‹ Explorations du Zambèse et de ses affluents et découverte des lacs Chiroua et NyassaChapitre 2 sur 59 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dut de l'oipêdition. — Les Portugais à la rechercbo de l'Ophtr de S&lomoD. — Expédition portugaise à la recherche des mines d'or. — Missions catholiques. — Idées erronées sur l'iotérieur du continent africain. — Décroissance de la traite des Noirs, — Opinion du révérend Wilson sur le commerce d'esclaves. — Opérations des croisières. — Fâcheux effets de la fermeture de la c6te orientale. — Instructions données à l'expédition. •

Lorsqu'il y a huit ans je publiais la relation de mes voyages dans l'intérieur de l'Afrique australe', je me demandais avec une vive inquiétude si cette publication serait accueillie d'une manière bienveillante. J'étais d'autant moins rassuré à cet égard qu e mon nom était complètement étranger au public. Mais cette foi.s je suis encouragé par la certitude que de nombreux lecteurs, bien qu'ils me soient personnellement inconnus, recevront ces nouvelles pages avec l'indulgence de vieux amis ; et qu'un plus

l, Etplorations t-. t l'intérieur de VAfri(iue auttrale, et Foyage à irav emiUnent : de Saint Paul àe Loanda à l'embouchure du Xambùe,m0-b6. I librairie Hachette, 1859-

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grand nombre encore, pénétrés de l'amour de la liberté, animés du désir de voiries principes religieux et sociaux dont ils jouissent se répandre dans le monde, seront sympathiques aux efTorts que nous avons faits pour élever te caractère et améliorer la position d'une partie de nos semblables.

Cette pensée me fait désirer doublement de rendre ce volume digne d'être présenté au lecteur. En l'absence des qualités littéraires que la nature même de mes travaux m'a empêché d'acquérir, je donnerai le simple récit d'une mission qui, à l'égard du but qu'elle s'est proposé, contraste noblement avec quelquesunes de celles qui ont eu lieu dans l'Afrique orientale.

Je crois que les renseignements que je vais fournir sur la région que nous avons parcourue, et sur les peuplades qui l'habitent, ne seront matériellement contredits par aucun voyageur qui sera doué d'une santé robuste, et qui aura comme moi un' rayon de soleil dans l'âme.

J'écris celte relation avec l'ardent désir de contribuer à l'ouverture du territoire africain, si follement interdit à l'activité européenne, de désigner ce champ si fécond et si vaste à l'esprit d'entreprise, d'aider les peuplades qui s'y trouvent à prendre rang parmi les nations de la terre, de concourir à la prospérité de ces tribus, plongées actuellement dans la barbarie, ei dégradées par l'esclavage ; enfin j e caresse l'espérance qu'elle pourra être un encouragement à la propagation de l'Évangile dans ces contrées naguère inconnues.

La première expédition qui fut envoyée flans l'est de r,\frique, après la découverte du cap de Bonne- Espérance, fut organisée sous les auspices du gouvernement portugais. Elle avait, dît-on, pour but de reciiercher la province d'Ophir , citée dans l'Écriture sainte comme étant le pays d'où Salomon tirait de l'or, de l'ivoire, du bois de santal, des singes et des paons.

Les termes employés par les Juifs pour désigner ces quatre derniers articles n'existaient pas eh hébreu, suivant Muller, et y furent importés du sanscrit. Il est dès lors assez étonnant que ces recherches n'aient pas été laites dans l'Inde; d'autant plus que le sanscrit était connu sur la côte de Malabar, où les paons et le bois de sanlal abondent. Mais les Portugais, ainsi que d'autres voyageurs d'une époque plus moderne, crurent que l'Ophir de la Hible devait Être Sofalla, parce que les Arabes appelaient

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quelquefois cette ville Zophar; en ce sens que, de tous les poris qu'ils fréquentaient, celui-ci était le plus bas, ou le plus méridional.

