CHAPITRE XXIX
Récapitulation des résultats de l'expédition. — Découverte d'un port et d'une voie fluviale pour atteindre la région salubre. — Fertilité du sol. Indigo. — Coton. — Tabac; ricin; canne à sucre. — Herbages. — Moissons continues. — Bœufs gras, — Sécheresses. — Arbres h. bois dur. — Salsepareille, — Racine de Colombo. ^ Plantes textiles, arbres oléifères. — Découragement, — Traite de l'homme. — Système des engagés, — Effets de l'esclavage sur celui qui l'impose. — Guerre d'Amérique. — Vitalité de l'Africain. — Son insouciance, — Gouvernement patriarcal. — L'homme est guidé par une sagesse qui lui est étrangère.
— La force tii'ée de la science n'est-elle pas réservée aux chrétiens?
— Aptitude des Africains à embrasser le christianisme. — Missions de Sierra Leone. — Nécessité de la continuation des croisières. — Station de la cdte occidentale. — Traitement de la fièvre. — Missionnaires américains. — Lieu de déportation.
Peut-être ne sera-t-il pas inutile de jeter un coup d'œil rapide sur les faits mentionnés dans les pages prèc^entes, et de rappeler les principaux résultais que nous avons obtenus.
Citons au premier rang la découverte d'un port qu'il serait facile d'approprier aux besoins du commerce; et la connaissance exacte du Zambëse comme voie de communication entre la câte et la région salubre, qui, selon toute probabilité, deviendra le siège d'ét'blissements européens.
La condition du fleuve a été soigneusement étudiée pendant la saison sèche, de même que, pour en établir la profondeur, on examine les ports à marée basse. Il est possible que, pendant plusieurs mois de l'année, le Chiré et le Zambëse s'élèvent beaucoup plus haut que nos chiffres ne l'indiquent; mais leur niveau ne sera jamais inférieur à celui que nous avons donné.
La fertilité du sol nous a été largement prouvée par la richesse de ses produits.
Ainsi nous avons vu l'indigolier couvrir de vastes terr.iins, où il croltà l'état sauvage, et y avoir souvent plus de cinq pieds de hauteur. On l'a sans doute apporté de l'Inde; mais nous avons trouvé, sur les bords du Nyassa, une variété dont la gousse était droite, au lieu d'être incurvée comme dans l'espèce des rives du
xit^Goo»:^Ic
542 LE ZAHBÈSB
Zambèse. Du reste, dans les deux endroits, la plante s'élève à hauteur d'homme'.
Voulant s'assurer de la valeur qu'elle pouvait avoir, le docteur Rirk a extrait la matière colorante de l'indigotier sauvage de Ghoupanga; cet indigo, quand on l'a égraligné, a montré la trace cuivreuse qui caractérise la meilleure sorte du commerce.
Un colon d'excellente espèce a été recueilli dans beaucoup de districts. Il y a dans cette région de grandes étendues couvertes d'une efllorescence saline, où le cotonnier prospère d'une façon remarquable, exige très-peu de soins, et fournit un duvet de qualité supérieure. Nous avons vu au bord du Zambèse, dans les parties où le sol était imprégné de sel, des canotiers assis sur la bei^e éplucher et filer du coton. Un an après, les graines qu'ils avaient jetées avaient germé; le plant s'était développé, avait fleuri, et la soie que nous en recueillîmes fut déclarée à Manchester valoir deux pence (vingt centimes) de plus par livre que le coton ordinaire de la Nouvelle-Orléans.
Non-seulement le colon de cette partie de l'Afrique est d'une bonne qualité, mais la plante est vivace et d'une vigueur complètement inconnue en Amérique. Nous connaissons des cotonniers qui fournissent une récolte abondante ; et cela en des lieux où ils n'ont pas seulement à lutter contre des herbes d'une taille plus grande que la leur, mais contre l'incendie, qui, depuis dix ans, les brûle avec ces mêmes herbes et les rase à fleur de terre.
Lors de notre voyage de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse, nous remarquâmes la belle venue du cotonnier; toutefois sans faire à ce sujet d'étude particulière. A cette époque, on s'inquiétait peu des approvisionnements de coton. Néanmoins le rapport que nous fîmes eu Angleterre sur celui que nous avions vu dans cette zone conduisit le gouvernement portugais à ouvrir une enquête & cet égard. Ce fut au docteur Welweîlch que cet examen fut confié; l'étendue de ses connaissances, jointe au séjour prolongé qu'il avait fait dans le pays, rendait ce botaniste fort capiUile de remplir cette mission ; et il
1. Cet indigotier des bonis du Nyassa est probablement Vorthotarpa de DecaudoUe, qui eu bit k troisiëme variâlé de l'indigolier bitard liadigofrra onil), espèce efTeotivement originaire de l'Inde. (Noie du tndutUur.)
;abyG00»:^Ic
démontra suraboadamment que l'Angola, ainsi que nous l'avions pressenti, convenait à merveille à la culture du cotonnier.
Nos dernières recherches nous ont prouvé que tout ce que nous avions dit à ce propos était bien au-dessous de la vérité. En effetila zone qui se trouve au nord du seizième degré de latitude méridionale est principalement une région cotonniëre; le chmat ne s'y prête pas moins que le sol ; et jamais la récolte n'y est compromise par la gelée.
Suivant les indigènes, qui apportent beaucoup de soin à la culture du cotonnier, leur meilleure espèce n'a besoin d'être renouvelée que tous les trois ans.
A notre premier voyage, n'ayant pas dirigé notre attention de ce côlé-Ià, nous n'avions pas remarqué de cotonnier dans le centre de l'Afrique. Cette fois, nctus avons acquis la certitude que non-seulement il y est bien connu; mais qu'il existe une variélé que nous n'avons pas vue près de la côte. Ainsi les Bazizoulons, qui habitent près du Kafoué, cultivent une espèce à longue soie , de qualité supérieure, et que nous croyons du même genre que le Femambouc.
Nous avons trouvé à Séshéké un cotonnier de cette espèce, dont la tige arborescente mesurait huit pouces de diamètre, et dont la hauteur était celle d'un pommier ; le docteur Kirk voulant y prendre des échantillons, fut obligé d'y grimper, comme on fait à un arbre.
Les deux autres variétés sont largement cultivées dans le pays. Le cotonnier indigène a presque entièrement disparu devant celui qu'on appelle coton étranger, et qui lui est bien supérieur. Celle dernière sorte, que les naturels ont propagée, abonde dans toute la vallée du Chiré, et sur les bords du Nyassa, couvrant ainsi une aire de quatre cents milles de longueur, que l'on peut l'egarder en toute confiance comme l'une des plus belles régions cotonnières du globe.
Le coton qu'on y récolte est supérieur aux qualités courantes d'Amérique, et vaut presque celui d'Egypte. Il est probable que les soins de la culture, joints aux propriétés du sol et du climat, placeraient les cotonneries de ce pays-ci bien au-dessus de beaucoup d'autres.
