie Zeugis, ... Numidia ... habent ab oriente montem Suggarem , et posteos Aethiopum . Syrtes minores.…..ameridie montes Uzarae:
gentes pervagantes usque ad Oceanum et post eos Æthiopum gentes. »
-ττεϑί 17 )ε63---de l'Usargala et de l'Aurès est inconciliable avec la position que Ptolémée assigne à la première de ces deux montagnes, par 20° 30’ de latitude, dans la Libye intérieure.
M. Henri Duveyrier, qui retrouve l'Usargala dans le Djebel Amour, identifie le Suggaris ou Uzara à l'Ahaggar du grand plateau des Touaregs, et justilie cette conjecture, non seulement par l’analogie des noms, maïs par les textes d'Éthicus et d'Orose, qui constatent «qu'au sud de cette montagne on ne trouve plus que des Éthiopiens. » M. Duveyrier en conclut que la limite indiquée par les deux géographes est celle de la race blanche et de la race noire. |
Nous pensons, avec M. Ragot, que l'Éthiopie d'Éthicus, d'Orose et d'Isidore de Séville, contiguë à la Numidie, n'a rien de commun avec le Soudan, le «pays des noirs». C'est VEthiopie occidentale de Pline, séparée de la Gétulie parle Niger, et située par conséquent dans le nord du Sahara, à la limite des terres et des sables indiquée par l'Oued Djedi. Le nom d'Éthiopiens est donné par les anciens auteurs aux populations à peau noire, mais n'appartenant pas à la race nègre, qui habitaient les oasis au nord de la région des dunes, et dont on retrouve encore les descendants dans lOuad Righ, à Ouargla et jusque dans le Nefzaoua tunisien. Les Éthiopiens, en d'autres termes, sont simplement les Mélanogétules, les populations de sang mêlé, qui habitent la partie du Sahara voisine de l'Atlas. IL est fort invraisemblable d’ailleurs qu'Éthicus et Orose aient donné pour limite méridionale à la Numidie romaine, qui n'a jamais dépassé les Zibân, le plateau transsaharien de l'Ahaggar. Nous croyons donc que, dans la pensée de ces deux auteurs, les monts Uzarae ou le mont Suggaris représentent la partie de la
© Notamment chez les Oulad Yakoub qui habitent les oasis de Mrizig, au sud du Chott el-Djerid.
L'Avpus.
chaîne saharienne qui formait la limite méridionale de la province de Numidie, c’est-à-dire l'Ahmar Khaddou, le Djebel Chechar et les montagnes qui s'étendent jusqu'au Chott el- Djerid. M. Carette se prononce implicitement dans le même sens lorsqu'il explique le nom d’Uzarae par le mot berbère ezzar, «désert », et fait remarquer que les Arabes ont donné de même le nom de Djebel Sahari (de Sahara « désert ») à la montagne au delà de laquelle commence le Sahara de la province d'Alger ?.
La synonymie de l'Audus, τὸ Aÿdov ὄρος, et de l’Aurès est généralement adoptée. Mannert l'a proposée le premier; Grotefend et Forbiger l'ont admise; nos cartes les plus récentes l'ont enregistrée. Les considérations générales que nous avons présentées à propos du Buzara ne nous permettent pas, toutelois, de l'accepter sans réserve. La détermination de l’Audus, placé par Ptolémée à l'est du Buzara et à un degré et demi plus au nord, est inséparable de celle de ce dernier massif: si l'on retrouve le Buzara dans la chaîne méditerranéenne et sion l'identifie au prolongement du Magris, l'Audus correspond, selon loute apparence, au Djebel Msider Aïcha, qui occupe l'angle formé par l'Oued el-Kebir et la route de Constantine à Philippeville. Le Djebel Msider Aïcha se trouve, en effet, par rapport au prolongement du Magris, dans la position que Ptolémée assigne à l'Audus par rapport à l'extrémité orientale du Buzara. Si l'on admet au contraire que ᾿᾿ἀνατολικὸν μέρος du Buzara soit la chaîne qui rattache le Bou Kahil à l'Aurès, on est conduit, par des motifs analogues, à affirmer la correspondance de l’Aurès et de l’Audus. Nous reeonnaissons, du reste, que le texte de Ptolémée, en plaçant l’Audus au sud-ouest de Lambaesis, semble fournir un argument en faveur de cette seconde hypothèse. Mais le désordre des positions est tel, dans les
* Carette, Origine et migration des principales tribus de l'Algérie, p. 12.
tables du géographe alexandrin, même pour les stations que la simple analyse du réseau routier aurait permis de placer avec une approximation suffisante ', qu'il ne faut pas s'exagérer la valeur d'une semblable indication. Il est à remarquer, en outre, que Ptolémée place sur le littoral, immédiatement à l'ouest d'Igilgilis, un Αὖδον ἄκρον et un Αὖδος ποταμός qu'il fait déboucher dans le golfe numidique*. On est donc bien tenté d'établir un rapport entre ce fleuve Audus et l'Audus mons, et de voir dans ce dernier un des massifs de la chaîne du littoral.
La difficulté est la même pour le Thammes, τὸ Θάμμης ὄρος. Les tables ptoléméennes l'indiquent à l'est-nord-est du Buzara, au sud-est de l’Audus, et y placent les sources du Rubricatus (Oued Mafragh). En se guidant d’après cette dernière indication, on est amené à considérer le Thammèës comme faisant partie de la chaîne méditerranéenne. C'est ce qu'ont fait Mannert et la plupart des géographes*. Si l’on tient compte, d'autre
* Pour n'en citer que deux exemples, les trois positions bien connues de Thaοἷα, Musti et Ammaedara s’échelonnent du nord-est au sud-ouest sur la route de Carthage à Théveste, construite en 123, antérieurement par conséquent au livre de Ptolémée. Or les tables ptoléméennes placent Thacia au nord-ouest de Musti et au sud-est de Théveste. De même, sur la route de Carthage à Hippo Regius par
? IV,ur, ὁ. 10 : Aüdov äxpor..........
$ 11 : Καὶ ἐν Νουμιδικῷ κόλπῳ, Abdou ποταμοῦ éxBo}ai. ..
