CHAPITRE XXVII
Défrichements. — Ressemblance des chasseurs indignes avec les anciennes fleures égyptiennes. — Mouaii. — Difficulté de se procurer des f^ides. — Des Babisas entreprennent de nous conduire auprès de Chinsamba. — TStes des Babisas et des Manganjas. — Signes caractéristiques. — Dialectes. — Nkoma. — La Boua. — Noua sommes pris pour des Mazitons. — Chef intraitable. — Un mari bien dressé. — Silence accablant de la solitude. — fiangoué. — Rencontre des HaûtoQS. — Heureuse audace. — Pris pour une bande guerrière. — Arrivée à Molamba, sur le lac Nyassa, le 8 octobre. — Polygamie. — La Loapoula et le Tanganyika. — Confirmation des renseignements donnés par les Babisas. — Fausse alarme. — Prédominance du vent d'est. — Bords du lac. — Fugitifs. — Marchands de tabac attaqués par les HaEitous. — Balles contre flèches. — Mosapo. — Résidence de Chinsamba. — Les Africains sont supérieurs au portrait qu'on en a tracé. — Présent. — Guides. — Commerce d'esclaves très-actif. — Tristes pensées. — Chez Katosa. — Admiration pour les cheveux rouges. — Canne à sucre, probablement indigène. — Bambous. — Katosa- revêtu d'un habit d'officier.
— Son ancien village et son village actuel. — Arrivée chei Motounda.
— Provbions cachées. — Kahambé et Nyango. — Vallée de Goa ou de Gova. — Le Lésoungoué. — Bonté des femmes. — Arrivée au Houkourou-Madsé , le 31 octobre. —Pluie et tonnerre. — Habits mouillés et fièvre.
Passé près de plusieurs défrichements d'un mille carré cbacuD, et même plus. Tous les arbres en ont été coupés à deux ou trois pieds du sol. Le bois abattu estmis en tas de cinquante pas de long sur trente de large. On le brûle quand il est sec, et l'on en ^pand la cendre sur le terrain qui doit être cultivé. Dans les endroits où l'opération a eu lieu, nous voyons une espèce de millet, appelé maéré, que les naturels paraissent trouver eïcellent; mais qui, pour notre estomac, est aussi indigeste que pourrail l'être du gravier.
Sur l'un des cdtés des nouvelles cultures, les chasseurs posent de grands SIets en écorce de baobab, filets très-solides, vers lesquels ils rabattent le gibier.
Ces hommes, portant leurs filets de chasse, ont avec les
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figures qnj décorent les andennes tombes ^TptieaDes, une ressemblance qui nons a fra[^ ; mais leur nombre est trèsrestreint, Fetatifemenl au chifire de la population. En général, les habitants de cette ré^oo sont agrîcnltenrs; et qaand ils peuvent récolter paisiblement leur grain, ils ont une vie asseï large qui doit leur paraître trës-donce.
i octobrt. Voulant aller en ligne droite à Mosapo, au lieu de retourner à Kola-Kota, ce qni nous évitenit de faire dd angle considér^le, nous nous sommes adressé à Mouazi pour avoir des guides. 0 nous a répondu qu'en effet ses gens connaissaient le chemin le plus court pour aller! Mosapo, résidence de Ghinsamba; mais que pas qd ne voudrait s'y hasarder & cause des Hazitous.
Noos reprenons donc la route par laquelle nous sommes venus. Arrivés i un village, après trois heures de marche, nous y trouvons des Babisas qui nous promettent de nous conduire à Mosapo.
On rencontre partout ces habiles trafiquants, n est facile de les reconnaître à un chapelet de cicatrices horizontales, d'un demi-ponce chacune, partant du milieu du front, et aboutissant au menton. Leurs cheveux sont fréquemment réunis sur le but de la partie postérieure du crâne, où ils forment une masse; tandis qu'ils sont rasés sur le front et sur les tempes.
Chez eux, ainsi que chez les Ajahouas, la tête, beaucoup plus ronde que chez les Manganjas , annonce une différence marquée dans les caractères : les premiers ont, en effet, le goût du commerce et des voyages ; les autres sont sédentaires et agriculteurs.
Les Manganjas confient ordinairement leur ivoire aux Babisas pour qu'ils le vendent à la cdte, et se plaignent de ne jamais tou* cher les prix élevés dont on leur parle avant la livraison. H est certain que la commission payée aux intermédiaires, et les frais du voyage, pendant lequel on fait souvent des haltes d'un mois et plus dans les lieux où les vivres abondent, absorbent tous les profits.
Le dialecte des Babisas diffère de celui des Hangai^'as; mais les uns et les autres ne tardent pas & se comprendre. Pour voyager parmi ces tribus, on n'a besoin que de bien connaître un de leurs idiomes: il est facile après cela de trouver des interprètes.
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Hasiko, l'un de nos Hakololos, parle déjà le manganja très-couramment , et nous rend de grands services dans nos rapports avec les indigènes.
A l'entendre, le langage des Matoumbokas nous parait plus développé que celui des Manganjas de la même famille, qui habitent plus au sud. Le verbe, par exemple, y a des temps passés et passifs que l'on trouve rarement chez les tribus métidionales, placées en contact avec celles du Zambëse.
Nos marchands font le commerce de tabac, qu'on vend ici par balles de la grosseur d'un boulet de neuf livres , et se sont largement approvisionnés dudit article. L'un d'eux est propriétaire d'une femme, dont l'enfant a été vendu ce matin pour quelquesunes de ces balles. La pauvre mère nous suit en pleurant; ses larmes ruissellent depuis des heures. Elle paraît bien connue dans le pays ; car tes femmes des hameaux où nous entrons lui adressent la parole avec une compassion évidente. Impossible de rien faire pour diminuer sa peine. L'enfant sera gardé jusqu'au passage de quelque traitant, et revendu pour du calicot.
Nous avons quitté la route des marchands d'esclaves. La nuit s'est passée au village de Nkoma , chez des Manganjas appelés Hachéouas, ou Machébas, et dont le territoire s'étend jusqu'à la Boua.
Nkoma est à la fois maître de forge et agriculteur, n possède un haut-fourneau, récolte beaucoup de grain, a des chèvres assez nombreuses, et nous reçoit avec plus de générosité qu'on n'en trouve sur le sentier de la traite.
5 octobre. — La Boua, que nous venons d'atteindre, a ici un Ht rocailleux; il ne l'est pas moins un peu plus bas, où nous te traversons.
A notre droite, est le mont Ngalla; plusieurs collines se voient à notre gauche. Le pays est généralement onduleux et couvert d'arbres chétifs. Un grand nombre de ces arbres ont été écimés pour faire des terrains de chasse, et forment des têtards.
Partout des jardins, où l'on travaille activement. Les hommes, grimpés sur les arbres, en abattent les branches; ou, le front courbé, extirpent les rejets des souclies qu'on a laissées dans le champ.
Quelquefois une femme est seule, et pioche son coin de terre. Ailleurs, elle est assistée d'une couple d'enfants qui arrachent
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les mauvaises herbes , et en font des tas destinés & être brûMs. Plus loin, toute la famille est à l'oeuvre, ou tous les amis sont rassemblés pour donner une façon au jardin, moyennant une certaine quantité de bière. Nos guides, en pareil cas, ont soin de demander si toute la bière est bue.
Des femmes arrosent leurs citrouilles et leur mais avec l'eau qu'elles vont puiser au ruisseau voisin, dans des pots ou des ca> lebasses. Vers la Sn de la saison sèche, elles ont fait des trous autour de leurs champs, et ont semé dans ces fosses le maïs et les citrouilles qu'elles ont arrosés depuis lors. De cette façon elles auront du maïs vert, bon à manger, quelque six semaines après le commencement des pluies.
C'est encore au village d'un foi^eron manganja que nous nous sommes arrêtés : uu endroit délicieux, ombragé par de grands euphorbes. Tout d'abord les villageois se sont enfuis. Revenus peu de temps après , ils nous ont crié de déguerpir, et de nous rendre à une estacade située à un mille environ , estacade qui appartient à des Babisas. Nous étions beaucoup mieux à l'ombre de ce rempart verdoyant que dans une enceinte dépourvue d'arbres, et nous y sommes restés. Tout à coup nous voyons arriver une trentaine d'individus, tous armés d'arcs et de (lèches. Quelques-uns n'ont pas moins de six pieds quatre pouces (un mètre quatre-vingt-douze), et ces géants nous disent sans vergogne qu'ils nous ont pris pour des Mazilous, ■ ce qui leur afait tellement peur qu'ils ont fiii k toutes jambes. ■
Il est évident que c'est k la crainte que nous leur avons inspirée qu'il faut attribuer leur conduite peu généreuse. La terreur a été si grande que non-seulement le chef n'a pas voaln nous prêter de case , mais qu'il a refusé la cotonnade que nous lui avons offerte.
Ce chef, un grand vieux forgeron, armé d'un coutelas lait de sapropre main, et fort bien travaillé, est venu ensuite auprès de nous. Il a examiné le hangar que nos gens nous avaient fait en une demi-heure, grâce aux buissons et aux grandes herbes qui abondent aux alentours , et cette vue a modifié ses sentiments. Le soir, il nous a fait apporter une immense terrine de bouillie; en outre une volaille délicieusement acconunodée, et nous a fait des excuses. ■ n avait été rude h notre égard, en avait beaucoup de chagrin, et se désolait d'avoir été assez fou pour refuser le
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beau Tétement qui lui était offert. > La cotonnade lui fut dmaée, cela va sans dire ; et le lendemain nous nous sommes quittés fort bons amis.
