Tragopan Leadbeaterii
à terre il est noir, mais quand il vole, on aperçoit la partie extérieure de ses ailes qui est blanche; il tue les serpents, qu’il frappe derrière la tète avec adresse; une autre espèce du même genre s’appelle le Calao d'Abyssinie.
Nous sommes rejoints, avant d’arriver à Cassangé, parle commandant, le senor Carvalho, qui, à la tête de cinquante hommes et d’une pièce de campagne, revient d’une expédition infructueuse qu’il a faite à la recherche de quelques révoltés ; les rebelles s’étaient enfuis, et il n’a pu faire autre chose que de brûler leurs cabanes. Il m’a gracieusement invité à descendre chez lui ; mais désir ant aller voir le capitaine Néves, qui nous a si bien reçus à notre arrivée dans le pays, j’ai refusé l'offre obligeante du senor Carvalho. Cette fois encore je suis admirablement accueilli parle capitaine, que je retrouve fort malade d’un abcès dans la main. Rien n'indique cependant que le pays soit insalubre, si ce n’est peut-être la puissance luxuriante de la végétation ; toujours est-il que la plupart des Portugais qui l’habitent ont la rate hypertrophiée par suite de nombreux accès de fièvre intermittente, et qu'ils sont tous d'une pâleur maladive. Supposant que cette affection de la main était simplement un effort de la nature pour se débarrasser d’un principe empoisonné, je recommandai au capitaine l’usage de la quinine ; il appliqua en même temps sur le mal une feuille d’une plante que l’on appelle cathory, et dont les indigènes préconisent les vertus curatives dans le traitement des plaies et des maux de toute nature ; ces feuilles, que l’on emploie bouillies, renferment un suc gommeux qui intercepte l’air et qui peut offrir certains avantages pour le pansement des plaies. Une fois le capitaine guéri, chacun attribua la cure au remède qu’il avait conseillé.
La fièvre emporte ici énormément d’enfants; le capitaine avait perdu un charmant petit garçon depuis notre première visite, et il en perdit un autre pendant que j’étais chez lui. Lorsque le pauvre enfant tomba malade, sa mère, qui est unefemmede couleur, envoya chercher un devin pour savoir quel traitement il fallait faire ; le magicien jeta ses dés au hasard, et finit, après diverses manœuvres, par arriver à cette extase où ses pareils prétendent se trouver en communication avec le monde invisible. Au milieu de son délire prophétique, il déclara que l’enfant était miné par l’esprit d’un négociant portugais qui autrefois habitait Cassangé. A la mort de ce négociant, tous les commerçants du village
s’étaient partagé les marchandises du défunt et en avaient donné le montant aux créanciers que celui-ci avait à Loanda ; mais les indigènes, témoins du fait sans rien comprendre à la transaction qui en était l’objet, supposèrent que les négociants de Cassangé s’étaient approprié les valeurs du défunt et trouvaient fort naturel que l’âme du spolié fit mourir l’enfant du capitaine, en raison de la part que ce dernier avait prise dans cette affaire. La réponse du devin révélait à la fois l’impression que la vente des marchandises avait faite sur son esprit et la nature des idées que possèdent tes indigènes à l'égard des trépassés. Comme ils se croient, en pareille matière, beaucoup plus forts que les blancs, et qu’ils sont convaincus de l’infaillibilité de leurs docteurs, la mère du petit malade vint trouver le capitaine et lui dit qu’il fallait donner un esclave au devin comme honoraires du sacrifice que celui-ci offrirait aux mânes du Portugais, afin d’empécher le trépassé de faire mourir leur enfant; mais le capitaine envoya chercher l’un de ses voisins ; et, bien que le prophète prétendit ne rien sentir en dehors de son extase, l’application de deux baguettes sur l’échine le rappelèrent immédiatement à luimême et lui firent prendre la fuite. Peu convaincue de la science européenne , la mère ne voulut suivre aucun des avis que je m’efforçais de lui donner; elle préféra soigner son fils d’après la méthode angolaise, lui mit sur les joues des ventouses scarifiées, et continua de l’exposer à tous les courants d’air. Quand le pauvre enfant fut sur le point de mourir, son père désira le voir baptiser, et je recommandai son âme à celui qui a dit, en parlant des petits enfants, « que le royaume des cieux appartient à ceux qui leur ressemblent. » La mère s’enfuit alors de la maison et fit entendre des gémissements douloureux qui annonçaient un chagrin sans espoir; dans la soirée ses compagnes la rejoignirent, et accompagnèrent ses plaintes d’un instrument1 dont le son étrange ressemble à un cri déchirant ; ces lamentations durèrent , sans s’interrompre, jusqu’après les funérailles.