Des négociants venus de la mer Rouge et des câCes de l'Inde ont occupé. l'Afrique orientale dès une époque très-reculée. Vasco de Gama (1498) les trouva solidement établis à Mozambique. Il gagna l'Hindostan ; et de Galicut ses regards avides se tournaient vers Sofalla, où il se rendit en 1 502.

Représentant pour eux l'Ophir des livres saints, ce point du rivage était considéré par les Portugais comme la plus riche de toutes leurs possessions. Ils crurentpouvoiry former un établissement considérable, et sacrifièrent beaucoup d'hommes et d'argent pour conquérir le district où étaient situées les mines d'or. Hais n'ayant pas l'outillage nécessaire, ils obtinrent de si minces bénéfices, en retour d'un si rude .travail, qu'ils abandonnèrent l'entreprise.

L'expédition qui vint ensuite fut composée de trois navires portant un millier d'hommes, presque tous volontaires et de familles honorables. Partie de Lisbonne en 1 509, elle se proposait la conquête des mines d'or du Monomolapa, situées à l'ouest de Tété, et celles du Manica au sud-ouest de ces dernières. Enfm elle voulait gagner l'Atlantique en traversant le continentde l'est à l'ouest. Mais elle échoua dans ses projets, dont la dernière partie ne fut réalisée que de nos jours, et par un seul Européen, qui est originaire d'Ecosse '.

Cette seconde expédition, commandée par Francisco Barreto, était munie de provisions abondantes, et avait une quantité considérable de chameaux, de chevaux et d'ânes. Elle remonta lo Zambèse jusqu'à Senna , y rencontra beaucoup d'Arabes, ainsi que d'autres négociaots, qqi s'y trouvaient établis, et qui la reçurent d'une façon extrêmement hospitalière. Mais les chevaux ayant traversé un endroit où abondait la tsétsé',etle pays étant des plus insalubres, la maladie lit de tels ravages parmi les hommes et les bétes, que Barreto supposa qu'on les avait empoisonnés; d'où il résulta que la plupart des habitants furent passés par les armes.

1. Le doCKur Livingstoas; voir Eiplorationi daru l'AfriqJte aiislrale. Paris, Hacbelte, I8J9.

:. Idem, pages 93 et 616. Paris, Httcbctte, lBâ9.

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Réduite à cinq cent-soisante hommes, l'eipédition se remit en marche. Elle sou(ft-it de la faim et de la soif d'une manière effroyable ; el aprësavoir été, à diverses reprises, attaquée par des corps nombreux d'indigènes, elle fut contrainte de revenir sur ses pas, sans même avoir atteint les mines d'or qu'elle cherchait si avidement.

A cette époque, des missionnaires de l'Église romaine avaient été plus loin que l'armée de Barreto n'avait pu le faire. Déjà, d'après ce que rapporte le senor Bordalo, dans ses Essais historiques, le P. Gonçalo da Silveira avait subi le martyre au Monomotapa.

Il y avait même alors un nombre considérable de missionnaires catholiques dans cette partie du continent; on le voit de nos jours par les ruines des missions. J'aurais voulu faire tomber les calomnies dont les écrivains portugais ont flétri la mémoire de ces hommes courageux. Mais il m'a été impossible de me procurer une histoire sérieuse des travaux de ces hommes de bien; c'est pour moi un vif regret. D'après le souvenir qu'en ont gardé les natifs, on doit penser qu'ils étaient pleins de piété et de zèle. Les écrivains, dont je parlais tout à l'heure, assurent qu'ils faisaient le commerce d'esclaves; c'est probablement aussi faux que les accusations plus modernes qui, de temps à autre, se débitent contre leurs collègues des églises protestantes.

Les philanthropes ont tort, parfois, de prêter l'oreille à de simples commérages des établissements de la cAte, et de croire à toutes les atrocités que les cancans attribuent à nos compatriotes. Il est, d'autre part, certains individus qui, pratiquant la plus niaise de toutes les hypocrisies, s'efforcent de paraître plus mauvais qu'ils ne le sont réellement, taxent la philajithropie de faiblesse, et publient les propos que des traitants d'une immoralité reconnue tiennent contre des hommes qui sont l'honneur du genre humain.

