Seize cents et quelques mètres
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d’hippopotames, et qui travaille le bois et le fer avec un grand succès. La mouche tsetsé, qui infeste le pays, empêche les Banyétis d’avoir des animaux domestiques, et cela peut avoir contribué au développement de leur industrie. Ils font en bois des vases pourvus d'un couvercle très-bien ajusté, des bols de toutes les grandeurs; et, depuis l’introduction des tabourets chez les Makololos, ils ont montré beaucoup d’invention dans la forme des pieds de ces meubles, qu’ils ont su varier avec infiniment de goût.
Quelques-uns d’entre eux font des paniers, à la fois charmants et très-solides, avec la racine d'un certain arbre qu’ils fendent pour cet objet en lanières filamenteuses; les autres excellent dans l’art de forger le fer, et leur poterie est remarquable. C’est une population paisible, qui n’a jamais fait la guerre. 11 est vrai que dans le centre de l’Afrique, où l’on ne fait pas le commerce d’esclaves, les hostilités n’ont pas d’autres motifs que l’enlèvement du bétail ; le fait est si bien avéré, que plusieurs tribus n’ont pas de bestiaux, dans la crainte d’attirer leurs ennemis. Je n'ai entendu parler que d’un seul combat qui soit provenu d’une autre cause ; il s’agissait d’une femme dont trois frères barolongs se disputaient la possession, et qui fut jugée digne d'être obtenue par les armes ; la guerre éclata, et depuis cette époque la tribu est constamment divisée.
A partir de l’endroit où le Liambye forme un coude et se dirige vers le nord, endroit qu’on appelle Katima-Molélo, ce qui veut dire : « j’ai éteint le feu, * le lit du fleuve est rempli de rochers qui forment une succession de cascades et de rapides, et qui empêchent de naviguer lorsque les eaux sont basses. Quand elles sont hautes, on ne voit pas les rapides; mais les cataractes de Namboué, de Bomboué et de Kalé, qui peuvent avoir d’un mètre vingt à deux mètres de haut, n’en restent pas moins dangereuses ; aux chutes de Gonyé, qui présentent un obstacle beaucoup plus sérieux, il faut sortir les canots du fleuve et les porter à bras pendant un mille environ. La plus grande partie de l’eau du Liambye, resserré en cet endroit dans un espace qui peut avoir soixante ou quatre-vingts mètres de large, s’élance d’une hauteur de dix mètres , et va se briser en mugissant contre une masse de rochers qui la divise et qui augmente sa furie. La tradition rapporte que deux chasseurs d’hippopotames, entraînés à la poursuite d’un
anima) qu’ils avaient blessé, disparurent avec leur proie dans cet effroyable abîme ; elle parle aussi d’un Barotsé d’un esprit évidemment supérieur, qui vint s’établir au-dessous de la cascade, et qui profita de la force que la chute mettait à sa disposition pour conduire l’eau dans ses champs, où il s’en servit pour arroser ses récoltes. De loin en loin, des hommes de génie apparaissent dans cette région, comme dans la nôtre; mais ignorant l’art d’écrire, ils emportent dans la tombe le secret de leurs découvertes. Nous avons trouvé dans le jardin de cet homme ingénieux une espèce de pomme de terre d’une qualité inférieure appelée sisinyané, et qui, une fois plantée dans un terrain, s’y reproduit naturellement. Elle est amère et gluante, alors même qu’elle a été cultivée ; elle n'était pas en fleurs, et je ne saurais dire si elle appartient à la famille des solanées.
On ne rencontre nulle part en Afrique de tombeau, ni d’inscription qui rappelle la mémoire des faits ou des personnes; les roches elles-mêmes n'ont presque pas conservé de traces des créations antérieures : c’est à peine si l’on y trouve quelques fossiles. Un grès durci, rougeâtre, bigarréde diverses nuances et renfermant des trous de madrépores, compose les rochers que nous voyons sur notre passage. Ce grès, revêtu d’une couche horizontale de trapp, qui a parfois cent milles d’étendue et qui supporte à son tour un lit de matière noire et siliceuse d’un pouce d’épaisseur, dont le dépôt a dû s’opérer à l’état de fusion, forme en grande partie le fond delà vallée centrale. Souvent, et surtout dans le midi de l’Afrique, cette roche est couverte de quatre à cinq mètres de tuf calcaire tendre. A Bamboué, le trapp qui est au-dessus du grès fondamental renferme des zéolithes radiées, probablement du genre mésotype, et se retrouve plus bas. au confluent du Chobé.