On pourra juger de la fertilité de cette région par ce fait que des plantes, qui réclament ailleurs beaucoup de soin, y vien-
;abyGoOt^Ie
bkk LE ZAUBÈSE
nent k l'état sauvage, aussi bien que le cotonnier. Ainsi le tabac croit sans culture, et se propage de lui-même; le ricin ordinaire se rencontre partout dans les mêmes circonstances. L'indigotier, en divers endroits, est connu sous le nom d'occupant des jardins abandonnés, parce qu'il s'empare de tous les terrains où il peut venir sans conteste.
La canne à sucre, dans ce pays-ci, n'est pas un produit spontané; mais elle y fleurit ; et cultivée dans un sol riche et gras, elle devient, sans fumure, toute aussi grosse qu'à l'Ile Maurice, et à l'Ile Bourbon, où elle ne peut être obtenue sans guano. D'après les cristaux qui apparaissent dès qu'on la tranche, elle semble contenir beaucoup de sucre.
Enfin dans les terrains bas, le sol est revêtu d'herbes géantes, qui dépassent de beaucoup la taille de l'homme, et rendent la chasse complètement impossible. La plaine qui touche à la c6le et se déploie sur une largeur de cent à trois cents milles, est unZuur-welt, convenant parfaitement aus bêtes bovines. Les habitants de la colonie du Cap et du Natal sauront bien ce que nous voulons dire'. En somme l'unique déTaut que l'on puisse reprocher à cette terre est son extrême fécondité. Speke et Gi^nt ont signalé une région très-fertile aux environs de l'équateur; mais nous ne pouvons pas nous figurer une végétation plus excessive que celle que nous avons rencontrée du quinzième au dixième degré de latitude sud ; ou bien elle formerait un olistacle absolument infranchissable.
Dans les titjs du Chirè on sème et l'on récolte du grain d'un bout de- l'année à l'autre, sans égard pour la saison ; et pendant les quatre mois de sécheresse, le froment qu'on a irrigué, germe, se développe et niârit. Des Européens seraient toujours sûrs d'y faire annuellement une récolte de blé, et deux ou trois de maïs.
La végétation des hauteurs est moins luxuriante que celle des basses terres; mais, en moyenne, l'herbe y est aussi épaisse que dans les plus riches prairies de la Grande-Bretagne.
I. Zuur-wetl (champ acide). Plaine du midi de l'Arrique, produisiut des herbes dont ]ï plupart ont une aciilité qui convient au bélad; tes bceufs de trait i\cvfs dans ces piturages sont les plus estimés. Ces zuur-welts sont commuas dans l'est de la Colonie du Cap; ce Tut le premier nom de l'Albjny, province du liltoiat où ces plaines sont Irés-nombreuses. {Noie du iraducleur.i
;abyG00»:^Ic
Ces pât4rages, qui s'étendent sur des centaines de milles, sont les meilleurs que l'on puisse trouver en Arrique. La preuve en est dans la condition du bétail, qui, presque abandonné h lui-même, devient tellement gras et bonasse, que les taureaux se laissent tourmenter par les enfants, leur permettent de jouer avec eux, et leur servent de monture. Nous avons souvent vu des vaches, qui ne mangeaient que de l'herbe, être aussi grasses que les bètes primées dans nos expositions.
On ne trouve en généra), sur ces hauteurs, ni tsétsés, ni moustiques.
Il y a néanmoins un inconvénient grave que nous avons signalé plus d'une fois , et qui caractérise toutes les parties de l'Afrique centrale : nous voulons parler des sécheresses périodiques. S'il existe sous l'équateur une zone pluvieuse c'est la seule exception qui soit à notre connaissance'.
La sécheresse est toujours partielle; mais elle peut s'étendre sur un espace de deux ou trois cents milles. D'après les renseignements que nous avons recueillis, nous pensons qu'entre le dixième et le quinzième degré de latitude sud, elle reparaît tous les dix ou quinze ans; et que du quinzième au vingtième degré, elle revient tous les cinq ans.
Quelle peut être la cause de ce fléau 1 nous ne saurions le dire. Dans tous les cas ce n'est pas au manque de végétation qu'on peut attribuer son retour, ou si fréquence plus grande aujourd'hui qu'autrefois. Les collines et les montagnes sont boisées, tapissées d'herbe de la base au sommet ; les vallées regorgent de plantes, la vie déborde; puis tout à coup, sans que rien vous avertisse, cette exubérance fait place à une aridité qui détruit les moissons et n'y laisse pas une feuille, pas un épi. Une averse tombe sur un espace d'un mille carré ; la verdure y surgit comme par enchantement ; mais ne tarde pas h mourir. Tout le reste est grillé, la terre fendue; l'herbe de l'année précédente, qui a échappé à l'incendie, est décolorée et se met en poudre au moindre choc. Alors même qu'on a vu le paysage dans toute sa fraîcheur et tout son éclat, tel qu'il est après les pluies, on a de la peine à croire que cette région poudreuse et brune ait jamais été verte.
i la pluie ne manque jamais, el où la Béche-
;abyGoot^Ie
5*6 LE ZAHBËSB
Bien que le pays soit largement pourvu d'arbres, le bois de charpente, d'une taille vraiment belle, ne s'y trouve que dans certains parages d'une étendue restreïDte. Le (jcunda, fort estimé par la durée de son bois, a des proportions qui pennettent d'y creuser des pirogues du port de deux ou trois tonneaux.
Le mosokoso et le moukoundou-koundou fournissent également de beau bois de construction.
Le gaïac est ici beaucoup plus gros que partout ailleurs. Nons en avons mesuré qui avait douze pieds de tour ; mais bien que son bois ait absolument le même aspect que le gaïac ordinaire, on dit qu'il lui est inférieur comme résistance.
Les l'oréts africaines sont plus remarquables par la qualité que par la taille des essences qui les composent : les bois durs y foisonnent. L'ébène d'AA'ique est plus noir que celui du commerce, et l'arbre qui le fournit est plus gros que l'ébénier commun ; il n'appartient pas à la même famille*. On le trouve en abondance sur les bords de la fiovouma, oii il s'approche de la cAte aune distance de moins de huit milles. D'autres bois précieux croissent dans les mêmes localités ; le fuslet, par exemple, qui fournit une matière colorante d'un jaune très-solide.
Le molompi, largement répandu dans cette région, nous parait identique au ptérocarpe érinacé, d'où provient le kino de la cdte del'ouest; la gomme abondante qui exsude de ses plaies ressemble entièrement à ce produit médicinal. On fait avec son bois, à la fois solide et léger, des pagaies et des rames excellentes.
Il y a encore le bauhinia; appelé bois de fer tant il est dur; et le manglier, trës-estimé sur la càte, où l'on en fait des chevrons.
Une salsepareille, probablement le smilax krausima, est trèscommune sur les hauteurs; la racine de Colombo ne l'est pas moins dans les plaines. Le bouazé, dont la filasse est plus forte et plus fine que celle du lin, abonde également, ainsi que la sansevière fibreuse ; Vifé des indigènes.
Une huile concrète ou liquide est produite par le bouazé, le motsikiri, le borna, un sterculier et une espèce d'acajou; celle du bouazé est très-siccative.
1. On se rappelle que le gaïac Je celle région est égalemeot d'une autre Taloillo que lu galsc ofBcioal. {Hôte du irixluclntr.)