Nous n'avons pas totgours été aussi heureux. Un soir, après une marche pénible , nous cherchions un endroit pour y passer la nuit. Le sentier traversait le village j mais le chef voulait nous l'interdire. Nous avions suivi notre chemin sans écouter ses cris, et nous-étions déjà à l'autre bout du hameau, quand une de ses paroles nous fit rétrograder. Nous allâmes nous asseoir sur la place; notre homme prit la fuite; et bien que nous soyons restés chez lui près de deux jours, il nous fut impossible de l'amener à composition. La première nuit, il essaya de nous voler une couverture, et jeta au milieu de nous une corne remplie de drogues ensorcelées. La nuit suivante, le projectile fut plus dangereux, car c'était une grosse pierre. Ses voisins ne le tiennent pas en grande estime; ceux d'entre eux i qui nous avons parlé de sa conduite, nous ont répondu : • Cela lui ressemble, il ne faut pas y faire attention. ••
Notre guide, appartenant à l'estacade voisine, a refusé d'aller plus loin. Pendant que nous en attendions un autre, Masiko a voulu acheter une chèvre. L'affaire allait être conclue, lorsque est arrivée la femme du vendeur, qui a dit & son époux d'un air digne : > Il semblerait que vous n'êtes pas marié; vendre une chèvre sans consulter votre femmel lui faire pareille injure! mais quel homme ètes-vous donct > Masiko insistait, i Laissezla dire, et fmissons le marché, ■ répétait-41. Mais l'époux bien stylé répondit : > Non , j'ai déjà soulevé trop de choses contre moi, > et il refusa.
Ici les femmes ont la même influence que chez les Balondas, qui demeurent plus à l'ouest, et qu'en beaucoup d'endroits situés au nord du Zambèse. Nous avons vu dans un de ces villages une femme défendre h son mari de nous céder un poulet, simplement pour nous faire voir qu'elle était ta maîtresse.
Il y avait déjà longtemps que nous pensions que la déférence pour les femmes était dans les mœurs de cette contrée ; nous l'avions supposé d'après l'exclamation qui s'y répète le plus souvent, et qui est celle-ci : ■ 0 ma mère! » Elle s'emploie au bord du Nyassa, à trente milles plus h l'est, où nous l'avons entendue firéquemment lorsqu'on nous prenait pour des Mazitous.
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Au midi du Zambèse, c'est : < 0 mon père 1 ■ qui est l'exclamatioD habituelle.
Nous nous dirigeons vers l'est, afin de gagner la rive du lac, et les endroits où nous sommes connus. Le pays est magnifique, bien boisé, onduleux; mais tous les villages sont déserts. La fuite des habitants parait toute récente ; car te grain qui ett dans les coffres n'a pas été touché. Le tabac est mûr; personoe n'en fait la cueillette. Partout ce calme pénible des lieux abandonnés; un silence accablant, que ne brise ni le chant des oiseaux , ni l'appel aigu des femmes qui veillaient sur la moisson.
Comme nous admirions le site d'un beau village, nommé Baogoué , lieu charmant, entouré d'arbres feuillus , placé dans un creux de la montagne, des Mazitoua, pourvus de leurs boucliers, s'échappèrent du hameau en criant aux autres de nous poursuivre. Nous passâmes notre chemin ; et nous fûmes bientôt dans un bois où nous avait conduit le sentier.
C'est par Zacharie, un de nos Anjouhannais, qui est toujours en arrière, que nous avons su d'abord l'approche des Hazitons. 11 arriva en Jetant des cris perçants, comme ai on l'eût égorgé. Les hommes se déchargèrent, placèrent les bagages de manière à les défendre ; et, accompagnés de Hasiko, nous ftmes quelques pas à la rencontre de l'ennemi.
Notre Makololo s'agenouilla, impatient de faire feu, ce qui lui fut défendu- Un instant après, deux formes sombres glissèrent parmi les arbres. « Que voulez-vous? > leur futril demandé en nous servant de leur propre langue. * Et que dites-vous 1 > ajouta Masiko. Personne ne répondit; mais les ombres disparurent.
Ces Mazitous, évidemment, nous avaient pris pour des indigènes ; la vue d'un blanc a suffi pour les mettre en fuite. Si nous avions été plus près de la cdte, oii les gens sont habitués à la traite, nous aurions eu plus de peine à nous tirer d'affkire. Mais dans l'intérieur les habitants sont en général beaucoup plus doux que sur les confins de la civilisation.
Cette très-mince aventure est le seul danger qne nous ayons couru dans ce voyage. Le bruit ne s'en est pas moins répandu à Senna que nous avions été tué par les Makololos; et le malheur a voulu que cette nouvelle parvint en Angleterre avant que nous ayons pu la démentir. Toutefois la rencontre des Ha-
zitons nous a rendu service. Zactiarie et quelques autres, dont nul reproche n'avait pu activer la marche, sont maintenant à l'avant-garde ; et, comme ils croient toujours avoir l'ennemi sur les talons, ils Tont d'énormes étapes sans ta moindre difSculté.
Nous sommes à la descente qui conduit au bord du lac; en plein district montagneus, coupé de ravins sans nombre, et couvert de grands arbres. Souvent, quand nous entrons dans une vallée profonde, ou tandis que nous gravissons quelque pente escarpée, le cri de nkondo! nkmulû.' (guerre! guerrel), retentit & nos oreilles, mêlé au gémissement aigu des femmes qui invoquent leur mère : ■ 0 maé! >
Les habitants répondent à nos questions, de l'endroit où ils se trouvent; mais pas un n'ose approcher.
Le sentier que nous suivons maintenant, et qui descend les dernières pentes, a été habilement choisi. Il court le long des éperons qui surgissent du flanc de la vallée, et présente pendant une trentaine de milles un chemin uni, comparativement aux lieui où il se déroule.
Du plateau à la vallée inférieure, la distance est d'environ cinquante milles. Les gens des plaines, qui viennent dans la forêt cueillir des ûruits sauvages, sont très-surpris quand nous leur disons que nous avons vu des Hazitous ; c'est pour eux une grande nouvelle.
Le district dans lequel nous descendons est toujours le fiango ; ilesltraversépar laFourisa, une belle eau vive qui se jette dans le lac. Le mais, planté pendant la saison sèche dans des trous pratiqués le long de cette rivière, est maintenant en épi. Ces fosses, où le maïs est arrosé par inflltration, formentdes champs considérables.
8 octobre. Arrivé à Holomba, au bord du lac, et pris un bain délicieui. 11 nous faut aller chez Nkomo, pour nous acquitter envers un guide, dont le salaire n'a pas été payé.
Nous avons eu quelquefois à nous plaindre de nos conducteurs. Si même nous étions enclin à gémir des ennuis du voyage, la difSculté de se procurer des guides, et les misères que ces êtres-là vous causent, fourniraient ample matière h doléances; les gens du pays n'aiment point à servir les vagabonds ; cela nous déplairait également. Totgours est-il que, cette fois, c'est nous qui sommes coupables.
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Notre homme, après avoir fait quinze milles, s'arrêta brusquement et dous prévint qu'il s'en allait. On lui ditde venir jusqu'au procbaÎD village, où il recevrait sa cotonnade; mais il partit, et nous ne l'avons pas revu.
L'aSiùre exposée à Nkomo, nous découvrons, qu'en prenant ce certain guide, nous avons aidé, sans le savoir, à l'enlèvement de deux épouses du chef. Touten nous conduisant, notre homme avait télégraphié avec ces dames, qui nous suivaient à distance ; et il venait apparemment de s'entendre avec elles pour prendre an autre chemin, quand il nou8.avertit de son départ.
D'après tes nombreux malheurs qui arrivent au polygyne, nous supposons qu'il a moins de joies que de chagrins; cependant, il y a quelque chose à dire des deux côtés. Mais c'est une source de maux pour les enfants qui partagent ies rivalités mesquines, les haines et les querelles de leurs mères.
Des Babisas, faisant le commerce de tabac, viennent de s'arrêter à Molomba; ils arrivent du nord-ouest. L'un d'eux nous assure à plusieurs reprises que la Loapoula, après être sortie du lac Hoélo, reçoit la Louloua, traverse le lac Hofou, puis le Tangaayilia, et va se jeter dans la mer. Excepté ce dernier trait, relatif à son embouchure, c'est ainsi que les voyageurs que nous avons trouvés sur le plateau nous ont déjà tracé le cours de la Loapoula. Cette idée géographique est celle des indigènes.
Pour mettre à l'épreuve la véracité de notre Babisa, relativement à ses voyages, nous avons parlé du Londa et de nos anciennes connaissances, telles que Moéni, Katéma, Shinté, qui demeurent au sud-ouest des rivières en question; et nos amis lui étaient pariaitement connus, ainsi qu'à tous ses cama* rades.
Le soir, deux de ces Babisas racontèrent que les Mazitous nous avaient suivis jusqu'à Chigaragara, village qui est situé au bas de la montagne, et où nous avons passé une nuit. Toute la bande est partie immédiatement, bien que le soleil fût couché. C'est nous qui avons donné lieu à ce faux rapport ; et cela, par la terreur que nous avons causée aux femmes de Chigaragara. Nous prenant de loin pour des Mazitous, elles se sont enfuies, emportant sur leur tètes leurs ustensiles de ménage, et n'ont pas pu revenir de leur méprise, car nous étions partis avant leur retour.
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Nous n'avons passé au Nyassa qu'une partie de l'année : la saison où nous le revoyons encore. A cette époque, le vent souffle de l'est, et avec force*. C'est, il est vrai, sa direction habituelle depuis cette latitude jusqu'à la rivière d'Orange. Le vent du nord ou du midi est rare dans cette région, et sa durée n'y est presque jamais de plus de trois jours. Maintenant qu'il nous arrive immédiatement du lac, ce vent d'est nous paraît délicieux; mais il était rude sur les hauteurs, où sa violence nous empochait littéralement d'avancer, et aggravait de beaucoup la fatigue du voyage. Il amène ici une grande quantité de vallisnëre, plante qu'il suffit de mâcher pour reconnaître sa nature saline, et que font brûler les indigènes pour en extraire le sel.
Des nuées de koungos, ces moucherons comestibles dont nous avons parlé, non-seulement flottent sur le lac, mais s'arrêtent sur les buissons.
Les roseaux qui bordent la rive sont toujours remplis de fugitifs. Que deviendront ces malheureux, quand ils n'auront plus de grain 1 On voit déjà les femmes et les enfants arracher une herbe aromatique pour en avoir la racine, qui est de la grosseur d'un pois; et leur corps décharné montre que c'est pour apaiser leur faim. Quand nous passons, les bébés encore à la mamelle se pressent en foule autour de nous, tandis que leurs mères agenouillées déterrent ces racines. Les pauvres petits, puisant toujours à la source nourricière, ne se doutent pas des angoisses de celles qui la voient tarir, et dont l'inquiétude pour eux augmente les tortures.