Aujourd'hui les travaux des missionnaires, consignés dans des publications largement répandues, survivront aux rapports malveillants ou calomnieux. Il est à regretter que les missions catholiques d'autrefois n'aient pas joui du même avantage, et que les traductions de leurs archives, qui ont été faites dans l'idiome des indigènes, ne puissent pas être consuilées. Nous ne )iouvoi)s admettre que ces hommes pieux aient risqué leur vie

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pour acquérir, môme par des moyens légitimes, des richesses dont la jouissance leur était défendue par la règle à laquelle ils étaient soumis'. Mais il serait du plus haut intérêt pour leurs successeurs de savoir ce qui les a fait échouer dans la propagation de la foi .

Pour que les pages suivantes puissent être facilement comprises, il est nécessaire de rappeler certains faits antérieurs h Texpédition du Zambèse. On sait qu'avant la découverte du lac 'Ngami, et de la région fertile qu'habitent les Makololos, on croyait généralement que l'intérieur de l'Afrique était composé de déserts sableux, où les rivières allaient s'engloutir.

Lors du voyage que je fis d'une mer à l'autre (1852-56), traversant ainsi la portion intertropicale du continent africain, au sud de i'équateur, il se trouva qu'au lieu d'une contrée déserte où l'eau se perdait dans les sables, c'était un pays bien arrosé, d'un sol fécond, présentant de vastes forêts, de belles vallées herbeuses, habitées par une population considérable, et renfermant l'une des cataractes les plus surprenantes qui soient au monde.

On eut alors la certitude que cette partie de l'Afrique est un plateau élevé, déprimé au centre en forme d'auge, et présentant des fissures latérales par où les fleuves se précipitent vers la mer.

II est impossible de parler de cette découverte sans rappeler la remarquable hypothèse de sir (toderick Murchison, président de la Société géographique de Londres, qui indiqua nettement ce trait du continent. africain avant qu'il eût été vérifié par le mesurage des différents niveaux du sol, et par l'observation du cours des eaux '.

Pendant ce temps-là, de nouvelles clartés étaient répandues sur d'autres points de l'Afrique par le célèbre voyage du docteur Barth, les explorations de MM. Krapf, Hebman, Erkhardt, membres des missions de l'Ëglise d'Angleterre; les efforts persévérants du docteur Bailtie, dernier martyr du climat africain ; par le voyage de François Galton , et l'éminente découverte des lacs

I. Il est impossible de ne pas rendre hommage ft la tolérance du docleur Llvingstone. Quelle droiture, el quelle simpliciti d'âmel {Noie du tradvcleur.) î. Voir ExploTotiotu daru PAfriqw autirale, page 549.

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Tanganyika et Victoria Nyanza, due au capitaine Burton et au capitaine Speke, dont nous déplorons tous la fin prématurée.

VinrentensuitelesrecherchesdeVanderDecken, deThornton et d'autres voyageurs. Enfin la glorieuse découverte de la principale source du Nil, découverte dont tout bon Anglais doit ressentir un juste orgueil, puisqu'elle a été faite par nos braves compatriotes Speke et Grant.

Il est donc prouvé maintenant que ce désert brûlé, ce sable aride, cette zone fabuleuse de l'Afrique tropicale est une région féconde, ressemblant à l'Amérique du Nord par ses grands lacs, à l'Hindouslan parsesjlfngles, ses ghatles, ses basses terres humides et chaudes, et ses plateaux élevés, où l'on respire un air trais et salubre.

Le but de notre expédition n'a pas été de produire «n'étonnement d'un jour, de regarder des sauvages et de s'en faire contempler; mais d'étudier le climat, les maladies locales, les productions du sol, le caractère des indigènes, et leurs rapports avec le reste des hommes. Tous ces détails outété observés avec le vif intérêt que doit éveiller un continent dont l'histoire ne date que d'aujourd'hui, mais qui offre de brillantes perspectives.

