latitude sud, 16* bV longitude est
sait rien des Makololos qui passent, parmi les peuplades du Nord, pour des gens féroces chez qui l'on ne saurait pénétrer sans danger. Les mulâtres que nous avons trouvés en venant, dans la ville de Shinté, sont revenus chez eux avec soixante-six esclaves et cinquante et quelques défenses d'éléphant. Tous les jours nous croisons de longues files de porteurs chargés d'une grande quantité d’ivoire, de gros blocs de cire pesant chacun'environ quarante kilogrammes, le tout appartenant aux trafiquants d'Angola. Nous voyons aussi bon nombre d’indigènes qui portent à la côte, mais pour leur propre compte, de la cire, de l’ivoire et de l’huile douce ; ils paraissent voyager en toute conliance , et nous leur avons acheté plusieurs fois des volailles au prix de dix centimes la pièce. Mes Zambésiens ne manquent pas , toutes les fois qu’ils en ont l’occasion , de vanter l’audace qu’ils ont eue d’entrer dans un navire et de se glorifier de leur courage auprès de ceux qui avaient voulu les empêcher d’aller à Loanda. Braves compagnons ! que de bontés n’ont-ils pas eues pour moi, que de prévenances, de petits soins pour m’établir plus confortablement ! Dans ce pays-ci, où ils n’ont pas à se construire de hangars pour la nuit, puisque les bivouacs y sont tout préparés, ils pensent continuellement à ce qu’ils pourront imaginer pour que je sois un peu mieux ; Mashaouana fait toujours son lit à mes pieds, et je n’ai jamais besoin de l’appeler deux fois quand il me faut quelque chose.
Pendant mon séjour àTala Mungongo, mon attention fut attirée par des fourmis rouges qui infestent différentes parties de cette contrée et qui ont pour la chair un incroyable appétit. Le commandant du village avait fait tuer une vache ; des esclaves furent obligés de veiller toute la nuit et d’entretenir de grands feux de paille autour des quartiers de viande, pour les préserver des atteintes des ces fourmis, qui n’en auraient pas laissé. On les rencontre souvent en longues files serrées qui forment en travers du sentier une raie d’un brun rougeâtre, ayant de six à huit centimètres de largeur ; si par hasard vous mettez le pied au milieu de cette ligne mouvante, vous êtes immédiatement assailli et mordu avec une force dont on n’a pas d’idée. C'est au près de Cassangé que, pour la première fois, j’ai rencontré cet ennemi, qui est loin d’être méprisable ; je regardais l’horizon, qui m'absorbait tout entier, lorsque sans le savoir je marchai sur une fourmilière
appartenant à cette espèce ; je fus instantanément couvert de ces furies qui gravirent mon pantalon , se précipitèrent dans mes manches, sur ma poitrine, sur tout mon corps, et me déchirèrent avec rage; chacune de leurs morsures était une pointe de feu, et pas de retraite possible ! Je me dépouillai immédiatement de mes habits, et je me frottai avec fureur pour me délivrer de cette vermine endiablée ; j'en tressaille quand j’y pense ; il n’est pas de léthargie dont elles ne puissent vous tirer ; par bonheur je me trouvais seul, car on n’eût pas manqué de dire que j’étais devenu fou. La seconde fois qu’elles m’attaquèrent, c’était pendant mon sommeil ; je ne les avais donc pas provoquées, et je ne pus me débarrasser d’elles qu’en plaçant ma couverture au-dessus du feu. C’est une chose surprenante qu'il puisse tenir autant de férocité dans un corps aussi petit ; elles ne se contentent pas de la morsure qu'elles infligent , elles se tournent sur elles-mêmes pour vous tordre les chairs, fouillent la plaie, la déchirent, et y mettent une ardeur qui est vraiment révoltante. Si le malheur veut que le bœuf sur lequel vous êtes monté , effleure de son sabot la colonne de ces atroces créatures, elles ont bientôt fait d’atteindre vos jambes et de vous avertir delà faute que vous avez commise en les troublant dans leur marche. Elles ne connaissent pas la crainte, et se jettent avec une égale fureur sur les plus grands animaux aussi bien que sur les plus petits. Avez-vous par mégarde posé le pied sur quelques-unes d’entre elles, pendant que les voisines vous attaquent, les autres quittent les rangs et courent par le sentier, en cherchant avec impatience l’ennemi qu'il faut combattre. Toutefois leur voracité n’est pas sans être utile ; grâce à leur puissance d’absorption, elles débarrassent le pays de tous les cadavres qu’elles rencontrent , purgent les habitations des termites et des autres vermines , détruisent une quantité d’insectes nuisibles et de reptiles venimeux ; les rats, les souris, les lézards, les serpents, sont dévorés par ces ogres pygmées ; jusqu’au python natalensis, qui devient leur victime lorsqu’elles le surprennent dans l’engourdissement où il tombe après avoir mangé.
Ces fourmis n’élèvent pas de collines à la façon des termites ; leur demeure est légèrement souterraine et ressemble aux fourmilières que l’on voit en Europe; mais elles creusent quelquefois des galeries qui communiquent de chez elles aux cellules des
fourrais blanches, atin d’être à l'abri du soleil pour exécuter leurs razzias.
1 5 janvier 1855. — Nous avons mis une heure pour descendre le versant du Tala Mungongo. J’ai compté mes pas à partir du sommet jusqu’au pied de la montagne ; leur nombre s’est élevé à seize cents , chiffre qui peut donner une hauteur perpendiculaire de trois cent soixante à quatre cent soixante mètres. Au sommet de la rampe, l’eau est entrée en ébullition à 206° (96° centigrades 6/9) ; au bas de la pente elle avait bouilli à 208° (97“ centigrades 7/9), le thermomètre marquant à l’ombre 72" (22° centigrades 2/9) dans le premier cas, et 94“ ( 34° centigrades 4/9) dans le second. La température, pendant toute la journée, s'est élevée de 94" (34° centigrades 4/9) à 97" (36° centigrades 1/9), à l’ombre la plus fraîche que nous ayons pu trouver.
Les ruisseaux qui sillonnaient la vallée de Cassangé lorsque nous y avons passé, il y a neuf mois, sont aujourd’hui à sec. Le Lui et le Luare ont toujours de l’eau en abondance, mais cette eau est légèrement saumâtre. Leurs rives sont bordées de palmiers, de dattiers sauvages et de goyaviers dont les fruits seront bientôt mûrs; on remarque parmi eux une grande quantité d’arbres qui ressemblent au mangostan, mais qui ne portent pas de fruits. Ces deux rivières contiennent une moule comestible que l’on y trouve en abondance, et dont les coquilles se rencontrent dans tous les lits de formation alluvienne des rivières desséchées, même aux environs de Kuruman. C’est sans doute la nature saumâtre des eaux du Lui et du Luare qui lui permet de vivre ici.
Les clairières herbeuses de la vallée sont remplies d’alouettes noires à épaules jaunes ; le centropus scnegalcnsis , également noir, vole gauchement au-dessus des grandes herbes, en laissant tomber sa longue queue perpendiculairement à son corps. 11 se pose à la pointe des chaumes les plus élevés; les indigènes, qui connaissent cette habitude, lui tendent des gluaux, alin de s’emparer de ses pennes caudales, qui sont fort estimées dans le pays. Le Léhututu 1 , qui se rencontre jusqu’aux environs de Kolobeng, jette ici , comme partout, le cri prolongé dont son nom est l'onomatopée. C’est un gros oiseau qui ressemble beaucoup au dindon ;