ἢ Mannert, qui confond à tort le Rubricatus et l'Ubus et les retrouve dans la Seybouse, identifie le Thammès à la chaîne tellienne que traversait la route de Carthage à Cirta. L'Ubus, comme nous le verrons, est la Seybouse. le Rubricatus est
Sicca, route plus ancienne que la précédente, Naraggara, qui est en réalité au nord-ouest de Sicca Veneria, ce qu'indique « priori la direction générale du tracé, est placée par Ptolémée au sudouest de Sicca.
Les renseignements de Ptolémée ne peuvent être utilisés que sur le littoral, où la direction connue de la côte permet de rectifier les erreurs du texte.
ἘΝ ca et ie ie ET TO Aie y 70’ 26 δ' y «y .1β l'Oued Mafragh, dont le cours supérieur porte le nom d'Oued el-Kebir. L'Oued el- Kebir prenant sa source dans le Djebel Mahbouba au nord de Souk Ahras (Thagaste), cette montagne devrait être considérée comme le Thammès tellien.
Le THaMMes.
Le (τπνλ.
part, de la situation relative du Thammès et de l'Audus dans les tables ptoléméennes, et si l'on accepte la correspondance de l’Audus et de l'Aurès, le Thammès doit faire partie de la chaîne saharienne et se retrouver dans le Djebel Chechar. C'est ce que semble indiquer, d'ailleurs, la position assignée par Ptolémée au Thammès par rapport à Lambaesis. Si cette position est exacte, le Thammès, placé au sud-est de Lambaesis, serait bien le Djchel Chechar. Mais que devient alors l'indication de Ptolémée qui place la source du Rubricatus dans le Thammès? M. Ragot, pour qui la série des massifs ptoléméens représente exclusivement la chaîne saharienne, se tire de cette difhiculté par une hypothèse plus ingénieuse que satisfaisante. Π fait correspondre le Thammès à l'Ahmar Khaddou et, rapprochant la signification du nom arabe de cette montagne, «la joue rose », de celle du mot Rubricatus, il suppose que le Thammès avait reçu des Romains ce nom de Rubricatus, que Ptolémée aurait appliqué à un fleuve. Cette explication se heurte malheureusement à un fait qui dispense de toute autre discussion : l'Ahmar Khaddou, pas plus que le Chechar, du reste, ne donne naissance à aucun cours d’eau qui se jette dans la Méditerranée, comme le Rubricatus de Ptolémée. De deux choses l'une, par conséquent : ou Ptolémée ἃ commis une erreur en plaçant la source du Rubricatus dans le Thammès, si le Thammiès appartient à la chaîne saharienne; ou il s’est également trompé en assignant au Thammès la place qu'il lui donne par rapport à l'Audus et à Lambaesis, si le Thammés est réellement la source du Rubricatus. Il est impossible, comme on le voit, de sortir des contradictions.
Le Cirna, τὸ καλούμενον Κίρνα ὄρος, que Ptolémée nomme immédiatement après le Thammès et place au nord-ouest de ce dernier massif, appartient certainement à la chaîne tellienne
ou méditerranéenne. C'est de là que naissent les deux lacs Sisara et Hipponitis, «qui communiquent l'un avec l'autre‘ », et ce détail topographique ne laisse pas de doute sur la position du Cirna. La Afuvn ἱππωνῖτις est le lac de Benzert, la Λίμνη Σισάρα est le Gardat el-Echkeul, ou lac de Mateur, qui communique avec le premier par l'Oued Tindja et est formé luimême par l'Oued Djoumin.
Le Cirna, placé à 1° au sud du lac Sisara, ne peut pas être, comme on l'a supposé, le Dyebel el-Echheul où Lechkeul, qui s'avance en promontoire dans les eaux mêmes du lac auquel il a donné son nom. Il représente évidemment la chaîne qui s'étend au sud et au sud-ouest du Garäat el-Echkeul, et l'un des sommets de cette chaîne, le Bou-Kerin, qui donne naissance à l'Oued Djoumin, semble rappeler par son nom le Kipva de Ptolémée.
Les difficultés que nous avons déjà signalées se représentent lorsqu'il s'agit de déterminer la correspondance du Mampsarus, τὸ Μάμψαρον ὄρος, que Ptolémée place au sud-est du Thammés et considère comme la source du Bagrada; elles se compliquent en outre de la question de savoir ce que le géographe alexandrin considère au juste comme la source de ce fleuve. La question est d'autant moins facile à résoudre que Ptolémée, dans le chapitre consacré à la Libye intérieure, fait naître du mont Usargala un second Bagrada, qui ἃ d’ailleurs la même embouchure que le premier. De ce fait, aussi bien que de la répétition du nom de certaines villes du sud de la province d'Afrique, Capsa, Vescether, Thubutis, qu'on retrouve
* IV, ur : Kai τὸ xahoüpevor Képva dpos.....,.....,.......,... Ày À. ἀφ᾿ οὗ ai λίμναι συνίστανται, συνάπτουσαι ἀλλήλαις, ἥ τε ἱππωνῖτις..... Ἐπ aient ea ei laid à à «à λβ γό λβ 4’ PPS es ΟΣ NU, SANTO Led Ày λα
Le Mampsarus.
ER NP ΤΩΝ dans la Libye intérieure sous la forme identique, ou à peine modifiée, de Capsa, Ischeri, Thabudis, on ἃ conclu, non sans quelque vraisemblance, que Ptolémée, trompé par des informations puisées à des sources différentes, avait placé dans deux zones distinctes des localités appartenant en réalité à une seule zone. La divergence de ces informations s'explique d’ailleurs facilement : Capsa pouvait très bien être représentée par certains informateurs comme une ville du Tell, par d'autres comme une localité saharienne. Elle est située, en effet, à la limite même du Tell et du Sahara: saharienne par son oasis et par les sables qui l'entourent en partie, elle appartient encore aux hautes terres par la presqu'ile rocheuse sur laquelle elle est assise et qui se rattache aux derniers gradins du Tell. Il en est de même de Thouda, équivalent probable de Thubutis et de Thabudis, et de Biskra, que l'on fait correspondre à Vescether et Ischeri.