Personne ne veut nous vendre la moindre denrée; les pêcheurs eux-mêmes ne consentent à nous céder leur poisson qu'en échange de quelque autre aliment. Les tombes nouvelles, en quantité considérable, annoncent combien la misère a déjà fait de victimes ; et parmi les survivants il en est des centaines qui ressemblent à des squelettes emmaillottés dans du cuir brun et ridé. Lorsque les milles, succédant aux milles, vous remettent sans cesse sous les yeux ces tristes preuves de la cruauté de l'homme pour l'homme, vous êtes accablé par le sentiment de votre impuissance h soulager les maux de la race humaine; et
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VOUS adressez au Tout-Puissant une prière silencieuse pour qu'il rapproche l'heureux avenir oii tous les hommes seront frères.
La seule consolation, bien faible, hélas I que nous ayons au milieu de toutes ces douleurs, est de penser qu'elles proviennent des piuens, et non pas de ceux qui croient au Juge suprême.
Traversé le Mokolé. Nous nous reposons à Ghitanda; et, nous éloignant du lac, nous prenons au nord-ouest pour nous rendre au village de Ghinsamba.
Ceux de nos hommes qui ont été si malades sur le plateau, dont l'air était trop raréâé pour eux, sont toujours oppressés, bien qu'ils ne soient plus ici qu'à treize cents pieds au-dessus de la mer.
Campé dans une grande plaine, en compagnie d'une bande de quatre-vingts marchands de tabac, qui viennent de Kasoungou. Les Mazilous les ont attaqués, et leur ont tué deux hommes près de l'endroit où, nous-mêmes, avons failli être arrêtés par ces Cafres. Nos marchands sont tellement effrayés, qu'au lieu de venir avec nous en ligne droite, ils sont partis à la nuit close pour suivre les bords du lac jusqu'à Tsenga, et tourner ensuite à l'ouest.
C'est la vue des boucliers, ou des fusils, qui démoralise toute cette population. Les archers se sentent complètement impuissants quand l'ennemi est protégé, même par un simple bouclier de cuir, on les attaque en rase campagne avec des armes à feu. Ils ont d'ailleurs si peu d'adresse, qu'ils manquent le but neuf fois sur dix. La seule chose qui rende leurs flèches redoutables, c'est le poison dont ils les enduisent : si le fer venimeux pénètre dans les chairs, rien ne peut sauver le blessé.
A l'extrémité sud du Nyassa, et plus encore dans le pays des Maravis, on fait usage d'un arc de six à huit pouces de large, destiné en même temps à servir de bouclier; mais jamais nous n'y avons aperçu la marque de îa flèche d'un ennemi. Dans tous les cas, ce bouclier à deux fins ne serait pas comparable & celui des Zoulous, qui a deux pieds de large sur quatre ou cinq de long.
Le terreur que cette arme défensive inspire dans cette région est si grande, que nous avons pensé quelquefois que les Hazitous ne sont pas d'origine cafre, mais simplement des gens du
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pays qui ont exploité cette crdinte, et se sont fait passer pour des Zoulous en en prenant les boucliers.
1 1 octobreT Arrivé à l'estacade de Ghinsamba.
L'excellent homme nous fait le meilleur accueil. Il est dans le ravissement : une bougie est k ses yeux le comble du luxe, et une allumette chimique un sujet de profonde extase. 11 fait venir tous ses parents, et les groupe lui-même pour qu'ils soient témoins de ces choses surprenantes : du feu tout à coup, et de la lumière sans fumée. Le soir, quand il veut regarder un objet quelconque, il allume un tortillon d'herbe sèche, qui dure peu, éclaire mal, et n'est pas du tout commode.
Nos livres sont également très-admirés. Chacun se figure que ce sont nos instruments de divination, et les considère avec respect. Les leurs sont des morceaux de bois, des fragments de corne, des osselets de différents animaux, les écailles du mani.
Le devin les jette par terre, et la façon dont ils retombent lui apprend ce qu'il doit répondre aux questions qu'on lui adresse.
Le sextant, l'horizon artificiel, le mercure, que nos hommes appellent l'eau étrangère, et dont le poids est une cause de surprise, sont examinés avec tout l'intérêt qu'inspireraient chez nous des merveilles inconnues. Mille fois déjà nous avons excité le même étonnement, et l'on nous a vu fréquemment dans notre guérite où nous observions les astres, sans que Jamais on nous ait soupçonné de magie, du moins à notre connaissance.
Sachant combien la foi aux sorliléges est répandue dans le pays, nous nous sommes souvent demandé comment on ne nous accusait pas d'employer le mercure à un autre usage qu'à mesurer les distances, et à relever les sentiers d'une région nouvelle. Gela ne peut s'attribuer qu'à une chose : au soin que nous avons toujours eu de dire la vérité, soit à l'égard de nos actes, soit à celui des objets que nous faisions voir. 11 est probable que Séquasha, dont nous avons raconté la mésaventure, avait pré-
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seaté ses horioges comme lui servant de fétiches ou de talismans.
Chinaamba nous tient compagnie autant que les devoirs de sa charge de lui permettent. Un chef, nous l'avons souvent remarqué, est très-occupé des affaires de ses sujets. On le consulte à propos de tout; et il donne son opinion avec un luxe de paroles qui prouve sa connaissance intime de la topographie du district. H connaît chaque parcelle mise en culture, chaque piège étabh dans la rivière, chaque filet de chasse ou de pèche, chaque métier, chaque enfant de la tribu. Toutes les fois qu'il arrive une naissance, elle lui est annoncée; et il envoie aux parents ses félicitations.
Nous avons eu de ft'équents rapports avec beaucoup de chefs africains; et nous en sommes à nous demander sur quoi des auteurs en vogue ont pu se baser pour les couvrir de ridicule.
Gomme on les voit se dégrader, ainsi que leurs sujets, à mesure qu'on approche des lieux où ils sont en contact avec la civilisation, il est probable que la bestialité stupide, qu'on attribue aux chefs de la côte de Guinée, est le reflet des vices des traitants qu'ils fréquentent.
Chaque fois que les gens de cette région nous ont interrogé, nous nous sommes misa leur place ; et nous avons vu que nos réponses étaient d'autant mieux reçues qu'elles indiquaient plus de déférence pour l'interrogateur. Un langage poh, et les manières courtoises d'un parfait gentleman, vous assurent presque toujours le bon vouloir et l'amitié des Africains.
Le présent que, suivant l'usage, nous offrons au chef du district où nous passons la nuit, se compose en général de quatre à huit yards de calicot. Pour les chefs d'un rang plus élevé nous avons de brillants coutumes, fabriqués à Mandiester, et imitant les robes de la câte occidentale. Chacun de ces costumes nous coûte de cinq à six scheliings. A ce vêlement, d'une étoffe solide, et de couleur éclatante, nous ajoutons des cuillers de fer, un couteau, des aiguilles, un plat d'étain ou un poêlon : objets plus estimés qu'une quantité de cotonnade qui vaudrait trois fois plus. Une valeur de huit à dix scheliings satisfait amplement les plus avides.
Nous parlons il est vrai du prix d'achat, et non de celui que le
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transport ajout'; h ces articles. Il est tel endroit oà un marchand estimerait ces générosités une cinquantaine de livres.
En certains cas nous avons plus donné que nous n'avons reçu en échange ; ailleurs ce sont les indigènes qui ont été les plus généreux.
Nous ne réclamons jamais la permission de passer; nous disons simplement ob nous allons, et nous demandons des guides. Si on nous les refuse, ou s'ils veulent être payés d'avance, nous nous faisons indiquer te sentier, et nous exprimons nos regrets de n'avoir pas pu nous entendre avec ceux qni devaient nous conduire. Il est rare, après cela, que nous n'ayons pas nos guides.
Pour traverser le pays des .Uaiitous, il faut plus de précaution, en ce sens que l'autorité du chef s'étend sur de vastes territoires; tandis que chez les Uanganjas les districts sont restreints et indépendants les uns des autres.
Le système d'exactions des Banyaïs, et des peuplades qui ont rançonné le capitaine Speke, n'existe pas dans cette contrée.
Depuis la résidence de Chinsamba jusqu'à celle de Katosa, en passant par les villages de Chembi et de Nkouinda, nous n'apercevons, en fait d'habitants, que ceux qui travaillent dans les jardins situés près des estacades. Ces diimières sont fortifiées avec des branches d'acacia, garnies de fortes épines recourbées ; toutes ces forteresses sont remplies d'une foule compacte. ' L'air a maintenant plus de transparence; et nous voyons se déployer, sur notre droite, la chaîne de Kirk, à une distance de cinq k six milles.
L'ardeur da soleil est extrême ; c'est surtout par les pieds que nos hommes s'en aperçoivent; le terrain est brûlant, et celui qui peut se procurer un morceau de peau de chèvre en fait immédiatement des sandales.
Pendant que nous étions chez Nkouinda, un homme qni se trouvait en dehors delà palissade, raconta d'une voix engageante que des traitants arabes, campés sur l'autre rive, à l'endroit où le Ghiré sort du Nyassa, donnaient couramment deux brasses de calicot pour un garçon, et deux et demie pour une fille. < Jamais il n'avait vu le commerce aller si bien; pas le moindre marchandage ! > Ces Arabes faisaient des achats pour l'exportation transatlantique.
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L'an des caractères les plus fâcheux de ce commerce est de bénéficier de tous les maux qui fondent sur le pays. Le marcbaud d'esclaves met à profit tous les désordres, toutes les querelles; la disette lui est avantageuse; et si, en pareil cas,il same quelques individus, règle générale c'est lui qui envenime les haines et pousse les tribus à la guerre : plus il y a de vaincus, plus la moisson est abondante. Où la traite et le bétail n'existent pas, les habitants ont une vie paisible.
Tandis que nous écoutions le discours de cet homme, qui, de l'autre cdté de la haie, faisait l'article pour les marchands d'esclaves, il nous vint à l'esprit que nous vivions dans un terrible monde. Ayant conscience de ses propres défauts, le meilleur de ceux qui l'habitent ne saurait dire aux plus mauvais : • Faites place 1 car je vaux mieux que vou?. > Le marchand d'esclaves qui, sans aucun doute.acertains bons sentiments, n'en fait pas moins un métier qui le rend ici-bas l'un des représentants les plus actifs de l'esprit du mal. Réuni h ceux qui l'emploient, et à tous tes artisans de corruption et de misère, quel efitoyable tableau pour Celui à qui rien n'est caché!
