LitUralement, eaubouiltaole
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Quelques bouquets de palmiers et d'acacias apparaissent, k l'ouest du Morambala, sur la langue de terre qui sépare le Chiré du Zambëse; un endroit fertile et des plus giboyeui. Les rameurs n'osent pas y coucher, dans la crainte d'être surpris par leslions; ils préfèrent passer la nuit dans l'tle.
Des hommes de Choupanga, que nous avons à notre service, ont crié l'autre soir qu'il y avait un lion sur la rive. La nuit était d'une obscurité complète, et nous n'aperçûmes que deux points étincelants qu'on nous dit être les yeux de l'animal; car ici, comme ailleurs, ils sont persuadés que les prunelles du lion flamboient toujours dans l'ombre. Gomme ce n'étaient pas des mouches lumineuses, élatérides ou fulgores, puisque rien ne bougea au coup de tasil qui leur fut adressé, il est probable que c'étaient des vers-luisants.
Au-dessus du Morambala, nous nous engageons dans un marais d'une vasie étendue où serpente le Chiré. Vers le nord, pendant bien des milles, se déploie un véritable océan de verdure dont la surface est tellement plane qu'on pourrait y prendre la hauteurdu soleil. A dix ou quinze milles au nord du Morambala s'élève, en forme de d6me, le Makanga ouChi-Kanda. Plusieurs autres montagnes, dont les sommets ont l'air d'être granitiques, se dirigent vers le nord, et forment la côte orientale de la vallée. Une autre chaîne, composée de roches métamorphiques, ayant son point de départ en face de Senna, ferme la vallée du cAté de l'ouest.
Après avoir traversé une partie de ce marais, nous arrivons à une large bande de palmiers et d'autres arbres, qui se déroule sur la rive droite, où elle divise la plaine.
Les traces de la grosse bête y abondent; des éléphants ont cueilli les noix des palmiers, dont le goût est agréable, et qui servent d'aliment aux indigènes.
Deux pythons, lovés ensemble et reposant parmi les branches sont tués à coup de fusil. Le plus grand des deux, qui est une femelle, a dix pieds de long ; c'est une espèce inofTensive, et dont k chair est, dit-on, bonne h manger.
Les Makololos, ayant mis le feu aux grandes herbes, à la place où ils coupaient du bois, un buffle solitaire s'est précipité hors des flammes, et achai^ avec fureur un Jeune homme fort-agile appelé Mantlanyané. Jamais la vitesse du pauvre garçon ne l'a
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I mieux servi ; au moment où il atteignit la berge, et sauta dans la : rivière, les cornes de la bête furieuse n'étaient pas à six pieds < de sa personne.
Vers le soir, après la journée faite, quelques-uns de nos hommes se sont mis à pécher. lis ne manquent jamais, suivant la méthode africaine, dés qu'ils ont jeté la ligne, d'agiter l'eau en y frappant deux ou trois coups avec le sommet de la canne, afin d'attirer les regards du poisson. N'ayant pas été heureux, ilsl'expliquent à la manière anglaise : ■ Le vent était trop fort, le poisson n'a pas mordu. ■ i
De nombreux jardins, où l'on voit du maïs, du tabac, des citrouilles, bordent les rives marécageuses ; ils appartiennent aux montagnards, qui les ont ensemencés pendant la saison sèche. A l'époque des pluies tous ces terrains sont submergés ; une grande quantité de poissons, le clarias du Cap et le mulet africain principalement, y sont recueillis pendant la croissance des plantes ; on les fait sécher soit pour les vendre, soit pour les consommer plus tard.
Nous passons devant l'embouchure d'une petite rivière, qui sort d'une lagune de plusieurs milles ; c'est un cours d'eau profond, d'une largeur d'environ trente yards. Beaucoup d'hommes y sont occupés, sur différents points, à récolter la racine du lotus, qu'ils appellent nyika; ils en emplissent leurs pirogues. Cette racine, d'un usage alimentaire extrêmement répandu en Afrique, se mange grillée ou bouillie, et ressemble alors à nos châtaignes.
La majeure portion des lentilles d'eau qu'on voit sur le Ohiré y sont amenées par cette petite rivière, et proviennent de la lagune où celle-ci prend naissance, lagune qui est appelée Nyanjaea-Motope, ou Lac-de-Boue. On la nomme aussi Nyaiya-Pangono, c'est-à-dire, Petit-Lac; tandis que le marais des éléphants porte te nom de Nyanja-Moukoulou qui signifie Grand-Lac. Il est évident (la ligne du rivage se voit encore sur les montagnes adjacentes) qu'autrefois ces marais étaient des nap}>es d'eau profondes; les noms traditionnels qu'ils ont conservés sont une nouvelle preuve du dessèchement général que subit la terre africaine.
On ne croirait pas, que dans cette région, les connaissances géographiques des Portugais n'ont jamais été au delà du Pan-
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Dij.zeObïGoOl^lc
gono et du Houkoulou. Le vicomte Sa da Bandeira , malgré ses patriotiques efforts pour établir que nous n'avons pas découvert le lac Nyassa, n'a trouvé dans les archives de Lisbonne qu'un seul renseignement à ce sujet, et le cite dans une lettre officielle au gouverneur du Mozambique. Le dit renseignement établit que les habitants de Senna entretenaient des relayons commerciales avec le» montagnards du Uorambala ; d'où le vicomte infère qu'ils ont dû remonter plus haut, et naviguer sur les nyanjas en question.
Dans tous les cas, ni l'un ni l'autre de ces marais n'a jamais été le lac Nyassa. Les cataractes du Cbiré sont complètement inconnues ; celle du Zambèse, la grande chute de Hosinsa-Tounya, l'était également, nous en avons la certitude; les Portugais en ignoraient même l'existence. Toutefois, avant d'avoir lu la lettre du vicomte da Bandeira, nous supposions que les cataractes de Murchison devaient être connues des anciens Portugais de cette province. Nous pensons même encore qu'elles ont dû être explorées-, mais puisque leur découverte est demeurée cachée an reste du monde, puisque le souvenir s'en est perdu, même à Senna, elle doit se ranger parmi les explorations des indigènes.
Le bon vicomte sent aujourd'hui l'inconvénient de la politique bornée de ses ancêtres en fait de géographie; ses descendants regretteront de même la politique de dupes que suivent ses contemporains en matière commerciale.
Un membre de la compagnie de Jésus, proposa autrefoisd'explorer le lac Maravi; mais on ne voit nulle part qu'il ait exécuté ce projet. Voilà, nous regrettons d'avoir à le dire, tous les renseignements que nous avons pu nous procurer & cet égard; s'il nous avait été possible d'en apprendre davantage, nous le dirions sans réserve; car nous n'éprouvons aucun désir de diminuer les découvertes des autres.
Le premier jour de cette nouvelle exploration du Ghiré, après avoir fait le bois qui nous était nécessaire, nous allâmes, vers le soir, au village d'un chef féminin appelé Chikanda-Kadzé ; nous voulions y acheter du riz pour nos gens. Nais nous voilà dans la région bienheureuse où le temps n'est compté absolument pour rien , où les hommes s'asseyent et se reposent dès qu'ils sont fatigués. Ceux du village de Chikanda nous prièrent donc d'attendre jusqu'au lendemain, nous assurant qu'ils nous
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rendraient alors tout ce que nous voudrions. Hais nos quarante hommes, n'ayant pas de quoi souper, il fallut partir, et gagner le village suivant.
Chaque fois que nous rencontrons de ces individus, qui, pour ne pas se déranger, perdent le bénéûce d'une vente , et ne s'en Inquiètent pas le moins du monde, ou qui pensent qu'on ne doit se hâter que lorsqu'il ^'agit de fuir un ennemi, nos idées sur la puissance de la bourse et le lime is money, reçoivent un-choc. La sureTcitalion née d'une concurrence avide, qui, en Europe, nous usel'esprit et le corps, et. nous rend la vie amëre, est inconnue dans cette région bénie. Les endroits cultivés n'y sont que des points imperceptibles en comparaison des champs immenses, dont l'herbe n'est pas même broutée. Quel dommage qu'une telle abondance, mise en réserve pour tous les hommes par la bonté du Père, ne profite qu'à si peu de monde l
Noire misérable petit vapeur ne pouvant pas nous porter tous, il nous a fallu descendre les chaloupes, et y mettre une partie de notre escorte. Un soir l'une d'elles a cliaviré dans l'ombre; il s'y trouvait un individu qui ne savait pas nager, et qu'on n'a pu recueillir. Tons les autres en ont élé quittes pour un bain ; mais la mort de ce pauvre garçon nous a remplis de tristesse, et ajoute au chagrin que nous éprouvons souvent d'avoir été trompés par le constructeur de ce malheureux navire; par un compatriote I 11 en est peu, qui auraient agi ainsi. Le Ma- Boberl, k ce qu'on nous assurait, devait porter de dix à douze tonneaux, et recevoir irente-sii hommes. Mais ce chargement l'aurait fait couler bas; et il fallut en venir à l'expédient qui Cdusa la mort de cet infortuné.