Les Banyétis de plusieurs bourgades tributaires des Makololos viennent apporter à Sékélétou des aliments et des pelleteries ; les habitants d’un gros village, situé à Gonyé même, sont obligés de prêter assistance aux Makololos pour transporter les pirogues de ceux-ci au delà des chutes. Nous traversons le fleuve à plusieurs reprises, afin d’éviter les nombreux détours qu’il forme dans cette partie de son cours ; parmi les rochers, au contraire, il se précipite en ligne droite. Ici les eaux sont basses en raison de l’énorme largeur du lit où elles s'écoulent, et la tsetsé nous attaque j usqu'au
milieu du fleuve; mais par 16° 16' latitude sud, les rives s’abaissent, les bois s’éloignent, et la tsetsé disparaît. Du bassin couvert de roseaux, où nous glissons maintenant, la côte boisée qui s’élève à notre droite et à notre gauche, à quatre-vingts ou cent mètres de hauteur, semble se prolonger au nord-nord-est et au nord-nordouest, en s’écartant de manière à former un triangle dont la base peut avoir de vingt à trente milles; l’espace compris entre ces deux rampes, sur une longueur d'à peu près cent milles, constitue la vallée Barotsé. Elle est inondée tous les ans par le Liambye, exactement comme la Basse-Égypte, et ressemble beaucoup à la vallée du Nil. Les habitants ont construit leurs villages sur des terrasses, dont plusieurs ont été faites de main d’homme sous le règne de Santourou, l’un des anciens chefs des Barotsés ; pendant l’inondation, toute la vallée n’est plus qu'un lac dont ces villages forment les Iles, absolument comme en Égypte. Une portion des eaux qui la couvrent alors descend du nord-ouest, où les rivières débordent à cette époque ; mais la plus grande partie vient du nord et du nord-est, et y arrive par le Liambye. Celte vallée renferme peu d’arbres ; ceux qu’on aperçoit autour des villages et dans leur intérieur ont presque tous été plantés par Santourou, afin d’avoir de l’ombre. Le sol y est extrêmement fertile; grâce à l’humidité que l’inondation laisse à la terre, les .habitants font chaque année deux récoltes. « Ici, la faim est inconnue, » vous disent les Barotsés, qui ont pour leur pays un très-vif attachement. On y trouve en effet tant de choses qui peuvent servir à la nourriture de l’homme, qu’il n’est pas étonnant que les indigènes aient quitté Linyanti pour revenir dans ces lieux. Toutefois, cette belle vallée ne rapporte pas le dixième de ce qu’elle pourrait produire; elle est couverte en grande partie d'une herbe succulente, qui forme un pâturage abondant où prospèrent un grand nombre de bestiaux; les bœufs y font merveille, et les vaches y donnent à leurs propriétaires une énorme quantité de lait. Pendant l’inondation, les troupeaux se retirent sur les hauteurs, où ils maigrissent; leur retour dans la vallée est une époque de joie.
Cette vallée féconde produirait-elle du froment comme la vallée du Nil ? Personne ne pourrait le dire. Je suppose que le sol y est trop riche ; le blé n'y donnerait probablement que de la paille; car on y trouve une graminée de trois mètres et demi de haut,
dont la tige est de la grosseur du pouce. Aujourd’hui, malgré l’immense quantité de bétail que possèdent les Makololos, jamais l’herbe n’y est mangée complètement.