;abyG00»:^Ic
Le sésame est en outre largement cultivé; ses graines sont adietées par le commerce, et fournissent, avec l'arachide, la plus grande portion de l'huile de table que l'on consomme en Angleterre. Enfin un grand concdmbre, appelé makaka, est l'objet d'une culture étendue, non-seulement comme plante comestible, mais en raison de l'huile très-fine que l'on retire d« ses
Les produits de cette région réclameraient plus de détails ; mais le courage nous manque pour les décrire avec le ^in qu'ils mériteraient. Nous n'en parlons pas avec cette ardeur pleine d'espoir que nous avions autrefois; nous citons la découverte des lacs GhirouB et Nyassa, l'élude patiente du Zambèse jusqu'en amont des cataractes, celle du Ghiré, ou tout antre fait géographique de ce voyage, sans éprouver le moindre orgueil. Tout cela ne se rattachait qu'incidemment à notre but, et la vente de l'homme assombrit nos souvenirs.
Notre journal retrace une contrée toute différente de celle qu'on imagine quand on pense à l'Afrique ; et bien que de cette chambre close, que par faveur nous occupons à Nevrstead Abbey, nos regards tombent sur une pelouse couverte de neige, il nous est facile de nous représenter les ghattes africaines étincelant sous un ciel embrasé; de revoir les pentes sillonnées de vallons remplis d'arbres, projetant çA et là une masse roch^se au milieu de cette verdure ; ou bien de riches plateaux herbus, parsemés de bouquets de feuillage, arrosés de cours d'eau nombreux et inondés de soleil ; mais la chasse à l'esclave jette un voile Ainëbre sur ce tableau splendide.
Les ondulations pittoresques, les gorges profondes, le? ravins qui descendent des hauteurs, les vastes prairies où serpente le Chiré, pareil à un fil d'argent ; le grand lac, entouré de ses montagnes, sont gravés dans notre mémoire; mais, pour nous, la douleur et la misère de l'honmie sont inséparables de leurs beautés.
Notre expédition est la première, nous le croyons du moins, qui ait vu la traite au lieu même de son origine, et l'ait suivie dans toutes ses phases; c'est pour cela que nous avons décrit avec tant de détails les diverses pratiques de cet odieux négoce.
On a dit que la vente de l'homme était soumise, comme toutes les autres, à la loi commerciale de l'offre et de la demande, et
;abyGoot^Ie
548 LE ZAUBÈSE
devait par conséquent rester libre. Cette assertion a été risqoée, parce que nul ne pouvait la démentir. Mais, nous l'affirmons à notre lour, cette vente estia cause de tant de meurtres, qu'elle ne mérite pas plus d'être classée parmi les branches de commerce que le vol de grand chemin, l'assassinat ou la piraterie.
Tout d'abord c'est une pénalité : le coupable seul est vendu; et l'on peut y voir un acte de justice. La peine atteint bientôt les accusés de sorcellerie; puis l'enfant d'un pauvre est saisi en payement d'une dette ou d'une amende : tout cela au nom du chef, et à titre légal.
Viennent ensuite les voleurs, qui, soit isolément, soit par groupe, enlèvent les enfants des hameaux voisins, quand les pauvres petits vont puiser de l'eau ou chercher du bois. Nous avons vu des districts où chaque demeure était entourée d'une estacade, et les habitants n'y étaient pas en sûrtté.
Ces rapts, d'abord partiels, amènent des représailles; les bandes se forment, la lutte grandit; ce qui avait lieu de village à village se passe de tribu à tribu. Le parti le plus faible devient errant, se procure des armes en vendant ses captifs, attaque les tribuspaisibles, et n'a plus d'autre emploi que d'approvisionner les marchés de la côte.
Des Arabes et des mélis portugais viennent en outre chercher le bétail humain qu'ils ont fait recueillir, et stimulent l'activité des pourvoyeurs. Parmi ces derniers se remarquent les Ajahouas et les Babisas, qui ont à la fois le goflt du trafic et des voyages.
L'effet de cet odieux commerce est visible chez tous ceux qui le pratiquent; ainsi, les Babisas et les Ajahouas, d'une intelligence supérieure à la plupart des gens de leur race, sont tellement pervertis par leur affreux négoce, qu'on les a vus troquer leurs nouvelles épouses ou leurs propres filles pour une dent d'éléphant qui leur plaisait. Ceux de leur tribu, qui ont une vie sédentaire et n'ont jamais trafiqué de leurs semblables, s'indigneraient au seul récit de pareilles énormités.
Enfin, nous voyons la traite prendre un nouvel essor par le fait d'Européens qui, sans le vouloir, offrent un débouclié à l'exportation de l'indigène. Des bandes armées, conduites par des agents commerciaux, appartenant à des Arabes et h des Portugais de la côte, sont expédiées dans l'intérieur avec de grandes
;abyGoOt^Ie
quantités de mousquets, de munitions, de grains de verre et de cotonnade. Ces derniers articles servent, au début du voyage, & payer les frais de rout« et à faire des achats d'ivoire. Trèssouvent, ainsi que nous l'avons vu, la bande conserve le caractère commercial pendant une grande partie de la tournée. En pareil cas, elle s'installe dans un lieu favorable aux affaires, s'entend avec le chef, et cultive un champ d'une certaine étendue; mais il n'est pas une de ces caravanes qui n'ait accompagné les indigènes dans leurs razzias, et n'ait attaqué une peuplade quelconque avec l'intention d'y faire des captifs. Nous n'avons pas un seul exemple du contraire. Le fait est si commun, qu'il en résulte une dépopulation effrayante. L'arc et les flèches ne tiennent pas contre le mousquet; la fuite des habitants, la famine et la mort s'ensuivent. Nous répétons ce que nous avons dit plus haut avec une ferme conviction , qu'il n'est pas un cinquième des victimes de ces chasses, souvent même un dixième, qui arrive  Cuba ou partout ailleurs, el profite de ces bons maîires que leur destine la Providence; car c'est ainsi que les possesseurs d'esclaves interprètent les Écritures.
Ce dernier système des bandes guerrières et trafiquantes est celui des Portugais de Tété : et le carnage qu'il a mis sous nos yeux déSe toute description. Comme tous les médecins, nous avions assisté à des scènes bien dduloureuses ; le spectacle de la mort nous était familier; mais les horreurs produites par le commerce de l'homme dépassent tout ce que nous aurions pu croire.
Nous avons montré le double courant de cet odieux négoce, tel qu'il se faisait sous nos yeux : une partie des esclaves lemontant le Zambèse, tandis que lé reste se dirigeait vers la cète. Les femmes, expédiées dans l'intérieur, s'y vendaient jusqu'à deux arrobas (soixante-quatre livres d'ivoire). L'ne grande partie des hommes étaient envoyés à l'Ile de la Réunion.
Si nous reparlons de ce sujet pénible, c'est qu'il est important de faire observer que tout cela s'est fait sous la direction d'un esprit aussi éclairé que prévoyant. En voulant suppléer par des Africains aux ouvriers qui manquaient à la Réunion, Napoléon lit ne songeait qu'à des émigrants volontaires. Sur chaque navire était un préposé chargé de veiller h ce que l'engagement fût équitable et librement consenti; à ce que la nourri-
ra byGoot^Ic
S50 LE ZAUBÊSE
ture fiït saine, en quantité suffisante, et le nombre des paàsagers en rapport avec l'espace qu'ils devaient occuper.