15 octobre. Arrivé au village de Katosa, nous y avons trouvé une trentaine de jeunes gens ayant au cou cette fourche des captifs que l'on appelle gori. Ils appartenaient aux Arabes qui sont à l'embouchure de la rivière, et fuirent emmenés presque aussitôt. Accablés de fatigue, ces malheureux avaient essayé de dormir ; mais le poids du gori les en avait empêchés. Avant * qu'on lesdélivre de cette fourche, il faut d'abord qu'ils aient traversé plusieurs rivières, etqu 'ils aient perdu toutespoird'évasion.
Katosa, auquel nous avons expliqué le tort que se fait un chef en vendant ses sujets, nous afSrme que ces malheureux appartenaient aux Arabes avant d'entrer sur ses domaines; et igoute qu'il ne pense pas & vendre ses hommes, car il est bien loin d'en avoir assez. Il vivait, nous dit-il, paisiblement au lac de Pamalombé, quand les Hacbingas ou Ajahouas de Runka et de Karamba, ainsi qu'une bande de Babisas, soumis à Maonga, le décidèrent h tes passer dans ses canots. Une fois chez lui, ces intrus s'étaient fait nourrir pendant longtemps, et avaient uni par lui voler ses moutons. 11 leur avait alors cédé la place, était venu se réfugier où nous le voyons aujourd'hui, et dans sa fuite avait perdu beaucoup de monde.
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Ce récit, qui donne la mesure de la moralité des Ajahouas, s'accorde avec les faits que ces derniers racontent eux-mêmes. Ils ont souvent abusé d'une hospitalité généreuse, vécu pendant des mois aux dépens des Hangaujas; puis se soulevant tout à coup, ont subjugué leurs hôtes, et les ont tués ou chassés du canton. Le secret de leur puissance est, ainsi que nous l'avons dit, dans la possession des armes à feu.
Il y en a ici quelques-uns ; en nous voyant arriver ils ont voulu partir; mais Katosa leur a dit que nous n'étions pas k craindre. Ces Ajahouas ont des perles de corail enSlées sur les cheveux, et si près les unes des autres , qu'à une faible distance, ils paraissent avoir des bonnets écarlates.
Il est curieux de voir combien tes cheveux rouges plaisent aux Africains de cette contrée ; c'est un goiït général, et qui s'étend vers le nord. Dans le midi on se sert d'un mica noir appelé selnlo, pour donner à sa chevelure une teinte plus foncée, on y emploie même de la suie. Dans la région où nous sommes, beaucoup de gens se barbouillent la tête d'ocre rouge ; up grand nombre se nattent les cheveux avec l'écorce intérieure d'un arbre, écorce teinte de la couleur favorite, ou bien font usage d'une poudre rouge qui est appelée moukourou. Cette poudre, suivant les uns, est tirée du sol ; d'après les autres elle provient des racines d'un arbre.
Comme on a mis en doute que la canne à sucre fût l'un des produits de cette région, j'ai demandé à Katosa de nous procurer les deux variétés que l'on y cultive communément : notre intention est de les envoyer à Johanna. L'une est de couleur jaune; l'antre, que nous avons déjà vue dans la vallée Barotsé, est tachetée de jaune et de rouge sombre, ou complètement rouge.
Nous la voyons épier. Les bambous sont également à graine ; on dit que la semence est employée comme aliment par la population.
La canne à sucre a des noms indigènes, dans toute cette partie, derAft'ique,cequi nous faitcroire qu'elle y vient spontanément; ici , on l'appelle zimbi^ plus au sud, misari, et dans le centre méchûuati.
Tous les végétaux d'introduction récente, tels que le maïs, le coton de qualité supérieure, et le manioc, ont des noms qui indiquent leur ori^ne étrangère.
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520 LE ZAHBÈSB
Katosa nous traite de la façon la plus généreuse; il nous appelle son bon génie, et nous témoigne la plus entière confiance. Pour reconnaître son hospitalité nous lui donnons un habit d'officier de marine, épaulettes comprises.
Les ofQciers de la Lyra destinaient cet uniforme au chef'qui a saisi et livré les assassins du docteur Roscher. Nous l'avons emporté sur la Rovouma, cherchant partout celui auquel nous devions le remettre; et nous sommes revenu à la cAte sans avoir rien trouvé. Le docteur, ayant fait le voyage avec des Arabes, n'a pas été remarqué des indigènes; et il est diflîcile d'obtenir des renseignements sur quelqu'un qui se trouve mêlé à une affaire de meurtre. Ceux qui auraient pu nous répondre voyaient dans nos paroles la question de vengeance, et craignaient qu'il ne s'en suivit une de ces querelles sanglantes qui désolent les tribus.
Nos recherches ayant donc été vaines, et, selon toute probabilité, ne devant pas nous rendre sur la rive orientale du lac, nous faisons présent du splendide uniforme au généreux Katosa. Si plus tard quelque voyageur réclame son assistance, il fera tout son possible pour lui rendre service, nous en avons la certitude.
Le village de Katosa est placé au milieu d'arbres gigantesques. Parmi les arbustes qui croissent aux environs, se remarquent plusieurs cotféacées, dont les drupes ont une étroite ressemblance avec celles du caféier ordinaire; mais jusqu'ici on n'en a paf; fait usage.
Il y a également dans cette région différents arbres de la famille des cinchonas ; et, parmi les Ihiits qu'on trouve dans les forêts, il en est d'assez bons pour nous faire r^retter qu'ils ne soient pas soumis aux procédés de culture qui ont perfectionné les nôtres.
Suivant Katosa, l'endroit où nous le voyons aujourd'hui est bien inférieur au bassin du Pamalombé ; et le pauvre homme se lamente. Là-bas, il avait du maïs à tous les degrés de croissance, et pendant toute l'année : c'était une moisson perpétuelle. Jl nous semble, quant à nous, qu'il n'a pas trop à se plaindre de ce que nous voyons ici. Il est assez beau d'avoir, par ce temps de sécheresse, le mais que ses sujets font venir au fond des trous où l'eau s'inlihre.
Les Hakololos nous font observer ■ qu'ici le maïs ne connaît
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pas de saisoD, ■ voulant dire qu'on peut le semer et le cueillir eo tout temps.
Avec des irrigations, la zone t3Y)picale du midi de l'ATrique offrirait partout le même avantage, et l'on y récolterait du grain toute l'année.
SO octobre, Motounda, chez qui nous sommes, nous avoue franchement que toutes les provisions de la yallée sont cachées dans les montagnes de Kirk. Son village étant le dernier où nous puissions acheter du grain avant d'arriver au navire, nous y resterons jusqu'à ce qu'il en ait envoyé chercher.
Le plateau, situé au delà des montagnes que nous avons maintenant à notre droite, s'appelle Déza ; il est habité par les Marsvis, qui ne sont qu'une tribu de Hanganjas. Le grand chef des Maravis se nomme Kabambé ; il n'a jamais eu la guerre, et vit dans l'abondance. Les chèvres et les moutons prospèrent sur son territoire, et Nyango, le chef féminin, qui est plus au sud, a des troupeaux de bœufs. On dit que le plateau est froid, ce qui tient à son élévation, et qu'on y trouve de grandes plaines entièrement dépourvues d'arbres.
Les Maravis passent pour être braves, et pour bien tirer de l'arc ; mais, dans toute la région que nous avons traversée, les armes à feu ont permis aux tribus commerciales de dominer les peuplades agricoles.
Noos remontons la vallée de Gova; la brume a disparu, et les montagnes se voient distinctement. Dans les grandes lignes d'un vert foncé, qui bordent les cours d'eau, lignes formées d'arbres massifs, chantent des légions de cigales, dont les chœurs stridents ressemblent par endroits au bruit de cinquante poêles en pleine activité. Une forte averse que nous avons eue ces jours-ci a nettoyé l'atmosphère, et fait éclore les insectes.
Arrivé en face du mont Hvai, nous nous retournons pour voir une dernière fois la grande vallée, et pour en graver les beautés dans notre mémoire.
La chaleur est maintenant excessive; Masiko, la trouvant accablante, propose d'envoyer chercher un hamac au navire, afin de porter celui d'entre nous qui ne pourrait plus marcher. Il est vraiment plein de bontés et d'égards. Il y a quelques jours, nous nous étions endormi dans une hutte, dont la toiture avait un trou ; le soleil nous fhtppa sur la télé, et il en résulta pour
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53S LE ZAHBÈSE
nous une violente céphalalgie, accompagnée de surdité. Au milieu de notre vertige, nous sentions Hasiko nous replacer dans noire lit, d'où nous avions roulé, ce qui arrivait souvent, et nous recouvrir avec soin.
24 octobre. Nous voici de nouveau dans le Banda, au village de Ghasoundou. L'œil embrasse toute la chaude vallée, où serpente le Chiré, ainsi que les montagnes des Manganjas, qui se déploient au sud-est.
Au lieu de reprendre le chemin que nous avons suivi pour venir, nous nous décidons à c6toyer le Lésoungoué, rivière qui descend du mont Zounjé, l'un des sommets de la crête & laquelle appartient le ti\a.\, et qui fait partie de lachatne de Kirk.
C'est ici, ou dans les environs, que Qnit le parcours des agents portugais ; encore n'est-ce que depuis que nous y avons pénétré qu'ils sont venus jusque-là. Il n'est pas probable qu'ils aillent jamais plus loin dans cete direction; car, suivant Ghasoundou, les fiabisas font aux agents de Télé une concurrence désastreuse. Il avait essayé de faire un peu de commerce avec ceux-ci, à leur dernier voyage ; mais ils ne lui ont offert que dix brasses de calicot pour une défense qu'il a vendue vingt brasses aux Babisas, sans compter un peu de poudre qui lui a été donné en sus.
On nous a souvent proposé de l'ivoire. Autant que nous pouvons en juger, on désirait le vendre un yard de calicot la livre; peut-être davantage, car ici il n'y a pas de prix courant, ni rien qui permette d'établir la valeur d'un objet sur des bases régulières. L'habitude paraît être que vendeurs et acheteurs dépen- -sent beaucoup de temps à essayer de se tromper l'un l'autre avant de conclure un marché.