En 1853, quand je me rendis h la cAte occidentale afin d'ouvrir un senlier au commerce, et de faciliter les travaux des missionnaires, je fus frappé de rinlluence décisive des mesures qui ont pris le nom de politique de lord Palmerston, influence déjà sensible à plusieurs centaines de milles du rivage. La piraterie avait disparu; et la traite avait diminué au point que, parmi les Portugais, ceux même qui avaient fait le trafic des noirs en parlaient commed'une chose des temps passés.

Le chiffre annuel du commerce licite, ivoire et poudre d'or, s'était élevé d'une somme de vingt mille livres à deux ou trois millions, dans lesquels l'huile de palme, exportée en Angleterre, figurait pour un million de livres (vingt-cinq millions de francs).

Plus de vingtmissionsavaient été fondées, et recevaient dans leurs écoles au-dessus de douze mille élèves. Sur lacôle, la vie et la furtune des individus étaient en sûreté; et, dans l'intérieur, des millions d'habitants jouissaient d'une paix relative. Cependant, à la même époque, des discours prononcés en Angleterre et par des voix influentes, donnaient à entendre que les croi-

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seurs anglais n'avaient fait qu'aggraver les maux causés par la traite.

Il est si naturel de supposer que le trafiquant d'esclaves est pcussé par Tintérét même à soigner sa marchandise, que celte théorie paraît plausible, et qu'on lui accorde toute créance. Maie l'atroce gaspillage de vie humaine , fait par les négriers, n'étnit pas moins grand à l'époque où leur trafic était légal. Cela devait être, en raison de l'imprévoyance qui caractérise l'assassin. Tout le monde s'étonne en voyant celui qui vient - de commettre un crime ne pas prendre telle ou telle précaution qui le mettrait à l'abri des poursuites. On peut se demander, avec autant de surprise, comment les trafiquants d'esclaves ont toujours entassé leur bétail sur des navires oii il était décimé ; agissant ainsi en opposition directe avec leurs intérêts; c'est l'efTet de la fatalité qui est inhérente au meurtre, et qui poursuit son auteur. L'encombrement de ces navires homicides a toi^ours existé, et le nombre des morts, dont il a été cause, déCe toute exagération.

M. Wilson, missionnaire américain de la plus haute intelligence, auquel on doit le meilleur ouvrage qui ait encore paru sur la càte occidentale d'Afrique, déclare que les efTortsdu gouvernement anglais pour la répression de la traite sont dignes de tout éloge. Sans les croisières, dit^il, l'Afrique serait restée inaccessible aux propagateurs de la foi ; el il est à désirer que cette noble mesure continucd'étreprise jusqu'au jour où l'esclavage aura entièrement disparu.

Pas de plus grand obstacle au progrès de la civilisation et du commerce que cet odieux trafic; et les Anglais, étant non-seulement les plus philanthropes des hommes, mais prenant la plus large part au commerce africain, ils ne peuvent manquerde rester fidèles à un système qui est à la fois généreux et prévoyant.

Lorsqu'avec la même intention qui m'avait fait prendre la route de Loanda, je gagnai la côte orientale, je la trouvai complètement fermée. En dépit des efforts qu'avaient faits les croiseurs de Sa Majesté britannique , les étrangers ne pouvant pas s'établir dans le pays, on n'y voyait ni commerçants, ni missionnaires. Un peu d'ivoire, de poudre d'or et des esclaves étaient les seuls objets du trafic local; bref, le même état de choses que sur la côte de l'Ouest avant la répression de la traite.