Le lendemain nous étions au village de Mboma, par le'&C'SO* latitude sud. On y fait venir une énorme quantité de riz; et les habitants s'empres?èrent de nous en apporter ; ils nous le vendirent un prix fabuleusement minime ; et nous ne pûmes acheter la dixième partie de ce qui nous était offert. î "Le soir, un ménestrel indigène nous donna une sérénade composée de chants sauvages, mais non dépourvus de charme, qu'il accompagnait de notes bizarres, tirées d'une espèce de violon monocorde. Son intention, dit-il eux Makololos, était de jouer toute la nuit, afin de nous engager à lui donner quelque chose. Les nuits étant glaciales (-|- 8" seulement), et compliquées de
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brouillard, nos hommes lui demandéreuts'il n'avait pas peur de mourir de froid; mais il leur répondit, avec l'assurance d'un joueur d'orgue italien ; « Ohl non; je passerai la nuit dans la grande pirogue avec les blancs. J'ai souvent entendu parler d'hommes à peau blanche; mais je n'en ai jamais vu; et je dois chanter pour eux. ■ II sufGt néanmoins d'un petit morceau de cotonnade pour le faire déguerpir ; et il s'en alla de trèsbonne humeur.
L'eau du Chiré, au lever du soleil, étant à vingt et un degrés au-dessus de zéro, et celle de l'air à huit seulement, ainsi que nous le disions tout à l'heure , il en résulte d'épais brouillards, qui s'élèvent de la rivière fumante. En pareille circonstance, le
Violon arricaln.
bain froid du raatin ne convient pas ; car au lieu de se réchauffer au sortir de l'eau, on est transi, et l'on peut gagner le frisson.
La chaîne de montagnes qui prend naissance vis-à-vis de Senna, passe t deux où trois milles du village de Mboma, et se dirige ensuite au nord-ouest. Le Malahoué en est le mont principal; une quantité de villages sont appendus à ses flancs boisés. ' La houille se trouve à fleur de terre ; elle apparaît au milieu des roches.
A mesure que nous avançons le pays s'améliore ; la vallée est ' moins marécageuse et les arbres s'y multiplient.
Sur les deui rives, dans chacun des sentiers qu'ont fait les hippopotames pour aller pattre, on voit des pièges destinés à ces
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pachydermes. L'hippopotame se nourrit exclusivement d'herbage ; nous ne l'avons jamais tu manger de roseaux, ni d'autres plantes aquatiques; et dans tons les endroits où il a quelque chose à craindre, il ne pâture que la nuit. Ses lèvres énormes, agissant comme «ne faucheuse, lui ouvrent un chemin tapissé d'herbe rase, qu'il prolonge jusqu'à ce qu'il soit rassasié. Ses énormes canines semblent être à la fois des armes offensives et défensives.
Le piège à hippopotame que nOns vojons ici est formé d'une poutrelle de six à sept pieds de longueur, dont l'un des bouts est armé d'un fer de lance, ou d'une pointe de bois trés-dur que l'on recouvre d'un enduit empoisonné. Cette poutrelle est suspendue à une fourche par une corde traînante, fixée au moyen d'un crochet qui cède sous les pas de l'animal; la corde est mise en liberté, la pièce de bois tombe aussitàt, et le dard venimeux transperce le cuir de la béte. Dans quelques endroits la poutrelle est chargée de pierres aûn de la rendre plus lourde ; ici, elle est faite en bois dur, et a par elle-même une pesanteur suffisante.
Malgré la multiplicité des pièges, les hippopotames, étant des animaux défiants, sont toujours très-nombreux. L'un d'eux flit surpris par notre vapeur qui naviguait près delà rive. Dans son effroi, il s'élança hors de l'eau, et courut directement sous un piège, dont la poutrelle lui tomba sur la croupe ; le dard empoisonné de la lance lui pénétra d'un pied dans les chairs. Il regagna l'eau immédiatement, mourut au bout de quelques heures, et fournit aux indigènes les éléments d'un bon repas. La viande n'est pas infectée par le poison, si ce n'est la partie qui entoure la blessure; partie qu'on enlève aussitAt, et qu'on a soin de jeter.
Le soir on nous héla vigoureusement, et d'une voix impérieuse. ■ Où allez-vous? nous criait-on de la rive; où allez-vous comme cela? Pourquoi voyagez-vousî Quelles sont vos intentions? — Vous pouvez dormir; ne vous mettez pas en peine; » répondirent nos Makololos.
■ Il fait eau plus que jamais à l'avant, monsieur, et nous avons un pied d'eau dans la cale, > furent les premières paroles qui nous saluèrent ce matin. Hais nous sommes habitués à ce genre de nouvelle; une catastrophe peut arriver n'importe quand, nous n'en serons pas surpris. Le parquet de la cabine est tou-
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ET SES AFFLDENTS. 91
jours mouillé , bien qu'on l'essuie mainte et mainte fois par jour; c'est à confirmer la croyance africaine, qui veut que les Anglais vivent dans l'eau, et n'aient pas d'autres maisons que les navires.
Cette malheureuse cabine est devenue l'habitation des moustiques; ils y pondent, ils y éclosenl; et nous avons à supporter ceux de l'intérieur et ceux du dehors, dont plusieurs genres nous témoignent leur aÊfeclion irritante. Une espèce, de couleur brune et de grande taille, que les Portugais appellent mansos (apprivoisés) vole droit à sa victime et fonctionne immédiatement comme si elle était conviée au festin. Il en est de tout petits dont la lancette n'en est pas moins singulièrement piquante et le poison très-actif. On se demande de quoi vivrait cette engeance si nous n'étions pas venus ici.
Les matières végétales qui se décomposent dans la vase, et le suc des plantes, forment la nourriture habituelle des moustiqiues ; le sang ne leur est pas nécessaire. Ils abondent tellement dans les endroits malsains, que leur présence peutétre considérée comme une sommation faite à l'homme de déguerpir, et de chercher une localité plus salubre. On n'en voit pas dans les lieux élevés; c'est dans les basses terres qu'on les trouve par myriades. Il n'y a que les femelles qui soient pourvues de suçoirs; mais leur nombre parait être hors de toute proportion avec celui des mAles. Le soir, quand le temps est calme, et que nous sommes arrêtés, cette peste nous met au supplice; et l'on s'empresse de se fourrer sous sa moustiqulère. Un seul de ces vampires, enfermé dans la gaze, vous fait passer une nuit dont on connaît les tortures; elles ont été si souvent décrites qu'il est inutile de les raconter ici. L'expérience vous apprend bien vite que battre la moustjquière avant d'y entrer, afin d'avoir la certitude qu'elle ne recèle aucun de ces petits bourreaux, est le seul moyen de s'épargner les tourments qui soumettent le repos et le caractère à une si rude épreuve.
A quelques milles au-dessus de Mboma nous retrouvons, par 16° 44' 30" latitude sud, le village du chef Tingani dont le tambour de guerre réunit promptement quelques centaines d'archers. Ici les arcs et les flèches sont d'un travail supérieur à ceux des peuplades que nous avons rencontrées plus bas. Les mousquetaires de Mariano ont pour ces flèches barbelées, et enduites de
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poison, un respect qui les éloigne des villages de Tingani. Nous recevons un assez bon accueil des habitants de ces bourgades; ils nous apportent ce qu'ils ont à vendre, et couvrent la rive de leurs produits variés.
On voit maintenant le Pirone, cette montagne mi^estueuse que nous avons nommée Clarendon. Plus loin encore, au nord-ouest, la grande chaîne des Milanje représente un sphinx, non terminé, qui regarde le lac Chiroua. C'est, dit-on, dans cette chaîne que le Ruo prend su source; il coule vers le sud-ouest, et rejoint le Chiré en aoiont àa village de Tingani.
Ud peu au delà, du Ruo commence le Nyanja Moukoulou, le grand marais aux éléphants. Nous y avons compté d'une seule fois, huit cents de ces animaux, qui s'y trouvaient en vue. En se retirant dnns ce marécage, ils font preuve de leur sagacité habituelle, car il n'est pas de chasseur qui puisse les yatteindre. Lors de notre première visiie ils se laissaient approcher sans crainte; notre vapeur traversa une de leurs bandes, et quelquesuns furent tirés en passant. Ai^ourd'hui, ils se tiennent à distance du Ma-Roberl; il leur a sufii d'une leçon pour apprendre que le monstrueux souffleur devait être évité. Du plus loin qu'ils l'aperçoivent, ils se dirigent vers le centre du marais, et ne mettent pas moins de deux ou trois milles entre eux et l'objet de leur effroi.
Le Moukoulou est sillonné dans tous les sens par des bras errants du Chiré. Nous y avons pris un éléphanleau au moment où Il gravissait ta berge pour suivre sa mère, qui fuyait à notre approche. Une fois captif, il se mit à crier avec tant de vigueur, que pour échapper à la visite de l'éiéphanle, nous nous empressâmes de partir en le remorquant par le nez. A la vue de cette trompe qui passait par-dessus le plat-bord, Monga, un de nos Makololos, brave chasseur d'éléphants, cédant à une sorte d'entraînement frénétique, prit son couteau et trancha presque la trompe. La blessure fut adroitement recousue, et le pauvre petit s'apprivoisa bien vite ; malheureusement la respiration empêcha la plaie de guérir; une hémorrhagie survînt, et emporta le blessé au bout de quelques jours. Si nous avions pu le ramener en Angleterre, c'eût été la première fois qu'on y aurait vu un éléphant d'Afrique.