Le Lésoungoué, près de sa source, est une jolie rivière qui, après avoir reçu le Lékoudzi, ruisseau descendant du pays des Maravis, a quarante pieds de lar^e, et où l'eau vous monte jusqu'au genou. Ses bords sont arides et rocailleux, ainsi que les pentes qui viennent les rejoindre- Le sol qui les compose renferme une lai^e proportion de gneiss et de micaschiste désagrégés, et n'a pas la fertilité commune aux terres du pays. Ce sont les masses granitiques, dont la chaîne de Kirk est formée, qui ont repoussé le gneiss et le micaschiste, et leur ont imprimé la direction que nous leur voyons aujourd'hui.
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BT SES AFFLUENTS. 5!3
Les habitants ont subi de la part des Ajahouas, et des hommes de Tétè, tons les maux qu'inflige ordinairement la traite. Une bande de ces agents, commandée par un Portugais à peau blanche, sans doute I'ub des convicts militaires du gouverneur, est en ce moment sur les rives du Lésoungoué.
Nous avons de la pintade en abondance, mais pas une poignée de grain. Les gens du pays n'ont cultivé que du mus et des citrouilles, qu'ils font venir dans les parties marécageuses des bords de la rivière. Depuis la dernière visite des marchands d'esclaves, qui leur ont enlevé leurs provisions, ils n'ont pas eu le temps de récolter le soi^ho qu'ils ont semé dans les terres voisines. Les engager à nous vendre quelques épis de mais serait leur enlever leur unique ressource; mieux vaut s'éloigner; ce que nous faisons en toute hâte, du moins autant que la chaleur nous le permet- Impossible de marcher au milieu du jour; le soleil n'est pas tolérable ; et voyager la nuit sérail nous exposer à être pris pour des maraudeurs.
Il y a quelques jours, ayant quitté le sentier avec Maségo pour tâcher de découvrir un buffle ou des pintades, nous avons trouvé des femmes qui travaillaient à leur jardin. Elles allèrent nous puiser de l'eau; et causèrent gaiement avec nous, tandis que nous nous reposions sous un arbre. Sur ces entrefaites, accourut l'un des maris, qui, tout alarmé, fit ses préparatifs de combat. Rien d'amusant comme de voir l'effet produit par le discours tranquille de Haségo sur le belliqueux personnage, qui se tenait sur la défensive à cinquante pas de l'endroit où nous étions. - Ces femmes, dit notre parlementaire, ont fort bien compris que nous leur demandions à boire. Notre demande était pleine de politesse; si nous la leur avons faite, c'est parce que nous n'avions pas de vase pour puiser de l'eau nous-mêmes, et qu'elles en possédaient. Maintenant, si vous tenez à vous battre, appelez vos amis, puis revenez nous trouver : ilfaitgrandjour, et l'on verra celui qui est lâche, et celui qui ne l'est pas. >
La flèche fut dtée de la corde oii elle était placée, tenue d'abord avec l'arc, puis enfin remise au carquois, bien que notre homme essayât de motiver son alarme en accusant nos intentions. Il écouta notre réponse, alla s'asseoir, se releva, nous suivit de loin ; et, s'élant rapproché, finit par se rendre
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très-utile en nous servant de guide sans qu'on le lui demandAt. Plus tard, il nous fit ses excuses, disant qu'il avait fumé du chanvre, et que c'était là ce qui lui avtût fait tenir cette folle conduite.
Nous avons à présent du tonnerre toutes les après-midi ; de temps à autre il parait y avoir de la pluie en différents endroits; mais il n'en tombe pas une goutte dans les lieux que nous traversons. L'air est d'une pureté délicieuse, et nous dévoile an paysage tout couvert de forêts, bornées par de belles montagnes.
31 octobre. Nous gagnons le Moukourou-Hadsé, après avoir franchi 660 milles géographiques à vol d'oiseau, en cinquantecinq jours de marche, ce qui fait une moyenne de douze milles par étape. Si nous avions pu mesurer les détours sans nombre, les montées et les descentes du chemin, cette moyenne serait au moins de quinze milles. Le pédomëtre a marqué davantage; mais, en revenant d'une courte excursion, nous avons trouvé qu'il variait de telle sorte que nous l'avons mis de côté.
Un excellent chronomètre, employé pour mesurer les différences de longitude, est porté dans une botte de drap, placée sur la tète d'un homme au pas égal et ferme.
Pour être sûr de la bonté d'un chronomètre, et dçs services qu'il peut rendre, il ne faut pas s'en rapporter à la façon dont il marche quand il est stationnaire. On devra s'assurer de son exactitude en prenant la hauteur du soleil, ou des étoiles, à différents endroits échelonnés sur la route, et en refitisant les mêmes calculs pendant le voyage de retour. Pu: cette méthode, on peut estimer exactement la vitesse de la marche.
La même précaution est nécessaire quand on voyage en bateau. Nous en donnerons la preuve en disant que le chronomètre, dont nous nous servions $ar le navire, retardait de onze secondes par jour, tandis qu'en marche il avançait de treize secondes. Le résultat de cette diSérence aurait été une erreur quotidienne de trois milles.
Hier au soir, il a tonné fortement ; nous étions au bord du Moukouron-Madsé; comme il tonne maintenant tous les jours, sans que pour cela on ait une goutte d'eau, nous avons cru pouvoir camper à la belle étoile ; mais une averse effroyable est venue pendant la nuit. On prétend que pour un homme ac-
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câblé de fatigue, et résolu à dormir quand même, le bruit de l'eau qui tombe endort plusvite et plus profondément; c'est loin d'être vrai quand il s'agit d'une ondée africaine. En pareil cas, si, à moitié endormi, vous vous mettez de cdlé pour échapper ù la douche qui vous frappe sur la nuque, les gouttes de pluie, qui des branches vous tombent dans l'oreille, vous bombardent avec tant de force, que vous en avez le cerveau ébranlé.
l" novembre. Parti au point du jour, après cette pluie diluvienne. Pendant que nous faisions les sept milles qui nous sé> paraient du navire, le soleil sécha complètement nos habits ; un accès de fièvre en fut la conséquence.
Nous mentionnons ce léger incident, parce que le fait arrive presque toujours, lorsqu'après avoir été mouillé on laisse sécher ses vêtements sur soi. Même le matin, quand nous marchons dans l'herbe couvert* de rosée, il en résulte un malaise accompagné de douleurs dans les jambes: une ûévre partielle qui dure jusqu'à ce que les membres courbaturés soient mis en transpiration. Si l'évéque Hackenzie avait connu ce fait, dont une cruelle expérience nous a fait acquérir la certitude, il est probable que ses jours précieux auraient été épargnés.
Il est dangereux partout d'avoir des habits mouillés; mais, dans les climats froids, le malaise qui résulte d'un vêtement humide vous pousse à en changer; tandis qu'en Afrique vous éprouvez une espèce de bien-être à laisser vos habits sécher sur vous, par la fratcheur qu'ils vous procurent. Le missionnaire, qui, en surplus d'une grande énergie morale, sera doué d'un tempérament robuste, et dont l'exercice aura développé les forces, résistera beaucoup mieux que celui qui n'aura pas sa vigueur; mais sa santé n'en dépendra pas moins du bon emploi de ses ressources. Quelle que soit la richesse de sa constitution, il ne devra jamais oublier, que dans la zone torride, il n'est qu'une plante exotique ayant tout à craindre des effets du climat.
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CEAPmiE xxvm.
Confiance des Ajahouas. — Repos annuel des arbres sous les tropiques.
— Crue insuffisante du Chiré. — Successeur de l'évéque Mackenâe. — Ce que doit être un missionnaire. — Succès des missions de la cAta occidentale. — Débordement du Chiré. — Départ du village de Chibisa. — Exhalaisons sulfureuses. — Veuves et orphelins à bord du Pionnier. — Débordement du Zambèse. — Formation du Delta. — Mort de Mariano.
— Remorqués par r^ml. — Coup de vent. — Conduite du ludjf iVyossa. — Promptitude et habileté du capitaine Chapman. — Encombrement des négriers peut-être nécessaire. Caboceira. — M. Soarea. — Nouveau gouverneur du Mozambique. — Nouvelle espèce de pédalia. — Arrivée à Zansibar. — Départ de cette tie ft bord du Lady Nyatta. — Matelots africains. — Arrivée à Bombay.
Grâce à la vie active qu'ils ODt menée pendant notre absence , les hommes du Pionnier ont moins soufTert de la fièvre que d'habitude; et c'est avec une joie bien vive que nous les avons retrouvés en bonne santé.
Notre steward, lui-même, après avoir partagé toutes nos fatigues, est beaucoup plus fort que nous ne l'avons jamais vu.
Un chefajahoua, nommé Kapéni, a monlré assez de confiance dans le nom anglais pour visiter le navire avec la plupart de ses villageois. Il nous a assuré que ses compatriotes seraient heureux de recevoir les anciens compagnons de M. Mackenzie, et de les accepter comme instituteurs. Cette déclaration nous a été d'autant plus agréable qu'elle prouve d'une manière évidente que les Ajahouas n'ont gardé aucun ressentiment de la conduite de l'Évêque à leur égard. Leur conscience leur dit qu'en s'opposanl à leur commerce d'esclaves, cet homme de bien a fait un acte équitable.
La différence qu'il y a entre la végétation du plateau et celle de la vallée est frappante. Quand nous avons quitté le village de Mouazi, par 13° de latitude, les feuilles avaient déjà perdu leurs premières teintes, et pris la couleur verte qui leur succède; tandis qu'ici, par IG*, à une distance de 150 à 160 milles, les
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branches sont encore dépouillées; et le Ion gris de l'écorce est la nuance qui prédomine.
Les arbres de cette région, bienque vivant sous les tropiques, ont un repos annuel très-marqué. Même sur les bords de la Rovouma, qui ne son! qu'à dix degrés de l'équateur,' les pentes situées à quelque soixante milles de la mer, étaient d'un gris cendré lorsque nous les avons vues. La mineure partie des arbress'y trouvaient dépourvus de feuilles; et celles des bambous, complètement sèche?, couvraient la terre, où elles craquaient sous le pied. Comme ici le milieu du jour est chaud, même en hiver, il est possible que ce soit la fraîcheur des nuits qui produise ce dépouillement des arbres.