Malgré tous les soins de l'Empereur, cette mesure n'a jaoïais été que la traite sous la forme la plus grave; et le trafic maudit a d'aulant mieux prospéré qu'il était soutenu par nn gouvernement énergique et puissant. Honneur à Napoléon m pour avoir délivré les Français de toute participation à la vente de l'homme; honneur au gouvernement britannique pour lui avoir démontré les maux qu'il faisait natlre, sans en avoir conscience, et pour avoir facilité l'émigration des cooUes hindous au prix d'un sacrifice considérable.
On pourrait croire que les effets que nous attribuons au système des engagés sont le résultat d'une méprise; mais nous n'avons rien dit que nous n'ayons vu, rien avancé dont nous n'ayons la preuve.
A l'époque oii nous étions à iohanna, un libre émigrtmt, acheté à Quiloa et payé vingt-deux dollars, gagna le Pionnier h la nage, après s'être échappé de la Mazourke, navire appartenant à un Français, et mis sous l'inspection du préposé du gouvernement. Cet homme avait sauté par-dessus bord au point du jour, à l'instant où la Mazourhe mettait à la voile. C'était un Mangutja, qui venait directement du Banda, où il avait été capturé.
Nous avons vu ces libres émigranls du pays des Manganjas descendre le Zambèse dans des canots qu'ils emplissaient, et où ils étaient chargés de chaînes. « Vous n'y pouvez plus rien, nous disait en riant le gouverneur de Tété, nous sommes couverts par le pavillon français. > Il y a en France, croyons-nous, des milliers d'hommes qui auraient payé d'un coup de pied ce compliment au drapeau tricolore.
D'après les faits que nous avons observés, nous disons que la traite, qui, à son origine, est une véritable chasse, oppose une barrière insurmontable à toute espèce de progrès; et qu'en travaillant à sa disparition, nos hommes d'État ont fait preuve d'autant de sagesse que d'humanité. Parla réunion de leurs efforts vers ce but généreux, libéraux et conservateurs ont avancé le jour où la paix et la bonne volonté régneront parmi les hommes.
La vérité de cette assertion deviendra plus patente si l'on réfléchit aux conséquences de l'esclavage. Non-seulement il per-
;abyGoot^Ie
ET SES ÂFPLnSNTS. 551
pélue la barbarie dans les lieux d'où l'esclave est Uré, mais il înflae d'une manière désastreuse sut la région où il existe. L'introduction du nègre parmi les blancs éloigne ceux-ci de tout labeur, et devient par cela même un obstacle au progrès de la société. Rien n'élève un peuple comme le concours de tous ses membres à la prospérité générale; comme cette joie du travail entrepris pour le bien-être de tous.
La guerre effroyable qui désole l'Amérique, et dont nous ne pouvons parler sans émotion, car nous ressentons vivement les douleurs de nos frères, est le résultat de l'esclavage. Introduire dans un pays une race barbare est une grande faute; la dégrader en est une plus grande encore. Les meilleurs esprits s'abaissent au contact de la race servile, les enfants se corrompent; l'avilissement de l'esclave réagit sur le maître, il le démoralise; et c'est celui-ci qui perd le plus.
Vient un jour où les dégradés se comptent par millions. Trop nombreux pour qu'on les absorbe ou les déporte, il faut qu'ils restent où la force les a conduits. Si l'on ne parvient pas i les élever, ils feront descendre jusqu'à eux : pierre au cou d'une société qui se noie, drague inflexible, mal sans remède. Châtiment sévère pour les fils de ceux que nos propres ancéires ont poussés au trafic de rhonmie;'car si nous échappons aux maux qui découlent de cette souillure, c'est parce qu'on nous en a rachetés ; non par l'innocence de nos pères.
Hais il est possible, croyons-nous, de réhabiliter l'Africain; nous ne doutons ni de son cœur, ni de son intelligence ; et nous ne désespérons pas de la tâche que nos frères d'Amérique ont entreprise.
Quant à la place que le nègre doit occuper un jour parmi les peuples, nous n'avons rien vu qui justifie l'hypothèse de son infériorité native, rien qui prouve qu'il soit d'une autre espèce que les plus civilisés.
L'Africain est un homme doué de tous les attributs qui caractérisent la race humaine ; des siècles de barbarie l'ont dégradé ; mais Priichard signale la même décadence chez des Irlandtds, refoulés depuis plusieurs générations dans les montagnes de l'Ulster et du Connaught.
Il est des tribus chez lesquelles ces influences pernicieuses ont eu des efi'ets tellement graves, au physique et au moral, qu'il fan-
;abyGoot^Ie
553 LE ZAHBËSB
dra sans doute une longue série d'années pour détruire ce qui est l'œuvre des siècles. Mais ce n'est pas un motit pour condamner une race à la servitude; y voir un argument pour défendre l'esclavage, est se dégrader soi-même, et descendre aussi bas qae ceux qu'on accuse. Enfin, si l'on a pu dire que le nègre était plus heureux en captivité que dans son propre pays, c'est parce que les traitants lui ont fait un sort tellement dur que certain esclavage peut sembler d'une douceur comparative ; et c'est justement la faute du système qui lui donne ces bons maîtres.
L'Africain n'est pas du tout classé par les ethuologues au dernier degré de l'espèce humaine; physiquement il e.st presque aussi fort que le civilisé ; et comme race, il est doué d'une vitalité surprenante.
Les spiritueux et les maladies qui ont été si fatales & l'Indien de l'Amérique du Nord, aux habitants de l'Australie, et des lies de la mer du Sud, paraissent incapables d'anéantir les n^res. Héme ce trafic monstrueux qui les décime et les arrache de leur berceau depuis des siècles, ne les a pas empêchés de renaître, et de noircir la moitié du nouveau monde. La nature les a doués d'une force de résistance qui leur permet de supporter les privalions les plus affreuses; elle leur a donné une gaieté qui leur fait tirer le meilleur parti possible des situations les plus cruellfs. De même que certains individus peuvent supporter une chaleur invraisemblable, au point qu'un médecin aventureux sortit vivant d'un four, où sa montre avait chauffé de manière à lui brûler un doigt, l'Africain a triomphé de conditions anti-naturelles qui auraient fait disparaître la plupart des races humaines.
La force de résister aux souffrances de la captivité, ou, comme diraient certaines gens , l'aptitude à l'esclavage, n'appartient qu'à certaines peuplades africaines. Ce n'est pas une question de climat : impossible de faire un esclave d'un Krooman, qui habite la partie basse et malsaine de la c6te occidentale ; ni d'aucun membre des tribus cafres, dont la région est toute différente et beaucoup plus élevée. Des hommes, connaissant bien cesderniëres peuplades, nous ont dit que, chez elles, un coup donné par un Européen, même en jouant, était toujours rendu.
L'amour de la liberté se remarque chez toutes les tribus qui ont du sang zoulou dans les veines : chez les Makololos, les Ma-
;abyGoOt^Ie
tébélës, les Vouatouta, et probablement les Masaïs ; mais cela n' explique pas le fait. Une Barotsé, jeune fille très-belle, ayant refusé en mariage un homme qu'elle n'aimait pas, fut donnée parle chef, dans un accès de dépit, à des traitants venus de Ben- . guéla; quand elle vit que la chose était sérieuse, elle saisit la lance de l'un de ceux qui voulaient Remmener, s'en frappa et tomba morte.
