‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 77 sur 130 · TOTAL · texte numérisé non relu

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des recettes.

MONTANT des charges.

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Les trois tableaux ci-dessus ont été copiés d'après une dépêche envoyée par M. Gabriel au vicomte Palmerston le 5 août 1850. On y remarque une diminution satisfaisante dans les droits produits par la traite des nègres.

Le relevé des droits perçus de 1818 à 1844 nous a été fourni par différentes personnes; quant à celui qui comprend la période de 1844 à 1849 , nous l’avons extrait des rapports mêmes de l’administration de la douane.

commun ; on en a trouvé qui pesaient plus de quatre-vingts kilogrammes.

Deux de mes compagnons sont de nouveau pris par la fièvre. Nous nous arrêtons auprès de la résidence d’un Portugais affublé du nom de Guillaume Tell, et qui habite ces lieux en dépit de la défense du gouverneur. Il est venu m’inviter à dîner ; j'étais en train de boire de l’eau puisée à un étang voisin ; il en a pris quelques gorgées et il a eu la fièvre presque immédiatement. Si le principe morbide existe dans l’eau du pays , il était impossible que nous pussions lui échapper : car , voyageant en plein soleil, par une chaleur de 96 à 98 degrés à l’ombre (de 35 à 36° centigrades 6/9), nous transpirons tellement, que nous buvons chaque fois qu'il nous arrive de trouver de l’eau; il est probable que nous devons à cela d’être beaucoup plus malades que les personnes qui restent tranquillement chez elles.

Mes Zambésiens recueillent de tous les côtés des volailles de plus belles races que les leurs, et M. Tell leur a fait présent d’énormes pigeons de Rio-Janeiro dont ils ont été ravis; ils en étaient si contents, qu'ils ont porté le mâle en triomphe dans tout le pays des Balondas , comme preuve de leur voyage à la côte ; malheureusement , quand nous fûmes à la ville de Shinté , une hyène s’introduisit dans notre bivouac pendant notre sommeil, et choisit précisément, au milieu de quatre-vingt-quatre autres, le pigeon qui faisait notre orgueil et qu’elle dévora . au grand désespoir de mes hommes. Le vif désir que les Makololos témoignent d’améliorer la race de leurs animaux domestiques prouve, suivant moi , beaucoup en leur faveur. En voyant les colons tuer indifféremment les vaches et les génisses de leurs troupeaux , qui sont d'ailleurs d’une race très-commune , et laisser perdre le lait, qu'on n’emploie pas dans cette province, l’idée leur est venue tout d’abord que les Portugais sont des blancs d’une espèce inférieure. Us ne cessent de s’extasier sur la fertilité du pays que nous traversons ; et quand je leur dis que la plus grande partie de la farine que les Portugais consomment vient d'une autre partie du monde : « Ces gens-là, s’écrient-ils, ignorent donc la culture ? Ce ne sont pas des hommes, ils ne savent qu'acheter et vendre. » Je voudrais que ces paroles vinssent aux oreilles de mes amis du royaume d’Angola , et qu’elles pussent les stimuler à profiter des ressources de leur terre si féconde.

28 février. — Nous arrivons chez Cypriano; il a perdu son beaupère quelque temps après notre passage, et, suivant la coutume angolaise , il a dépensé tout son patrimoine, et bien au delà , en orgies fastueuses à l’occasion des funérailles. On a tant bu sur la tombe du défunt , que le pauvre Cypriano , accablé de dettes , en est réduit à se cacher pour éviter ses créanciers. Il me dit que la source du Quango est située vers le sud , dans le pays des Basongos, au milieu d'une chaîne de montagnes que l’on appellée Mosamba. Elle se trouverait donc à huit jours de marche, ou à peu près à cent milles de l'endroit où nous sommes actuellement. Le cours du (leuve ouvrirait ainsi une brèche dans les terres élevées qui entourent le Tala Mungongo.