Nous avons dit plus haut que, dans cette partie de l'Afrique, au moment où le soleil va paraître, l'air se refroidit assez pour rendre une couverture agréable; c'est là surtout ce qui établit une si grande différence entre le climat de cette zone, et celui de l'Hindostan.
Pendant la première quinzaine qui suivit notre retour au navire, notre seule occupation fut de nous reposer; ce que nous ftmes avec délices. Pour goûter cette joie, et l'apprécier à sa juste valeur, il faut avoir fitit un exercice violent. A notre arrivée nous avions les muscles des jambes aussi durs que du bois, et il ne nous restait pas une once de graisse.
Les averses se multiplièrent sans faire grandir le Ghiré, si ce n'est de quelques pouces. Toutefois, le résultat de ces premières pluies sur le paysage fut d'une extrême beauté. Plus aucune trace de la saison sèche ; collines et montagnes se couvrirent de la base au sommet d'un manteau du vert le plus vif.
Le soleil gagna le tropique ; mais sans amener de crue importante. Tout notre espoir fut dans son retour vers l'équateur, époque où en général les eaux débordent. Jusqu'à ce moment les ondées ne font qu'arroser la terre, emplir les étangs et préparer l'inondation. C'était un délai de six semaines; et l'on comprendra notre chagrin. Sans le désir de profiter de cette crue, qui n'arrivait pas, nous aurions poursuivi notre course, et pu visiter le lac Bemba. Mais les regrets inutiles sont pour l'esprit une triste pAlure, et nous ftmes tous nos efforts pour les bannir de notre pensée.
Il nous fut dit, vers la mi-décembre, qu'après un séjour de
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quelques mois au sommet d'une montagne, située à l'embouchure du Chiré, montagne presqu'aussi haute que le Ben-Nevis d'Ecosse, et dont la population est nulle, le successeur de l'évéque Mackenzie avait résolu de quitter l'Afrique. Nous apprîmes en même temps qu'une demi-douzaine de petits garçons, anciens élèves des missionnaires, étaient replongés dans le paganisme.
Ils habitaient alors à six ou sept milles de l'endroit où était le Pionnier, et trouvèrent le moyen de nous rejoindre. Comme ils se lamentaient de ne plus avoir de bon Ëvéque, qui pour eux était meilleur qu'un père, nous leur dîmes que nous allions partir ; que s'ils ne voulaient pas rester dans le pays, ils n'avalent qu'à nous suivre ; mais qu'il fallait se décider promptement' On verra plus loin quelle fut leur décision.
Dès qu'il avait su la mort de M. Mackenzie, le docteur Gray, l'excellent ëvéque du Cap, s'était rendu en Angleterre, afin de procurer un autre chef à la mission de Magoméro ; mission qui devait déjà beaucoup à son zèle, et à laquelle il s'intéressait vivement. Nous apprîmes au mois de juillet 1863, qu'il avait réussi dans ses démarches, et que notre malheureux ami serait bieatdt remplacé. Les missionnaires furent au comble de la joie; cette nouvelle nous rendit nous-méme très-heureux. Le nouvel évèque atteignit l'embouchure du Zambëse au commencement de i'année suivante, et se dirigea immédiatement vers l'intérieur.
En se rendant h. Londres, H. Gray avait fait un acte de pur dévouement, dont ses intérêts avaient beaucoup souETert ; et l'on pensait trouver dans l'individu qui était l'objet de ce sacri&ce, l'image de celui auquel on devait son arrivée. Or, quelle que soit l'opinion que certains gens aient conçue de M. Gray, nous l'avons toujours vu sincèrement occupé de ses semblables, tout dévoué à leur bien-être , et d'un courage et d'un zèle qui ont provoqué chez beaucoup d'autres une quantité de bonnes œuvres .
On espérait donc que la présence du nouveau chef rendrait aux missionnaires l'activité et l'énergie qu'avaient abattues non-seulement la mort de leurs compagnons, mais l'influence d'une station insalubre. Malgré tous les désastres de la chasse à l'esclave, et tout ce que la famine leur avait fait souffrir, ils
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ET SES AFPLUEMTS. 529
attendaient bravement le secours moral et matériel qui leur était si nécessaire.
Cet espoir ne fut pas réalisé. Nous n'exprimons ici qu'une opinion générale, et ne voulons pas dire que le nouvel évêque fût dépourvu de qualités; mais le poste qu'il venait remplir en exige d'exceptionnelles. Un chef de mission doitavoirun courage physique, et une force d'âme à toute épreuve; il doit joindre la prudence à la résolution, la fermeté à la douceur ; être à la fois énergique et patient ; posséder en outre des connaissances étendues, et surtout une vive sollicitude pour les résultats spirituels de son œuvre, sans jamais perdre le calme qui doit présider à ses actes. La réunion de ces facultés est assez rare, pour que l'on ne s'attende pas à la trouver chez le premier venu; et tel homme, nous le répétons, qui remplira parfaitement le saint ministère dans une ville ou dans une paroisse anglaise, peut être complètement incapable de diriger une mission au cœur de l'Afrique.
Nous croyons être l'interprète d'un grand nombre de chrétiens, en disant qu'il est fâcheux qu'on ait abandonné la mission do Magoméro. Le terrain en avait été consacré par la mort des premiers occupants; et renoncer tout à coupa ce qui avait coûté si cher, était une mesure bien grave de la part d'un homme aussi peu versé dans les opérations apostoliques que le successeur de M. Mackenzie.
Avant de prendre ce parti décisif, l'évêque Tozer, ne fût-ce que par conscience, aurait dû visiter les highlands qui bordent le Haut-Chiré. C'eût été d'ailleurs répondre au vœu des membres de la mission, qui étaient persuadés que l'épreuve tentée sur ce plateau salubre n'avait pas été concluante. Dans tous les cas c'était le moyen d'acquérir sur le pays, et sur ses habitants, des notions plus exactes que celles que l'on pouvait se procurer sur la côte. Nous aurions, quant à nous, préféré cet examen à un séjour de quelques mois au sommet humide et brumeux de Morambala.
Avant que les stations de la céte occidentale eussent obtenu le moindre succès apparent, quarante missionnaires avaient succombé sous l'influence du climat. On peot blâmer les sociétés apostoliques de sacrifier tant de vies précieuses; mais si les uns taxent de folie cette prodigalité, les autres y verront la preuve
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que la religion du Christ a conservé toute sa puissance. Rien ne manque, aiiivant nous, à un gra.nd nombre de ces apôtres modernes pour être mis à ciïté des saints et des martyrs de l'Ëglise primitive.
Leurs successeurs, instruits par l'eïpérience, ont triomphé do climat; et l'on comptait en 1861, sur cette côte meurtrière, cent dix Hissions principales, ayant treize milleélèvesdans leurs écoles, et dix-neuf mille communiants.
L'évèque Mackenzie avait gagné de prime abord la confiance des indigènes, qui ne s'obtient souvent qu'au bout de plusieurs années; et il est douloureux de penser qu'une Mission, fondée avec tant de succès, paraîtra sous un triste jour, quand plus tard elle sera comparée aux autres. Rn somme, bien qu'ils représentent tout ce qu'il y a de bon, de noble et de courageux dans les Universités anglaises, les compagnons de l'ëvéque Tozer, en quittant l'Afrique pour aller s'établir dans une lie de l'océan Indien, ont agi comme l'aurait fait saint Augustin s'il s'était fixé dans l'une des tles de la Manche, alors qu'on l'envoyait prêcher l'Ëvangile au centre de l'Angleterre. C'est la première fois, du moins nous le croyons, qu'une Mission protestante a quitté son poste sans y avoir été contrainte.
Janvier 1864. Les indigènes nous assurent que la grande crue permanente aura lieu à l'époque de la pleine lune. Déjà plusieurs fois la rivière a grandi d'un pied ; mais elle a baissé avec la même promptitude. Chose curieuse : les naturels ont observé comme nous que l'inondation se produit lorsque le soleil, en revenant à l'équateur , passe directement au-dessus de leur tête.
Nous revenons sur ce fait, parce que nous croyons que le débordement du Nil peut s'expliquer de la même manière.
Le 19, le Chiréa monté subitement; la crue a été de plusieurs pieds ; et nous voilà partis. Nous nous arrêtons un instant au village de Ghibisa pour dire adieu aux Ajahouas et aux Makololos, qui, depuis notre retour, nous ont été bien utiles en nous fournissant du maïs et des provisions fraîches. Les adieux terminés, nous nous éloignons en toute hâte.
Pour que le Pionnier gouverne bien, il nous faut marcher plus vile que le courant. Malheureusement il a perdu son gouvernail en doublant un banc de sable ; et la nécessité de réparer
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cette avarie ne nous a pas permis de gagner la Mission avant le 2 février.
Les eaux débordées s'épanchent dans un marais situé à quelques milles en amont du Horambala; elles y deviennent aussi noires que de l'encre; et, à leur retour dans la rivière, exhalent une odeur tellement forte d'hydrogène sulfuré, qu'il est impossible de l'oublier un instant. Les indigènes prétendent que cette puanteur n'est pas malsaine. Nous avons effectivement passé toute la nuit au milieu de cet air empesté sans en avoir souffert ; et à notre grande surprise, car nous comptions sur un accès de fièvre.
Le lendemain matin il n'y avait pas sur les deux navires une ligne de peinture blanche qui ne fût complètement noircie; et de manière à ne pas pouvoir être nettoyée avec du savon. Le cuivre était de la nuance du bronze; le fer et les cordages avaient eux-mêmes changé de teinte. Ceci est une nouvelle preuve que la malaria et la mauvaise odeur ne vont pas toujours ensemble. Dans les forêts de raangliers, où nous respirions un air qui sentait le marécage au point d'en imprégner nos vêtements et notre linge, nous n'avons pas plus souffert de la fièvre qu'ailleurs.