L'éléphant mâle de l'espèce africaine est d'une taille de dix à
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onze pieds, quelgues-uDS dépassent cette mesure '. Il di&ëre de l'éléphant d'Asie par la forme de son front, qui est convexe, et surtout par l'énorme dimension de ses oreilles. Beaucoup de mâles, et toutes les femelles de l'espèce asiatique sont dépourvus de défenses; dans l'espèce africaine, au contraire, ces armes se trouvent chez les deui sexes. L'émail des molaires n'a pas non plus le même arrangement. Par une admirable disposition, de nouvelles dents germent et grandissent d'une manière continue dans ia partie de la mAchoire où les dents de sagesse se montrent chez l'homme; elles poussent les autres à mesure qu'elles se développent, et ânissentpar les faire tomber. Ainsi remplacées, les molaires sont toujours en bon état; cette reproduction a lieu jusqu'à un âge très-avancé. /
Les défenses des éléphants qui habitent les régions sèches et pierreuses sont d'un grain beaucoup plus serré, d'un poids beaucoup plus lourd que celles des bëtes qui vivent dans les lieux humides; mais ces dernières sont de plus grande dimension.
Les marais du Chiré, nourrissent une quantité prodigieuse d'oiseaux d'eau, appartenant à une foule d'espèces. Une heure passée h la pointe du grand mât nous fait assister à de nouvelles scènes de la vie africaine. Près du bord, sur les branches d'un arbre favori, se reposent des cormorans et des plotus. Ces derniers allongent tant qu'ils peuvent leur cou serpentin, et, tournant unœil,puis l'autre, vers le monstre qui approche, le considèrent avec une muette surprise. Les timides s'envolent ou plongent dans la rivière ; quelques-uns, plus hardis ou plus catmes, se contentent de déployer les ailes, et de se disposer au départ.
Le charmant garde-bœuf {Herodias bubutcus), un joli héron, qui est d'une teinte jaune au repos, et d'un blanc pur au. vol, prend son essor, rase l'herbe verte en compagnie de Èes semblables, et va se percher sur le dos d'un éléphant ou d'un bulïle.
Des légions de canards, où abondent surtout les soriris {Den- (froc^^na ptrsortdfa) ne cherchant pâture que la nuit, méditent
1. Belegorgue en i tué qui avaient plus de douze pieds six pouces, mesure Eraotaise. Il est questiou d'iudivldus encore plus grands dans les récits des Anciens Colons du Cap. (yole du traducteur.)
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paisiblement au bord des lagunes , et s'envolent dès qu'ils entendent le bruit de nos roues.
Des pélicans, en train de pécher, glissent à la surface de l'eau, tandis que l'ombrette, et d'autres hérons, guettent leur proie d'un œil attentif. Des centaines de linongolos {Anaslomes lamelligires) s'échappent des bouquets d'eschinomènes , et des fourres de plantes aquatiques, où ils nichent en société, et gagnent rapidement les hauteurs moyennes de l'air. La grande oie éperonnée à livrée noire et blanche, constamment en maraude dans les jardins, s'élève et décrit plusieurs cercles, afin de découvrir le motif de cette émotion, puis retombe sur l'eau où elle s'assied avec bruit.De charmants tisserins jaunes et rouges, dont les allures nous rappellent certains papillons, voltigent parmi
Panier sercant à prendre le poissOQ-
les grandes herbes, ou, suspendus h l'entrée des nids qui se balancent, jasent d'un tonjoyeux avec les couveuses.
Chez ces tisserins, les mâles se construisent des espèces de hangars formés d'un toit et d'un perchoir, où, d'après les indigènes, ils se réfugient quand il pleut. Bien que le mari soit trèsattentif, nous avons vu l'épouse mettre à sac la demeure du pauvret; nous ne devinons pas pourquoi.
Les milans elles vautours circulent d'un air affairé au-dessus de nos tètes, à la découverte de quelque charogne ; tandis que le grave marabout explore d'un pas solennel tous les canaux où l'eau séjourne, aûn de se régaler d'un poisson mort, ou d'un cadavre humain.
Des groupes de jeunes garçons et d'hommes cherchent des racines de lolus et d'autres plantes aquatiques. 11 en est, qui, debout dans leurs canots, au milieu des étangs remplis d'herbe, pèchent à la lance pendant que leurs camarades, poussant leurs pirogues sur les petits cours d'eau qui sillonnent le marécage, vont examiner les paniers qui leur servent de filets.
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Dans la soirée, de jolis petits {aucons {Erylhropus vespertinus) volent par centaines, en se dirigeant vers le midi, et font la chasse aux libellules et aux sauterelles. Ils viennent proi)ablement des palmiers, où ils se reposent pendant ia cbaleur du jour.
En même temps que ces iaucons à pieds rouges, le bec-eo-ciscau prend sa volée ; et cherchant pâture, laboure l'eau des lagtj^savec sa mandibule inférieure qui dépasse de près d'un deim-pouce la mandibule supérieure.
A l'extrémité nord-est du marécage, environ à trois milles du Ghiré, commence une forêt de palmiers (Borassus œiliiopium) , d'une grande étendue, et qui sur un point vient longer la rivière.
La teinte grisedes colonnes, et levertdes cimes de celte masse éoorme d'arbres forment un ensemble d'une harmonie qui platt aux yeux. La chaîne de montagnes qui s'élève derrière la forél, dont elle est voisine, est généralement d'un vert gai, où se remarquent des points d'une couleur plus tendre, comme si autrefois ces parties du versant avaient été mises en culture- Les roches anguleuses aux vives arêtes, aux pointes aigués, les vallons déchiquetés qu'elles enserrent, donnent aux flancs de ces montagnes l'aspect du verre brisé. On retrouve si souvent en Afrique cette structure frappante qu'on peut à première vue, pour ainsi dire, reconnaître si la chaîne qu'on aperçoit est oui ou non formée d'anciennes roches cristallines.
Bien que le fruitn'en soitpas oléagineux, le borassus est néanmoins un arbre utile. La pulpe fibreuse qui entoure la noix est d'un goût agréable qui plaEt à l'homme ainsi qu'à l'éléphant. Les iodigènes enfouissent ces noix , qui sont d'un volume considérable, et ne les retirent de la fosse que lorsque la germination a commencé; l'intérieur ressemble alors à des pommes de terre de qualité médiocre. Mais il est nutritif, ce qui le rend précieux aux époques de disette. Le soura, ou vin de palme, qu'on tire de ce borassus, et qu'il fournit abondamment, s'obtient pendant plusieurs mois de l'année. Pris à l'instant même, c'est un breuvage agréable, tenant un peu du vin de Champagne, et tout à fait inofTensif, bien qu'il devienne très-enivrant au bout de quelques heures.
Comme dans tous les palmiers, la partie extérieure de la tige est beaucoup plus résistante que celle du milieu, qui parfois
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même est creuse. Des baguettes d'un pied de long noDt enfoncées dans cette partie dure, et serrent d'échelle pour gagner le faite de l'arbre. Arrivé à la cime, on coupe l'extrémité du bourgeon qui doit porter les fruits ; et la sève qui en découle est recueillie dans tin vase de terre suspendu au-dessous de la blessure. Une tranche mince est enlevée du bourgeon toutes les fois que le propriétaire du pot va en chercher le conteuu ; et la plaie, qui commençait à se cicatriser, laisse échapper de nouvelles quantités de sève. Les vendangeurs passent tout le temps de la récolte auprès des arbres qu'ils exploitent, et restent nuit et jour dans la forêt, où ils se construisKnt des huttes provisoires. A. cette époque les fruits du borassus, le poisson et le vin de palme composent leur seule nourriture. Employé comme levain par les Portugais, le soura donne un pain tellement léger qu'il fond littéralement dans la bouche.
A la sortie du marais, le terrain s'élève et la population augmente. Nous passons devant une longue rangée de cabanes temporaires, situées dans la plaine de la rive droite, où une quantité d'hommes et de femmes travaillent d'une manière active h l'extraction du sel. Ils obtiennent ce produit en mettant de la terre dans un vase percé d'un petit trou ; y foulent de l'eau qui s'écoule par la pelile ouverture, et qu'ils font évaporer au soleil.
Il est à remarquer que dans tous les endroits où, comme ici, la terre contient du sel, le coton est d'une soie plus longue et plus fine qu'ailleurs. Nous avons vu sur les bords du Chiré et du Zambèse de ces fonds saumâtres d'une immense étendue, où réussirait probablement le coton sea-lsland. Un pied de cette espèce, cultivé par le major Sicard, est venu à merveille; et la soie qu'il a produite avait non-seulement la longueur, mais la nuance qui caractérise cette variété célèbre. La plantation n'avait pourtant pas élè faite dans un sol d'une qualité exceptionnelle; c'était simplement dans une rue de Tété; mais on remarque dans les rues de ce village de; efflorescences de nature saline , provenant sans doute de la décomposition des roches, que les habitants vont gratter pour se procurer du sel. En amont des palmiers, une série d'tles basses et fécondes émaillent la rivière. Beaucoup d'entre elles sont cultivées et donnent du maïs en toute saison; car nous l'y avons vu à tous les degrés de croissance, depuis le moment où il lève, jusqu'à
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maturité complète. Des rangées de bananiers décoreot les rives; leurs fruits sont abondants, et nous sontvendus pour rien.