On célèbre un enterrement dans le premier village auquel nous arrivons ; tout le monde y bat du tambour ou tire des coups de fusil. Les cérémonies funèbres ont ici quelque chose de la veillée des morts en Irlande ; je ne sais rien de plus déchirant que les lamentations des Angolais à propos des trépassés ; l'effroi qu’ils éprouvent en face de l’autre monde communique aux prières qu’ils adressent au défunt une désolation que l’on ne peut rendre. Ils sont persuadés que la mort, pour laquelle ils ont tant d’horreur, n’est que le résultat de la colère des barimos ou des maléfices des vivants, dont au moins ils peuvent combattre la puissance par des charmes quelconques ; leur imagination est sans cesse épouvantée des fantômes qu’ils se représentent, et il est impossible de les rassurer contre ces frayeurs qui prennent leur source dans une foi profonde ; aucun argument n’ébranle dans leur esprit les superstitions qui constituent leur dogme ; non moins présomptueux à cet égard que le reste des humains , ils sont persuadés qu’à propos de ces matières ils surpassent en sagesse les blancs qui les entourent. Et pourtant, sans la crainte incessante qu'elles éprouvent du monde invisible, ces populations, pour qui les jouissances matérielles constituent le bien suprême , seraient assurément les plus heureuses de la terre. T ai trouvé dans leur pays de ces tableaux d’une beauté dont le regard des anges aurait été ravi ; que de fois le matin je me suis arrêté devant le paysage inondé de lumière et baigné d'une tiédeur délicieuse, que rafraîchissait le plus léger de mes mouvements comme l’aurait fait un éventail ! De vertes prairies , des vaches paissant dans la vallée , des chèvres broutant sur la colline, des chevreaux bondissant auprès de

leurs mères, des groupes de pâtres enfantins armés d’arcs et de flèches en miniature ou maniant leurs petites lances avec agilité, des femmes portant sur la tête de grands vases et descendant à la rivière, des hommes cousant à l’ombre des bananiers toufTus, des vieillards à tête grise assis par terre, le bâton à la main, prêtant l’oreille aux causeries de 1 eurs enfants, des chefs de famille rapportant des branches pour réparer la clôture de leur jardin, le soleil versant à flots ses rayons, et les oiseaux chantant dans le feuillage en attendant qu’ils s’endorment à la chaleur du jour, formaient une scène remplie de charme qu’on ne saurait oublier.

Nous voilà donc sur les bords du Quango. Un chef qui demeurait sur l’autre rive, et que l'on accusait de magie, vient de subir l'épreuve du poison atin de se disculper; il en est mort, et c’est dans le fleuve qu’on a jeté son cadavre.

Nos passeurs nous demandent trente mètres d’indienne, mais ils en acceptent six avec reconnaissance ; leurs canots sont dans un état pitoyable et ne peuvent transporter que deux personnes à la fois. Mes Zambésiens fort heureusement connaissent tout ce qui a rapporté la navigation; ils arrangent , ils réparent, et notre passage est effectué en moins de deux heures et demie ; tous les habitants admirent la manière dont ils font traverser le fleuve à nos bœufs et à nos ânes; les bêtes les plus rétives sont obligées de céder et leur obéissent immédiatement; ils se mettent cinq ou six autour d’un bœuf, le poussent dans la rivière où l’animal comprend qu'il n’a plus qu’à nager, et où il est entouré par ses conducteurs qui le dirigent en lui jetant de l’eau à la tête. Quelle différence entre mes Zambésiens et les hommes de la suite des marchands indigènes qui voyagent avec nous! tandis que mes compagnons prennent le plus grand intérêt aux choses que nous possédons en commun, les autres sont enchantés lorsqu’un bœuf refuse de passer la rivière ; on est alors forcé de le tuer, et la perte que fait leur maître devient pour eux une occasion de réjouissance.