C'était pour recevoir à bord quelques veuves et une trentaine d'orphelins, appartenant autrefois à la mission de Magoméro, que nous sommes restés au milieu de ces émanations fétides. Parmi les individus qui s'étaient groupés autour du premier Ëvêque, tous ceux qui en étaient capables se sont mis à cultiver le sol, d'après l'avis des missionnaires, et forment aujourd'hui une petite commune indépendante, où chacun vit de son travail. Mais des orphelins de six à douze ans ne pourraient être abandonnés sans préjudice pour le nom anglais; et nous croyons devoir à celui-ci de le laisser en aussi grande estime, auprès des indigènes, que nous l'y avons trouvé. Ceux de nos compatriotes qui, sans connaître la situation où il était placé, ont blâmé M. Mackenzie, n'attaquent pas moins vivement son successeur. Ils lui reprochent de ne pas même protester contre ce fléau monstrueux de la vente de l'homme ; et cette parole, la plus inhumaine qui soit jamais sortie de- la bouche d'un missionnaire : ■ Pour moi tous les Noirs se valent; ■ n'a pas trouvé d'écho chez les vèritahles Anglais.
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En recueillant les pauvres créatures qui vivaient autrefois avec H. Mackenzie, et ie regardaient comme leur père, nous nous sommes attiré l'approbation et la sympathie non-seulement des indigènes, mais des Portugais, dont les meilleurs nous ont prêté leur concours.
Quelle différence entre l'embarquement volontaire de ces orphelins, et celui des esclaves que reçoivent les négriers! Aussitôt qu'il leur fut permis d'entrer dans la cbaloupe, ils s'y élancèrent avec une ardeur qui manqua de la faire sombrer; et ce fut à qui arriverait le plus vite sur le pont du navire.
L'évêque Tozer ëtait déjà parti pour Ouillmané, lorsque nous atteignîmes le Morambala. Après avoir embarqué les enfants et les veuves, ainsi que les derniers membres de la mission de Magoméro, nous nous sommes remis en marche, et dirigés vers la côle.
Craignant de faire naître une idée exagérée des avantages qu'il peut offrir à la navigation, nous avons toujours parlé du Zambèse au moment où il était le plus bas. Cette fo's il est complètement débordé. Au lieu de cinq à quinze pieds d'eau, nous en trouvons aujourd'hui de quinze à trente, et même plus. Tous les bancs de sable ont disparu ainsi que beaucoup d'ilesi et devant nous coule un fleuve, qui, suivant l'opinion d'un marin de nos'amis, pourrait porter une canonnière.
D'après ce que nous voyons, il est facile de comprendre comment s'est formé le Delta, qui a maintenant, de la base au sommet, une étendue de quatre-vinsits à cent milles. Des îlots sableux sont balayés tous les ans par les grandes eaux; et une prodigieuse quantité de sable est entraînée jusqu'à la c6te. Le gravier reste au fond de la mer; les parcelles les plus menues sont reprises par la marée montante, et rejetées sur la plage, où les retiennent les racines de mangtiers, et où elles s'accumulent, en se mêlant aux débris végétaux qu'elles rencontrent II en résulte, qu'à l'embouchure du Zambèse, le fond de la mer est sablonneux.
Sous l'influence de ce double courant du fleuve et de la marée, ie Delta s'est élargi du côté de l'est; la rivière, en se détournant, s'est réservé un canal derrière cette digue ; et la barre a continué de s'accroître.
Toutes les fois que nous trouvons une Ile composée de sable
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pur, OU n'ayant qu'une simple couclie de vase, nous savons qu'elle est de formation récente, et que le premier débordement peut la faire disparaître. Tandis que les Iles, complètement formées de bourbe, sont anciennes, et ont gardé leur position primitive. Cette bourbe résiste merveilleusement à l'action du fleuve; c'est une espèce d'argile sur laquelle l'eau glisse, et produit peu d'effet.
Des cartes qui indiqueraient la nature des bettes et des tlots, en désignant ceoi qui sont sujets à érosion, permettraient de juger des endroits où se produiront les changements annuels du chenal ; et, si des pieux y étaient enfoncés tous les ans, de manière à guider l'eau dans son cours, le fleuve pourrait acquérir une valeur considérable entre les mains d'une nation industrieuse. On ne pensera jamais à creuser un canal ou à établir un cliemin de fer dans cette parlle de l'Afrique; et le Zambèse, au moyen de quelques travaux, suffirait parfaitement au commerce, qui, de nos jours, peut avoir lieu dans un pays dont la traite a décimé les habitants. Ici on n'a pas d'exemple que les indigènes soient venus se grouper autour des colons, et s'y établir par milliers comme ils l'ont fait dans le Natal, ou près des Arabes, sur tes rives du Nyassa. Cet éloignement de la population nous fait présumer que le Zambèse, entre les mains des Portugais, ne sera jamais plus utile aux autres peuples qu'il ne l'a été jusqu'à présent.
Mariano est mort des suites de ses débauches, à l'époque où nous descendions le Chiré. Sa triste carrière fait voir dans tout son jour l'affreux système qui est la ruine de ce pays-ci. Quels que soient les torts dont les Français et les Anglais se rendent coupables à l'égard des peuples chez lesquels ils s'établissent, quel que puisse être le mauvais emploi des forces dont ils disposent, les résultats commerciaux de leurs entreprises sont au moins appréciables ; tandis que le produit annuel des exportations de Quiliroané, principal comptoir du Zambèse, ne s'élève qu'à la moitié environ du traitement du gouverneur.
Après avoir réglé rapidement nos comptes avec le major Sicard, et le .senhor Ferrâo, qui nous avaient fourni du grain depuis la dépopulation des bords du Chiré, nous nous sommes dirigé en toute hâte vers la côte.
Arrivés le 13 février à l'embouchure du Zambèse, nous avons
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eu la bonne fortune d'y rencontrer COrtste, vaisseau de la manne royale d'Angleterre, qui fut rejoint le lendemain par VAriti, appartenant à la même marine.
U Pionnier fut pris en remorque parrOreiie; VAriet se chargea du Lady-Nyatsa, et nous partîmes pour Mozambique.
Le 16, un cyclone vint donnera ce dernier l'occasion de prouver qu'il tenait bien la mer.
Assailli par l'ouragan, l'Ariel fut chassé vent debout, de façon à reculer presque en droite ligne avec une vitesse de six nœuds. L'aussière, qui nous attachait k lui, s'enroula autour de son hélice, et arrêta la machine. A peine remis de cette secousse, il fut repris en poupe, et lancé vers le flanc du Lady-Ifyatsa. En le voyant arriver, nous pensâmes que c'en était fait de nous; mais I^Àritl glissa devant notre petit navire ; et nous pûmes respirer librement.
Nous vtmes alors avec quelle habileté peut être conduit un vaisseau de guerre. Bien que sa machine fût hors de service, le capitaine Chapman ne songea pas un seul instant à nous abandonner. 11 croisa devant fe Laày-Nyassa, et nous fit jeter un baril servant de bouée à une ligne, qui devait lui pennettre de nous envoyer un nouveau câble. Jamais nous n'aurions pu le saisif si un Rrooman n'avait sauté au milieu des vagues, et n'avait attaché une seconde ligne au baril. L'aussière fut alors amenée à bord ; et nous nous retrouvâmes à la remorque do vaisseau .
Pendant toute la durée de la tempête notre peiit navire se comporta admirablement, et n'embarqua pas une seule lame. Pourtant i'ArUi, â chaque fois qu'il plongeait, nous laissait voir une grande pariie de sa quille, et, en se relevant, nous montrait le pont dans son entier. Une chaloupe suspendue à l'arrière de ce vaisseau fut brisée par les vagues ; et les officiers de l'Arid nous croyaient bien perdus.
Les marins supposeront que cette tempête n'était sérieuse que pour des gens qui ne sont pas habitués à la mer, et s'effraient du moindre péril. Mais l'Oresie, qui pendatit ce temps-là fut parfois en vue, et parfois à quaranle milles, eut dix-huit voiles déchirées par le vent. Il fallut alléger U Pionnier d'une partie de'sa cargaison; la round-house fut emportée; et ceux qui étaient dans sa cabine eurent souvent de l'eau jusqu'au genou.
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ET SES AFFLUEM'S. 535
Le capitaine Chapman, et tous ses officiers, déclarèrent que U Lady-Nyassa était le plus parfait des petits vapeurs qu'ils eussent jamais vus. Il fait certainement le plus grand honneur à ceux qui l'ont construit : MU. Tod et Mac Grégor de Glascow. Quelle différence avec leMa-Hoberlltious ne regrettons qu'une chose : c'est qu'il n'ait pas navigué sur le lac dont il porte le nom, ainsi qu'il y était destiné, et pour lequel il aurait si bien convenu.
Ce qui nous a le plus frappé dans le tr^et du Zambése au port de Mozambique, c'est l'admirable façon dont le capitaine ('•hapman a dirigé l'Ariel au milieu de ces vagues furieuses ; la promptitude et l'adresse avec laquelle il nous envoya successivement trots aussiëres, grâce aux évolutions rapides de son grand vaisseau, autour de notre petit navire ; l'emploi des moyens dont il se sertit pour trancher avec de longs ciseaux, faits pour la circonstance, l'énorme cdble qui s'était engagé dans la spire de l'iiélice : opération qu'il fallait accomplir dans l'eau, à une profondeur de neuf pieds, et qui ne fut achevée qu'au bout de trois jours.
Le capitaine Chapman, nous ayant offert l'hospitalité de la manière la plus gracieuse, nous nous readtmes à bord de l'Ariel dès que la tempête se fut modérée.
La force avec laquelle te Lady-Nyassa fut remorqué à travers les lames qui l'assaillaient était si puissaole, que deui c&bles, ayant chacun onze pouces de circonférence, furent brisés. Pas une des plaques de notre petit navire, construit tout en fer, qui ne vibrât sous l'effort des vagues ; et il fallait continuellement se retenir à quelque chose pour ne pas être jeté d'un bord à l'autre, ou lancé à la mer.
Ceux des membres du troupeau de U. Mackenzie, que nous avions avec nous furent si malades, et nous génèrent tellement, qu'il nous vint à l'idée que le mode de transport des esclaves était l'une des nécessités de la traite. Celaexpliquerait comment, à l'époque où ce trafic était légal, cette pratique barbare d'entasser les noirs au fond des négriers n'en était pas moins universelle. Si au lieu de dix passagers de cette espèce nous en avions eu deux cents, avec la pluie et l'écume des lames qui nous fouettaient la figure, et nous produisaient l'effet de la grêle, dans une obscurité qui ne permettait de rien voir, ex-
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cepté parfois la crête des vagues, un bruit où l'on ne distinguait que le sifflement de la tempête dans les cordages, il aurait fallu de toute nécessité, pour que la manœuvre fût possilile, et dans l'intérêt même des iioits, qu'on les empilât à fond de cale, quelle que pûl en être la conséquence.