Malgré les rapports continuels que les indigènes ont depuis longtemps avec les blancs, ils ont conservé la plupart de leurs superstitions, qui chaque année font un nombre considérable de
I. Il entre du caoutchouc dans la fabrication de cet instrument: on trouve cette gomme, ainsi que plusieurs autres, dans différentes parties de celte région.
EXPLOKATIONS
victimes ; un individu, par exemple, est-il accusé d’avoir jeté un sort à quelqu'un, il se rend quelquefois de très-loin sur les bords de la Dua, rivière qui passe aux environs de Gassangé , où, afin de prouver son innocence, il avale une infusion de feuilles vénéneuses qui ne manque jamais de causer sa mort ; d’autant plus que si l’estomac du patient rejette le breuvage, la dose est immédiatement renouvelée; cette épreuve seule, qui est toujours secrète, fait périr annuellement plusieurs centaines de personnes dans la vallée de Gassangé. Ou l’autorité portugaise n’en sait rien, ou elle est impuissante à détruire cette coutume aussi absurde que barbare.
On retrouve chez toutes les peuplades qui vivent au nord du Zambèse les mêmes idées superstitieuses que dans la province d’Angola, rapprochement qui semblerait indiquer une communauté d’origine entre ces diverses tribus ; elles ont toutes cette croyance que les âmes des morts continuent de séjourner au milieu des vivants, dont elles partagent la nourriture ; de là cet usage, lorsqu'on a des malades, d’offrir en sacrifice des chèvres et des volailles pour apaiser les esprits. Tous les habitants de cette région s’imaginent que l’unique désir des trépassés est d’arracher les vivants à leur famille et de les enlever de ce monde ; l’effroi que cette idée leur inspire est d’une telle violence , qu'il existe, dit-on, une secte d'assassins qui tuent leurs victimes dans le but de faire aux Barimos une offrande de cœurs humains. La religion de ces malheureux, si l’on peut nommer ainsi l’ensemble de leurs pratiques monstrueuses, est un délire causé par la terreur , et ils cherchent sans cesse des charmes assez puissants pour conjurer les maux dont ils se croient menacés. J’ai rencontré des hommes qui, plus prudents ou plus timides que les autres, portaient jusqu’à vingt ou trente amulettes suspendues autour du cou; ainsi que Proclus qui invoquait tous les dieux, ils espéraient dans le nombre avoir trouvé le charme suprême contre lequel rien ne pouvait prévaloir. Tous les indigènes d’Angola sont tellement attachés à leur idolâtrie, que ceux même qui habitent Loanda quittent la ville de temps à autre pour aller accomplir les rites de leur religion, à l’insu des autorités portugaises. L’irrévérence que les Européens témoignent pour les objets de leur terreur n’est à leurs yeux qu’une preuve de folie insigne. Leurs anciennes coutumes ne leur sont pas moins sacrées ; le pouvoir est électif dans
plusieurs tribus, sans néanmoins que l’on puisse élire le chef en dehors de certaines familles où la puissance est héréditaire; chez les Bangalas de la vallée de Cassangé , il est pris alternativement dans trois de ces familles souveraines ; ce n’est pas le fils du chef décédé qui hérite du trône, mais son frère; les fils d’une veuve appartiennent à leur oncle, et il n’est pas rare que celui-ci les vende pour payer ses dettes. C’est bien moins la guerre que cette coutume dénaturée, et quelques autres du même genre, qui approvisionnent d’esclaves les marchands qui font la traite.
Je reçois, par le courrier qui apporte ici les dépêches trois fois par mois, un certain nombre de numéros du Times, où je vois, entre autres choses, un récit de la guerre de Crimée jusqu'à la terrible charge de notre cavalerie légère. On comprendra facilement le désir que j’éprouve d’en savoir davantage ; mais je suis obligé de le renfermer dans mon cœur, et j’adresse à Dieu mes humbles prières pour des amis qui peut-être ne sont plus, et dont je ne recevrai de nouvelles que de l’autre côté de l’Afrique.
Nous avons déjà dit que les négociants de Cassangé font un commerce considérable avec les tribus de l’intérieur, par l’entremise de marchands indigènes que l’on nomme Pombeiros et qui sont désignés dans l’histoire d’Angola sous le nom de trafiquants noirs. Deux de ces Pombeiros, Pedro JoSo Baptista et Antonio José, que le premier négociant qui s’établit à Cassangé avait envoyés chez les peuplades du centre , reviennent actuellement des possessions portugaises de la côte orientale, et rapportent des lettres du gouverneur de Mozambique , datées de 1815 ; ce qui prouve, suivant les propres expressions de la lettre du gouverneur, la possibilité d'établir une voie de communication entre Mozambique et Loanda. C'est la seule fois que des sujets du Portugal aient traversé le continent africain ; nul Européen n’a jamais accompli ce voyage , bien qu'on ait attribué la qualité de Portugais à Pedro Baptista et à Antonio José.
