‹ Explorations du Zambèse et de ses affluents et découverte des lacs Chiroua et NyassaChapitre 23 sur 59 · S LE · texte numérisé non relu

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tende à la suppression de la traite, elle ne doit pas tolérer qu'on fasse de nouveaux esclaves.

Il a été décrété à Lisbonne que l'esclavage serait aboli dans cette province en 1878, et que les esclaves du gouvernement seraient libres à dater de 18S3.Unof1icier nous disait qu'on faisait travailler ces malheureux d'une manière effroyable, afin d'en tirer le plus possible avant de les libérer.

Depuis que M. d'Alméida est gouverneur de Tété, la ville a gagné énormément. On y a faitdeux rues, ou plutôtdeux bonnes routes, chose nouvelle dans le pays; et l'on y trouve des centaines de soldats indigènes, beaucoup mieux habillés que ne l'étiit autrefois la dixième partie de ceux qu'on y rencontrait.

Quelqu'un, -qui paraît bien informé, nous a dit que le district de Tété coûtait à la métropole trois mille livres par an, et lui en rapportait trois cents. Le commerce d'ivoire a décliné d'une manière très-notable par suite de la disparition des éléphants; soit qu'on les ait détruits, soit que la chasse dont ils étaient l'objet les ait fait déguerpir.

A leur arrivée à Tété, Jios amis y trouvèrent les pirogues que nous avions louées à Mazaro pour le transport de nos bagages. Elles avaient apporté des munitions pour la troupe; et avaient été accompagnées par un olUcier, qui, sous prétexte que les rameurs ne s'étaient pas montrés assez diligents, avaient fait donner des coups de fouet à un certain nombre d'entre eux, bien qu'il eût affaire à des hommes libres. Ces pauvres diables en avaient le dos terriblement lacéré.

Il y a ici des lois; mais pour la théorie; dans la pratique on les remplace souvent par le caprice individuel. Ayant une fois, à Choupanga, pris deux voleurs sur le fait, nous les avions envoyés au fonctionnaire le plus proche, laissant à nos larrons, comme preuve du délit, tout ce qu'ils nous avaient dérobé. Le lendemain nous recevions un billet où l'on nous demandait quel châtiment il fallait infliger aux coupables. Nous avons mieux aimé leur faire grâce que de prononcer la sentence.

Entre hommes d'égale position, on se menace fréquemment de recourir au fusil, qui prend, dans ce cas, le nom de ministre delà justice.

Les canotiers reçoivent avant de partir la paye et les vivres qui leur sont dûs. Quand les eaux sont basses, et que le charge-

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ment est lourd, le voyage se prolonge ; il arrive souvent alors que les rameurs, ayant fini leurs provisions avant d'avoir gagné Tété, sont obligés d'en acheler d'autres avec leur propre salaire; d'où il résulte que les pauvres gens ont travaillé pour rien. Les canotiers de nos voyageurs étaient précisément dansce cas-là; mais voulant qu'ils eussent la force de faire leur besogne nos amis leur rendirent beaucoup plus qu'ils n'ont habituelle- ■ ment. Ils joutèrent une chèvre et un cochon, au sorgho qui forme la ration ordinaire; et leurs rameurs se conduisirent à merveille, partant dès l'aurore, et ne s'arrétant qu'à la nuit close; si bien que les canots marchèrent aussi vite que la guigue, et arrivèrent à Choupanga avant la Un du cinquième jour.

Les traitants se plaignent beaucoup des canotiers, qui disparaissent quelquefois avec la cargaison, fait d'autant plus douloureux que nul châtiment ne peut atteindre les coupables. Une chose certaine, c'est qu'en pareil cas il n'y a pas d'affection de perdue ; car il n'en existe ni d'un côté ni de l'autre.

Tous les fragments de la Dame du lac se trouvant à Choupanga, on se mit en mesure de les réunir. Un terrain fut nivelé au bord du Zambëse ; on y plaça des palmiers qui formèrent les coulisses; et le mécanicien et ses aides travaillèrent avec zèle. .^

Dans tous les endroits où règne l'esclavage on est plus ft^- 1 quemment volé que partout ailleurs; nos boulons disparurent, ce qui nous gêna beaucoup; mais grâce à la strychnine les voleurs ne nous prirent pas autre chose.