Cette explication, toutefois, n'est qu'à demi satisfaisante en ce qui concerne la double origine du Bagrada. 1] ne s’agit pas, en effet, d’une seule et même source placée tout à la fois dans le Tell et dans le Sahara, mais bien de deux sources appartenant à deux massifs différents, le Mampsarus, situé dans la province d'Afrique, et l'Usargala, indiqué beaucoup plus au sud dans la Libye intérieure. Nous inclinons donc à penser que les renseignements indigènes consignés dans les tables de Ptolémée s'appliquent aux deux grands cours d'eau dont la réunion forme la Medjerda inférieure. L'une de ces rivières, coulant de l'ouest à l'est, a longtemps porté le nom d'Hamise sur nos cartes : elle prend sa source dans le massif de Khemissa, et nous la considérons aujourd'hui comme la Medjerda proprement dite; l'autre est l'Oued Mellag, qui descend du plateau de Tebessa. Le Mampsarus serait alors le massif de Khemissa,
et l'Usargala se retrouverait dans le versant septentrional de l’Aurés, rattaché au plateau de Tebessa par le Djebel Osmor. Il est inutile de faire remarquer qu'en adoptant cette hypothèse, on est conduit à déplacer vers le nord toutes les positions indiquées par Ptolémée, et que le Mampsarus se trouve faire partie de la chaîne tellienne, tandis que l'Usargala vient prendre la place de l'Aurès dans la chaîne du Sahara. Ce déplacement général paraît d’ailleurs justifié, au premier abord, par la position beaucoup trop méridionale que les tables ptoléméennes assignent à toutes les localités non seulement de la Libye intérieure, mais même de la plus grande partie de la province d'Afrique. Il a toutefois l'inconvénient de supprimer la chaîne saharienne, à laquelle semblent cependant appartenir l’'Audus et le Thammès, puisque la position assignée par Pto- 1émée au Mampsarus par rapport à ces deux massifs oblige à les reporter dans la chaîne méditerranéenne, du moment où l'on y transporte le Mampsarus. Et si, d'un autre côté, nous maintenons le Mampsarus dans la série des massifs sahariens, comment expliquer cette source du Bagrada que Ptolémée place dans la Libye intérieure? On est obligé de la reléguer dans cette région des sables et des Chtout, d'où aucun cours d'eau n’a jamais pu remonter vers le Tell.
11 nest guère plus facile de retrouver le mons Jovis, τὸ καλούμενον Διὸς ὄρος, placé par Ptolémée à 1° environ au sud-sud-est de Thysdrus et à peu près à la même distance à l'ouest de Macomada.
On a supposé que la «montagne de Jupiter » était identique au mons Domin de Victor de Vita, c'est-à-dire au Djebel Zaghouëän, situé à bo kilomètres au sud de Carthage. Haut de 1,343 mètres, le Djebel Zaghouân est le sommet le plus élevé de la Zeugitane, et sa forme ainsi que son isolement en font
Le mons Jovis.
Le VAsALETUs.
une des hauteurs les plus remarquables de la province d'Afrique. À ce titre 1] a pu être consacré à Baal-Jupiter. On se demande toutefois comment Ptolémée a pu se méprendre sur la situation d'une montagne aussi voisine de Carthage et plus rapprochée encore d'Uthina (Oudna), de Thuburbo majus (Henchir Kasbat) et de Medicerra (Ain-Medker), dont les trois positions, par hasard, sont indiquées assez exactement sur la carte du géographe d'Alexandrie. Le Djebel Zaghouân se trouve précisement dans le triangle que forment ces trois localités, et l'on a peine à comprendre que Ptolémée n'y ait pas placé son Διὸς ὄρος. Ses erreurs sont si nombreuses, du reste, qu'on peut admettre de sa part une inexactitude de plus et identifier le mons Jovis au Djebel Zaghouän.
La position assignée au Vasalaetus où Vasaletus, τὸ Οὐασάλαιτον ἢ Οὐασάλετον ὄρος, par rapport au Mampsarus, justifierait l'opinion de ceux qui considèrent le Mampsarus comme un des massifs de la chaîne saharienne, si l'on pouvait accorder la moindre valeur aux indications astronomiques de Ptolémée. Il est évident, en effet, que le Vasaletus, source du fleuve Triton, est lui-même, dans la pensée de Ptolémée, un massif essentiellement saharien. Nous rechercherons plus tard, en nous occupant de lhydrographie de l'Afrique, ce que représente exactement le Triton. Nous nous bornons à constater, pour le moment, que les trois lacs qu'il forme indiquent suffisamment la série des lagunes qui aboutissent au golfe de Kabès. Le Vasaletus est donc un des massifs sahariens qui alimentent ces lagunes, probablement, dans la pensée de Ptolémée, le
© IV, un, S 17 : Kai τὸ Οὐασάλαιτον (ἢ ΟὐασάλετονῚ dpos où τὰ πέρατα ἐπέχει μοίρας. . . οἷς «νῦν ὦν cheat ele λξ x
$ 19 : AG'oÿ ῥεῖ ὁ Τρίτων ποταμὸς καὶ ἐν αὐτῷ, κι τ. À.
—#+2( 25 )..3---prolongement oriental du Djebel Chechar, c'est-à-dire le Djebel Madjour.
La correspondance que Mannert et tous les géographes à sa suite ont établie entre le Vasaletus et le Djebel Ouslet ne repose que sur l'analogie fortuite des noms. Le Djebel Ouslet est situé en pleine zone tellicnne, à l'ouest de Kaïrouän, et dans un bassin hydrographique tout différent. Il n'existe pas non plus, quoi qu'on en ait dit, de montagne du même nom dans le voisinage du Chott el-Djerid. M. Ragot ἃ été, à cet égard, complètement induit en erreur: l'étude toute spéciale que nous avons faite sur place du bassin du Djerid nous permet de l'affirmer.
Le Zuchabbari ou Chuzabarri, τὸ Zovyaé6apr ἣ Χουζάδαρρι ὄρος, indiqué à l'est et sous la même latitude que le Vasaletus, représente évidemment la chaîne tripolitaine du Ghärian. Ptolémée y place la source du Cinyps. Le doute n’est donc pas possible.