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Néanmoins le gouvernement portugais ne demandait pas mieui, je dirai plus, désirait vivement que le pays fùtouvert au ' commerce, et aux influences civilisatrices. Il est facile de le comprendre; car il ne retirait aucun profit de la fermeture de ces provinces. D'autre part, le Zambèse offrait une Jarge .voie pour pénétrer dans l'intérieur ; les populations indigènes étaient agricoles, et passionnées pour le commerce; le sol était fertile : le coton, l'indigo, le tabac, la canne à sucre, et d'autres plantes précieuses étaient déjà cultivées, ou croissaient à l'état sauvage. Il semblait donc que si cette région pouvait être accessible aux négociants et aux missionnaires, on y obtiendrait les mêmes résultats que sur la c6te occidentale, et qu'on rendrait ainsi un immense service, non-seulement à l'Afrique, mais encore à l'Europe.

C'était pour atteindre ce but que notre expédition fut décidée. Elle avait pour objet, ainsi, que le Itii recommandaient des instructions explicites, d'étendre les connaissances que l'on avait déjà sur cette partie de l'.Vfrique; d'en étudier les ressources agricoles et minérales; de nouer des relations avec les habitants; de les engagera se livTer à l'industrie, à la culture du sol, afin d'obtenir des matières premières qu'ils pussent échanger contre les produits des fabriques anglaises. Il y avait tout lieu d'espérer qu'en encourageant les indigènes à profiter des sources de richesse que leur offrait le pays, on avancerait de beaucoup l'extinction de la traite des hommes ; car ils découvriraient bientôt qu'il y avait plus de bénéfice à exploiter le sol, qu'à vendre les ouvriers dont le travail leur deviendrait nécessaire.

D'accord avec la politique du gouvernement anglais, l'expédition fut orgaJiisée parles soins personnels du comte de Ctarendon, qui à cette époque était ministre des affaires étrangères. Plus tard, le ministère ayant changé, nous reçûmes la même assistance du comte de Malmesbury, puis de lord Russell qui lui succéda. Ce n'était donc pas seulement la réalisation du projet de quelques individus ; mais une œuvrequi répondait aux principes que nos hommes d'État avaient le plus à cœur, et au vif désir de la majcrrité du peuple anglais.

L'expédition doit une profonde reconnaissance aux lords de ' l'Amirauté pour l'empressement qu'ils ont mis à lui rendre tous

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les services qui étaient en leur pouvoir.ElIe conserve un souvenir plein de gratitude de l'obligeance infatigable dont feu l'amiral Washington, hydographe de ce corps éminent, lui a donné tant de preuves. Elle remercie sincèrement les amiraux sir Frederick Grey, sir Baldwin Walker, tous les officiers de l'escadre de la cdte orientale d'Afrique, et se plaît à reconnaître qu'elle leur doit la plupart des résultats qu'elle a obtenus. Enfin elle a de grandes obligations à M. Skead, officier de la marine royale, qui opéra les sondages et le relèvement du Louabo et du bas Zambèse avec un zèle et une habileté dignes des plus grands éloges.

Dans le récit qui va suivre, toutes les fois qu'il sera question du corps expéditionnaire, on devra se rappeler qu'il se compose du docteur Kirk, de MM. Charles Livingstone, Thornton, et de quelques autres. En me servant du pluriel, c'est à eux que je fais allusion; et je suis heureux de pouvoir rendre témoignage à leur zèle infatigable, à leur énergie, à leur persévérance que les difficultés, les périls et les privations n'ont pas affaiblies un seul instant.

Si le nomdu docteur Kirk ne parait pas sur la première paj^e de ce volume, c'est dans l'espérance qu'il rendra compte personnellement de toutes les observations qu'il a faites sur la faune et la flore de la région que nous avons parcourue. H a rapporté plus de quatre mille espèces de plantes, des échantillons de bois précieux, des spécimens de l'industrie des indigènes, et des différentes espèces de coton qui croissent dans le pays ; enûn, une grande quantité d'oiseaux et d'insectes. Il a fait, en outre, des observations météorologiques, et donné les secours de la médecine aux indigènes, toutes les fois qu'ils ont pu leur être utilesi.