On n’y voit pas de grandes villes ; les terrasses n’y ont point assez d’étendue pour recevoir un nombre considérable d'habitants, qui d’ailleurs ne peuvent pas s'agglomérer à cause de leurs troupeaux. C’était la première visite que Sékélétou faisait dans ces parages depuis son avènement au pouvoir ; et ceux qui autrefois avaient conspiré contre lui étaient dans une terreur profonde ; effectivement, lorsque nous arrivâmes à Naliélé, où demeuraient le père et l’un des amis de l’ancien partisan qui avait conseillé à Mamochisané de se défaire de Sékélétou pour épouser son compétiteur, ils furent saisis tous les deux et noyés immédiatement. Je m’élevai avec force contre cette manière d’appliquer la peine de mort sans jugement préalable; les conseillers du chef me répondirent en m’opposant le témoignage de Mamochisané. « Et puis nous sommes toujours des Boërs, me dirent-ils ; on ne nous a pas appris comment il faut agir. »
Mpépé avait donné aux Mambaris la permission pleine et entière d’acheter des esclaves dans tous les villages batokas et bashoukoulompos qui sont à l'est de celui qu’il habitait; de plus, il leur avait échangé de l’ivoire, des bestiaux et des enfants, pour une grande espingole qu’il voulait faire monter comme un canon. Après sa mort, les Mambaris, malgré leur estacade, se trouvèrent dans une position assez embarrassante. On proposa à Sékélétou de les attaquer et de les chasser du pays. J'essayai de faire comprendre aux partisans de la guerre que l’attaque de fortications défendues par une quarantaine de mousquets n’était pas chose facile. « La faim est plus forte que les armes ; c’est un guerrier puissant, * me répondit un sous-chef. C’était donc par la famine qu’ils espéraient vaincre l'ennemi; toutefois les malheureux esclaves que possédaient les marchands auraient été les principales victimes du blocus ; j’intercédai en leur faveur, et, grâce à ma prière, il fut permis aux Mambaris de s’éloigner tranquillement.
Naliélé, capitale des Barotsés, est construite sur une éminence que fit élever Santourou ; il en avait fait l’entrepôt de ses grains , et il habitait une ville située à cinq cents mètres au sud de Naliélé , dans un endroit que les eaux du fleuve re-
couvrent aujourd’hui ; quelques mètres cubes de terre sont tout ce qui reste maintenant de la terrasse où s’élevait la résidence de Santourou. Linangélo , village également situé sur la rive gauche, a partagé le même sort, ce qui prouve que le lit du fleuve se déplace et gagne du côté de l’est. Il n’est pas nécessaire que les eaux du Liambye soient très-hautes pour submerger toute la vallée ; elles ne s’y élèvent pas à plus de trois mètres au-dessus de l’étiage ; un mètre de plus suffirait pour inonder toutes les habitations des Barotsés, fait qui ne s’est jamais vu ; mais resserrées entre les rochers deGonyé, ' les eaux du Liambye s’élèvent à dix-huit mètres au-dessus de leur niveau ordinaire.
Il en résulte qu’au nord du 16* degré de latitude, le fleuve, refoulé en quelque sorte par l’obstacle qu’il rencontre, se replie sur lui-même et décrit de nombreux détours ; lorsqu'il a franchi le défilé et passé Katima-Molélo , il se déploie sur ses deux rives et s’étend dans la plaine jusqu'aux environs de Séshéké.
Santourou, qui avait fait de Naliélé son grenier d'abondance, était un grand chasseur ; il aimait à apprivoiser les bêtes sauvages, et les Barotsés lui apportaient tous les jeunes animaux dont ils pouvaient s’emparer. Au nombre de ceux qu'on lui avait donnés étaient deux jeunes hippopotames qui jouaient toute la journée dans le fleuve, et qui ne manquaient jamais de revenir le soir à Naliélé pour y prendre leur souper, composé de lait et de farine. Ils faisaient l'étonnement et la joie de la population, lorsqu'un étranger, qui était venu faire une visite à Santourou , les voyant couchés au soleil , tua l’un d’eux à coups de lance. La même chose est arrivée à l’un des chats que j’avais donnés à Sékélétou : un étranger , apercevant un animal qu’il n’avait jamais vu , s'empressa de le tuer et de l’apporter au chef, s’imaginant qu’il avait fait une découverte remarquable. C’est ainsi que la race des chats fut perdue pour les Makololos, à qui l’énorme quantité de souris qu’ils ont chez eux la rendait très-précieuse.