Une hyène ayant mangé la viande qui lui était destinée, viande où nous avions mis de ce poison, fut trouvée morte ^ le lendemain. On apprit ce qui l'avait tuée; et les gens en conclurent qu'il était malsain de voler des hommes qui possédaient un charme aussi puissant. Le muULre qui gardait la maison de Choupanga aurait bien voulu avoir de cette drogue pour en donner aux Zoulous, dont il avait une peur mortelle, et à qui, en outre, il fallait payer le tribut.

C'était le 12 juin que les dernières pièces du navire étaient arrivées à Choupanga. Le 23, après différentes causes de retarJ qu'il est inutile de raconter, il ne restait plus qu'à lancer le Lady Ifyassa. Des indigènes étaient venus de tous les points de l'borizon pour assister à. ce spectacle. La plupart étaient per-

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suadês que notre bâtiment sombrerait dès qu'il entrerait dans le fleuve. De vives discpssions s'élevaient à cet égard.

« Mettez une houe dans l'eau, rien qu'un petit morceau de métal , disait la majorité, il enroncera immédiatement ; et vous voulez qu'une pareille masse de fer puisse naviguer? Elle ira au fond; ce n'est pas douteui.

— Il est certain, répondaient les autres, qu'il en serait ainsi avec nous; mais les blancs ont des médecines pour tout ce qu'ils entreprennent. Ils oi.t bien fait une femme; voyez plutât celle qui est en avant du navire : eicepté qu'elle ne parle pas, rien n'y manque. ■

Les incrédules ne pouvaient en croire leurs yeux, quand ils virent la masse de fer se balancer avec grâce, et flotter légèrement sur le fleuve, au lieu d'enfoncer, comme ils l'avaient prédit. * C'est vrai, disaient-ils, ces hommes-là ont des charmes I bien puissants. » —J

Ayant reçu du professeur Owen la recommandation de faire des recherches sur les premiers états de la tsétsé, aQn qu'on put trouver le moyen d'anéantir cette peste, nous avons souvent demandé aux indigènes ce qu'ils savaient à cet égard. Un de nos Makololos se rappelait avoir entendu discuter cette même question à IJnyanti, où, suivant l'usage, on avait parié que personne ne pourrait la résoudre. Quelques temps après, un vieillard se présenta pour réclamer le prix, assurant que la Isétsé pondait des œufs rouges, et les déposait sur les feuilles du bauhinia.

Les œufs désignés par cet homme étaient probablement ceux de l'insecte que nous avons décrit, et dont la ponte est recouverte d'un enduit sucré et mucilagineux, qui est une friandise pour les Bccliuanas, et les habitants du Kalaha^i^ Quelquesuns des parieurs n'écoutèrent pas le vieillard; ils prétendirent qu'il n'avait jamais vu ce dont il parlait. Quelques autres soutinrent que ces œufs rouges étaient pondus sur les ramilles, et non pas sur les feuilles. Un petit nombre assura que la tsétsé déposai! ses œufs dans la fiente des buffles ; et ceux qui disaient cela avaient probablement raison. En détruisant les animaux sauvages, la civilisation pourra seule anéantir la tsétsé *.

1. Voir EspIoroltoiM dan* ri/hçue atutrab, psge 185; Psris, Hacbette, 1859. 3. Nous De pensons pas que la tsâué dépose ses œufs dans la fienle de butQe,

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Nous nous rappelons avoir entendu les indigènes discuter avec une incroyable ardeur sur le pied de l'autruche. La question était celle-ci : les deux orteils qui composent ce pied représententrils le pouce et l'index de l'homme, ou bien l'annulaire et le petit doigtî II est amusant de voir en pareille circonstance avec quelle liberté de langage, et quelle fougue, les gens de la plus basse classe contredisent leurs supérieurs. Ils n'oi# pas souvent l'occasion de se mettre en évidence, et profitent tant qu'ils peuvent de celle qui leur est offerte. « Nous ne sommes que de petits enfants, toujours au sein de notre mère; nous ne pouvons pas marcherseuls; nous ignorons tout, disent-ils : mais nous savons que les anciens parlent de cela comme des gens qui n'en connaissent pas le premier mot ; jamais on n'a dit pareille absurdité ; > et notre homme continue avec la même franchise.

