CHAPITRE XX
Départ du Dr. Kirk et de Ch. Livingstone pour TèW.— Guerre de Belchior. — CouniveQce du gouverneur-géDéral avec Its traitants. — Maîtres et esclaves. — Le Lady Nyassa. — Réflexions des indig&nes sur la pesanteur du fer. — Liberté de discussion. — Jeui d'oiseaux. — Notre nou- veau quartier -maître, — Le départ du Lady Nyasta est relardé. — La Rovouma. — Ses riverains. — Nattes. — La tsélsé. — Cheoal tortueux. — Poisson bizarre. — L'Anglais en Afrique. — Hommes portant le pélélé. — Mabibas. — Makoas. — Route de la traite pour se rendra à Quiloa. — Sur un banc de sable. — Hostilité. — Ruches et miel. — Houille. — Passes rocailleuses. — Sources de la Rovonma. — Crocodiles. — Leurs œufs. — Chasse au senzé. — Retour au Pionnier.
Le 5 mai, le docteur Kirk et Charles Livingstooe partirent pour Tété, avec la guigue, afin de prendre les eiïets et les marchaudises qui appartenaient à l'expédition, et de les rapporter à Ghoupanga. Ils choisirent pour rameurs quatre hommes de Mazaro, et emmenèrent un de nos marins qui devait les servir. Malheureusement celui-ci prit la fièvre le lendemain du départ, et fut malade presque tout le temps du voyage ; de sorte que ces messieurs eurent non-seulement à faire leur cuisine, mais encore à soigner le cuisinier.
Les gens de Mazaro se conduisirent parfaitement; ils étaient d'une propreté remarquable, et se baignaient tous les soirs, bien qu'il fit assez frais après le coucher du soleil. Si l'on donnait quelque chose à l'un d'eux, ce qui arrivait souvent, si petit que Tût le morceau, il te partageait avec les autres.
Pour remonter ils préféraient la gafTe à la pagaie, et choisissaient les parties du fleuve où il n'y avait que deux ou trois pieds d'eau, au lieu de s'engager dans le chenal, dont le courant était rapide. Tous les quatre avaient le sentiment du rhythme porté au plus haut degré : ils levaient leurs gafTes, les abattaient, poussaient la barque, et donnaient le coup final avec un ensemble d'une précision merveilleuse. A peine avait-on be-
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soin de toucher au gouvernail tant ils étaient habiles à maintenir le bateau dans sa course. Un grand nombre de leurs barcaroUes étaient fort belles, quelquefois très-plaintives, une entre autres qui paraissait être une lamentation faite surun chef mourant, était extrêmement touchante.
Le premierjour le ventfut très-faible ; mais la brise se leva au coucher du soleil, et la voile fut déployée. L'équipage éprouva naturellement une vive satisfaction en voyant la guigue marcher d'elle-même. Pour nos Makololos, le bateau à voile est le chef> d'œuvre de la construction navale;* quelle différence avec le bateau à vapeur; il n'y a pas de bois à couper ; vous n'avez qu'à rester tranquille, etle bateau vousemmène. ■
A la nuit close, le vent augmenta; la guigue marcha plus vite. Le:; canotiers, d'un («oipérament inflammable, excités par la course, improvisèrent un chant d'une énergie sauvage. La bise fraîchit, le bateau fendit les vagues ; les hommes, fous d'enthousiasme, se levèrent d'un bond, et chantèrent plus fort, en gesticulant avec frénésie. Tout à coup les chants cessèrent, et les improvisateurs furent couchés sur le dos : la guigue était sur un banc de sable.
Poursuivant leur route, nos voyageurs trouvèrent dans une Jle, située en face de Chiramba, des réfugiés mangaiyas, chassés de leur village par un nommé Belchior. Celui-ci, banni du Portugal, s'était fixé près de Lupata ; il avait épousé la sœur d'un chef mulâtre qui habite au-dessous de Tété ; et il campait alors dans une lie du Ghigogo.
La nuit était venue quand nos amis passèrent devant cette dernière Ile. On les somma de s'arrêter; le fifre et les tambours appelèrent aux armes ; et l'on cria de toutes parts : les Anglais, les Anglais I Nos voyageurs abordèrent, et n'eurent pas à s'en repentir. Belchior leur dit que Chibisa lui avait envoyé un message insolent; qu'il y avait répondu en allant le trouver avec soixante-dix mousquets, l'avait chassé de la résidence qu'il habitait, près du Zambèse, et avait mis le feu au village. Dans cette région les particuliers prennent dee'allur»s belliqueuses, et font la paix et la guerre, comme s'il n'y avait pas dans le pays d'autre autorité que la leur. Plus tard cet aventurier força Chibisa à se retirer chez les missionnaires qui sont vis-à-vis. de l'Ile de Dakanamoio, et le menaça de l'y poursuivre. Nous avons
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à ce sujet adressé une réclamation au gouverneur de Tété, le senhor Antonio Tavarës d'Alméida. Son Excellence avait d^à défendu h Belchior de donner suite à ses menaces ; nous le constatons avec plaisir.
Le docteur Kirk et Charles Livingstone gagnèrent Tété le 17 mai ; ils trouvèrent la monotonie de ce séjour agréablement rompue par le mariage de la fille du gouverneur qui épousait un çfficier. Ce jojeux événement était célébré suivant la coutume ; les esclaves buvaient, chantaient, dansaient, tambourinaient, et déchargeaient leurs mousquets.
Nos amis furent très-bien reçus par le senhor d'Alméida; beaucoup mieux qu'ils n'avaient le droit de s'y attendre après lui avoir enlevé les captifs que ses agents avaient achetés. Un jour, néanmoins, causant avec le docteur Kirk, son Excellence se prit à dire qu'elle avait reçu du Gouverneur-général, son frère aîné, certaine dépêche établissant que la traite des noirs étant permise par la loi portugaise, tout individu, ayant sa résidence sur le territoire colonial, et faisant ce commerce, devait résister par les armes à quiconque tenterait d'attaquer ses agents. C'était dire, en propres termes, que l'on se battrait avec nous, la première fois que nous essayerions de libérer les esclaves d'autrui.
Rien n'est moins extraordinaire que de voir un représentant du gouvernement portugais prendre part au commerce d'esclaves; si nous menlionnons cet incident, c'est parce que le gouverneur du Mozambique, en parlant anglais, et en protestant d'un vif désir de supprimer la traite, s'est fait parmi les ofriciers de la marine britannique une réputation de droiture à laquelle pas UQ de ses compatriotes ne voudrait croire.
Lorsque M. d'Alméida vit plus tard que son frère nous avait dévoilé ses sentiments réels, il en parut un peu chagrin. Son Excellence aurait dû penser que vivant dans les coulisses nous n'avions jamais été dupes de ses palabres; et que nous aurions voulu depuis longtemps l'avoir en plus grande estime.
Le gouverneur de Tété, personne ne l'ignore, fait le double commerce dont nous avons parlé plus haut. Une partie des captifs qu'on lui amène, s'envoient dans l'intérieur; les autres sont échelonnés sur les bords du fleuve, en attendant qu'on les expédie à la cAte. Or, la loi portugaise, à moins qu'elle n'ait aucun sens, défend cette double manœuvre. S'il est vrai qu'elle