Nous poursuivons notre route sans visiter le Bashinjé, dont on a vu la coiffure, et nous arrivons à une station de quelques Ambakistas, qui ont franchi les rives du Quango dans l’intérêt de leur commerce de cire. J’ai déjà dit combien j’ai été frappé des connaissances de ces nègres, qui savent presque tous lire et écrire avec une facilité remarquable; ils apprennent avec passion tout ce

qu’ils peuvent étudier, l’histoire, la jurisprudence, etc., et doivent à leur aptitude pour le commerce le surnom de juifs d'Angola ; beaucoup d’entre eux sont employés en qualité de commis et d’expéditionnaires, la délicatesse de leur constitution leur donnant une écriture de femme, ce qui est fort estimé parmi les Portugais. Physiquement , ils ont beaucoup moins de force que les Européens, mais ils sont très-adroits; on prétend que les mulâtres de cette famille reprennent, après quelques générations, la couleur de la peau de leur aïeule maternelle. Les nègres d’Angola ont bien dégénéré de ce qu’ils étaient autrefois, et sont loin d’être aussi fortement constitués que ceux des tribus indépendantes ; cela tient à l’eau-de-vie de qualité inférieure, dont ils font un abus déplorable : il est très-difficile aux négociants de faire parvenir à destination les tonnes d'aguardente dont ils font l’envoi aux chefs des tribus voisines, les porteurs ayant l’habitude d’en piper le contenu au moyen d’une paille et de le remplacer avec de l’eau quand ils approchent de l’endroit où ils doivent le déposer. Pour prévenir cette fraude , les marchands ont employé d’énormes jarres à bouchon cadenassé ; les porteurs en sont arrivés à faire disparaître à la fois et le contenant et le contenu. Ils sont tous enclins au vol et au mensonge, comme il arrive toujours dans la basse classe, chez les peuples dégradés par l’esclavage.

Les Bashinjés, dont nous traversons le territoire, offrent dans leur caractère et leur physionomie plus de ressemblance avec le type inférieur du nègre que les Basongos ou les Balondas. Leur peau est généralement d’une teinte sale, leur front est déprimé, leur nez large et aplati , défaut qui prend d’énormes proportions par l’habitude qu’ont ces vilains noirs de s’insérer de petites baguettes ou des fragments de roseaux dans la cloison du nez ; leurs lèvres sont épaisses et leurs dents limées en pointe. De tous les nègres que j’ai rencontrés, ce sont eux qui se rapprochent le plus du type traditionnel. Ils s’adonnent à l’agriculture et échangent le surplus des produits qu’ils obtiennent pour du sel, du tabac et de la viande que leur fournissent les Bangalas. Deux morceaux de cuir attachés à la ceinture, l’un par devant, l’autre par derrière, constituent leur unique vêtement; ils paraissent se préoccuper beaucoup de leur coiffure, qui affecte souvent des formes fantastiques; j’ai vu plusieurs femmes dont les cheveux étaient tressés de manière à représenter un chapeau d’homme européen, et ce

n’est qu’après un examen attentif que l’on arrivait à découvrir la composition de cette coiffure ; il en est d’autres qui divisent leur toison par touffes dont le bord est entouré d’une natte, ou bien qui la laissent retomber sur leurs épaules , après en avoir fait une masse de petites cordes à la façon des Égyptiens d'autrefois, système qui, avec le genre de figure de certains Balondas, me rappelait d'une manière frappante les anciennes peintures égyptiennes que l’on voit au musée de la Grande-Bretagne.

Nous avons tous les jours de la pluie ; rarement le ciel est sans nuage et présente cette pureté qu’il offre dans le Midi ; il est souvent couvert de grandes masses blanches réunies entre elles par un voile de vapeurs laiteuses et qui restent des heures entières sans changer de place ; j’ai pu , malgré cela , relever d'une manière exacte la situation du point où nous nous trouvons sur les rives du Quango, par 9° 50’ latitude sud, et 18° 33’ longitude est.