Les roseaux qui, des deux côtés, bordent la rivière, sont tellement enlacés de convolvulus et d'autres plantes volubiles ou sarmenteuses, qu'ils forment un véritable rempart.G'esl une belle chose à voir que ce réseau de verdure, sortant du cristal de i'onde, et paré de fleurs charmantes ; mais les mailles en sont tellement serrées que si par malheur on chavirait, il seraitpresque impossible de gagner la terre.
Un grand village s'élève sur la rive droite. Mankokoué, celui qui le gouverne et lui donne son nom,possèdeunequantitéd'lles d'une fertilité prodigieuse, n est, de plus, round«, c'est-à-dire chef suprême d'un district important. D'humeur sombre et défiante, il refuse de nous voir; et nous trouvons <)u'i] vaut mieux passer notre chemin que de perdre noire temps à solliciter une audience.
Le 2&aol!tt, nous arrivons à l'tle de Dakanamoio, située en face de l'escarpement perpendiculaire où est placé le village de Uhibisa..Celui-ci n'y est plus; il est parti avec la plupart de ses sujets, pour aller s'établir près du Zambèse ; mais son délégué est poli, et nous promet des guides, ainsi que les denrées qui nous seront nécessaires. Quelques hommes du village sont en train d'éplucher, de trier, de fller, de tisser du coton. C'esl une chose commune dans ce pays-ci; chaque famille parait avoir sa petite cotonnerie, comme autrefois en Ecosse on avait son carré de lin.
Vers le coucherdu soleil, une troupe immense de calaos de la plus grande espèce {Buceros crislatus) est venue se percher sur les grands arbres qui bordent la falaise. Ce matin, de bonne heure, ils sont tous partis pour l'endroit où ils pâturent; souvent même ils n'attendent pas que le jour soit levé pour quitter leur perchoir, évidemment ils sont d'humeur aiïectueuse; l'époux dort toujours à côté de sa lamelle ; et ils ont l'un pour l'autre un attachement très-vif. Le docteur Kirk ayant tiré un coup de fusil, un beau mâle fui tellement étonné qu'il en tomba defrayeur. On le ramassa, et il fut apporté à bord. Le lendemain et les jours suivants la femelle ne partit pas avec les autres; elle vola autour du navire, appelant son hien-aimé d'une voix plaintive, et s'eflorçant de le décider à la rejoindre. Elle revenait tous les
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soirs renouveler 'ses prières. De son côté, le pauvre captif était ' inconsolable ; il refusa bientôt de manger, et mourut au bout de cinq jours. L'autopsie ne révéla aucun désordre intérieur; il était mort du chagrin de ne plus être avec elle.
A notre première visite, Ghibisa et sa femme nousavaient dit avec tous les sig;nes d'une affliction bien naturelle, que la bande de Chikasa leur avait enlevé leur petite fille quelques années avant; que la pauvrette avait été vendue, et qu'elle appartenait maintenant au curé de Tété. A notre retour dans cette ville, nous avons fait tous nos efforts pour racheter la petite Glle, afin de la rendre à ses parents, et avons offert le doublfl de ce que vaut un esclave. Le curé ne demandait pas mieux; c'était un brave homme ; obligeant et poli, meilleur que la plupart de ses compatriotes ; il aurait sans doute restitué la petite tille gratuitement; mais il l'avait vendue à quelque membre d'une tribu éloignée, peut-être celle des Baziloulous ; il n'en était pas slïr; et il fut impossible de retrouver l'enfant.
C'est une étrange disposition d'esprit que celle qui conduit des hommes de noire propre race à voir dans l'Écriture des paroles qui justifient l'esclavage. Peut-être, ai jamais nous revenons en pays civilisé, y trouverons-nous des gens qui prouveront de la même manière que la polygamie, ou toute autre énormtté, est d'institution divine'.
1. Rien de plus facile que de légitimer la polygamie par le teite des Ëcrilures. Mon-seulernent les anges se sont assis ft la lable des patriarches polygones, sans le« bUffler de Itur conduite; Don-seulenieDl Dieu a béni la postérité d'Abrabam, et choisi pour son peuple les en^ta de Jacob, issus de quatre épouses conleuiporaines; mais le Seigneur, qui avait donné lui-même plusieun feinmei à David, hs lui a Teprim pour en fairt prêtent k l'un des voisins du saint roi. Et comme le CJirist est venu, non pas pour détruire la loi, mais pour l'étendre; comme il a reconnu la saioteté d'Abrabam, d'Isaac et de Jacob, tous polygames, les bibliolâlres peuvent en conclure i bon droit que la polygajnie est d'institution divine. (jïoW du iradwitvr.)
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ET SSS AFFLUENTS
A la découTerte du lac Njassa. — Hautes terrea des MaDgsnJas.
— PUurages. — PrésenUtion chea les Manganjas. — PopuIatiOD agricole et industrielle. — Coton indigène et coton exotique, — Le p^UW, ou ba^e de lèvre. — Buveurs de bière. — Épreuve du mouavi.
— Lamentations funèbres. — Croyance à un Être suprâme. — Petit lac do Pamalombé. — Femme d'un chef tuée par un crocodile. — Découverte du lac Hjrassa. — Le gori ou fourche h esclave. — Différentes manières de Caire le commerce d'esclaves. — Ajahouaa. — Manganias.
— Manque d'hospitalité. — Beau climat. — Influence que donnerait un vapeur sur le lac Njassa.
28 août 1859. Nous quittons le Ma-Robert, pour aller à la découverte du lac Njassa. Notre baude est composée de quarantedeux hommes: quatre blancs, treute-six Hakololos et deux guides. Ce n'est pas que le transport des bagages, ou le soin de notre défense exige une suite aussi nombreuse; mais la nature humaine étant partout la même, les noirs ne sont pas moins dis< posés que les blancs à exploiter les faibles, et à se montrer respectueux envers les forts.
Nous avons donné des mousquets à nos hommes ; ce qui ajoute à notre prestige, mais n'augmente pas notre 'sécurité; la plupart n'ont jamais posé le doigt sur la gâchette d'une arme à feu; et il est probable que, s'il y avait combat, leurs mousquets seraient plus dangereux pour nous que pour l'ennemi.
Nous suivons les bords d'un charmant cours d'eau qui nous fait traverser la vallée dans la direction du nord-est. Beaucoup de jardins renferment du coton excellent.
Une heure de marche nous conduit au pied des montagnes des Manganjas, montagnes qu'il nous faut gravir. BientAt la végétation n'est plus la même; les bambous apparaissent, et nous rencontrons des plantes et des arbres nouveaux qui donnent une besogne incessante au docteur Kirk; si bien iju'il fait trois fois plus de chemin que nous. On voit dans les fonds, sur les bords des ruisseaux, des arbres d'une beauté remarquable; un, entre
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autres, qui est de la famille de l'acajou {swietenia) et dont les graines sont oléagineuses.
La montée devient fatigante ; nous nous reposons avec plaisir. Regardant derrière nous, d'une élévation de plus de trois cents yards, nous avons une vue admirable. L'œil embrasse à la fois la vallée qui est au pied de la montagne, et les nombreux détours du Makouboula ou Koubvoula , dont la nappe argentée s'échappe d'abord écumante de la côte ombreuse, et se déroule ensuite avec lenteur pour rejoindre le Chiré. Puis, les eaux tranquilles de celui-ci qu'on aperçoit longtemps en aval et en amont du village de Ghibisa ; puis, la grande plaine , avec ses bois verdoyants, formant des tles sans nombre ; enfin, l'horizon, borné à l'ouest et au nord-ouest par les massifs de montagnes bleues qui bordent les Highlands des Maravis, et d'où s'élèvent des pics aigus et des sommets formant ledAme.
Après une marche pénible, nous arrivons à Makolongoué, le village de Chîtimba. 11 se trouve dans un pli boisé de la première des trois terrasses de la montagne ; et, comme tous les villages des Manganjas, il est entouré d'un rempart impénétrable d'euphorbe vénéneux. Cet arbre répand une ombre si épaisse qu'il est difficile de viser du dehors les villageois qu'il abrite. L'herbe ne croît pas à l'ombre de cette haie gigantesque; cela peut être le motif qui en a généralisé l'emploi. De cette manière l'ennemi ne rencontre pas, autour 'des bourgades, de ces chaumes qui lui servent de traînée' pour incendier les cases; et les brandons qu'on voudrait jeter sur le toit des cabanes trouvent dans ce rempart incombustible une barrière qui les arrête.
Ainsi que font tous les étrangers, nous nous arrêtons sous de beaux arbres situés à l'entrée du village. On y étend deux nattes en roseau pour que les blancs puissent s'asseoir; et le chef apporte un ségouati, composé d'une petite chèvre et d'un panier de farine.