Charles Livingstone a également concouru de tous ses efforts à l'accomplissement de noire mission; lia fait aussi de nombreuses observations météorologiques et magnétiques, a encouragé la culture du coton, fait de la photographie tant que les matériaux qui lui étaient nécessaires pour cela ont pu servir ; et a recueilli un grand nombre d'oiseaux, d'insectes et d'autres objets intéressants.

Toutes ces collections, appartenant à l'État, ont été déposées au British muséum, etaux jardins botaniques de Kew; le doc-

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tenrKirk a entrepris de les décrire; mais celte entreprise ne demandera pas moins de trois ou quatre ans.

Malgré l'importance géographique et scientifique de pareils voyages, il a toujours été bien entendu que le gouvernement de Sa Majesté, ainsi que le portaieRt nos instructions, attachait encore plus de prix à l'influence morale que pourrait avoir sur les indigènes l'exemple d'une famille européenne d'une conduite régulière, vivant avec ordre dans une maison bien tenue, traitant les naturels avec bonté, les secourant dans leurs besoins, les soulageant dans leurs maux, leur apprenant à faire des expériences agricoles, leur expliquant les arts les plus simples, leur donnant l'instruction religieuse qu'ils seraient capables de recevoir, leur inculquant l'amour de la paix et le désir de s'aider les uns les autres.

Il serait fastidieux d'entrer dans tous les détails des menus faits quotidiens que nous avons dû accomplir pour exécuter nos instructions. Règle générale, lorsque le bateau à vapeur s'arrélaitpour prendre du bois, le docteur Kirk, ou Charles Livingstone mettait pied à terre afin de se livrer à leurs recherches. Celui d'entre nous qui devait conduire le bateau et prendre les positions géographiques, n'ayant pas répondu à ce qu'on attendait de lui, ces fonctions retombèrent principalement sur moi. Elles m'obligèrent à un travail de nuit considérable, dans lequel je fus toujours aidé de bon cceur par l'un ou l'autre de mes compagnons.

Les relevés astronomiques ont été régulièrement communiniqués à mon excellent ami, sir Thomas Maclear, directeur de l'Observatoire du Cap. Depuis que cet ouvrage est sous presse, nous avons reçu les longitudes de plusieurs points, déterminées d'après des occultations d'étoiles par la lune, ainsi que par les éclipses et les réapparitions des satellites de Jupiter; les calculs en ont été faits par M. Mann, l'aide habile et complaisant de l'astronome du Cap. Les observations lunaires sont toujours entre les mains de M. Maclear.

Les dilTérents niveaux du sol, les variations de l'aiguille, les latitudes et les longitude.*, calculées surle terrain, sont indiqués surlacartedeM. Arrowsmith. J'espère qu'ils ne différeront pas essentiellement des résultats qu'obtiendront ceux qui viendront après nous.

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ET SES AFFLUENTS. Il

La direction de notre petit navire n'exigeait pas une grande capacité, et pouvait être acceptée par un liomme qui n'est pas trop vieux pour apprendre. J'eus ainsi l'avantage d'épargner à l'expédition les frais d'un capitaine; et surtout de la mettre k l'abri des exigences d'un individu qui se croyait indispensable. Mais obligé d'être à mon poste, et de veiller sur le bâtiment, alors même qu'on n'était pas en marche, il me fallut renoncer aux rapports que je m'étais promis d'avoir avec les indigènes, et à la formation des vocabulaires que j'espérais composer.

Pour faire jouir le lecteur de la vivacité des premières impressions, nous avons intercalé dans notre récit le journal de Charles Livingstone, où l'on trouvera de nombreuses remarques faites par les indigènes, et transcrites immédiatement. Il en est de triviales, sans aucun doute ; mais c'est par les actes et les menus propos de la vie quotidienne que le caractère se révèle sous son véritable jour; et chacun aimera mieux tirer soi-même ses conclusions que de les recevoir toutes faites.

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