Entre opposants du même flge, celui qui a la langue la mieux attachée confond son adversaire. Toutefois le vaincu n'accepte pas la défaite; oppressé et râlant, ne pouvant plus discuter, il jette ces mots avec effort : • Courez donc plus vile que moi I > Et les voilà partis ; ils font un mille à toute vitesse; rapportent une

ni d'aucun autre animal, et par la bonne raison que nous ne crayons pas qu'elle ponde. Il nous semble qu'elle doit Être pupipare, c'est-i-dire émettant ses petits k l'état de oymphe. Ce /ait eipliquerail l'igoorance des Hakololos à l'égard de ses œufs; et cette igoorance des nègres, bons observateurs des bétes qui les Îdléressent, noui confirme dans notre opinion, basée d'ailleurs sur des caractères assez iranchés. Les mouches, dont les larves èclosent dans le fumier et dans les bouses, ont une trompe terminée par des lèvres, liiurs antennes sont formées de trois articles, et munies d'un style, leurs tarses ont des pelotes, etc. Riea de tout cela chez la tsétsé; mais un suçoir de plusieurs pièces, enfermé dans une gaine velue i deux valves , comme chei les pupipares, et des antennes à un seul article, dépourvues de style, écartées l'une de l'autre, ainsi qu'on le remarque dans certains genres de celte lUnille. Autant que nous pouvons en juger d'apris la ligure de la page 627 du premier voyage de Livingstone, elle aurait les tarses crocbus des hippobasques. Enfin son abdomen, que l'on voit se gonfler à mesure qu'elle se gorge de sang, présente l'eitensibilité nécessaire i la gestation, qui caractérise ce genre de mouches. Déji UM. Edwards et Chapman avaient entendu dire par les Bushmen que la tsétsé était vivipare. Rien de plus lacile que de s'aïsurer du tait; il suCdrail d'ouvrir une femelle pour savoir à quoi s'en tenir. Dans (ous les ca.3 on a eu torl d'appeler la isétsé gUatina morsitam. Les glossinei n'ont pas seulement les antennes des mouches ordinaires; elles ont une trompe, fort mince il est vrai, et proUgée par les palpas qui lui servent d'élui, mais une véritable trompe, terminée par des Itvres, au lieu d'une lancette multivalve; el comme elles doivent leur nom i leur appareil buccal, il ne fallait pas mettre sous la même rubrique une mouche chez qui cet appareil est tout différent. Si notre opinion se vérifiait, la distance entre la tsétsé et la glossine serait encore bien plus grande, puisque cette dernière ett ovipare. {Noie du tradacttur).

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branche de l'arbre qai forme le but ; et cette course ayant rétà* bli l'équilibre entre le physiqne et le moral, les deux C0Dtra-> dicteurs s'asseyent tranquillement l'un à cdté de l'autre. Si, après s'être battus à coups de plume, jusqu'à s'être précipité le sang à la tète ou au cœur, les journalistes, au lieu d'en venir à refuser l'insertion de la prochaine lettre, à moins qu'elle ne soit payée au taux des annonces, terminaient laquerelle par une course rapide, il y aurait moins d'attaque d'apoplexie ou de maladies de cœur à enregistrer tous les ans. '

Le territoire de Choupanga est très-riche en oiseaux; quelques espèces y séjournent toute l'année; beaucoup d'autres ne font qu'y passer quelques mois. Des bandes de pigeons verisy arrivent en avril pour manger les fruils naissants du figuier sauvage, dont une grande espèce de chauve-souris fait également sa nourriture- Le joli tisserin noir à épaulettes jaunes y est commun, et semble jouir énormément de la vie dès qu'il est en costume de noces.

Le matin, après un déjeuner copieux, trois ou quatre amis se réunissent, et vont se percher sur les broussailles qui bordent une petite plaine herbeuse. Ils commencent par faire entendre leur chant calme et doui qui exgrime la satisfaction, et qu'ils écoutent avec un plaisir évident; puis le jeu succède à la musique. Déplojant ses pennes>eloutées, l'un d'eux glisse d'une aile frémissante, et en chantant, jusqu'au milieu de l'espace qui est ouvert devant lui. Arrivé là, il tourne brusquement sur lui-même, en produisant avec ses ailes un bruit analogue à celui d'une crécelle d'enfant; puis il regagne sa place. Chacun à son tour se livre à ce même exercice, et lâche de craqueter plus fort que les autres en faisant sa pirouette. Cela dure ainsi pendant des heures; mais seulement à l'époque des amours et du brillant plumage. Une fois qu'il a endossé l'habit d'hiver, habillement complet d'un brun terne, l'oiseau devient triste, et ne pense plus au plaisir.