Nous lui rendons en retour du calicot et des grains de verre, dont la valeur équivaut largement à ce qu'il nous donne. 11 mesure l'étolfe, la plie en deux et la mesure une seconde fois. Les perles sont examinées avec soin ; il n'en a jamais vu de ceîte couleur ; il faut qu'il demande conseil aux gens de son entourage. Enfin, après des examens réitérés, et beaucoup de paroles inquiètes, il linit par les recevoir.
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On met alors en vente de la farine et des pois. Nous présentons une brasse de cotonnade bleue, quantité suf^sante pour un habillement complet d'homme ou de femme. Sininyané, le chef de nos Makololos , trouvant qu'une partie de cette étofTe est suffisante pour payer la farine, s'apprête à déchirer le morceau. Mais Chttimba fait observer qu'il est dommage de diviser une pièce qui ferait à sa femme une si belle toilette; il aimerait mieux nous donner plus de farine et l'avoir tout entière. * Fort bien, répond Sininyané; mais l'ëtofTe est très-large : veillez à ce que la corbeille qu'on emplira soit très-grande ; et ajoutez-y un coq pour que la farine ait bon goût. ■
Les affaires s'animent, chacun veut acquérir d'aussi belles choses que son voisin, et tous s'y empressent de bonne humeur. Les femmes et les filles se mettent à piler du grain, les hommes et les garçons à pourchasser les volailles, qui s'enfuient en criant dans tous les coins du village; bref, quelques heures après, le marché est encombré de provisions de toute espèce. Néanmoins les prix se soutiennent ; car les vendeurs mangeront aisément ce qu'ils n'auront pas placé.
Nous passons la nuit sous les arbres ; l'air y est doux et pur, et pas de moustiques sur les montagnes.
29 août. Ainsi que nous en avons l'habitude en voyage, nous sommes debout au point du jour. Nous prenons une tasse de café, un morceau de biscuit, et nous nous mettons en marche. L'air est d'une fraîcheur déhcieuse; la route un peu moins pénible que celle d'hier. Nous apercevons une quantité de villages, occupant dans la montagne des sites pittoresques ; et nous gagnons en quelques heures la dernière terrasse, qui est à trois mille pieds au-dessus du niveau de la mer.
Le plateau s'étend à l'ouest des montagnes de Milanje, et descend au nord-ouest vers le lac Chiroua. Nous sommes tous ravis de cette contrée splendide; c'est avec un enchantement qui se renouvelle toiyours que nous regardons ces plaines fécondes, ces nombreuses collines, ces montagnes majestueuses.
Il y a des ronces dans quelques défilés; ,et malgré leur éclat et leur nombre, les fleurs nous touchent moins que ces buissons épineux et sans grâce, qui nous rappellent notre jeunesse et notre pays natal.
Nous avons traversé les hautes terres en nous dirigeant vers
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lOS LE ZAMBÈSE
le nord, ce qui nous a pris une semaine. Nous descendons maintenant dans la vallée du haut Ghiré, située k douze cents pieds au-dessus du niveau de la mer. Cette vallée est merveilleusement fertile, et nourrit une population nombreuse.
Quand on a quitté l'espèce de plateau qui forme la partie méridionale de la chaîne des Manganjas, la montagne la plus haute qu'on aperçoive dans le massif du Zomba est le Njongoné, dont la base, du côté du nord, est arrosée par une charmante Tivière.
Au moment d'entrer dans la vallée il noua a fallu faire halte ; «n de nos compagnons avait la fièvre. Nous étions campés au- ,près d'un bois, à la lisière d'un marais ; une belle nuit, nous fùmçs réveillés tout à coup par des buffles, qui en fuyant passaient près du malade ; malgré tous les désavantages de la situation, la fièvre ne tarda pas à céder; et nous sommes repartis au bout de quelques jours.
Le pays des Manganjas est parfaitement arrosé, et d'une manière délicieuse. Des eaux limpides et fraîches, coulant avec abondance et rapidité dans des lits nombreux. Nous avons rencontré jusqu'il sept ruisseaux en une heure, plus une fontaine; et cela vers la fin de la saison sèche.
Le mont Zomba, dont la longueur est de vingt milles, et la hauteur de sept à huit mille pieds, porte à son sommet, dans une vallée verdoyante, un charmant cours d'eau qui va tomber dans le lac Chiroua.
Ces Highiands sont très-bien boisés. Parmi les arbres qui bordent les ruisseaux et les rivières, il en est beaucoup de remarquables, non-seulement par la taille, mais par la qualité du bois.
■ Le pays est-il bon pour le bétail? avons-nous demandé à un Makololo qui, bouvier de son état, s'y connaît en pâturages.
— Oh ! oui, nous a-t-il répondu ; ne voyez-vous pas en quantité de ces herbes que les bœufs aiment tant, et qui les engraissent. »
Malgré cela les gens du pays n'ont que des moutons et des chèvres, encore en bien petit nombre ; et, cependant, à l'exception d'un léopard de temps à autre, on ne voit pas de carnassiers qui pourraient nuire aux troupeaux. Sans aucun doute, les moutons à laine prospéreraient sur ces hauteurs.
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ET SBS AFFLUENTS. ^ 103
Les Manganjas habitent généralement des villages, administrés, chacun, par un chef particulier; et sont regardés comme les enfants de ce chef, dont l'autorité peut s'étendre sur les bourgades voisines. Tous les petits chefs d'une province reconnaissent la suzeraineté d'un grand chef qu'ils appellent Rondo ou Boundo. Ils lui payent annuellement un tribut peu élevé ; mais ils lui donnent l'une des défenses de tous les éléphants tués sur leur territoire. Le Roundo , en échange, est , tenu de les proléger contre l'ennemi, et de les assister en cas d'attaque.
Hankokoué est le grand chef de la partie méridionale des Highlands; mais il est abruti, ne visite jamais ses vassaux, et ne les aide en aucune façon, contrairement à ce que faisait son pÈre; il en résulte que le tribut lui est rarement envoyé. Ses feudataires ne l'en recounaîssent pas moins pour chef, et avouent qu'ils ont tort de ne pas lui payer la rente annuelle, bien que, de son côt^, il ne remplisse pas ses engagements.
Dans une partie de la vallée du haut Chiré, le pouvoir spprème appartient à une femme appelée Nyango. Toutes les femmes de cette province occupent un rang supérieur à celles de la monlagoe, et sont traitées avec plus d'égards que ces dernières.
Mongazi, un chef highlandais, appela sa femme pour lui remettre en dépAt quelque chose que nous venions de lui donner. Elle se mit à genoui, frappa dans ses mains en signe de respect, et refit les mêmes saluts, quand son noble époux lui eut remis l'objet dont elle devait se charger.
La façon abjecte dont les femmes de ces tribus s'agenouillaient sur notre passage nous faisait mal à voir. Ce fut tout différent lorsque nous arrivâmes dans les États de Nyango. Kous avions dit au chef du premier de ses villages, que les habitants de trois bourgades successives n'avaient pas voulu nous admettre cliez eux. ■ Peu importe, avait-il répondu, \ous pouvez dormir chez moi. ■ U nous demanda ensuite qu'il fût permis à sa femme de venir et de regarder la montre, la boussole, et autres curiosités. Elle arriva, suivie de ses compagnes, et fit preuve d'intelligence autant que de bonne tenue. Son mari la consultait toujours avant de terminer une affaire, et îl était visible qu'elle avait sur lui une grande influence.
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104 LE ZÂHBËSE .
L'emplacement des villages manganjas est toujours choisi avec goût, et d'une façon judicieuse. Un ruisseau coule auprès de ces villages, et des arbres feuillus les protègent; souvent c'est le chef lui-même qui afait cette plantation. Le boalo, c'est-à-dire la place, est généralement à l'extrémité du bourg. C'est une aire de vingt à trente mètres, dont le sol est uni et propre, et sur laquelle le figuier banian et d'autres arbres répandent une ombre bienfaisante. Les hommes viennent s'y asseoir pendant le jour; ils y apportent leur ouvrage, y fument leur tabac ou leur chanvre ; et par les soirées délicieuses où il fait clair de lune, ils y chantent, y dansent, et y boivent de la bière.
Quand nous entrons dans une bourgade c'est au boalo que nous nous rendons tout d'abord, ainsi que font les étrangers. Ordinairement des nattes de roseau ou de bambou y sont étendues pour nous servir de siège. Nos guides, prenant la parole, expliquent qui nous sommes, d'où nous arrivons, où nous voulons aller, et quelles sont nos intentions. Ces renseignements sont portés au chef, qui se présente aussitôt, quand c'est un homme raisonnable. S'il est timide et soupçonneux il commence par recourir à la divination , et attend que ses guerriers arrivent des hameaux extérieurs.