Le capitaine Néves se dispose à envoyer à Matiamvo, par les Pombeiros, un présent d'une valeur de douze cent cinquante francs; à savoir, des étoffes de coton, un grand tapis, un fauteuil à dais , orné de rideaux d'indienne rouge , une couchette de fer , une moustiquière , des colliers de verroterie , et plusieurs tableaux grossièrement peints à l’huile par un nègre de Cassangé.
LXIM.OIUTIONS
Matiamvo, ainsi que la plupart des chefs de l’intérieur, a le plus vif désir de posséder un canon ; il a envoyé à Cassangé dix grosses défenses d'éléphant pour en acheter un; mais ceux de la province appartiennent au gouvernement , et il est impossible de les vendre; toutefois, on lui a fait monter une vieille espingole sur un affût, et il est probable qu’il en sera enchanté.
Ce serait une excellente occasion pour visiter Matiamvo, que de lui porter les présents du capitaine ; j’ai d'autant plus envie de le voir, qu'il a exprimé un vif mécontentement de la conduite des Chiboques à notre égard, et qu’il a menacé de les en punir; mais je ne peux vraiment pas obliger mes compagnons à se détourner de leur chemin , et j’attendrai qu’ils me le proposent. Toutes les fois qu’ils ont approuvé une démarche, un plan quelconque , ils vont jusqu’au bout sans murmurer ; je leur parle comme à des êtres raisonnables, et il est rare que par ce moyen je n’obtienne pas d’eux tout ce que je désire.
A propos de l’insalubrité de Cassangé , le capitaine Néves , qui a l’esprit observateur, me dit que le vent d’ouest amène toujours, et immédiatement, un nombre considérable de fièvres ; pendant tout le temps que le vent souffle du point opposé, l’état sanitaire du pays est excellent ; mais en janvier, février, mars et avril, les vents sont variables, et presque tout le monde est malade. C’est probablement en rasant le plateau qui est à l’occident de la vallée, que le vent d'ouest s'imprègne des miasmes qu’il répand ensuite dans le bassin de Cassangé , de la même manière que le vent fait rabattre dans les mines l’acide carbonique dont il se charge en passant sur un champ de fèves. Dans l’ouest de l’Ecosse, les mineurs s’opposent à ce que les fermiers plantent des fèves dans leur voisinage , sous prétexte qu’elles nuisent à la salubrité des mines. Il est impossible d'expliquer autrement que par la gravitation de la malaria , des hauteurs du Tala Mungongo vers Cassangé, l’insalubrité du pays sous l’influence du vent d’ouest. Les rives du Quango sont infiniment moins malsaines que la vallée , bien quelles soient beaucoup plus marécageuses , et cela parce qu’elles sont abritées contre le vent pestilentiel qui arrive du plateau.
21 février. — Nous sommes partis hier de Cassangé ; le vent d’ouest soufflait avec violence , et aujourd’hui plusieurs de mes compagnons sont attaqués de la fièvre. Cette influence maligne
est le seul inconvénient de la province d’Angola ; sous tous les autres rapports , c’est un pays charmant et qui , par sa fécondité , pourrait approvisionner toute la terre des productions tropicales. J’affirme , sans hésiter que si la province d’Angola avait appartenu aux Anglais , elle fournirait aujourd'hui à nos manufactures plus de coton que l’Amérique. Un chemin de fer de Loanda à la vallée du Quango assurerait au port de cette ville le commerce de tout l’intérieur de l’Afrique méridionale ’.
Nous poursuivons notre route aussitôt que le permet la santé de nos malades. Parmi les bandes de marchands que nous rencontrons, portugais ou natifs, nous voyons deux individus chargés d’une défense d’éléphant qui pèse soixante-trois kilogrammes; celle que le même éléphant portait du côté gauche en pesait
1. Le tableau suivant peut à cet égard offrir un certain intérêt; il montre que, depuis la répression de 1a traite des nègres, l'exportation a augmenté d'une manière constante dans la province d’Angola. Nous n’avons pas les rapports qui ont été laits depuis 1860; mais nous savons que la prospérité du commerce légitime n’a reçu aucun échec.
Les droits sont marqués , dans ce tableau, en mil rets portugais, dont b valeur est de 3 ff. 75 c. & 4 fr.
Relevé sial ietique des produits les plus importants de la province d’Angola, exportés de Saint- Paul de Loanda depuis le 1" Juillet 1848 Jusqu’au 30 Juin 1849.