Le patriarcat est la forme du gouvernement africain; selon le caractère du chef, ce gouvernement est despotique, ou admet un conseil des anciens de la tribu. Il arrive parfois que le despote est cruel jusqu'au meurtre, jusqu'à la folie sanguinaire; le peuple se soumet à ce bon plaisir monstrueux, tant il a de respect pour celui qui le gouverne; mais en général l'autorité est douce. La même remarque s'applique à la religion de ces tribus.
Les peuplades de ce continent ont fait quelques pas hors de l'état sauvage, et n'ont pas été plus loin. Invention de leurs ancêtres, ou révélation d'en haut, leur manière de traiter le fer et le cuivre, de filer et de tisser le coton; leurs paniers, leur poterie, en un mot, tout ce qu'ils fabriquent : hameçons, filets, couteaux, aiguilles, leurs outils et leurs armes, sont de nos jours ce qu'ils étaient il y a un grand nombre d'années. Nous ne comprenons pas cette stagnation de l'esprit chez certains peuples. Fiers de nos progrès dans les sciences, nous en sommes venus à parler des autres races dans les mêmes termes que les habitants du Céleste-Empire. Mais ces Chinois, qu'à notre tour nous r^ardons avec quelque dédain, nous ont précédés d'une quantité de siècles dans fa voie des découvertes. Ils connaissaient les propriélés de l'aimant, avaient inventé la poudre, l'irnprimerle, la porcelaine, fabriquaient des étoffes de soie, possédaient une littérature et des annales bien avant nous. Puis leur génie s'est arrêté ; et ces fils de la Terre des fleurs n'ont pas même perfectionné leurs inventions. 11 est possible que, précédés par eux, nous précédions les autres.
Les Asiatiques nous ont donné le coton, le sucre, la clepsydre et le cadran solaire; nous leur devons l'algèbre, le jeu d'échecs, le café, le thé, l'alcool et l'acier. Une imitation servile n'en a pas moins remplacé la puissance créatrice chez les Orientaux: Hindous, Chinois, Japonais et Arabes sont demeurés stationnaires, ainsi que les Africains.
554 LE ZAHBËSB
Cette paralysie des facultés inventives annoncerait-elle que chaque race est destinée à remplir certaines fonctions dans un vaste plan tracé par la Providence, et dont nous ne pouvons saisir qu'une trop faible partie pour comprendre l'ensemble? Ne voyons-nous pas, dans notre petite sphère, de nombreux exemples de coopération dont ne se doutent point les coopérateurs? L'archevêque Whately nous cite à ce propos la ville de Londres : < Une province couverte de maisons » et qui est approvisionnée avec une certitude, une abondance, une régularité & laquelle probablement ne serait jamais arrivée la sollicitude la plus active, guidée par la prévoyance humaine la plus intelligente. Tout le mécanisme employé à cet effet est composé d'individus qui, chacun, ne voient lien autre chose que leur intérêt immédiat, et cependant coopèrent à une œuvre que nul pouvoir Jerrestre n'aurait accomplie avec le même succès.
Si le parfait accord des moyens et du but annonce à la fois un dessein arrêté etune pensée pleine de sagesse, nous avons ici l'un et l'autre; car chacun des pourvoyeurs, tout en croyaut n'agir que pour lui-même, n'en marche pas moins vers un objet dont il n'a pas conscience, et le fait aussi régulièrement que s'il était l'un des rouages d'une machine.
On trouve partout, et à chaque instant, la preuve que les membres de toute société humaine sont guidés par une force qui ne leur appartient pas, force supérieure qui les conduit A des résultats qu'ils n'avaient pas prévus, et indique un plan providentiel dont la sagesse finira par être évidente pour tous.
Il est possible, également, que cet arrêt des facultés inventives chez les races qui nous ont précédés dans la voie des découvertes, ait été résolu pour que la plus grande somme de puissance fût du côté de la religion qui enseigne aux hommes & vivre en paix, et à s'aimer les uns les antres. Si le pouvoir que la science met au service des nations chrétiennes eût été accordé aux peuples qui semblaient devoir l'acquérir par le cours naturel des choses, nous ne voyons pas de raison pour que tes bouddhistes et les musulmans n'eussent pas tourné contre nous leurs armes perfectionnées; et les i^inatrices du Lancashire, ainsi que les belles filles d'Ecosse, alimenteraient aujourd'hui les harems de l'Orient.
On nous a demandé tant de fois si les Africains étaient car
;abyGoot^Ie
ET SBS AFFLUENTS. 555
pables d'embrasser le christianisme, que nous croyons devoir hasarder les observations suivantes ; elles paraîtront inutiles à ceux qui connaissent les résultats que les missionnaires ont obtenus depuis vingt-cinq ans dans l'ouest et dans le midi de l'Afrique; mais elles répondront aux personnes qui nous ont interrogé.
Cette question parait impliquer, chez ceux qui nous l'adressent, l'idée que la réceplion de l'Évangile eiige une haute intelligence et un jugement exercé. Il se rencontre, il est vrai, des hommes qui, par tempérament, examinent et discutent tous les sujets, autant du moins que leurs facultés le leur permettent; mais ceux qui, dans la vie, n'obéissent qu'à la raison pure, forment dans toutes les races une très-petite minorité.
Nous citerons à cet égard les paroles de sir James Stephen : ■ Les apdtres,dit-il dans l'un de ses essais historiques, affirment qu'il existe chez tous les hommes un discernement sfnrituel qui permet à l'intelligence non obscurcie par la passion ou les appétits grossiers, de reconnaître la voix divine, soit qu'elle se manifeste par le sentiment intérieur, soit qu'elle emprunte le langage des prophètes. Ils croient que cette vigueur morale peut s'allier à la faiblesse de l'entendement; et que le pouvoir de distinguer la vérité de l'erreur, en matière religieuse, ne dépend pas du degré de culture des facultés intellectuelles. L'Évan^^e, patrimoine spécial du pauvre et de l'illettré, a servi d'appui à des millions d'hommes qui n'ont jamais construit un syllogisme. Parmi les multitudes qui, depuis la naissance de Grotius, et bien avant elle, ont vécu et sont morts consolés par notre foi , il y en a bien peu dont les convictions aient eu pour base' des aliments pareils à ceux de l'illustre publiciste. •
Si nous avons cité les paroles qu'on vient de lire, c'est parce qu'elles expriment une croyance qui est la nâtre, à savoir que notre divine religion est à la portée du plus humble des hommes, aussi bien que des plus nobles esprits. Toutefois, l'enseignement de ses vérités sublimes doit différer suivant les diverses classes de la famille humaine, et se plier aux circonstances où l'individu est placé.
Les cérémonies pompeuses, l'observance des rites, la parole grave et froide, le regard austère de ceux qui croient devoir se permettre une nuance d'orgueil sacerdotal, peut convenir à cer*
;abyGoot^Ie
550 LE ZUfBËSB
taines personnes ; mais en tout pays les dégradés ont besoin d'autre chose.