A l'apparition du chef, tous les individus présents frappent dans leurs mains, et avec ensemble, jusqu'au moment où le noble personnage s'assied en face de nous. Ses conseillers prennent place à côté de lui; il prononce quelques paroles, auxquelles succède un grand silence. Nos guides s'accroupissent à leur tour, vis-à-vis du chef et du conseil ; des deux côtés on se penche vers le rang d'en face, et l'on se regarde fixement. Le chef profère un mot tel qu'ambouiatou {notrepire ou notre matlre) ou moio, qui veut dire vie, et tout l'auditoire frappe une fois dans ses mains. Nouvelle parole du chef, à laquelle répondent deux claquements. Un troisième mot est suivi de claquements plus nombreux. Chacun ensuite touche la terre avec les deux mains réunies; puis tout le monde se lève, se penche en avant et en claquant des mains. On s'assied, toujours claquant; et les battements s'affaiblissent, s'affaiblissent, jusqu'à ce que le bruit s'éteigne, ou que le chef y mette fin par un coup sec et retentissant. La mesure la plus rigoureuse est observée dans tout le cours de la cérémonie.
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Nos guides répètent alors en s'adressant au chef, et souvent en vers blancs, ce qu'ils ont déjà dit h l'assemblée. Peut-être y ajoutent-ils les soupçons que leur inspirent les visiteurs. Le chef les interroge, et s'entretient avec nous par leur intermédiaire. Il n'est pas d'usage qu'il communique directement avec les étrangers. Souvent on nous demande, lorsque nous arrivons, quel est celui qui doit parler pour nous; en pareil cas, l'orateur du chefne s'adresse qu'à la personne désignée. L'étiquette est sévère, et, comme on le voit, ne manque pas de complication. Arrive l'échange des présents habituels, qui se fait d'une manière cérémonieuse, jusqu'à ce que nos Malcololos ennuyés et affamés s'écrient : ■ Les Anglais n'achètent pas d'esclaves, mais des vivres. » Sur quoi les assistants vont chercher de la farine, du maïs, des volailles, des patates, des ignames, des fèves et de la bière qu'ils mettent en vente.
Les Manganjas sont d'une race active et laborieuse. Non-seulement ils travaillent le fer et le coton, fabriquent des paniers et des nattes, mais ils s'adonnent largement à l'agriculture. 11 n'est pas rare de voir tous les habitants d'un village s'en aller dans les champs, et piocher avec ardeur, hommes, femmes et enfants, tandis que les bébés reposent à l'ombre d'un buisson.
Leur manière de défricher un coin de la forêt est exactement la même que celle des colons américains, lis commencent par abattre les arbres avec leurs petites haches de fabrique indigène; après avoir divisé le tronc et les branches, ils les empilent, y mettent le feu, et répandent les cendres sur le sol. Le grain est semé parmi les tronçons d'arbres, qui ont été coupés à une certaine hauteur, et qu'on abandonne à la pourriture. Si le défrichement a lieu dans un terrain herbu, le Manganja prend dans ses bras autant de grandes herbes qu'il peut en étreindre, et en fait une botte qu'il relie par un nœud. Il détache ensuite les tiges de la racine, en les coupant à la houe , reprend une nouvelle brassée d'herbe, et continue jusqu'au bout du terrain, qui représente alors un champ de blé couvert de petites moyettes. Quelque temps avant la saison des pluies ces gerbes sont réunies en tas, que l'on couvre de terre; et les cendres, mêlées à la terre brûlée, sont employées pour fertiliser le sol.
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106 LE ZAUBËSE
Le mapira ou doura égyptien {holcus sorghum) est largement cultivé par les Mauganjas, ainsi que les fèves, les arachides et le millet. On volt également dans leurs jardins des ignames, du riz, des citrouilles, des concombres, du manioc, des patates, du tabac et du chanvre. Ils sèment du maïs toute l'année; et il est peu de bourgades qui n'aient pas de cotonnerie.
Nous avons trouvé dans notre voyage trois variétés de coton : une indigène et deux exotiques. Le tonje manga, nom qui signiSe coton étranger, preuve que la plante qu'il désigne est venue d'ailleurs, a été considéré à Manchester comme étant d'une qualité presque égale au meilleur coton delà Nouvelle- Orléans,- Il est vivace, mais a besoin d'être replanté tous les trois ans. On en récoite beaucoup dans toute la vallée du Chiré. II n'est pas de famille de quelque importance qui n'ait sa cotonnerie ; et si l'on en juge par l'absence complète de mauvaise herbes, le terrain en est soigneusement cultivé. Ces plantations, il est vrai, sont fort petites; nous n'en avons pas vu cette fois qui dépassât un demi-acre ; mais lors de notre première excursion, nous en avons rencontré qui avaient plus du double de cette étendue.
Le tonje cadja ou coton indigène, a la soie plus courte, et produit au toucher l'efTet de la laine- Il est seulement annuel dans la montagne; cependant beaucoup de personnes le préTèrentau cotoD étranger, parce qu'il est plus fort et donne une étoCTe plus solide. La troisième variété ne se trouve pas dans ce pays-ci.
On disait à des gens qui habitent les environs du petit lac du Chiré, qu'ils feraient bien de récolter beaucoup de cotou parce que les Anglais viendraient en faire l'achat. < Ils peuvent venir, répondit un Babisa, qui avait beaucoup voyagé : le pays en renferme en abondance ; si on nous l'achetait nous serions bientôt riches. ■
Nous avons vu de nos propres yeux que la chose était réelle. Des cotonniers partout; et nous ne sommes pas entrés dans un village sans y trouver une quantité d'hommes en train d'éplucher, de ûler ou de tisser du colon.
Le duvet est d'abord séparé de la graine, soit à la main, soit au moyen d'un rouleau en fer, ou d'un petit bloc de bois, et sort des rainures du cylindre par longues bandes moelleuses et unies. 11 reçoit un premier tour de fuseau, qui lui donne à peu
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près la grosseur d'une mèche de chandelle, est ensuite dévidé en grosse pelote, et refilé de manière à former sur le ftiseau une masse très-dure : tout cela est d'une lenteur désespérante.
Le travail du Ter, dont le minerai est tiré des montagnes, constitue la principale industrie de la région méridionale des Bighiands. Chaque village a son haut fourneau, ses charbonnières et ses forgerons. Ceux-ci font de bonnes haches, des lances, des fers de flèche, des bracelets qui, vu l'absence de machine, et la pauvreté de l'outillage, sont d'un bon marché surprenant : vous avez une houe, pesant plus de deux livres, pour un morceau de calicot d'une valeur de huit pence.
Les habitants des environs du lac Chiroua, et d'ailleurs, fabriquent beaucoup de poterie; des marmites, des écuelles, de grands pots où l'on serre le grain, des vases de toute sorle qu'ils modèlent sans tour, et qu'ils décorent avec la plombagine que l'on trouve dans les montagnes.
Les uns s'adonnent à la vannerie, et font de johs paniers avec des éclisses de bambou; les autres vont chercher du bouazé sur les hauteurs où il croît en abondance, et fabriquent avec ses libres des Slets dont ils se servent, ou qu'ils échangent contre du selon du poisson séché. Ces deux derniers articles sont, avec le tabac, le fer et les pelleteries, l'objet d'un commerce actif entre les villages de cette région.
Beaucoup d'hommes dans ce pays-ci ont l'air intelligent, la tête bien faite, le front élevé, la figure agréable. Depuis que nous sommes habitués à la couleur, ce qui n'a pas été long, il nous arrive fréquemment de rencontrer des indigènes qui ressemblent à des personnes que nous avons connues en Angleterre, et dont ils nous rappellent les traits d'une manière frappante.
Les hommes se préoccupent beaucoup de leurs cheveux, dont le bel arrangement fait leur orgueil : d'où il résulte que les coiffures sont variées à l'infini. L'un dispose ses longues mèches de manière à figurer les cornes d'un buffle, ce qui esttrës-admiré; tel autre aime mieux en faire une torsade épaisse, qui lui pend dans le dôs, et représente la queue dudit animal. Celui-ci les divise en petits tortillons, qui, maintenus tout droit par des bandelettes d'écorce, rayonnent dans tous les sens. Celui-là porte sa cbevelurepar masses élagées, qui lui retombent sur les épaules;
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109 LE ZAUBËSE
tandis que chez le voisin, elle est complètement rasée. Beaucoup d'entre eux y font pratiquer des découpures ornementales, où la Tantaisie du barbier apparaît dans tout son jour.
II n'y a pas moins de dandys chez les noirs que parmi les blancs. Les Manganjas sont fous de toilette: bagues à tous les doigts, y compris le pouce ; carcans, bracelets, anneaux de jambe en laiton, . en fer ou en cuivre.
Mais le plus étonnant de ces bijoux est sans contredit le p^WW,
ou bague de lèvre, que portent les femmes. Dans leur enfance on leur percf la lèvre supérieure près de la cloison du nez ; une petite épingle en bois est mise dans le trou pour qu'il ne se ferme pas. Quand les bords de la plaie sont cicatrisés, on retire l'épingle, qui est remplacée par une plus forte; celle-ci par une
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cheville qui va toujours grandissant, jusqu'à ce que la lèvre soit assez grosse pour qu'un anneau de deux pouces de diamètre puisse y entrer sans peine. On voit celte parure chez toutes les femmes manganjas des hautes terres ; elle est commune sur les bords du haut et du bas Cliiré. Dans les classes pauvres, c'est UD disque, ou un anneau de bambou ; chez les riches, il est en ivoire ou en étain. Le pélélé de métal a souvent la forme d'un plat; celui d'ivoire ressemble à un rond de servielte.