On nous avait envoyé du Cap deux mulets qui devaient nous . aider à transporter le vapeur de l'autre côté des cataractes. Ils sont arrives à Choupanga, et sont morts peu de temps après. Un Portugais s'est alors empressé de nous dire qu'il avait toujours EU que nous ne les garderions pas ; la chose était maintenant facile à deviner. 11 ajouta qu'on avait souvent essayé d'en

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avoir; mais qu'en fait d'animaux domestiques rien ne pouvait vivre dans le pays, pas même un coclion. Il avait craini, disaitr il, de paraître officieux; c'était pour cela qu'il ne nous avait pas prévenus. I.a raison est au moins singulière.

Nous avions obtenu de la Gorgone un vieux quartier-mattre, un excellent marin, capable de rendre les plus grands services quand il n'avait pas bu; mais d'une aptitude exceptionnelle à s'enivrer chaque fois qu'il en trouvait l'occasion. Il aurait fait merveille si nous avions pu remonter immédiatement le Chiré, ainsi que nous en avions le désir, car il n'aurait pas eu de liqueur; mais le voisinage des Portugais lui était fatal. 11 fallait que le besoin qui le dominait fût terriblement fort ; il ne savait pas un mot de la langue des indigènes, qui à leur tour n'entendaient pas l'anglais; cependant il persuada à l'un d'eux d'aller lui chercher du vin à sept milles de l'endroit où nous étions ; et parvint à le lui faire introduire dans le Pionnier, avec la bière que cet homme y apportait. A jeun, il était tranquille, respectueux, obligeant, ayant l'œil à tout, constamment à l'ouvrage, et soignant les moindres choses Malheureusement il était presque toujours ivre Gela nous fit beaucoup de peine ; mais il fallut l'embarquer sur le premier vaisseau de guerre qui toucha à la cMe. Ceux qui n'ont jamais ressenti le besoin ardent que ces hommes-là ont des spiritueux ne peuvent pas se figurer la force de la tentation & laquelle ils succombent. > Vous voyez ce qui est bu, disait un ivrogne écossais, mais vous ne voyez pas la soir. •

Quand l'arrimage du Lady Nyassa fut terminé, les eaux devinrent tellement basses qu'on ne pouvait songer à partir avant la crue de décembre. 11 nous fallait, en outre, des provisions et des bœufs de trait, que l'on ne peut se procurer qu'à l'Ile de Johanna. Sans refuser positivement au commerce l'entrée du Zambèse, les Portugais sèment des entraves sur la roule. A les entendre, ils veulent seulement toucher un faible droit, établir une police du fleuve, et reconstituer le domaine de la Couronne dont les Landines ont usurpé les terres. En attendant, le Zambèse n'est d'aucune utilité pour les autres, et ne leur sert qu'à charrier leurs esclaves,

La Rovoumaqui, disait on, sortait du Nyassa.etqui se trouve en dehors des possessions portugaises, étant une rivière libre,

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nous résolûmes de l'explorer à notre retour des Comores. Après avoir réparé la machine, le gouvernail, et les roues de notre vapeur, réparations qui nous ârent passer quelque temps sur le Kongoné, nous partîmes le 6 du mois d'août pour Johanna. Un magasin de provisions de toute nature est établi dans cette tle, au fond de la baie de Pomone, pour le ravitaillement des croiseurs, et se trouvait alors sous la direction de M. Sunley, consul d'Angleterre, qui dc^à nous avait rendu maints services. Il eut cette fois l'obligeance de nous céder trois paires de bceufsqui travaillaient à sa fabrique de sucre.

