‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 78 sur 130 · Treize kilomètres · texte numérisé non relu

Treize kilomètres

La plupart des porteurs de mes compagnons étaient des Basongos; ils s’étaient loués pour porter les bagages, et il fallait constamment les surveiller pour les empêcher de dérober les objets dont ils étaient chargés. Le sel qui , dans cette région , est l’un des principaux articles de commerce, perdait considérablement de son poids à mesure que nous avancions dans le pays; mais les porteurs se justifiaient en disant que la pluie l’avait fait fondre. Chaque soir, on leur prenait leurs fardeaux qui étaient confiés aux propres esclaves du senor Pascoal, dont on ne saurait dire les tracas et les soucis. Quelle différence entre la conduite de ses gens et celle de mes fidèles Makololos !

Nous avons traversé le Loangé sur un pont ; c’est un cours d’eau profond mais étroit, qui plus bas s’élargit beaucoupet renferme des hippopotames ; il forme la limite occidentale de la province de Londa. Le Pézo était débordé ; nous passâmes la nuit sur ses rives, et nous admirâmes tous combien il serait facile au cultivateur d’irriguer sans peine les terrains qui avoisinent cette rivière. Le 25 mars, nous étions sur les bords du Chikapa (10° 10’ lat. S., 19° 42' long. Ë.). Cette rivière a de cinquante à soixante mètres de large, et coule dans la direction de l’est-nord-est, pour aller se jeter dans le Rasai. Toute cette contrée est formée d’une plaine horizontale , de même que la portion de la province de Londa qui a été décrite plus haut ; mais nous étant dirigés plus à l’est qu’à notre premier voyage, nous trouvâmes que les rivières s’y étaient creusé des vallées beaucoup plus profondes qu’à l’endroit où nous les avions traversées d’abord. Entourés de tous cêtés par de sombres forêts, les habitants de cette contrée sont loin d’avoir une idée aussi nette de la géographie de leur pays que les habitants des régions montagneuses ; ce n’est qu’après une enquête à la fois longue et patiente, que je pus être certain de la direction du Quilo, et savoir, à n’en pas douter, qu’il se verse dans le Chikapa. Comme nous avons franchi ces deux rivières beaucoup plus bas, et que nous nous trouvions infiniment plus à l’est que la première fois, je pus acquérir la certitude qu’elles allaient, comme les autres, se jeter dans le Rasai; j’étais dans l’erreur en disant que pas une de ces rivières ne prenait son cours vers l’ouest. Ce n’est qu’à cette époque, en effet, que je commençai à comprendre que tous les affluents occidentaux du Rasai, excepté le Quango, se dirigent d’abord , en partant de l’ouest,

vers le centre de la contrée ; et qu’après le confluent du Rasai et du Quango, l’énorme quantité d’eau provenant de la réunion de toutes ces branches va tomber dans le Zaïre qui l'emporte à la mer, sur la côte occidentale d’Afrique.

Les peuplades qui habitent le pays que nous traversions alors sont accoutumées à recevoir la visite des marchands africains, et ne se croient pas du tout obligées d’offrir des aliments aux voyageurs, si ce n’est pour les exploiter ; ainsi un homme, m’ayant donné une poule et de la farine, vint me retrouver quelques instants après; je lui fis présent d’une assez grande quantité de perles de verre, mais il les refusa, et voulut avoir à la place un habit qui excédait de beaucoup la valeur de son cadeau. Ils agissaient de même avec les gens de mon escorte, au point que nous fûmes obligés de refuser leurs présents. Plusieurs d’entre eux me firent des demandes exorbitantes sous prétexte que je devais être fort riche, puisque je dormais dans une maison d’étoffe, et ce sont toujours les mêmes prétentions à propos du droit de passage.

Au delà du Chikapa, nous traversâmes le Kamaoué, cours d’eau profond qui vient du sud-sud-ouest, et qui va tomber dans cette rivière.

Nous avons atteint la Loajima le 30 avril, et nous avons été obligés de faire un pont afin d'en effectuer le passage; opération, du reste, beaucoup moins difficile qu’on ne pourrait se le figurer ; un arbre avait poussé horizontalement sur la rive, il s’avançait au-dessus de l’eau qu’il traversait en partie , et comme certaines lianes résistantes, dont on peut faire des cordes solides, ne manquaient pas autour de nous, le sefior I'ascoal eut bientôt fait de construire une passerelle. La Loajima n’avait ici que vingt-cinq mètres de largeur, mais elle y était beaucoup plus profonde qu’à l’endroit où je l’avais traversée auparavant sur les épaules de Mashaouana.

La dernière pluie de la saison a eu lieu le 28 avril, et a été suivie tout à coup d'un abaissement très-marqué dans la température.

Les habitants de cette partie de l’Afrique me semblèrent avoir des formes plus déliées et la peau d'une couleur olive moins foncée que tous les indigènes que nous avions vus jusqu’ici. Leurs traits généraux, ainsi que la manière dont ils portent les masses

de laine qui leur couvrent la tôle, et qu’ils laissent retomber sur leurs épaules, continuaient de me rappeler les anciens tigyp-

tiens. On en trouve parmi eux dont l’angle extérieur de l’œil est relevé comme celui des Chinois , mais ce n’est pas général ; quelques élégantes ont de singulières coiffures; les unes divisent

N* I. CuilTurc d’uno femme de distinction de la province de Lond*.

N» k. Coiffure d'un jeune homme.

petit que le premier, est attaché, de la même façon, derrière celui qui est représenté dans la gravure n* l. Quelques autres portent

leurs cheveux et les attachent à un cerceau qui leur entoure la tête à la manière d’une auréole; parfois un second cerceau, plus

sur le front un diadème orné de perles, et formé de cuir et de poils tissés. Les crins de la queue des buffles qu'on trouve plus à l’est sont quelquefois ajoutés par ces dames à leur épaisse toison, ainsi qu'on peut le voir dans la gravure suivante.

D’autres encore disposent leurs cheveux sur des morceaux de cuir façonnés en cornes de buffle, comme dans la figure 3, ou bien les réunissent en une seule qu’ils portent sur le front.

On rencontre fréquemment les traits que représentent nos gravures; mais ils sont bien loin d’être ceux de la totalité des habitants. Un grand nombre d’entre eux sont tatoués sur le corps ; ils obtiennent ce résultat en insérant sous la peau une substance noire qui produit une cicatrice en relief de douze à quinze millimètres, à laquelle on donne la forme d’une étoile ou de toute autre figure d'une beauté problématique.

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