Le Pionnier, restitué à la marine anglaise, fut remorqué par le Yalorous, et conduit au Cap par le capitaine Porsvth , commandant ce dernier vaisseau. Les réparations dont il avait besoin furent évaluées à 300 livres; et l'on déclara qu'il servirait ensuite non moins bien que s'il était neuf.
Quant aux brebis de l'ancien Évêque, t'OresU se chargea de les Iransporter au Cap.
Nous saisissons avec joie cette occasion d'exprimer notre profonde gratitude aux capitaines Forsyth, Gardner et Chapman pour tous les services qu'ils nous ont rendus à diverses époques ; et nous les prions d'agréer nos remerctmenls-
M. Waller, parti à bord du Pionnier, entoura de soins généreux tous les individus, qui, blancs ou noirs, avaient eu des rapports avec la Mission, et les leur continua jusqu'au moment où sa protection ne leur fut plus nécessaire. Nous pouvons dire que sa conduite envers ces malheureux, aussi bien qu'à l'égard de ses collègues, a été du commencement à la fin digne des plus grands éloges.
Notre petit vapeur, mis en carène à Caboceira, en face de la maison de Joâo da Costa Soares, gentleman portugais bien connu de tous nos compatriotes, fut complètement nettoyé, et reçut une couche de peinture.
M. Soares s'est montré pour nous d'une bonté parfaite et d'une extrême obligeance. Il nous semble avoir été calomnié indignement dans une publication faite en Angleterre il y a quelques années. Tous les membres de l'expédition l'ont trouvé des plus généreux; tous les Anglais qui le connaissent, et que nous avons eu l'occasion de voir, n'en parlent que d'une manière favorable; et nous regrettons viven:ent qu'on ait peint son caractère sous des couleurs aussi fausses.
Les autorité^ du Mozambique, elles-mêmes, ont droit à notre gratitude pour la réception qu'elles nous ont faite, et l'obligeance' Qu'elles ont mise à nous héberger. Notre opinion sur l'esclavage diffère entièrement de celle de ces fonctionnaires ; mais nous
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désirons qu'on nevoie aucune altaque personnelle dansTexposé que nous avons fait du triste système qui régit cette province.
Le sentier Canto e Castro, qui deux jours après notre départ, débarqua à Mozambique , où il venait remplact^r M. d'Almeida , nous est parfaitement connu. Nous avons passé deux mois chez lui, à l'époque de notre voyage dans l'Angola; il était alors commandant de Golungo-Alto ; et nous savons qu'on ne pouvait pas faire un meilleur choix. La fermeté de ses principes lui permettra, nous en sommes convaincus, de résister aux tentations qui pourront l'assaillir; mais ce serait avec peine que nous verrions les nâtres mis à l'épreuve dans une caverne de traitants, où il ne nous serait donné, pour subvenir à nos besoins, que la misérable solde qu'il recevra comme gouverneur général.
Pendant notre séjour à Mozambique, on nous a montré une sorte de pédalie que M. Soares appelle dadekira, et que les naturels désignent sous le nom de gersitin, ou séfame sauvage, à cause de sa ressemblance avec cette plante. C'est, dit-on, pour les enfants, un apéritif extrêmement doux, et, d'autant plus aisé à leur faire prendre, qu'il n'a aucune saveur, les nourrices indigènes en font souvent l'emploi. On remue quelques feuilles dans une tasse d'eau froide pendant huit ou dix secondes; et l'on administre à l'enfant deux cuillerées à café de cette légère infusion. En continuant à remuer les feuilles dans l'eau, on obtient une espèce de mucilage, qui, d'après 1rs gens du pays, a des propriétés diurétiques, en outre de ses vertus apéritives.
Nous quittâmes Mozambique le 16 avril; et, grâce aux courants qui nous favorisaient, il ne nous fallut que sept jours pour gagner Zanzibar. Nous y fûmes reçu de la façon la plus hospitalière par nos compatriotes, surtout par le docteur Seward, qui remphssait alors les fonctions de consul et d'agent politique en l'absence du colonel Playfair.
Un trait particulier à tous les Anglais que nous avons rencontrés dans nos voyages est l'attention qu'ils donnent au confort de l'étranger. Nous ne pouvons certainement pris nous plaindre des gens des autres pays, de leur hospitalité, ni de leur accueil; mais, chez eux, il faut attendre que l'heure du repas ait sonné , et, dans l'intervalle, vous êtes assuilli de questions ; ■ D'où venez-vous ? Où allez-vousf Quels sont vos projets^ Ëtes-vous
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marié ? ■ Si la réponse est négative : ■ Pourquoi ne vons mariez-vous pasî > et une foule de paroles du même genre. Tandis que la première chose que vous demande un Anglais est celleci : • Avez-vous déjeuné? Que prendrez-vous? De la viande iroide ? *
Ils ont tous été d'une grande bonté; mais nous préférons la manière anglaise; peut-être parce que nous sommes Anglais nous-mêmes.
Le docteur Seward doutait fort que nous pussions atteindre Bombay avant ce qu'on appelle la rupturs de la mousson, qui, en général, commence de la fin de mai au 13 juin. A cette époque, le vent souffle toujours de la côte d'Afrique vers celle de l'Inde, mais avec une extrême violence; et l'atmosphère est tellement sombre, qu'il est très-malaisé, parfois même impossible de relever la position où l'on se trouve.
Nous étions néanmoins très-désireux de nous défaire du Lady Kyassa; et Bombay étant le seul marché qui fût à notre portée, nous résolûmes de courir la chance de l'atteindre avant la période orageuse. Bref, après nous être chairs de quatorze tonnes de houille, nous partîmes de Zanzibar le 30 avril.
Notre équipage se composait de sept indigènes des rives du Zambése, de deux mousses, et de quatre Européens, à savoir : un chauffeur, un matelot, un charpentier dont nous avons déjà cité les noms, enfin du docteur Livingstone, capitaine du navire.
Le Lady-lfyasm donna de nouvelles preuves de ses qualités précieuses ; et nos Zambésiens se montrèrent parfaits matelots, bien qu'avant d'être avec nous pas un d'eux n'eût vu la mer.
Nous ne les avions pas choisis, on se le rappelle. Ils avaient été pris au hasard parmi plusieurs centaines qui étaient venus s'offrir pour remplacer les douze rameurs de notre excursion de la Rovouma.
Leur paye était de dix shellings par mois ; et, chose curieuse, ils mettaient une ardeur si grande k faire leur service, que pendant tout le voyage il n'y en eut qu'un seul que le mai de mer contraignit à se coucher. Au bout de quelques jours, ils surent déployer et serrer les voiles, grimper en haut d'un mât, passer une manœuvre dans ses poulies, et redescendre, le cordage entre les dents, bien qu'à chaque embardée l'auteur de cette prouesse fût lancé à la mer.
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Le charpentier et le matelot, non moins disposés à faire tous leurs efforts, tombèrent gravement malades, et furent alités pendant huit jours.
Cela peut être un plaisir de prendre la roue du gouvernail pour une heure ou deux, même pour un quart; mais lorsque votre tour revient toutes les quatre heures, et que la corvée dure ce même laps de temps, c'est une chose fort ennuyeuse. Aiînd'y remédier, nous montrâmes à nos Zambésiens quelle était la pointe de l'aiguille qui devait toujours être dirigée vers la proue; ettrois de ces matelots noirs surent bientôt manierle gouvernail de façon à n'avoir besoin que d'être un peu surveillés.
Tandis que nous remontions la côte africaine, afin de profiter du courant qui marche sur le pied de cent milles par jour, nous aurions bien voulu entrer dans la Juha ou Vouebbé, dont l'embouchure esta 15 minutes de l'équateur ; mais nous étions trop pressés par le temps.
Arrivés à 10 degrés de latitude nord, nous nous éloignâmes de la céte pour nous diriger vers l'est. Ici, d'après la carte de Maury, nous aurions dû être sortis depuis longtemps de la région des calmes, ce qui est une erreur. Nous y étions toujours, et loin de trouver un courant nous portant vers le nord, nous en avions un contraire qui nous faisait rétrograder chaque jour de quali-e milles vers le sud.
Nous nous servîmes de la vapeur aussi longtemps que possible; mais nous savions qu'il nous faudrait en faire usage snr la cête hiodostaoe, et le charbon devait être 'économisé.
Après avoir perdu beaucoup de temps à nous agiter sur la mer silencieuse, entourés de dauphins, de poissons-volants et de requins sans nombre, il y eut six jours de fortes brises; puis les calmes revinrent eiercer notre patience; et la prochaine arrivée de cette terrible période du renversement de la mousson nous fît penser que nous aurions pour épitaphe : ■ A quitté Zanzibar le 30 avril 1864; depuis lors, on n'en a pas eu de nouvelles. »
Enfin, dans les premiers jours de juin, les chronomètres nous annoncèrent que nous approchions du terme de notre voyage. Nos Zambésiens nous crurent sur parole; mais ils ne témoignèrent leur joie, et ne se mirent i. danser qu'au moment où ils virent passer des algues et des serpents.
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540 LE ZAMBËSE
Ces reptiles, que les livres nautiques signalent comme venimeux, Font particuliers k cette région.
Nous nous hasardâmes à prédire que nous verrions la terre le lendemain matin. En effet, le jour suivant unecdte élevée, ressemblant d'une manière étonnante à la côte africaine, vue à la fin de la saison sèche, apparut à nos regards.
La terre était voilée d'une brume épaisse, et une forte houle se dirigeait vers elle. Nous vîmes un rocher que la latitude nous fit reconnaître pour le Choule-Rock. Prenant celui-ci pour point de départ, nous trouvâmes bientàt la balise ; et la forêt de mâts du port de Bombay s'aperçut vaguement dans la brume.
Le Lady-Nyassa venait de faire deux mille cinq cents milles; c'était un si petit navire, que personne ne remarqua notre arrivée.
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BT SES AFFLUENTS.