Pour gagner la confiance des victimes de la traite, il faut employer à leur égard le même moyen qu'à celui des malheureux qui, parmi nous, manquent de pain et d'abri : le pouvoir magique de la bonté, un charme qui est l'une des découverles des temps modernes.
n est possible que ce moyen n'agisse pas tout d'abord; et, quand il agit, les effets n'en sont pas toujours durables. Le premier mouvementdes infortunés, quelle que soit leur couleur, est la défiance, ou une méprise au sujet de la douceur qu'on leur témoigne, et qui, à leurs yeux, est une preuve de faiblesse. Maïs les sentiments que la cruauté du sort a flétris chez eux renaissent avec le temps, comme l'herbe après la pluie. Ce fut la lutte courageuse de l'évéque Mackenzie contre les chasseurs d'hommes, et sa sollicitude pour les opprimés, qui lui attirèrent si vite la confiance des indigènes.
Les moyens d'amélioration doivent en outre se modifier suivant la nature des individus. Il faut que l'apAtre fasse usage de tout ce que lui inspire sa charité pour stimuler le paresseux, adoucir le brutal, éclairer l'ignorant, et prêcher à tous la loi d'amour et de pardon.
Quant aux résultats qu'ont obtenus les missionnaires, nous avons pu voir par nous-mêmes des preuves évidentes de leurs succès, tant sur la cAte occidentale que dans le midi de l'Afrique, où de nombreux chrétiens indigènes, intelligents et bien vêtus, forment le plus heureux contraste avec ceux des mêmes peuplades qui sont restés païens. Le dimanche, par exemple, est célébré à Sierra-Leone, à Kuruman, et en d'autres lieux, avec non moins de ferveur et de décence que dans n'importe quel village écossais. Il est impossible, en voyant cela, de ne pas être frappé du bien qu'a fait l'Angleterre, dont la postérité appréciera la philanthropie.
Si nous n'avions pas eu de longues relations avec les habitants de Kuruman, auxquels M. Motfat prodigue ses soins depuis bienlAt un demi-siècle, peut-être nous serions-nous défié des apparences. Mais nous connai.'soos depuis longtemps l'esprit des tribus d'où sont tirés ces néophytes ; et nous avons eu mainte fois l'occasion de juger de la conversion réelle de ceux qui nous
;abyGoot^Ie
occupent. Nous pouvons donc affirmer que le capitaine Burton a commis une erreur quand il a dit que les mahométans seuls faisaient des prosélytes parmi les Africains ; nous pensons même, qu'en disant cela, il avait moins en vue d'établir un fait que d'aLtaquer les préjugés de ceux qui lui paraissent des esprits faibles. L'assertion du capitaine, ayant été mentionnée dans une revue anglaise, nous avons fait à cet égard des recherches dont nous citons les résultats avec joie ; car, dans tous tes lieux oii se répand le christianisme, l'homme devient meilleur.
D'après le recensement ofûciel fait en 1861, la population de la province de Sierra-Leone était de kl 000 âmes, dont 37 000 chrétiens et 2754 musulmans. Ces chiffres sont loin de prouver que la religion de Mahomet est la seulç qui fasse des prosélytes sur la terre africaine '.
En 1854, les 12 000 chrétiens de la colonie, appartenant à l'Ëglise anglicane, pourvoyaient eux-mêmes aux frais de leurs écoles, dont la dépense annuelle était alors de 800 livres sterling (ïO 000 francs).
Nous ne savons pas à quelle époque les paroisses commencèrent à souscrire pour l'extension du culte qu'elles ont embrassé; toutefois en lf61 les convertis de Sierra-Leone envoyaient A. la Société des Missions de Londres une somme de 1 0 000 livres, destinée à la propagation de l'Évangile. Ceci est la preuve concluante du désir qu'ils ont de faire participer leurs frères aux bienfaits dont ils jouissent.
On n'a pas cherché à savoir le total des souscriptions arricaines pour l'extension de la foi ; mais, d'après les renseignements les plus dignes de confiance, lechiffre annuel de ce tribu volontaire dépasserait quinze mille livres, en joignant aux sommes
I. Nouvelle preuve du peticliiinl des Anglais & ae voir que le point qui les occupe, el à $e servir du terme général pour désigner ud cas particulier. C'est & propos de U Mission de Hombas que le capiliine Burtoa a commis les lignes que lui reproctie te docteur. Hais l'Afrique du capitaine se réd'iit à la région comprise entre le Kingaui ('!* de ht. australe) et le delroit de Bab el Uandeb, sur une prot^indeur de lU* de longitude; elle est visitée par les Arabes depuis des sibcles; IximèeauiDidi par Zanzibar, au nord par ta ville sainte d'Harar; et ît est probable que les musulmans y font plus de prosélytes que les chrétiens. L'assertion du capitaine serait encore vraie i. l'égard du Soudan central et des bords du Haut- Niger; ce qui n'infirme pas le rfcit du docteur, dont les Africains de Sierra* Leone et da Kuruman sont plus loin des parages de Burton que la France de la Suède, oulesEuropéensdeHomedeceuideConitantinople. [Natedutraducitur.)
;abyG00t^Ie
558 LE ZÂMBÈSB
qui proviennent de l'ouest et du midi de l'Afrique celles que donnent les noirs des Indes occidentales.
Ainsi , comme nous l'avons dît plus haut , tandis que les musulmans, quand ils répandent leur foi, ce qui est assez rare, satisfont en même tempsleur amour du pillage, toutau moins leur intérêt personnel, ces nouveaux chrétiens sacrifient une partie de leur avoir pour propager l'Évangile, bien qu'on leur dise toujours que ce n'est pas là ce qui les sauvera ; car le salut ne s'achète pas.
Si nous n'avons rien pu découvrirqui motivÂt cette assertion du prosélytisme des musulmans , il nous a été facile de voir que les reproches adressés à la politique anglaise au sujet de la répression de la traite ne sont pas mieux fondés. Nous supposons qu'ils émanent des traitants de la côte , braves gens qui, après boire, verraient sans déplaisir renaître le commerce d'esclaves.
Malgré tous les égards que nous inspirent ceux de nos compatriotes qui vivent à l'étranger, et bien que nous soyons persuadé que chez eux le sentiment de ta justice est plus prononcé que chez beaucoup d'autres, nous reconnaissons que le marchand anglais de bas étage ne doit pas être cru sur parole ; et, question d'humanité â part, l'essor donné au commerce de la câte occidentale par le système de lord Palmerston demande, croyons-nous, que cette politique soit maintenue dans toute sa rigueur'.
1. Les comptes annuels, présentés au Pulement anglais, donnent le tableau
lerce de la cùle occidentale d'Afrique pour unt
: période de dii
Prodvitt importé/ dant la Grande-Bretagne.
Uvni.
Unt».
Hojenna de cbaque année. 554,681
5,se3,941
Produit* txpoTlét de la Grandt-Broagne.
