CHAPITRE XII
Le docteur remonte le Liambye. — Beauté des lies du fleuve. — Paysage d’hiver. — Adresse et industrie des Banyétis. — Rapides. — Chutes de Gonyé, — Tradition. — Débordements annuels. — Fertilité de la grande vallée de&Barolsés. — Exécution de deux conspirateurs. — Estacade des marchands d'esclaves. — Naliélé. — Sanlourou le grand chasseur.
— Méthode commémorative des Barotsés. — Position meilleure des femmes. — Sentiment religieux plus développé. — Jardins. — Poissons, fruits et gibier. — Continuation du voyage. — Sékélétou procure au missionnaire des rameurs et un héraut. — Le fleuve et ses rives. — Chasseurs d’hippopotames. — Insalubrité du pays. — Le docteur se dirige vers Loanda. — Lions, buffles et élans. — Entrevue avec un Mambari.
— Deux Arabes de Zanzibar. — Arrivée chez Ma-Sélcélétou. — Joie du peuple en recevant la première visite de son chef. — Retour à Sésbélté.
Nous avons enfin rassemblé une quântité suffisante de pirogues et nous commençons à remonter la rivière; on m’a laissé choisir dans toute la flottille; j’ai pris le canot qui m’a paru le mieux fait et le plus solide ; il a dix mètres vingt de longueur sur 50 centimètres de large ; celui de Sékélétou est beaucoup plus grand ; il est monté par dix rameurs, tandis que le mien n’en a que six. Debout et à leurs rames, ils agissent avec une précision remarquable et changent de côté suivant que le courant l’exige. Ceux qui sont à l’avant et à l’arrière sont choisis parmi les plus forts et les plus expérimentés de l’équipage. Les pirogues sont plates et peuvent naviguer sur les eaux les plus basses; dès qu’ils sentent le fond de la rivière, les hommes qui les conduisent cessent de ramer , et font avancer l’embarcation en prenant un point d’appui sur le sable au moyen de leurs pagaies, qu’ils emploient en guise de crocs.
Notre flottille est composée de trente-trois pirogues et porte cent soixante hommes. Il est beau de voir cette longue file de rameurs glisser rapidement sur le fleuve, dont ils frappent l’eau en cadence. ' terre, les Makalakas s’inclinent devant les Ma-
DANS L'AFRIQUE AUSTRALE. tk\
kololos; mais sur la rivière ils dominent à leur tour; les Makololos ne sauraient les empêcher de se défier à qui gagnera de vitesse et d’oublier, dans l’ardeur de la joute, le danger qu’ils font courir à leurs maîtres. La veille de notre départ, une pirogue avait chaviré sous l’eiTort d’une grosse vagué soulevée par le vent d’est, qui est le plus commun dans ces parages. Un vieux docteur makololo, qui se trouvait dans cette pirogue, alla au fond comme une pierre et ne manqua pas de se noyer. Les Barotsés qui l’accompagnaient gagnèrent le bord à la nage , et une fois revenus à terre, ils eurent grand’peur d’être mis à mort pour n’avoir pas sauvé le docteur; il n’en fut rien ; mais, si le noyé avait eu plus d’importance, il est certain qu’on ne leur eût pas fait grûce.
Nous remontons rapidement le cours du fleuve, et j’éprouve un plaisir infini à regarder ces bords qui n’ont jamais été vus par un Européen. Le Liambye est un fleuve magnifique ; sa largeur est souvent de plus d'un mille ', et nous côtoyons des îles nombreuses qui en ont de trois à cinq. Elles sont couvertes de bois, ainsi que les deux rives; les arbres, qui se trouvent au bord de l’eau, plongent dans le fleuve des rejetons qui naissent de leurs branches et qui vont s’enraciner dans la terre comme ceux du figuier banian. De loin on prendrait ces (les pour une masse de verdure reposant à la surface étincelante du Liambye; du milieu de ce fourré plein de fraîcheur, les dattiers déploient leurs frondes gracieusement incurvées, dont le vert clair se détache sur le fond du tableau, et que surmontent les palmyras, qui découpent sur un ciel sans nuage leurs feuilles radiées, pareilles à d'énormes éventails. Nous sommes en hiver, et les bords du fleuve nous offrent cette couleur étrange que le paysage revêt à cette époque dans maint endroit de l’Afrique. Le pays est ondulé , rocailleux ; les éléphants y abondent ainsi que tous les animaux sauvages, à l'exception des nakongs et des léchés , que l’on n’aperçoit jamais dans les terrains pierreux. Le sol est rougeâtre et d’une grande fertilité, comme le prouve l’énorme quantité de grain que les Banyétis récoltent chaque année. Il y a sur les deux rives un grand nombre de villages habités parce peuple industrieux, composé d’habiles chasseurs