L'Acabe fons, ἡ ἀκάξη πηγή, nommée par Ptolémée immédiatement après le Zuchabbari, paraît, d’après la disposition du texte et la ponctuation, désigner une des montagnes de l'intérieur ! : nous pensons néanmoins que l’Acabe ne figure dans l’orographie de la Tripolitaine qu'au même titre que le Cinyps, c'est-à-dire comme un des cours d’ean qui descendent du Zuchabbari. C'est ce que semble indiquer la conjonction réduplicative καί, placée avant le nom du Cinyps, et l'on doit traduire, à notre avis : « Le Zuchabbari....... d'où coulent, et le Cinyps, et la source Acabe. »
2 IV, ur, $ 20 : Kai τὸ Zouy466apr où τὰ πέρατα ἐπέχει μοίρας. " xs δ' Χο ΡΟΣ AE σι. à re 192 DE. € μγ £' xs Vo ἀφ᾽ où ῥεῖ καὶ ὁ KivuGos ποταμός :
καὶ ἡ ἀκάξη πηγὴ ἦς Sois... .....,,... ue δ' xs
Le ZucxaBBart
L'ACABE.
Le Οτοιῦϑ.
Le ΤΉΙΖΙΒΙ,
Le mont BELLus.
Le Giglius, τὸ Γίγλιον ὄρος, est placé par Ptolémée au nord du Zuchabbari, à l'est du lac Tritonis, au sud-sud-ouest de Sabathra (Sabrat, près de Zouagha ech-Cherkia) et au sud-ouest d'une Sabrata intérieure, qui n'est, selon toute apparence, que le dédoublement de la précédente, située sur le littoral. Ces rapports de position nous amèneraient, s'il était possible d'en tenir compte, à faire correspondre le Giglius à la partie de la chaîne tripolitaine qui s'étend au-dessus de Zouagha ech-Cherkia, c'est-à-dire aux montagnes de Nalout et de Zintân.
Le Thizibi, τὸ Θίξιδι ὄρος, indiqué par les tables ptoléméennes au nord-est du Zuchabbari, à peu de distance du littoral et au-dessous de Thagulis, paraît correspondre, d'après cette dernière indication, aux montagnes qui dominent la partie sudouest de la courbe de la Grande-Syrte, et tout particulièrement au Djebel el-Alia, voisin des autels des Philènes.
Nous ne connaissons le mont Bellus” que par Tite-Live, qui en parle à propos d'un épisode de la lutte soutenue par Masinissa contre Syphax. Battu par son adversaire sur son propre territoire, Masinissa se réfugie, avec un petit nombre de cavaliers, dans la montagne que les indigènes appellent Bellus. Quelques familles massyliennes le suivent avec leurs tentes et leurs troupeaux : riche en pâturages et abondamment arrosée,
* Ce nom se présente dans les manu- en dérivent. En debors de toute considé-
scrits de Tite-Live sous les deux formes ration philologique, la leçon Balbus nous
Balbus et Bellus. La première, adoptée par tous les géographes, est donnée par une série de manuscrits peu anciens provenant d'un Spirensis, aujourd'hui perdu. La seconde , à laquelle sont revenus les derniers éditeurs, figure dans le Puteanus, source principale du texte pour toute la troisième
décade, et dans les manuscrits anciens qui
semble peu admissible au point de vue de la toponymie indigène , tandis que la forme Bellus, déjà plus vraisemblable en ellemême, paraît avoir laissé une trace dans la nomenclature locale; la plaine qui 5᾽ ὁtend au nord-est du massif que nous considérons comme le mons Bellus porte le
nom de Blad Belli, > 8
la montagne pouvait facilement nourrir les exilés’. Masinissa en fit le point de départ d'incursions continuelles, non seulement sur le territoire numide, maïs aussi el surtout sur celui de Carthage, où le pillage était plus abondant et plus facile, et poussa la hardiesse jusqu'à vendre le produit de ses razzias aux navires qui abordaient sur le littoral ?. Pressé par les Carthaginoïs d'en finir avec son ennemi, Syphax charge de cette mission Bocchar, un de ses lieutenants. Bocchar tombe à l'improviste sur Masinissa, l'oblige à se réfugier sur le sommet de la montagne et l’enferme dans une gorge étroite, où périssent la plupart des Massyliens. Masinissa se dérobe avec cinquante cavaliers. Bocchar le poursuit, le rejoint en plaine près de la ville de Clypea et lui tue quarante-six de ses compagnons. Masinissa, blessé, n'échappe une seconde fois à cette poursuite acharnée qu'en se jetant dans une grande rivière, dont le courant emporte deux de ses cavaliers, mais le sauve en arrêtant l'ennemi ἢ.
Il résulte évidemment du récit de Tite-Live que le mont Bellus formait un massif assez étendu, couvert de pâturages et bien arrosé; qu'il était situé non loin du littoral, dans le
! Liv. XXIX, xxxr : « Masinissa cum trocinium tutius erat. Jamque adeo licenter
paucis equitibus ex acie in montem (Bellum in colae vocant) perfugit. Familiae aliquol cum mapalibus pecoribusque suis (ea pecunia illis est) persecuti sunt regem...
Quem ceperant exules montem herbidus aquosusque est, et quia pecori bonus alendo erat, hominum quoque, carne ac lacte vescentium , abunde sufficiebat alimentis. »
? Liv. XXIX, xxxr :
primo ac furtivis incursionibus, deinde
«Inde nocturnis
aperto latrocinio, infesta omnia circa esse ; maxime uri Carthaginiensis ager, quia et plus praedae, quam inter Numidas, et la-
eludebant , ut ad mare devectam praedam venderent mercatoribus appellentibus naves ad id ipsum...»