A peine étions-nous arrivés à notre ancien campement auprès du village de Sansawé, que celui-ci accourut, et, nous accueillant avec une merveilleuse politesse, nous demanda si nous avions vu Moéné Put, le roi des Blancs; il voulait parler des Portugais. Au moment de partir, il nous dit qu’il reviendrait dans la soirée, pour recevoir ce qui lui était dû. Je lui répondis qu’il avait fait preuve de tant d’avarice et de mauvaise volonté à notre égard lors de notre premier passage, qu’il ne recevrait pas le moindre présent s’il ne nous apportait une volaille et des œufs. Il revint le soir avec toute la pompe qui appartient à son rang, et qui, d’après le cérémonial des Balondas , consiste à monter sur les épaules de son interprète , ainsi que les gamins le font souvent en Angleterre; c’est de la même façon que les habitants des lies de l’océan Pacifique se présentèrent devant le capitaine Cook. Mes Zambésiens, que l’air d’importance du chef et l’idée qu’il se faisait de sa dignité amusaient énormément , le saluèrent d’un franc rire. Il visita d’abord les Pombeiros, et vint ensuite m’apporter deux coqs dont il me fit cadeau ; je lui reparlai du traitement qu’il nous avait fait subir, et, lui montrant combien cette conduite était peu politique , je lui citai l’exemple des Bangalas, que les Portugais avaient Gni par subjuguer pour les punir de leur avoir fait payer l’herbe, le bois, etc. ; bref, je conclus en lui disant qu’il n’avait pas le droit d'imposer une taxe aux voyageurs qui passent sur des terrains incultes; il en convint, et je lui donnai tout simple-

ment, comme témoignage d’amitié, une petite mesure de poudre, deux cuillers de fer et deux mètres d'indienne. 11 fut d’autant moins flatté de mon présent que Paseoal, le Pombeiro, venait à l'instant même de lui donner neuf kilogrammes de poudre, vingt-quatre mètres d’indienne et deux bouteilles d’eau-devie; le lendemain il reçut encore autre chose des négociants; quant à moi, je n'ajoutai rien au cadeau que je lui avais fait la veille.

Trouvant que les Pombeiros qui nous accompagnaient n’allaient pas assez vite, je résolus de me séparer d’eux à Cabango, lorsque j'aurais donné au senor Paseoal plusieurs lettres que je voulais envoyer à Cassangé; dans cette intention, je pris les devants pour aller terminer mon courrier dans le premier village que nous rencontrerions , et je me hâtai de franchir la rampe qui borne la vallée de Cassangé du côté de l’est et qui s’élève graduellement à partir du Quango. Bien que cette chaîne paraisse moins haute que celle du Tala Mungongo, elle est cependant plus élevée; le plateau qui la domine est à quinze cent vingt-cinq mètres au-dessus du niveau de la mer, et sa base à mille soixantecinq mètres; l’eau a bouilli, sur la hauteur, à 202° (94* centigrades 4/9), le thermomètre marquant en plein air 96° (35" centigrades 5/9), et au pied de la montagne à 205" (46° centigrades 1/9), l’air étant à 75° (24° centigrades).

Nous commencions à descendre en nous rapprochant des vallées centrales , et nous espérions sortir bientôt du pays des Chiboques, où nous étions entrés en quittant la vallée de Cassangé, lorsque, le 19 avril, la lièvre intermittente qui m’avait repris le 16 mars se transforma en une grave attaque de lièvre rhumatismale , provenant de l’obligation où j’avais été de bivouaquer dans une grande plaine couverte d'eau. Nous avions cependant relevé la terre, de façon à former des tertres allongés comme les tombes d'un cimetière de campagne , et nous les avions recouverts d'herbe pour y établir nos lits; mais la pluie qui tombait par torrents nous empêcha pendant deux jours de continuer notre route , et je fus tellement glacé par l’humidité qui nous gagnait de toute part, que lorsque la pluie cessa et que nous pûmes repartir, je fus forcé de m'arrêter de nouveau et de rester couché pendant huit jours , torturé par d’atroces douleurs de tête qui m’arrachaient des gémissements continuels ; jamais je n’ai