18il — &5 Val. orfic. 4,154,735 HojeDDe de chaque aanie. 830, 9U
1856-60 Vat.est. 9,376,351 1.875,350
L'eiporlation africaine a décru pendant lea dernières (années par suite de la découvertf) de l'Dvile de pétrole enAmérigue. De quatre i cinq mille balles decotM) lurent epvoyées en Angleterre en 1864. Nous rappelleron» qu'à lépoquo où les établîasemants du Sierra-Leone, de la Gambie, et de la Cûte d'Or faisaient la traite
;abyG00t^Ie
ET SES AFFLUERTS. &59
Nous lisons le passage suivant dans un rapport imprima le 29 mars 1865 par ordre de la Chambre des Communes : ■ Quant à la traite, il est bien avéré qu'elle a complètement disparu de tous les points de la cdt« où il existe des établissements anglais ; elle a été refoulée plus ou moins loin de ces derniers, suivant l'extension que les directeurs de ces établissements ont pu donnera leur influence. Les possessions danoises et hollandaises, ainsi que la république de Libéria, ont également baoni ce trafic de leur voisinage *. >
Bien que ce soit un peu en dehors de l'objet de nos travaux, nous croyons utile de répandre ce fait que l'emploi de nos croiseurs dans ces parages insalubres produit beaucoup moins de ^écës qu'autrefois *. Les hommes ne sont plus employés aussi fréquemment dans les rivières; à bord, l'eau distillée est généralement en usage, et le traitement de la fièvre est mieux compris. Quant à noos, au lieu de saigner comme on le faisait jadis,
des nègres, le commerce licite De montait qu'à vingt mille livres par m, et qu'aujourd'hui le tonnage des baiimenl^ employés au transport des marcbandises est plus considérable qu'il ne t'a jamais éi^ pendaât U vente des esclaves.
I. Rapport du colonel Ord, chargâ par le gouverne ment anglais d'examiner la ■ituation des établissements de la Grande-B^ptagne sur la cfite occidentale d'Afrique, p. 38-
3, Le tableau suivant donne le chilTre des maladies de toute nature, et celui des morts des dilTérentes escadres de la marine britannique :
Nombre
Iles Britanniques
Méditerranée 61-8 45.4
Amérique du Nord et Indes occidentales. 60.4 36.3
Bré«l 43.4 27.7
Océan Pacifique &8.9 36.2
Cap de Bonne -Espérance 76.1 31.3
cote occidentale d'Arrique 63.0 38.0
Indes orientales et Cbioe S6.7
Australie 40.0
Forces irrégulièrei 77.4
Nous n'avons pai le cbiflre des décès pour les agenis civils de lacAle occidentale; mais on peut établir qu'il est peu élevé. La facilité avec laquelle cœ fonctionnaires obtiennent de revenir en Europe, dis qu'ils soufTrent du climat d'une manière inquiétante, doit avoir considiraldenient diminué le nomlne des morts parmi eui. {RtporI ofeoloBtl Ord, p. 30.)
;abyG00t^Ie
5» LE ZAHBÈSE
nous administrons un apéritif, mélangea la quinine; ce moyen est d'une UUe elticacité, que dans la plupart des cas l'accès de Qèvre n'est pas beaucoup plus grave qu'un rhume; le malade n'en est pas même affaibli. Un traitement analogue a fait tomber le nombre des morts, pour l'escadre de la côte d'Afrique, au-dessous du chiffre que donne la station de l'Amérique du Nord et des Indes occidentales.
On iiprétendu que certaines personnes répandaient au loin tout'ce qu'elles avaient de charité, et refusaient de tendre une main secourable aux malheureux qui les entourent. Jamais nous n'avons rencontré de ces personnes-là; il est même probable qu'elles n'existent que dans le cerveau de gens moroses, dont la bienfaisance ne s'exerce nulle part; et nous ne craî-y gnons pas d'encourir le blâme de ceux que la misère voisine touchent le plus, en parlant avec orgueil des souétës apostoliques de la côte de Guinée. Elles sont au nombre de seize, dont six appartiennent à la Grande-Bretagne, sept aux États-Unis, deux à l'Allemagnti, et une aux Inde-s occidentales.
Ces sociétés entretiennent cent quatre missionnaires de race blanche; elles ont cent dix stations, deux cent trente-six écoles, où elles reçoivent treize mille élèves; et comptent dix-neuf mille communiants inscrits, chiffre qui représente une population chrétienne d'environ soixante mille âmes.
Le zèle de nos frères d'Amérique nous a été particulièrement agréable; il est une nouvelle preuve de l'influence de notre sainte religion ; et montre que pour l'homme généreux et dévoué la distance n'est rien : toute la question est dans le service qu'il peut rendre.
Les Américains font d'excellents missionnaires ; en disant que leurs travaux sur la côte de -Guinée sont au-dessus de tout éloge, nous ne faisons qu'un acte de justice pure et simple. Et ce n'est pas seulement sur ce rivage que brille leur charité : on les retrouve en Syrie, dans l'Inde, en Chine, dans le midi de l'Afrique, dans la mer du Sud, où ils se montrent partout les dignes enfants de ce Vieux Pays' qui est une source de lumière pour tous les peuples, un asile pour tous les opprimés.
1. Old Country, nom appliqua i ta Grande-Bretagne par les premiera colons de la Nouvelle Angleierre, et qui est maintenant employé ilins tous les Eiats de
;abyG00t^Ie
En face des succès obtenus sur la côte occidentale, succès dont le résumé qu'on vient de lire est bien pâle, nous demandons aux Portugais comment ils osent fermer neuf cents milles de la côte de l'est à ces influences civilisatricesîPermettra-t-on qu'une région si vaste et si fertile soit condamnéeà une situation pire que la stérilité, jusqu'à ce que les Espagnols et les Portugais sachent renoncer à. leur trafic homicide î ^
Quand ces peuples usés parient de leurs glorieux ancêtres, ils doivent se dire que la stagnation intellectuelle, que présentent certaines races, les a frappés eux-mêmes. La prise de Cuba par les États-Unis serait un bienfait pour l'Espagne, en déchirant le voile qui l'aveugle ; et le gouvernement britannique rendrait un vrai service au Portugal, s'il oubliait les prétentions de celui-ci à posséder une province qui, sans aub'e bénéfice que d'en faire parade aux yeux de l'Europe, lui assure le plus mauvais renom de la chrétienté.
Ainsi qu'on l'a vu dans les pages précédentes, les hommes d'État de Lisbonne effectueraient volontiers, par l'entremise des capitaux anglais, ce que la philanthropie de nos compatriotes, protégée par les vaisseaux de la Grande-Bretagne, a su accomplir ailleurs.
Dans le Mozambique, pas une école, pas un indigène qui sache lire; pas une branche de commerce, ou d'industrie, qui ait reçu le moindre développement; et, dans tous les lieux où s'étend le pouvoir, ou plutôt l'intrigue des Portugais, nous voyons cet infâme négoce, qui est le contraire^absolu de la loi du Christ, et qui défie la vengeance du ciel.
Tous les efforts de l'Angleterre pour l'anéantir sont neutralisés par une poignée de convicts, soutenus par des gouverneurs besoigneux, dont l'autorité ne s'étend pas au delà de ce qu'ils peuvent voir de la terrasse de leur forteresse.