Pas une femme ne paraît en public sans cel ornement, excepté lorsqu'elle est en deuil. On ne se Qgure pas l'elTrayante laideur de cette lèvre qui se projette à deux pouces au delà du nez; Qnand une ancienne porteuse d'anneau de bambou veut sourire, la bague et la lèvre qui la déborde, tirées en arrière par les muscles des joues, se redressent et dépassent les sourcils. Le nez se voit alors à travers l'anneau ; et les dents, qui se trouvent 4 découvert, montrent le soin qu'on a pris de les tailler en pointe comme celles des chats ou. des crocodiles. Le pélélé de Chikanda Kadzé, vieille femme qui remplit les fonctions dechefà une vingtaine de milles au nord du Uorambala, retombe au-dessous du menton avec la lèvre qui le supporte.
" Impossible avec ce bijou de prononcer convenablement les lettres labiales, malgré tous les efforts de la lèvre inférieure qui s'étire pour s'appuyer contre la gencive d'en haut.
Dites-leur que c'est affreux, qu'elles feraient bien d'y renoncer, elles vous répondront : ■ Kodil > (C'est la mode). D'où a pu venir cette mode effroyable? On ne le devine pas. Est-il possible que de grosses lèvres aienljamais pu sembler assez jolies pour qu'on ait éprouvé le besoin d'en produire de pareilles.
Le mouvement continu du pélélé chez les jeunes femmes, qui l'agitent sans cesse avec la langue, fait naître cette idée irrévérente qu'on a pu l'inventer pour donner un emploi inoocent à l'activité de ce membre féminin.
« Pourquoi les femmes portent-elles ces anneaux? avons-nous demandé à un vieux chef.
— Évidemment pour s'embellir, a-t-il répondu fort surpris de cette question oiseuse. Un homme a de la barbe; les femmes n'eu ont pas; que serait une femme sans pélélé? Une créature ayantla bouched'un homme, et pasdemoustache, ahl.ahl ahl •
Plus tard, sur les bords de la Rovouma, nous avons rencontré
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110 LE ZAMBËSE
des hommes qui portaient cet ornement, tout aussi bien que les renunes.
L'effet de la pression légère, mais constante, du pélélé sur les incisives de la mâchoire supérieure nous a suggéré une idée que nous soumettons à nos confrères. 11 arrive souvent, chez les femmes décorées de ce bijou, que les dents de devant au lieu de présenter une ligne convexe forment une courbe rentrante. Ceci étant dû à rinfluence du pélélé, qui a repoussé les alvéoles, les personnes doni la mâchoire est trop saillante pourraient y remédier en pressant la lèvre supérieure contre les dents, et cela avec plus d'efGcacilé qu'on ne l'imagine, surtout si elles étaient jeunes. Cette pression doit s'exercer principalement sur la gencive'.
Les Manganjas sont loin d'être sobres ; ils aiment la bière, et en font énormément. N'ayant aucun moyeu d'empêcher la fermentation, il leur faut boire en quelques jours la totalité de ce qui vient d'être fait, sous peinede le voir aigrir. C'est le motif de joyeuses réunions où l'on tambourine, on danse et l'on boit jour e.tnuit,jusqu'à ce quela bière soit épuisée. Il nous est souvent arrivé, dans la montagne, de rencontrer des villages entiers qui su livraient à ce genre de plaisir. Jamais, pendant les seize ans que nous avons passés en Afrique, nous n'avons vu autant d'ivrognes. Une après-midi nous entrons dansune bourgade ; nous n'y apercevons pas un homme. Quatre ou cinq femmes seulement, qui buvaient de la bière sous un arbre. Quelques instants après le docteur sort d'une case en chancelant, sa corne à ventouses lui pendillant au cou, et nous reproche notre infraction à l'étiquette. * Est-ce comme cela, dit-il, qu'on entre dans un village sans envoyer dire qu'on arrive? ■ Nos gens ne tardent pas à calmer le praticien, qui pour avoir trop bu n'en est pas moins de fort bonne composition j il va dans son cellier, appelle à son aide, et, assisté de deux hommes de notre suite, apporte une grande Jarre de bière qu'il nous offre généreusement.
1. Les deats ESillantes, si communes en Angleterre, ne viandraient-ellu pu de la proDODcialioD du lU , qui s'obtleot ea appliquant le bout de la langue contre lei incisives supérieures? Ceci prouverait l'efScacilé du moyen proposé, iDBÏa en neutraliserait l'aCTei chez ceu^ dont le ih continuerait K repousser la mâchoire; et celte lutte incessants ds la lèvre cooire Us dents, renvoyées par la langue, condamnerait les lutteurs à une grimace perpéiuelle.
[iïo(« du tradiultur.)
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ET SES AFFLUENTS. lîl
Tandis que le docteur nous donne cette marque d'hospitalité, le chef se réveille. Il esl Tarieuic, et crie aux femmes qu'elles aient à prendre la fuite ou qu'il va les luer. Ces dames éclatent de rire à la seule idée qu'on les suppose capables de se sauver, et restent à côté de leurs pots de bière. Notre camp s'installe, le dîner se prépare, et nous voilà en train de manger paisiblement, quand des masses de guerriers, inondas d& sueur, se précipitent dans le village. Ils nous examinent, se regardent les uns les autres, et reprochent au chef de les avoir dérangés pour rien. ■ Ces gens-là sont tranquilles ; ils ne vous font pas de mal, c'est la bière qui vous aveugle. • Et ce disant, ils retournent chez eux.
Tous ces buveurs n'ont pas la même ivresse; il y a parmi eux les bavards, les benêts, les turbulents, les abrutis, et les querelleurs. De ce dernier genre était le chef dont nous parlons ; il se mit & la t^te de ses hommes en nous criant : ■ Je ferme le sentier, retournez d'où vous êtes venus. • Mais il s'écarta d'un bond, nous livrant passage avec plus de promptitude que de dignité, lorsqu'il vit un Makololo, peu endurant, lui pousser nue botte avec la crosse de son mousquet.
La bière de cette région est rosée, et a la consistance du coulis de gruau. On fait germer le grain, qui sèche ensuite au soleil ; on le réduit en farine, et l'on mêle cette farine avec de l'eau qu'on fait bouillir à petit feu. Quand elle n'a qu'un ou deux jours, cette bière, à la fois douce et légèrement acidulé, est fort agréable par les chaleurs du pays, où lorsque alléré par la fièvre on a tant besoin de boire quelque chose d'acide. Il suffit alors d'en prendre un verre pour calmer ce désir et pour apaiser votre soif. La farine s'y trouvant en suspension, c'est une bonne manière de la consommer. Ce breuvage est par cela même très-nutritif.
A Tété, une mesure de bière s'échange contre une mesure de grain, n est rare que nous entrions dans un village sans qu'on nous en donne en quantité suffisante pour rafraîchir nos hommes.
Cette bière n'est diurétique qu'après des libations prolongées. Selon toute apparence, son usage n'a rien de nuisible; les gens de la montagne, qui cependant en abusent, ne s'en portent pas plus mal. Elle ne parait engendrer chez eux aucune maladie, et ne semble pas raccourcir la durée de leur
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existence. Nous n'avons jamais vu nulle part autant d'hommes et de femmes à tête grise, venir, appuyés sur leurs bâtons, se mèter à la foule qui nous contemple. Le chef Mouata Manga devait être au moins nonagénaire. « II est vieux, très-vieux, disaient les Makololos, frappés de son air vénérable ; sa peau forme des plis comme celle d'un éléphant. — N'avez-vous jamais eu le désir de faire un voyage, de voir d'autres pays et d'autres hommes? ■ lui avons-nous demandé. Non ; l'idée ne lui en élait pas venue ; et jamais il n'avait quitté sa province.
La longévité de ces gens-là n'est pas due à la fréquence de leurs ablutions. Un vieillard nous disait qu'il ne s'était baigné qu'une fois, autant qu'il pouvait s'en souvenir; et il y avait si longtemps, qu'il ne se rappelait pas ce qu'il en avait ressenti. ■ Pourquoi vous lavez-vous? demandait la femme de Chinsounsé à DOS Makololos ; jamais nos hommes ne se lavent. >
Un individu de la vallée du haut Chiré, après nous avoir graUHês de remarques géographiques assez bizarres, se mit à nous suivre- Les Makololos s'en impatientèrent ; car à peine entrions-nous dans un village qu'il proclamait que nous étions des vagabonds, ne sachant pas où nous voulions nous rendre. En vain nos hommes le rabrouaient et lui ordonnaient de s'éloigner; aussitôt que nous nous mettions en marche, il arrivait, ayant sur l'épaule un petit sac où il portait tout son avoir, et non moins disposé que la veille à se mêler de ce qui ne le regardait pas. Tout ce qu'on avait fait pour reconduire avait échoué, lorsqu'on eut l'idée lumineuse de le menacer d'un bain. Il déguerpit immédiatement, et se garda bien de reparaître.
On voit chez les Manganjas beaucoup de maladies de peau, beaucoup de plaies aux jambes. Un ulcère indolent, à peu près incurable, est l'alTection la plus grave que nous ayons rencontrée. Beaucoup de volailles ont-elles même le pied déformé par un épaississement parliculier du derme. Quelques hommes sont tachetés de blanc, comme si on les avait aspergés avec un lait de chaux ; quelques autres sont affligés de la lèpre.