ὅ Τὰν. XXIX, xxxrr : « Tenuit tamen vestigia Bocchar : adeptusque eum patentibus prope Clupeam urbem campis, ita circumvenit, ut, praeter quatuor equites, omnes ad unum interficeret. .. »
Δ Liv. XXIX, xxxir : «... Amnis ingens fugientes accepit. . . [5 finis Bocchari sequendi fuit, nec ingredi flumen auso, nec habere credenti se jam quem sequeretur. »
voisinage du royaume numide et sur le territoire carthaginoiïs; qu'il ne devait pas être très éloigné enfin de la presqu'île du cap Bon, à l'extrémité orientale de laquelle se trouvait Clypea (la Klibia arabe). Ces diverses indications nous font retrouver le Bellus dans le massif montagneux qui s'étend entre la base de la presqu'ile du cap Bon au nord, le golfe d'Hammamet à l'est, et les plaines de Kaïrouän au sud. Nous verrons plus tard que, de ce dernier côté, les possessions numides s'étendaient jusqu'à lOued Merg el-Lil, qui traverse les plaines dont nous venons de parler. Masinissa pouvait donc facilement y pénétrer en suivant la ligne des hauteurs qui limitent ce bassin au nord et à l'ouest. Attaqués d'ailleurs de ce même côté par Bocchar, les Massyliens ne pouvaient s'enfuir que du côté du nord, et c'est effectivement sur la route de Clypea que le lieutenant de Syphax les rejoint. La grande rivière dans laquelle se jettent les fugitifs est un des deux torrents, extrêmement rapides et dangereux en hiver, qui descendent des hauteurs de la presqu'ile et coupent la route de Kourba à Klibia. Le plus voisin de cette dernière localité est l'Oued el-Oudiân, la «rivière des rivières», et c'est probablement ce principal collecteur des eaux de la péninsule du cap Bon qui représente l'amnis ingens de Tite-Live. Un détail du récit de l'historien permet même de préciser avec quelque vraisemblance le point culminant, le vertex sur lequel Masinissa se réfugia d’abord : ce doit être le Djebel Djedidi. Les gorges profondes de l'Oued Tebournouk qui en descendent et s'ouvrent du côté du nord représentent, selon toute apparence, la vallis arcta où tombèrent la plupart des Massyliens et les anfractus montis par lesquels Masinissa parvint à s échapper
® Liv. XXIX, xxxrr : « Degressum jugis bus utrimque obsessis, inclusit. Ibi ingens Masinissam persecutus in valle arcta, fauci- caedes Massylorum facta. Masinissa cum
Shaw a identifié le mont Bellus au Djebel er-Reças, «la montagne du plomb», situé à 25 kilomètres au sud de Carthage, Cette synonymie est inadmissible. Le Djebel er-Reças n'est qu'une arête rocheuse, escarpée de toutes parts, qui ne répond nullement à la description de Tite-Live et n'aurait pas pu nourrir la «zmala » massylienne. Isolée de tous côtés, par conséquent facile à bloquer, cette montagne eût été bien moins un refuge qu'une souricière où Masinissa se serait bien gardé de se risquer. Trop rapprochée de Carthage, trop éloignée du territoire numide et du littoral oriental, elle ne peut, en aucune façon, représenter le massif dont le chef massylien avait fait tout à la fois un asile et un repaire.
La correspondance qu'on a établie entre le Djebel Zaghouän etle mons Ziquensis dont il est question dans deux passages de Victor de Vita! est, sinon certaine, du moins très vraisemblable. Si le nom du Djebel Zaghouän n'est pas, comme on l'a supposé, la corruption de l'appellation antique, mons Ziquensts, il dérive tout au moins de l’ethnique Zaouagha, Zaouaghen, qu on retrouve dans la Zeugitana de l'époque romaine.
Un des manuscrits de Victor de Vita donne au mons Z1quensis le nom de mons Domini”. Il est donc possible, ainsi que nous l'avons déjà dit, que le point culminant de la Zeugitane ait été consacré au Baal Khamon, le Dominus par excellence du culte punique, et soit identique, par conséquent, au mons Jovis de Ptolémée.
quinquaginta haud amplius equitibus per «810 enim Cresconius presbyter Mizeitanae
anfractus montis ignotos sequentibus se civitatis in spelunca Ziquensis montis re-
eripuit. » pertus est, putrescente jam solutus cada-
© Vict. Vit. Hist. pers. Vand. 11, xx :
« Slabat quidam praecelsus super montem qui Ziquensis dicitur, et clamabat dextra laevaque : Migrate, migrate.v — ΠῚ, L :
vere.»
? IT, xx : «Super montem Domini qui Ziquensis dicitur. »
Le mons
ZiQuENSsIs.
Ce qui nous semble hors de doute, c'est que le Djebel Zaghouän représente la montagne dont parle Diodore, sans la nommer, dans un des épisodes de la campagne d'Agathocle. Après avoir laissé dans son camp de Tunis des forces sufhsantes, le chef sicilien, tournant ses armes contre les places maritimes soumises à Carthage, venait de prendre Neapolis (Nebel) et assiégeait Hadrumète (Soussa). Profitant de son départ, les Carthaginoïs dirigent tous leurs efforts contre Tunis, s'emparent du camp et attaquent vigoureusement, la ville dans laquelle s'étaient retirés les Siciliens. Averti du danger que court Tunis, Agathocle laisse devant Hadrumète la plus grande partie de ses forces, gravit avec une poignée d'hommes seulement une montagne d'où 1] pouvait être aperçu tout à la fois par les habitants d'Hadrumète et par ceux de Carthage, et y allume, la nuit, de grands feux, qui couvrent le sommet du mont. Les Carthaginoïs, croyant à l'arrivée d'Agathocle, abandonnent le siège de Tunis, et les défenseurs d'Hadrumète, persuadés que les assiégeants vont recevoir un renfort, se rendent à discrétion !.
Le Djebel Zaghouän est la seule montagne dont la cime soit également visible de Tunis et d'Hadrumète; 1] représente donc certainement le mont que Diodore a oublié de nommer. Nous avons aperçu plus d’une fois, de Tunis ou de Soussa, les incendies que les bergers Υ allument chaque année, vers la fin de l'été, pour faire disparaître les broussailles et améliorer les pâturages de la saison d'hiver.
! Diod. XX, xvin : ὦ δ᾽ ἀγαθοκλῆς, ἀναλαξδὼν λάθρα πτρροσῆλθεν ἐπί τινα τόπον ἀπαγγειλάντων τινῶν αὐτῷ τὰ περὶ τοὺς ὀρεινὸν, ὅθεν ὁρᾶσθαι δυνατὸν ἦν αὐτὸν ὑπό ἰδίους ἐλατήώματα, τὸ μὲν mod τῆς δυνά. τε τῶν ἀδρυμητίνων καὶ τῶν Καρχηδονίων μεως κατέλιπεν ἐπὶ τῆς πολιορκίας, τὴν τῶν τὸν Τύνητα πολιορκούντων. δὲ Θεραπείαν καὶ τῶν σήρατιωτῶν ὀλίγους
L'Aurasius mons de Procope, Αὐράσιον ὄρος, est incontestablement l'Aurès. L'auteur de la Guerre des Vandales, qui avait fait partie de l'expédition de Solomon et recueilli de précieux renseignements de la bouche même des chefs maures ’, nous a conservé le nom que les indigènes lui donnaient et qu'il porte encore.