Si la cûte orientale d'Afrique ne doit servir qu'à des condamnés, pourquoi l'Angleterre n'y enverrait-elle pas les siens? Cette côte n'appartient pas plus aux Portugais que la Chine n'est à eux parce qu'ils possèdent Hacao. Si criminels que soient nos déportés, ils vaudraient mieux ponrle pays que les gens qu'on' y envoie, car ils ne vendraient pas les indigènes. Le climat d'ailleurs est énervant, et dompte les natures violentes. Nous l'avons observé à Loanda, où, chaque soir, toutes les armes
;abyG00»:^Ic
de la ville sont entre les mains d'individus qu'on y a transportés.
Ce sujet mérite d'être pris en considération, dans un moment oii l'Angleterre cherche un endroit ofi elle puisse envoyer ses convicts.
D'après le rapport du colonel Ord, c'est moins à la présence des vaisseaux qu'à celle des établissements,, religieui et autres, qu'il faut attribuer la suppression de la traite. En effet, l'odieux trafic a disparu tout aussi complètement sur les points où l'escadre s'est peu montrée, que dans tes parages oii elle a fait le plus long séjour.
Nous sommes persuadé, quant & nous, qu'un établissement, ou une expédition dans l'intérieur des terres, produirait plus de résultats qu'une escadre nombreuse, et ferait moidé moins de dépense qu'un seul des croiseurs de Sa M^esté.
;abyGoot^Ie
POST-SCRIPinM.
J'avais conduit le Lady Nyaua à Bombay avec la ferme intention de le vendre, ce qni m'aurait été Tacile; mais au moment ofi j'allais m'en séparer, je me sentis moins disposé que jamais à abandonner au commerce d'esclaves, la région que je venais de parcourir; et je résolus de consulter mes amis avant de me défaire de ce brave petit vapeur.
J'avais avec moi deux jeunes Aitjouhannais ; ils furent placés dans une école dirigée par le docteur Wilson, missionnaire d'un grand mérite; puis ayant pourvu au rapatriement des Zambésiens, je partis pour l'Europe avec les trois matelots anglais ; et j'arrivai à Londres le 20 juillet 1864.
Déjà Hister et Histress Webb, dans une lettre que j'avais reçue à Bombay, m'avaient invité à prendre Newstead-Abbey pour domicile. A mon arrivée, ils renouvelèrent cette offre généreuse; et bien que je n'eusse pas l'intention de bire un long séjour chez ces excellents amis, j'y suis resté jusqu'en avril 186S. Tout ce volume, tiré de mon journal, et de celui de mon frère, a été rédigé sous leur toit; et c'est avec une profonde reconnaissance que je me souviendrai toujours de leur ioépuisable bonté.
J'ai connu H. Webb en Afrique, où il chassait, avec non moins de bonheur que d'audace. Son amitié m'est d'autant plus précieuse qu'il a vu les missionnaires à l'œuvre, et qu'il ne m'accorderait pas son eslime et son affection s'il n'était persuadé que mes collègues et moi nous sommes d'honnêtes gens, essayant d'accomplir notre tâche, et y travaillant avec ardeur.
Le gouvernemenl a bien voulu acceillir la proposition de la
;abyGoot^Ie
564 POST-SGRIPTUM.
Société géographique de Londres, et s'unir k ce corps savant pour m'aider à ouvrir l'Afrique orientale aux iniluences civilisa' trices. En outre, un de mes amis particuliers a donné mille livres pour cet objet.
Je me propose de pénétrer dans les terres, au nord des possessions portugaises, et d'y introduire le système qui a produit de si heureux effets sur la cdte de Guinée; système dans lequel l'établissement d'un commerce licite, et celui des missions chrétiennes, se joignent aux efforts des croiseurs.
J'espère, cette fois, remonter la Rovounra, ou quelque autre Seuve ayant son embouchure au nord du cap Delgado ; et sans négliger le travail dont il vient d'être question, je ferai tout mon possible pour côtoyer le bord septentrional du lac Nyassa, puis la rive sud du Tanganyika, afin de reconnaître la ligne de partage des eaux dans cette porUoo de l'Afrique.
En entreprenant cette tâche, mon désir n'est pas d'ébranler ce qui a été fait au prix de tant de fatigues et de périls par MM. Spekeet Grant; mais plutAt de confirmer leurs célèbres découvertes.
Il a été publié dernièremeat à Lisbonne, une série d'articles ayant pourbut de mettre à néant les faits que j'ai avancés à Bath dans le meeting de l'Association britannique pour le progrès de la science. Ces articles, dus à la plume d'un M. Lacerda, ont paru dans le journal officiel du Portugal ; le ministre portugais des affaires étrangères vient de les faire traduire en anglais, et répandre dans la Grande-Bretagne sous forme de petit livre, d'une édition populaire. Ce qui ft^ppe surtout dans ce document ministériel, c'est l'exlréme ignorance de la géographie d'une région que les Portugais prétendent non-seulement connaître, mais posséder exclusivement.
Un bruit vague, mentionné par quelque vieil auteur au sujet de deux marécages, situés en aval des cataractes de Murchison, est considéré dans ce petit livre comme une preuve évidente que les anciens habitants de Senna remontaient facilement le Chiré jusqu'au lac, en dépit des douze cents pieds de chute qu'y forment les cascades que nous avons rencontrées.
;abyGoot^Ie
P03T-SCRIPTDM. 565
D'après cet opuscule, le Nyassa n'est pas autre chose qu'une large nappe, sans profondeur, ayant un courant d'une certaine violence, et que le senhor Candido a déclaré avoir vue au nordouest de Tété ; or le Nyassa qui est un lac étroit et profond, et qui n'a pas de courant, se trouve précisément au nord-est 'du village indiqué.
Enfin, j'ai commis une faute grave en altribuantla découverte de la principale source du Nil à Speke et à Grant, et non pas k Ptolémée, ainsi qu'au Père Lobo.
Mais en publiant ces articles, et en les faisant traduire, le minislre portugais a moins pensé à la géographie qu'à, établir ses droits sur un territoire où l'établissement d'un commerce licite avec les naturels ne rencontre d'autre obstacle que cette revendication.
Les faits qu'on vient de lire en ont donné la preuve ; et nous pouvons jouter que les prétentions du Portugal , prétentions peu fondées, à régir la côte d'Afrique depuis la baie Delagoa, jusqu'au cap Delgado , c'est-à-dire sur une longueur de 1360 milles, est ce qui perpétue la barbarie dans cette région.
n y interdit formellement tout commerce étranger, excepté sur quelques points où il a établi des douanes, et où l'exagération du tarif, et les droits différentiels qu'il impose, ne laissent aux indigènes d'autre branche de négoce que la vente de l'esclave.
^^âis jetons un regard sur cet immense littoral, dont les Poi^ tugais s'efforcent de nous faire croire qu'ils sont les possesseurs. A la baie Delagoa, nous leur voyons un petit fort appelé Lorenzo Marquez, et rien au delà des murs. A Inliambané, s'ils ont un lambeau de terre , c'est par la tolérance des indigènes. Sofala est en ruine; et à partir de Quilimané, sur une étendue de 690 milles, nous ne leur trouvons plus qu'une petite estacade, protégée par une chaloupe qui ferme la rivière d'Angoxe aux navires étrangers; et l'tle de Mozambique, où le fort a été construit; enfin vis-à-vis du fort,surle continent, une langue de terre d'une longueur d'environ trois milles, où sont quelques fermes que les in-
;abyGoOt^Ie