Bien qu'entravé dans cette fabrication par la nécessité d'y employer des esclaves , H. Sunley a fini par triompher d'obstacles devant lesquels un homme moins énergique se serait découragé. Afin d'inspirer à ses travailleurs le désir d'être libres , il leur donne des ga^es régulièrement payés; c'est la seule chose qu'il puisse faire pour eux. L'usine qu'il a fondée est importante; et il cultive en canne à sucre, trois cents acres d'un sol fertile. Nous espérons qu'il réalisera la fortune qu'il mérite à tous égards, b'il avait pu s'établir sur la terre ferme, où les indigènes seraient venus en foule lui demander du travail, il y aurait certainement inauguré une ère nouvelle. Dans une tle aussi petite, déjà occupée en grande partie, et où les pro,priétaires ont sur leurs esclaves un pouvoir absolu, l'entreprise avait bien moins de chances de réussir, et ne doit pas être renouvelée. Si mister Sunley fonde un autre établissement, ce n'est pas à Johanna, ou i Zanzibar, qu'il devra le placer; mais sur la terre africaine, où le travail est libre ; et où l'esclave lui-même, quand il est mécontent, peut se libérer par la fuite. Une opération de compte à demi avec des Arabes, dans une tle où règne l'esclavage, ne peut jamais être pour un Anglais qu'un moyen de s'épargner l'odieux de fouetter ses gens, en laissant cette tâche à ses associés.

partis de Johanna à la remorque de l'OreHe, vaisseau de la marine anglaise commandé par le capitaine Gardner, nous avons atteint l'embouchure de la Bovouma au commencement de septtembre. Le capitaine, et plusieurs de ses ofGciers, montant la guigue et le cutter du vaisseau, nous ont accompagnés sur la rivière pendant deux jours.

\ Les eaux étaient eKceptionnellement basses, et le matin la

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ET SES AFPLUEKT6. 399

besogoe était rude. Mais dès que la brise se mettait à souffler, tout s'animait et changeait de face. Nos quatre bateaux marchaient alors à pleines voiles, les hommes de la guigue et du cutter criant : bilbord à la barre! tribord à la barrel cale touti pendant que les nôtres se jetaient les mots équivalents de : Pagombél pagombé! enda quêté! biranil birani t Soudain le bateau qui menait la file touchait un banc de sable, la voile s'abaissait, les hommes sautaient par-dessus bord et faisaient reculer la barque. Ceux qui venaient derrière eux évitaient l'obstacle, passaient devant, et s'engravaient à leur tour, en prenant un haut fond pour le chenal, qui avait souvent trèspeu d'eau.

Réveillés subitement par une vingtaine de coups de fusil , un troupeau d'hippopotames ouvrit les yeux, regarda les étrangers qui venaient envahir ses domaines, et les contempla avec surprise, jusqu'au moment où de nouvelles balles l'obligèrent à se réfugier dans le bassin près duquel il reposait. A notre retour l'un des membres de cette troupe voulut se venger; il nous suivît , S6 plaça sous le bateau , et par deux fois essaya d'en arracher le fond. Celui-ci heureusement était trop plat pour être saisi avec force. Une seule planche en fut endommagée par les crocs du monstre, qui enleva le bateau et le soutint droit au-dessus de la rivière, bien qu'il s'y trouvât dix hommes et deux mille livres de bois d'ébène.

Le soir de l'un des deux jours que le capitaine Gardner passa avec nous, la flottille s'arrêta en face du petit lac de Chidia, qui fait corps avec la Bovouma lorsque celle-ci déborde. Une ceinture de montagnes, parsemées d'arbres, et d'une hauteur de cinq à six cents pieds, entoure presque enlîèreraent ce petit lac. Sur les pentes de cette enceinte, on apercevait de petits hameaux, et des champs, dont les produits étaient alors récoltés. Les habitants ne semblaient pas inquiets de la présence de cette bande nombreuse qui venait camper sur les bancs de sable, situés au pied de leur demeure.

Le bois d'ébène est très-commun dans ces parages, où l'antilope bleue {ctphalopus cxmleus) qui est à peu près de la taille d'un lièvre , paraU très- abondante ; nous en jugeons du moins par le nombre de peaux qu'on nous apporta dans l'espoir de nous les vendre.

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On fait ici de jolies nattes ayant la forme d'une feuille de dattier; elles sont teintes avec l'écorce de différents arbres; et présentent diverses couleurs. Nous avons trouvé la tsétsè presque depuis l'embouchure de la rivière jusqu'au point où nous nous sommes arrêtés; il en résulte qu'il n'y a pas de gros bétail sur les bords de la Rovouma.

La navigation ne devint pas plus facile les jours suivants; des troncs d'arbres, apportés par les grandes eaux, embarrassaient le chenal, où ils étaient nombreux. En maint endroit, la rivière se divisait en deux ou trois branches, et pas un de ces bras n'avait assez de profondeur pour des embarcations tirant trois pieds d'eau; de sorte qu'il nous fallait traîner les nAtres quand elles arrivaient là. Hais jamais les eaux n'ont été plus basses ; et il se passera peut~étre bien des années avant qu'il y ait une pareille sécheresse.