« L’Aurasion, dit Procope, est situé à treize journées de Carthage; c'est la plus vaste montagne que nous connaissions ?; il ne faut pas moins de trois jours à un bon marcheur pour en faire le tour. L'accès en est difficile, mais lorsqu'on ἃ atteint le sommet, on y trouve des plateaux, des sources nombreuses donnant naissance à des fleuves, et de merveilleux vergers .…. *. La ville de Thamugadis est située au pied du versant oriental de la montagne". »
Il résulte de cette description que ᾿᾿Αὐράσιον de Procope n'est qu'une partie de l’Aurès actuel, dont le massif, compris entre la route de Batna à Biskra et l'Oued el-Arab qui le sépare à l'est du Djebel Mehmel et du Djebel Chechar, ne mesure pas moins de 120 kilomètres de longueur, sur une largeur moyenne de 70 kilomètres. Le périmètre de ce massif peut donc être de 380 kilomètres, ce qui dépasse de moitié les trois fortes
! Procope nomme l'un d'entre eux Orthaïas.
* Lebeau ἃ commis un contresens en traduisant μέγισον par «la plus haute »; le sens de ce mot est précisé par ce qui suit.
: Procop., De bello Vand., I, xt :
Τοῦτο δὲ τὸ ὄρος ἡμερῶν μὲν ὁδῷ δέκα καὶ τριῶν μάλιστα Καρχηδόνος διέχει, uéyioTov δὲ ἁπάντων ἐσήὶν ὧν ἡμεῖς ἴσμεν - ἡμερῶν γὰρ τριῶν ἐνταῦθα εὐξώνῳ ἀνδρὶ meplodés ἐσήι. Καὶ τῷ μὲν ἐς αὐτὸ ἰέναι βουλομένῳ
Φαίνεται καὶ κρῆναι πολλαὶ, ποταμούς τε ποιοῦσαι καὶ “σαραδείσων πολύ τι χρῆμα Savudoiov οἷον. Kai ὅ τε σῖτος, ὃς ἐνταῦθα φύεται, ἥ τε ὀπώρα ἑκάσΊτη διπλάσια τὸ μέγεθός ἐσΐῆιν ἢ ἐν τῇ ἁπάσῃ Λιβύῃ γίνεσθαι πέφυκεν. |
! Procop., ibid. : ἄλλα καὶ πόλιν Ταμούγαδιν, ἣ πρὸς τῷ ὄρει ἐν ἀρχῇ τοῦ πεδίου πρὸς ἀνίσχοντα ἥλιον πσολνάνθρωπος οὖσα ὥκητο.
L’AURASIUS.
Le mons CLYPEI.
journées de marche de Procope. Il est à remarquer, du reste, que les indigènes distinguent eux-mêmes, dans cet ensemble de hauteurs, un point auquel ils appliquent plus spécialement ce nom d'Aouras; cest un pic élevé situé au sud-ouest de Khenchela, et la tradition locale rapporte que c'est cette montagne qui ἃ donné son nom au massif tout entier. L’Aurasion proprement dit de Procope n'est cependant pas, comme l'a supposé M. Ragot, cet Aouras primitif. Sa véritable correspondance résulte de sa position par rapport à Thamugadis, dont l'identité avec Timgad est parfaitement établie : c'est le Djebel Mehmel. Procope lui-même, du reste, semble, dans un autre passage, désigner sous le nom général d'Aurasion, comme les indigènes le font encore aujourd'hui, tout le massif montagneux compris entre Baghaï et le Hodna. C'est ce dernier bassin qu'il désigne lorsqu'il constate, d’après le témoignage des habitants, qu'à l'ouest de la région aurasienne s'étendait une vaste οἱ fertile contrée au delà de laquelle on trouvait un pays habité par une race d'hommes à la peau blanche et aux cheveux blonds |.
Le mons Clypei, ὄρος ἀσπίδος, dont parle Procope au chapitre xu1, est un des nombreux sommets du massif de lAurès.
Il y avait là, dit l'historien, un vieux château près duquel coulait un cours d'eau permanent : ἔνθα φρούριόν τε σαλαιὸν ἦν καὶ ποταμός τις ἀέναος. L'armée de Solomon, partie des bords de l'Amigas, près de Baghaï, l'atteignit en sept étapes de bo stades, c’est-à-dire après une marche de 64 kilomètres.
M. Ragot croit retrouver lüpos ἀσπίδος dans le Djcbel Chelia, le point culminant de l'Aurès, le nœud orographique de la montagne d'où coulent vers le sud les principales rivières
* Procop., De bello Vand., 11, χπὶ : τὴν ἑσπέραν τοῦ Αὐρασίου χώραν, “πολλήν Εἶχον δὲ οἱ ταύτῃ Μαυρούσιοι καὶ τὴν τσρὸς τε καὶ ἀγαθὴν οὖσαν.
de la région. A l'extrémité occidentale du nœud du Chelia et à la naissance de l'Oued el-Abiod, il existe, sur un plateau d'une lieue d'étendue et d'une demi-lieue de large, les ruines d'une forteresse antique dont les côtés ont à peu près 40 mètres. Les indigènes donnent à ces ruines le nom de Medina «la ville». La position de ce praesidium était des mieux choisies au point de vue stratégique : elle commande les principales vallées de lAurés, et l'on peut rayonner de là dans toutes les directions. Nous n'osons cependant pas affirmer la synonymie proposée par M. Ragot. Procope nous donne bien le nombre et la longueur des étapes, mais il n'indique pas la direction de la marche de Solomon. I serait donc imprudent de vouloir préciser.