J’ai cherché par tous les moyens possibles à découvrir si jamais Santourou avait reçu la visite d’un blanc. Il paraît certain que les Barotsés1 n’avaient jamais vu d'Européens avant 1851 ,
1. I.es Barotsés se désignent eux-mêmes sous le nom de Baloïanas ou petits Ba-
époque à laquelle nous vînmes dans leur pays, M. Uswell et moi. Ces peuplades, il est vrai, n’ont pas d’archives écrites; mais elles ne manquent jamais de consacrer par les noms qu’elles donnent , soit aux lieux , soit aux individus , le souvenir des faits remarquables dont elles sont témoins et qu’elles se transmettent d’une génération à l’autre. Mungo Park a trouvé la même coutume dans les régions qu’il a visitées. Ainsi l’année de notre arrivée est désignée sous le nom de l'année où les hommes blancs sont venus, ou bien de celle où mourut Sébitouané; mais elle est rarement indiquée par ce dernier événement , car autant que possible les Barotsés évitent de faire allusion aux morts. Après le voyage de ma femme, un grand nombre d’enfants reçurent le nom de Ma-Robert, que les naturels avaient donné à mistress Livingstone, d’après la coutume du pays, et beaucoup d’autres furent appelés Gun (fusil), Horse (cheval), Wagon (chariot), Jésus, Monare, etc. Avant cette époque, il n’y avait chez les Barotsés aucune trace d'un fait analogue ; et la visite d’un blanc est pour eux un événement si considérable, qu'ils en auraient gardé le souvenir, alors même qu’elle aurait eu lieu trois siècles auparavant.
Une fois les Mambaris étaient venus chez les Barotsés pour y faire le commerce d’esclaves , et personne dans le pays n’avait oublié cette démarche. Santourou et les principaux dignitaires du pays leur avaient refusé net la permission d’acheter aucun des
lois, d’où j’avais conclu qu’ils pouvaient être originaires de Loï, qu’on écrit aussi Lui, et que les Portugais ont visité; la position de cette ville n’ayant jamais été bien déterminée, je cherchai ft savoir si elle ne serait pas la même que Naliélé. Je demandai à Porto, le chef des Mambaris, s’il n’avait pas entendu dire que des blancs eussent visité Naliélé; il me répondit que non, et ajouta que lui-même avait essayé trois fois d’y parvenir et en avait toujours été empêché par la tribu des Ganguellas; en 186*2 il était arrivé jusque dans les environs et en avait été repoussé. Maintenant (en 1853) il avait voulu pénétrer à l'est de Naliélé, mais il lui avait été impossible de dépasser le village de Kainko, situé sur les bords du Bashoukoulompo à huit jours de distance de Naliélé , et il avait été contraint de revenir chez les Barotsés. Lui , et toute sa bande , désirait vivement gagner la récompense que le gouvernement portugais a promise au voyageur qui traversera l’Afrique de l’est à l’ouest. Les obstacles qu’il avait rencontrés me confirmèrent dans l’intention où j’étais de me diriger vers la côte occidentale. Porto m'offrit de venir avec moi et de me seconder de tous ses efforts, si je voulais à mon tour l’accompagner A Bihé. Je refusai son assistance; il arriva le premier à Loanda, où il était en train de publier son journal lorsque j'entrai dans celte ville. Ben Habib me dit alors que Porto avait envoyé des lettres à Mozambique par Ben-Chombo, un Arabe que je connaissais; Porto a, depuis cette époque, affirmé en Portugal qu’il était allé à Mozambique lui-même , tout aussi bien que ses dépêches,
membres de la tribu. Les Makololos s’autorisaient de ce précédent et disaient qu’étant aujourd’hui les maîtres de la contrée, ils avaient le droit d’en expulser les marchands d’esclaves, ainsi que l’avait fait Santourou.