Bornée sur les deux rives par des plateaux élevés, la vallée de laRovouma esl d'une largeur de deux à quatre milles, et vient de l'ouest-nord-ouest. Elle décrit une ligne assez droite ; mais la rivière est tortueuse ; et par la sécheresse qu'il faisait alors, le chenal décrivait de tels zigszags qu'il nous fallait souvent parcourir trois milles pour en faire un à vol d'oiseau. Il doit en être différemment quand la rivière est grande.

Nous avons vu très-peu de monde pendant la première semaine. Les villages , afin de les protéger contre les chasseurs d'esclaves, sont cachés dans les jongles épaisses qui couvrent les ilancs de la montagne ; et cette partie silencieuse de la rivière n'a donné lieu k aucune remarque intéressante.

Persuadés que la Rovouma n'était navigable que pendant huit mois de l'année, nous n'en avons pas moins poursuivi notre course, afin de voir si les rapports que différents ofSclers de marine nous avaient faits de la puissance de cette rivière se justifiaient plus haut, et si la partie supérieure ne pourrait pas être utilisée, en supposant qu'elle fût en communication avec le lac Nyassa. Nous y avons acquis la nouvelle preuve que ceux qui visitent de nouvelles contrées ne sauraient agir avec assez de prudence.

Des gentlemen , très-compétents en pareille matière , nous avaient dit que la Rovouma était bien supérieure au Zambèse, non-seulement par l'absence de barre, mais par son volume

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d'eau plus considérable, et par la beauté de ses rives. Ces messieurs l'auront vue dans une saison toute différente de celle où nous l'avons visitée ; et pour être dans le vrai on devra prendre un terme moyen entre leur appréciation et la nôtre. Il est possible que la Rovouma puisse servir au commerce pendant les trois quarts de l'année; des gens de passage comme nous, sont peu capables de trancher la question.

Nous avons été frappés de la rareté des animaui ; de temps en temps quelques paires de jabirus, à la démarche solennelle, traversaient les hauts*fonds; quelques oiseaux d'eau, entre autres des oies d'Egypte ; mais & peine un crocodile ou un hippopotame.

A la 6n de.la première semaine un vieillard, qui habitait l'un des villages situés dans la montagne, se rendit à notre camp, et nous dit qu'il nous ferait un cadeau. Il reparut le lendemain avec une quantité d'individus qui apportaient du manioc, de la farine et des ignames.

Ce sont des Maiiondés qui habitent cette région; ils vivent en bons rapports avec les Mabihas et les Malcoas dont la demeure est au midi de la Rovouma. Leur langage diffère considérablement de celui des riverains du Zambëse; et n'en est pas moins de la même famille.

Nous sommes allés faire un tour sur les pentes de la rive gauche; nous y avons trouvé des arbres d'essences très-variées, que nous n'avions rencontrés nulle part. Ceux qu'on voit ordinairement dans les provinces de l'intérieur, à une grande distance de la mer, en sont ici beaucoup plus rapprochés. Le mpingou (ébénier africain) y abonde à sept ou huit milles du rivage ; il y acquiert des dimensions plus fortes et y présente plus d'ébène que dans les autres localités. On y rencontre aussi le mosoko, bel arbre qiii fournirait de très-bon bois de construction ; nous l'avons vu débiter près de la côte, par des mulâtres arabes, qui en faisaient des planches.

Avant d'arriver au sommet de la pente nous nous sommes trouvés dans une forêt de bambous. Sur le plateau, de grands espaces avaient été défrichés et mis en culture. L'un des habitants nous offrit de la bière ; nous acceptâmes ; et la crainte que nous avions inspirée à ceuxqui étaient Ufut toutàcoupdissipée. Leur langage était à peine compris de nos canotiers de Mazaro.

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Quelques-uns de ces gens prirent dans les trous de la berge un poisson curieux, dont la nageoire ventrale, de forme circulaire, est d'une largeur peu commune, et ressemble au jouet d'enfant appelé sucker. On dit que ce poisson, qu? se nomme chiriré se trouve également dans le Zambèse. Mal^ la dimension de ses nageoires, qui toutes sont grandes, il est rare, nous a-t-on affirmé, qu'il s'aventure en pleine rivière ; il reste aux environs de son terrier, où il est facile de le prendre avec la main.