La même réserve nous est imposée quant à la position exacte d'une autre localité de l’Aurasion de Procope, la «roche de Geminianus», ἡ πέτρα Γεμινιανοῦ ', surmontée d'une vieille tour dans laquelle labdas avait caché ses femmes et ses trésors. Toutes les expéditions françaises qui ont sillonné l’Aurès ont fait découvrir au moins autant de tours antiques, dans chacune desquelles on a successivement retrouve la «tour Géminienne », et qui répondent toutes, d'ailleurs, aux indications très sommaires et très générales de Procope. On peut en dire autant de Tumar et de Zerbule, deux places fortes de l'Aurasion qui tombèrent également au pouvoir de Solomon, lors de sa seconde campagne. Les rapprochements dont elles ont été l'objet, de la part de Dureau de la Malle, n'ont absolument aucune valeur; on ne pourrait en fixer la synonymie qu'en retrouvant les noms
* Procop., De bello Vand., IT, xx : ἔστι σύργον οἱ πάλαι ἄνθρωποι βραχὺν κομιδῆ δέ τις ἐν Αὐρασίῳ πέτρα ἀπότομος κρη- “ποιησάμενοι καταφυγήν τε ἰσχυράν τινα μνῶν ἐς μέσον ἀνέχουσα “πέτραν αὐτὴν καὶ ἀμήχανον τῆς τοῦ χωρίου φύσεως σφίσι Γεμινιανοῦ καλοῦσιν οἱ ἐπιχώριοι" οὗ δὴ ξυλλαμβανούσης ἐδείμαντο.
La roche de GEMINIANUS.
Le mont Βυπολον.
—+>( 34 )es— antiques dans la toponymie locale, qui, jusqu'ici, ne nous a rien fait connaître de semblable ni même d’analogue.
Le mont Burqaon, τὸ ὄρος Βουργάων, théâtre d’une des plus éclatantes victoires que Solomon ait remportées dans sa guerre contre les Maures, était certainement situé dans la Byzacène, et très probablement dans le voisinage de la Numidie, puisque les débris des tribus vaincues trouvèrent un refuge dans l'Aurès. C'est tout ce que nous savons de la position du Burgaon, mais les détails que Procope donne sur cette montagne sont si précis et si caractéristiques, qu'il est impossible qu'une exploration complète de la Byzacène ne la fasse pas retrouver.
«Le mont Burgaon», dit l'historien des campagnes de Solomon, «est presque partout escarpé, et du côté de lorient il est à peu près inaccessible. Du côté de l’ouest, au contraire, il s'abaisse en pente douce et peut être facilement gravi. Il est couronné par deux pics que sépare une gorge étroite, profonde et impraticable même dans ses parties les plus basses’. Les Maures n'avaient pas mis de troupes sur le sommet de la montagne; ils ne croyaient pas que l'ennemi püt les attaquer de ce côté. Ils n'avaient pas non plus occupé le pied de la montagne du côté où elle est facilement abordable. Ils s'étaient postés à mi-côte afin d'avoir l’avantage du terrain, si l'ennemi osait gravir la hauteur pour les attaquer... ..
«...Solomon, voyant que les Maures ne voulaient pas livrer bataille dans la plaine et qu'un blocus, dans ce pays désert, ferait souffrir son armée, se hâte de les attaquer sur le mont Burgaon et envoie, au déclin du jour, Théodore, commandant
! Procop., De bello Vand., 11, xu: Éo7r δόν τε καὶ dnTiws ἔχον. Kai σκοπέλω ὑψηλὼ δὲ τὸ ὄρος Βουργάων ἐπὶ mhciolov μὲν δύο ἀνέχετον νάπην τινὰ ἐν μέσῳ σφῶν ἀπότομον καὶ τὰ πρὸς ἀνίσχοντα ἥλιον ἐργαζομένω, oTevyr μὲν κομιδῇ, ἐΞ βάθος
—#2( 35 )e3— des excubitores, avec mille soldats, gravir la montagne du côté du levant où elle était escarpée et presque inaccessible. Pendant une nuit obscure, ce détachement escalade les rochers, atteint l’une des cimes, à l'insu des Maures et même des Romains, Au point du jour, Solomon marche à l'ennemi avec toutes ses forces et se place au pied du mont Burgaon. Enfermés entre deux corps ennemis et ne pouvant ni gagner la cime de la montagne, ni s'échapper par la plaine, les Maures s'élancent dans la gorge pour gravir l'autre sommet. Dans le désordre et le trouble de la fuite, les premiers qui se hasardent à franchir la gorge y tombent et s'y tuent; ceux qui les suivent subissent le même sort; hommes et chevaux comblent l'abîme de leurs corps; les derniers seuls peuvent le franchir sur un pont de cadavres ?.
M. Dureau de | Malle a cru reconnaître le Burgaon dans le mont Burganim, que la carte de Lapie de 1829 place entre Sufes (Sbiba) et Theveste { Tebessa). Cette correspondance n'est malheureusement fondée que sur une erreur de transcription : le véritable nom de la montagne dont il s'agit est Bou-Ghanem « le père des troupeaux », désignation purement arabe et qui n'a rien de commun avec le Burgaon de Procope. Le Bou-Ghanem, d'ailleurs, ne présente pas les traits caractéristiques que Procope donne au Burgaon, et dont le principal, une pente douce du côté de l'occident, très rapide du côté opposé, ne se re-
YOVTES, σφᾶς τε αὐτοὺς ἔκτεινον καὶ ἐς τὴν
ἡ Procop., De bello Vand., IT, x11 : Οὔτε
δὲ ἐς τοῦ Boupydwvos τὴν ὑπερθολὴν ἀναδραμεῖν ἔχοντες, πρὸς τῶν πολεμίων κατεχομένην, οὔτε ἐς τὸ ὁμαλὲς διὰ τοῦ τπρόποδοςπροϊέναι, ἐνθένδε σφίσιν ἐπικειμένων τῶν ἐναντίων, ἔς TE τὴν νάπην καὶ ἐς τῶν σκοπέλων τὸν ἕτερον δρόμῳ πολλῷ ἤεσαν, οἱ μὲν αὐτοῖς ἵπποις, οἱ δὲ καὶ πεξῇ. ἅτε δὲ ὅμιλος
Le Pappua.