tant souffert ; il m'était impossible de faire aucun mouvement et je ne savais plus ce qui se passait autour de moi. Sur ces entrefaites arriva le senor Pascoal; il se procura des sangsues qui abondent dans les ruisseaux voisins, et m’en appliqua une certaine quantité à la nuque et aux aines, ce qui me fit éprouver un soulagement réel. Au bout de quelques jours, me trouvant mieux, je voulus partir; mes compagnons s’y opposèrent en m’objectant ma faiblesse; mais le senor Pascoal, qui avait été forcé de me quitter afin d’acheter des vivres pour ses nombreux porteurs, et qui, naturellement bon, était rempli de soins pour moi, m’envoya deux de ses hommes pour m’inviter à le rejoindre, si la chose était possible.

Le chef de la bourgade où j’étais resté vingt-deux jours , se disputant dans mon camp au sujet d’un morceau de viande qui lui était marchandé, avait été frappé sur la bouche par l’un de mes compagnons. Les principaux hommes de ma suite donnèrent cinq morceaux d’étoffe et un fusil pour racheter la faute de leur camarade ; mais plus ils se montraient généreux , plus l’offensé devenait exigeant; et, ne se bornant pas à des prétentions exorbitantes, il envoya dans tous les villages d’alentour demander qu’on l’aidât à venger l’affront qu’il avait reçu en étant frappé sur la barbe. Comme le succès augmente en général l'audace de ces peuplades , je résolus de ne pas céder aux exigences du plaignant et de continuer ma route; il en résulta qu’au milieu d’une forêt située à quelque distance du village, nous fûmes arrêtés par des hommes qui se précipitèrent sur nous. Ils commencèrent par jeter à bas les fardeaux que portaient ceux de mes gens qui se trouvaient à l’arrière-garde ; plusieurs coups de fusil retentirent, et l’on se rangea, de part et d’autre, de chaque côté du sentier. J'avais heureusement un revolver à six coups dont m'avait fait cadeau le capitaine Henry Need, commandant du brick Lirmtt de la marine royale, et qu'il avait eu la bonté de m’envoyer à Golungo Alto après mon départ de Loanda. Je saisis mon revolver, et, oubliant la fièvre, je me dirigeai vers les assaillants avec deux ou trois de mes hommes, et je me trouvai bientôt face à face avec le chef de nos ennemis. La vue des six canons braqués sur sa poitrine, ma figure décharnée, le regard que j’attachais sur son visage, apaisèrent immédiatement son humeur belliqueuse, et il s’écria : « J’étais venu pour vous parler; je ne désire que la paix. »

Mashaouana lui avait saisi la main, il tremblait de tous ses membres ; nous examinâmes son fusil qui avait été déchargé , et les deux bandes se rassemblèrent, chacune autour de son chef. L’un de nos ennemis, s’étant approché de nous d’un peu trop près, fut repoussé par l’un de mes hommes qui, pour cela, fit usage de sa hache; aussitôt nos assaillants protestèrent de leurs intentions amicales à notre égard, ce à quoi mes gens répondirent en leur reprochant l’attaque imprévue qu'ils venaient d'essuyer. J’ordonnai à tout le monde de s’asseoir , et Pitsané posa la main sur mon revolver, afin de calmer l’elTroi de nos ennemis. « Si vous êtes venu avec des intentions pacifiques, dis-je en m’adressant à leur chef, vous pouvez retourner à votre village , car nous aussi nous désirons la paix. — J’ai peur que vous ne me tiriez un coup de fusil par derrière, répondit-il. — Si je voulais vous tuer, je pourrais tout aussi bien vous le tirer dans la figure, répliquai-je. — C’est tout simplement une ruse makalaka, me dit Mosantou, mais ne lui présentez pas le dos. — Faites-lui observer que je n’ai pas peur de lui, * répondi3-je ; et, me retournant, je remontai sur mon bœuf.