Les canotiers du Zambèse, fort habiles à saisir les moindres signes qui dénotent la profondeur de l'eau, savent se diriger avec infiniment d'adresse. Debout, à l'avant de l'embarcation, le Mokadarao, c'est-à-dire leur chef, indique la route au Molimo qui est le timonier; et s'il est nécessaire, vient en aide au gouvernail avec la grande perche dont il est muni. Accoutumés qu'ils sont à la pagaie, nos hommes préféraient la gafTe à nos longues rames, et nous faisaient marcher plus vite en poussant qu'en ramant.

Le mokadamo, frappé de cécité par la lune, ne voyait plus dès qu'il faisait nuit; ses camarades étaient obligés de le conduire, et de lui mettre les morceaux dans la main, sans quoi il n'aurait pas pu manger. C'était, disaient nos rameurs, parce que ses yeux se reposaient le soir que pendant le jour il voyait si bien le chenal. Quelquefois, cependant, il lui est arrivé de se méprendre et de nous faire engraver. L'équipage, imbu de l'esprit d'opposition, et mené par Joâo, qui aspirait au pouvoir, raillait notre homme de sa sottise : ■ Dormait-il donc? — Pourquoi avait-il permis au bateau d'aller là? — Est-ce qu'il ne pouvait pas voir que le chenal était ailleursT » Un jour, le mokadamo impatienté de ces quolibets, jeta sa perche avec colère e dit à Joâo qu'il pouvait s'en emparer s'il en avait envie. Joâo ne se. le ht pas dire deux fois; mais l'instdnt d'après il nous mettait dans un plus mauvais pas que ne l'avait jamais fait son prédécesseur, et devenait la risée de ses camarades.

En voyage, il faut prendre en bonne part les menus incidents de ce genre, qui, après tout, nous montrent que les mêmes passions, les mêmes tendances existent chez tous les hommes. II eît factieux de voir des Européens intervenir en pareil cas, et s'irriter nv ce qui vraiment n'est pas coupable. Un Anglais possédait

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un ftisil qai avait la dangereuse habitude de partir tout seul, au moment où l'on s'y attendait le moins. Cet Anglais remontait le Zambèse dans une pirogue, conduite par des indigènes, et ne connaissait guèrç du langage de ses rameurs que le verbe tuer. Le fusil, en se déchai^eant de lui-même, ayant effleuré de sa balle l'un des canotiers, celui-ci au moment de s'endormir exprima à ses camarades la crainte qu'il avait que cette malheureuse arme ne ludt quelqu'un de la bande. Notre Anglais, qui entendit son mot , se figura qu'on en voulait & ses jours, et passa la nuit, son revolver à la main, prêt à punir la trahison qui n'existait que dans son esprit. Plus tard l'aventure fut publiée dans un journal, et présentée comme une situation atroce, dans laquelle le héros n'avait échappé que de l'épaisseur d'un cheveu à la perfidie d'abominables sauvages.

Dn autre lion britannique, ayant à faire en canot un trajet de deux cents milles , et ne sachant pas un mot de la langue du pays, ne trouva rien de mieux que de décharger son revolver chaque fois que, dans le jour, ses canotiers voulaient aborder. Le soleil était dévorant; les pauvres noirs faisaient signe qu'ils voulaient acheter de la bière. « No, no, no; paddle you must*; > et le revolver partait. A la façon dont ce maniaque nous raconta la chose, il était évident qu'il croyait s'être montré fort habile.

On troisième, dont l'opinion qu'il avait de lui-même différait entièrement de celle de la tribu qu'il visitait, se plaignait dans un meeting du peu de véracité d'un voyageur pour qui cette même tribu avait été bonne et respectueuse, ce que ledit voyar geur s'était plu à reconnaître. Pour preuve de la malice de celte peuplade notre gentleman racontait, qu'avant d'arriver au village, il avait garrotté l'un des hommes de sa suite, et l'avait rossé d'importance. S'imagîne-t^on l'effet produit dans un bourg d'Angleterre, si un Anglais, au service d'un nègre, venait dire que celui-ci l'avait battu en route ? Nous avons été quelquefois singulièrement confus en découvrant combien notre colère avait été peu fondée. Toutes ces violences ont pour prétexte que le nègre est d'une nature vicieuse; il est simplement, comme tous les hommes, un curieux mélange de bien et de mal, de

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