Les Mambaris, dont le chef actuel se nomme Kangombé , prétendent n'acheter des enfants que pour s’en servir comme domestiques. Ils habitent les environs de Bihé, au sud-est d’Angola, et appartiennent à la famille des Ambondas. Ceux qui étaient à Naliélé vinrent me voir ; ils parlaient un dialecte appelé bonda, qui provient de la même souche que le langage des Barotsés , des Bayéyès, et des différentes tribus comprises sous la dénomination générale de Makalakas. Ils séparent leurs cheveux, qu’ils tressent avec soin et qu’ils laissent retomber tout autour de la tête ; leur peau est aussi noire que celle des Barotsés ; mais il y a parmi eux beaucoup de mulâtres , que l’on distingue à leur couleur d’un jaune maladif. Lorsque je leur ai demandé pourquoi ils s’étaient sauvés de Linyanti quand ils avaient su que j’y arrivais , ils me répondirent qu'ils connaissaient trop bien la coutume des Anglais qui croisent sur la côte et qui empêchent la traite des nègres. Bien que la venaison fût abondante , ils déterraient pour les manger, suivant l’usage de leur pays, les souris et les taupes dont cette région est infestée. Leurs mulâtres , qui sont des métis portugais, savent tous bien écrire ; et Porto, le chef de la bande, avait les cheveux comme les Européens. Il me témoigna le plus vif désir de m’être utile ; je dus probablement cette obligeance à la lettre de recommandation que m’avait donnée le chevalier Duprat , arbitre du roi de Portugal auprès de la commission mixte anglaise et portugaise qui est établie au Cap. J'acquis la certitude que ces mulâtres étaient les premiers hommes de sang portugais qui eussent vu le Zambèse dans l’intérieur de l’Afrique; et la première fois qu’ils en atteignirent les bords, il y avait déjà deux ans que nous les avions découverts.
On me? montra ila ville qu’avait gouvernée jadis la mère de Santourou : c’est le premier symptôme que j’aie observé d’un changement dans la position des femmes , et surtout de la modification du sentiment qu’elles inspirent; il y en a très-peu qui , plus au sud, aient jamais eu le gouvernement d’une ville. Les Barotsés me firent voir également différentes choses qui ont
appartenu à leur chef, et qui témoignent d’un sentiment religieux beaucoup plus développé que celui des Béchuanas. Lilonda, la dernière résidence deSantourou, bâtie , comme Naliélé , sur une terrasse faite de main d’homme , est couronnée d'arbres de différentes espèces, qu’il y a fait transporter; ils forment au sommet du monticule un massif où l’on voit encore divers objets dans le même état où Santourou les y a laissés : une garde d’épée en panier, une tige de fer ayant plusieurs branches, dont l’extrémité représente des cognées, des lances, des houes en miniature, et qui servait à l’ancien chef pour offrir aux agriculteurs, aux charpentiers ou aux guerriers les présents dont il les honorait. Les individus chargés de garder ces objets étaient nourris par le chef, et les Makololos ont continué cette coutume; c'est, de toutes les institutions que j’ai rencontrées dans ce voyage , celle qui approche le plus d'une espèce de sacerdoce. J’ai demandé si l’on consentirait à me céder quelques-unes de ces reliques ; mais on s’est empressé de me répondre : « Oh ! non , il refuse. — Oui cela ? — Santourou. » On voit, par cette réponse, que les Barotsés croient à une autre vie. Je leur parlai du culte que nous devons à Dieu, ainsi que je le faisais toujours lorsque j'en trouvais l’occasion , et je les quittai après avoir prié avec eux, de cette manière simple qui n’admet d’autre offrande que celle du cœur , et après avoir planté quelques noyaux d'arbres à fruits dans le bosquet de Santourou.
J’ai eu plus d’une fois l’occasion de constater chez les Barotsés une perception plus vive de l’immortalité de l'âme , et plus de penchant à la pitié que parmi les Béchuanas. Un matin , au confluent de la Liba et du Liambye, je prenais des observations lunaires et j'attendais que le soleil fût arrivé à une certaine hauteur pour déterminer la latitude; il était entouré d’un halo qui avait à peu près 20 degrés de diamètre, et, supposant que cela devait être un signe de pluie , je demandai à mon batelier , qui était assis à côté de moi , si l’expérience ne le lui avait pas démontré. «Oh! non, me répondit-il, ce sont les Barimos 1 qui se rassemblent pour se consulter. Ne voyez-vous pas que le Seigneur est au milieu du rond qu’ils forment ? »