L’ennemi avait probablement espéré que son attaque imprévue nous ferait abandonner nos marchandises et qu’il pourrait alors nous piller à son aise. Toutefois, il fut enchanté qu’on lui permît de se retirer sans combattre; et nous ne fûmes pas moins satisfaits de nous éloigner sans avoir eu de sang à répandre et sans nous être compromis pour l’avenir.

Mes gens étaient ravis de leur courage, et faisaient retentir les bois de ces paroles qu’ils échangaient entre eux : « Quelle brillante figure nous aurions faite devant l’ennemi, si la querelle ne s’était pas terminée si brusquement ! »

Je ne présente pas cette petite escarmouche comme une affaire importante. Les nègres de cette partie de l’Afrique sont essentiellement lâches , excepté néanmoins quand le succès les enivre. Un triomphe partiel remporté par quelques-uns pousserait tout le pays à prendre les armes, et c’est là le principal danger qui soit à craindre. Les chefs de ces bourgades ont individuellement très-peu de puissance; avec les hommes de mon escorte, maintenant armés de fusils, il m’aurait été facile de les battre, chacun de leur côté; mais, faisant tous partie de la même famille, ils auraient promptement réuni leurs forces, qui dès lors eussent

DANS L’AFRIQUE AUSTRALE. Ml

été considérables. Ils sont toutefois moins redoutables que les Cafres, qu’ils sont bien loin d’égaler, sous aucun rapport.

Nous arrivâmes dans la soirée chez Moéna Kikanjé; c’est un homme plein de sens, et le dernier des Chiboques que l’on rencontre dans cette direction ; il a fait alliance avec Matiamvo, dont le territoire commence un peu plus loin. Son village est situé sur la rive orientale duQuilo, petite rivière qui, dans cet endroit, a vingt mètres de large et plus d’un mètre de profondeur. Le pays est généralement couvert de forêts ; mais nous trouvions presque toujours une bourgade où nous passions la nuit. J’étais si faible, et la lièvre m’avait rendu tellement sourd, que je fus heureux de pouvoir me joindre au senor Pascoal et aux autres commerçants indigènes. Nous voyagions sur le pied de deux milles géographiques par heure, et nous marchions, terme moyen, pendant trois heures et demie, ce qui ne faisait pas plus de sept milles 1 par jour, et seulement pendant dix jours par mois, car les deux tiers du temps, nous étions retenus par la maladie, par l’obligation de nous arrêter en différents endroits pour acheter des aliments, et par la mauvaise volonté des porteurs, qui refusaient de faire leur service quand l'un d'eux était malade.

L’un des Pombeiros avait à la chaîne huit femmes assez jolies qu’il conduisait dans le pays de Matiamvo , avec l’intention de les échanger contre de l’ivoire. Elles paraissaient honteuses quand je passais auprès d’elles et avaient l'air de sentir vivement leur dégradation et leur malheur; je crois qu’elles avaient été prises chez les Cassangés révoltés. La façon dont on parle aux esclaves, dans la province d’Angola, doit sonner d’une manière étrange, même à l’oreille des possesseurs, lorsque ces derniers arrivent d'Europe : « O brutu ! O diabo ! » sont les appellations qu’on emploie le plus ordinairement à leur égard ; et il est très-commun d'entendre un gentleman s’écrier : « O diabo ! apporte-moi du feu. » Dans l’Afrique orientale, c’est le terme bicho (animal), qui leur est appliqué; et vous entendez continuellement ; » Dites à l’animal de faire telle ou telle chose. » Les propriétaires d’esclaves , en effet , ne considèrent pas leurs nègres comme des hommes , et leur jettent souvent à la tête qu’ils sont de la race des chiens.

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