—#2( 36 )ee3-—
trouve guère que dans les formations appartenant au système des Alpes occidentales, telles que le Djebel Beni-Younès, près de Kafsa, et les montagnes de Sidi bel Aoun, à la hauteur de Bir Hafeï, entre Kafsa et Kaïrouân. C’est dans ce dernier massif qu'il faudrait, croyons-nous, rechercher le mont Burgaon.
Nous savons par Procope que Gélimer, battu par Bélisaire à Tricamara, se réfugia en Numidie sur le mont Pappua, ἐς Παππούαν τὸ ὄρος, et ne se rendit au général de Justinien qu'après y avoir soutenu un long blocus. | |
«Bélisaire se mit à sa poursuite », dit Procope, «et, en arrivant à Hippo Regius, ville de Numidie située sur le littoral à dix journées de Carthage, apprit qu'il s'était mis à l'abri de toute tentative d'attaque en se réfugiant sur le mont Pappua. Située sur les confins de la Numidie, cette montagne est extrémement abrupte, et les rochers élevés qui l'entourent de toutes parts la rendent presque inaccessible. Elle est habitée par des Maures barbares, et une ancienne ville, appelée Medeos, en occupe l'extrémité ?. »
C'est en se fondant sur ce passage de Procope que Shaw a identifié le Pappua à l'Edough, haute montagne qui s'élève au sud-est de Bône, et cette synonymie, généralement adoptée depuis, n'avait soulevé d'objections que de la part de quelques archéologues algériens *?. Nous n'hésitons pas, quant à nous, à la considérer comme absolument fausse. Rien ne la justifie, en
τον καὶ δεινῶς àBarov (πέτραι γὰρ ὑψηλαὶ
* Procop., De bello Vand., 11, 1v : Βελι-
σάριος δὲ αὐτὸν τὸ ἐντεῦθεν ἐδίωκεν, ἐς πόλιν re Νουμιδῶν ἐχυρὰν ἐπὶ Salicoy κειμένην ἀφικόμενος, δέκα ἡμερῶν ὁδῷ Καρχηδόνος διέχουσαν, ἣν δὴ ἱππονερέγιον καλοῦσιν, ἔμαθε Γελίμερα ἐς Παππούαν τὸ ὄρος ἀναβάντα οὐκέτι ἁλώσιμον Ῥωμαίους εἶναι" τοῦτο δὲ τὸ ὄρος éoli μὲν ἐν τοῖς Νουμιδίας ἐσχάτοις ἀκρότομόν τε ἐπὶ σλεῖσ-
spa ἐκ τ.
Berbrugger en 1802, Ragot plus récemment, et en dernier lieu M. A. Papier (Recueil des notices de la Société archéolo-
gique de Constantine, 1878, p. 294).
eflet, dans le texte de Procope. On ne peut pas conclure de ce texte, comme l'a fait Shaw, que le Pappua était situé dans le voisinage immédiat d'Hippone : Procope se borne à dire que Bélisaire apprit seulement en arrivant à Hippo Regius que Gélimer s'était réfugié sur le mont Pappua. Or, loin de prouver que le Pappua était la montagne qui domine Hippone, ce détail indiquerait au contraire que le Pappua se trouvait à une assez grande distance de cette ville. Bélisaire aurait été fort mal renseigné s'il n'avait appris qu'au pied même de l'Edough que l'Edough servait de retraite à celui qu'il poursuivait. Les détails que donne Procope sur la situation et la configuration du Pappua ne permettent pas, d'autre part, d'y reconnaître l'Edough. Le Pappua était situé, dit Procope, aux confins de la Numidie. Or l'Edough est en pleine Numidie, à 50 milles de la frontière de la Proconsulaire et à 170 milles de celle de la Maurétanie sitifienne. Le Pappua était une montagne abrupte, ἀκρότομον, d'un accès fort difhcile, δεινῶς ἄδατον. et entourée d’une ceinture continue de rochers escarpés : σέτραι γὰρ ὑψηλαὶ ἐς αὐτὸ πανταχόθεν ἀνέχουσι. Aucun de ces détails ne s'applique à l'Edough, dont la masse puissante, mais facilement abordable, n'offre nulle part ces murailles rocheuses qui défendaient le Pappua. Il aurait été impossible, enfin, d'établir autour de l'Edough le blocus que Bélisaire fit organiser autour du Pappua. L'étendue de ce massif, les ravins qui le sillonnent de toutes parts, n'auraient pas permis cetle surveillance de tous les instants qui eut pour résultat de réduire aux dernières extrémités les réfugiés vandales du Pappua et les Maures qui leur donnaient l'hospitalité. L'armée de Bélisaire tout entière n'aurait pas suffi à garder un seul versant de l'Edough : or Procope nous apprend que le blocus du Pappua fut confié à un simple détachement d'Hérules commandé par Pharas. La
- synonymie du Pappua et de l'Edough doit donc disparaître de nos cartes. Mais quelle est la véritable correspondance du Pappua? C'est ce qu'il est moins facile de dire. Si l'on s'en tient aux indications, d'ailleurs très vagues, de Procope, il faut chercher le lieu de retraite de Gélimer dans le massif montagneux qui sépare la Numidie de la Maurétanie sitifienne, ἐν τοῖς Νουμιδίας ἐσχάτοις, et dans le voisinage, par conséquent, de la Maurétanie. Berbrugger le plaçait, sans préciser, entre le versant oriental du Babor et l'Edough. M. Ragot le retrouve dans le Babor même, dont les cimes escarpées ont souvent servi de refuge, de nos jours, aux tribus insurgées. Mais à cette synonymie on peut objecter que les deux massifs des Babors sont situés l'un et l'autre au delà de l'Oued el-Kebir, et se trouvent par conséquent non point «à l'extrémité de la Numidie», comme le dit Procope, mais en pleine Maurétanie sitifienne.
L'hypothèse la plus récente qui se soit produite, à propos du Pappua, est celle de M. Papier, qui lidentifie au massif du Nador, entre Hippo Regius et Tipasa”. M. Papier appuie sa conjecture sur la découverte d'une inscription gravée sur le roc à l'entrée d'une mine exploitée à l'époque romaine, à Hammam en-Nbaïl, au pied du Nador. Des six lettres qui composaient primitivement cette inscription, quatre sont encore parfaitement lisibles :