Nous en avons vu également qui étaient marqués de la petite vérole. ■ Pouvez-vous nous dire, avons-nous demandé à Mongazi, leur chef, si cette maladie est venue de la côte ou de l'inlérieur? > Mongazi, qui était ivre, suivant son habitude, et qui a l'ivresse aimable, nous répondit avec grâce, voulant nous faire
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un compliment:* Qu'il n'ea sarait rien; mais que ce mal devait être Tenu des Anglais. *
L'épreuve du mouavi est en usage dans cette région; c'est à elle qu'on a recours lorsqu'une personne est soupçonnée d'un crime. Si l'accusé vomit le poison, il est déclaré innocent ; dansle cas contraire, ilest reconnu coupable. Ils ont tellement foi dans l'efticacité de cette épreuve que celui qu'on accuse à tort demande à la subir. Les chefs eux-mêmes, n'en sont pas exempts. Ghibisa, plein de confiance dans l'infaillibilité de ce moyen , s'en est servi plusieurs fois pour justiGer sa conduite. Il assurait un jour que toutes les guerres qu'il avait faites étaient justes; comme on lui répondait que tous les chefs en disaient autan! : < Si vous doutez de ma parole, s'écria-t<il, faites-moi boire le mouavi. >
Le chef d'une bourgade située au pied du mont Zomba avait subi cette épreuve avec succès la veille du jour où nous atteignlmes son village. Toute la population en témoignait sa joie par des danses, des roulements de tambour, des orgies de bière; et la fête se prolongea pendant deux jours et deux nuits.
Il est possible que le docteur qui prépare le breuvage s'arrange de manière à sauver le prévenu s'il le croit innocent; mais il est difficile de faire causer les naturels sur ce sujet. Pas un ne veut dire ce qui entre dans la composition du mouavi. Od nous a montré des arbres qui, disait-on, en fournissaient la matière; et tout nous porte à croire que ce n'était pas exact. Une fois nous avons trouvé dans un village un arbre auquel on avait enlevé de nombreux morceaux d'écorce ; il était proche parent du tangena ou tanghina, dont les Malgaches font usage pour l'épreuve du poison ; mais nous ne savons rien de plus à cet é^ard.
La peine de mort est appliquée h ceux que le mouavi a reconnus comme sorciers.
Les lamentations des funérailles durent quarante-huit heures. Assises par terre, les femmes chantent quelques paroles plaintives, et terminent chaque vers par le son prolongé d'a-a, ou celui d'o-o, ou bien encore d'ia-ia-a. Toute la bière qui se trouve dans la maison du défunt est répandue, ainsi que la farine ; et tous les vases, marmites, jarres et écuelles, sont brisés comme n'étant plus utiles.
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Hommes et femmes portent le deuil de leurs parents. D consiste en lanières de feuilles de palmier dont on s'entoure la tête, le cou, la poitrine, les bras et les jambes, et que l'on garde jusqu'à ce qu'elles tombent en lambeaux.
Hs croient à un Être suprême, qu'ils désignent par le nom de Hpambé, ou par celui de Moroungo, et ils admettent la vie future. ■ Nous ne passons que quelques jours ici, nous disait le vieux Ghinsounsé, mais nous revivons après la mort. Nous ne savons pas où nous allons, de quelle manière on est là-bas, ni ceux qu'on y a pour compagnie, puisque les morts ne l'ont jamais raconté. Ils reviennent quelquefois et nous apparaissent en songe ; mais ils ne disent pas où ils sont, ni comment ils s'y trouvent, »
Nous côtoyons le Chirè au-dessus des cataractes; c'est mainte* nant une rivière large et profonde, mais dont le courant est faible. En un endroit il forme une expansion de dix à douze milles de longueur sur cinq ou six de large. Ce petit lac, nommé Pamalombé, est rempli d'excellent poisson. Les rivés en sont basses et bordées d'une épaisse muraille de papyrus. Au couchant, près du rivage, s'élève une chaîne de montagnes qui se dirige vers le nord.
Nous gagnons la résidence du chef Houana-Moesi ; elle est à peu près à un jour de marche du Nyassa. Jamais, au dire des habitants, on n'y a entendu parler d'un lac. Ils nous assurent que' le Ghiré continue à se dérouler comme nous le voyons ici, jusqu'à une distance de deux mois, et qu'alors il s'échappe entre des rochers perpendiculaires qui s'élèvent jusqu'au ciel.
En entendant ces paroles, nos hommes se déconcertent : > A quoi bon chercher ce lac, puisqu'il n'existe pas? disent les Makololos.
— 11 faut voir ces rochers merveilleux, répond le docteur, il le faut à tout prix.
— Et quand vous les aurez vus, réplique Masakasa, vous voudrez voir autre chose. Mais il y a un lac, ils ont beau dire que non, ajoute-t-il; c'est bien sur, puisque c'est dans un livre. ■
Masakasa, ayant une foi sans borne pour tout ce qui est écrit, s'indigne, et reproche aux habilantsdenous faire un mensonge. > Le lac existe, leur dit-il; comment les blancs l'auraient-ils vu dans un livre, s'il n'y en avait pas? »
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Ils reconnaissent alors qu'il y a un lac à peu de distaDCe, en amont du village. D'après les réponses que nous obtenons ensuite, il est possible que l'histoire de ces rochers perpendiculaires ait trait à une tissure connue des indigènes et des Arabes, et située dans la portion nord-est de la falaise qui s'élève au bord du lac. Cette muraille est tellement haute que le sentier qui se déroule à sa base est qualifié de souterrain. Il est probable que la fissure qu'elle présente est le résultat d'une convulsion pareille & celle qui a produit la chute du Zambëse, el formé la vallée du Ghiré.
Le soir, le chef nous apporta un peu de farine, et s'assit auprès de nous pendant quelques minutes ; puis il nous quitta en nous souhaitant un bon sommeil. K peine venait-il de partir qu'il s'éleva de la rivière un cri effroyable, suivi de cris aigus poussés par des femmes : un crocodile avait saisi la première épouse du chef, tandis qu'elle se baignait. Les Makololos prirent leurs armes et coururent vers la rive, mais trop tard : la pauvre créature avait disparu. Les lamentations des femmes du village ont duré toute la nuit; ce matin nous en avons rencontré d'autres qui venaient prendre part au deuil général. Leur chagrin était évidemment sincère, car elles avaient les joues sillonnées de larmes.
En leur apprenant ce malheur, Mouana-Moesi avait fait dire à ses voisins que des blancs étaient venus dans son village, qu'ils s'étaient lavés à l'endroit où sa femme allait ordinairement puiser de l'eau, et prendre ses bains ; qu'ils s'étaient frottés avec une médecine blanche (du savon), et que sa femme ayant été se baigner ensuite, un crocodile l'avait prise. Il ne savait pas si c'était l'effet de la drogue que les blancs avaient employée.
Au retour, nous fûmes regardés avec terreur ; les hommes s'enfuirent à notre approche; mais les femmes restèrent; ce qui fit dire aux fugitifs : * Elles sont plus heureuses que nous autres, elles n'ont pas à craindre la lance. ■
Les bains, que d'après nos rapports avec les sujets de Chînsounsé,nousavionscrus inconnus dans cette région, sontau contraire d'un usage fréquentchez lesManganjasdecertainsdistricts.
Nous découvrîmes le lac Nyassa le 16 septembre 1859, un peu avant midi. La pointe méridionale de ce lac est située par iVib' latitude sud et 33° lo' longitude est. Sur ce point la vallée est d'une largeur d'environ douze milles. Des montagnes s'élèvent
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des deux cAtés du lac ; mais la brume, qui provenait de l'incendie des tierbages, nous empêcha de voir au loin.
Longtemps après cette excursion, une lettre du capitaine R. B. Oldlield, commandant la Lyra, vaisseau de Sa Majesté Britannique, nous apprit que le docteur Roscber, un Allemand courageux, à qui son zèle coûta la vie, était arrivé au Nyassa le 19 novembre 1S59, et avait su par les indigènes qu'il se trouvait des blancs à la pointe méridionale du lac. Notre découverte est donc antérieure de deux mois i celle du voyageur allemand.
Le colonel Bigby, consul anglais, et résident politique à Zanzibar, instruit du fait par les domestiques du docteur Boscher, en informa sir George Grey, gouverneur du Cap. Sa lettre a été publiée dans les Journaux de la colonie.
On ne sait pas de quel point le docteur Boscher aperçut d'abord les eaux du Nyassa; la position exacte de Noussihooa, où il passa quelque temps sur les bords du lac, nous est inconnue. Il était resté pendant trois jours au nord-est de Noussihoua, et revenait, par la route des Arabes, vers l'endroit où l'on traverse la Rovouma, lorsqu'il fut assassiné. Les auteurs du crime ont été saisis par l'un des chefs de cette région, envoyés k Zanzibar, et mis à mort. On dit que le docteur n'avait rien communiqué de ses découvertes, ayant l'intention de publier toiit son ouvrage à la fois, et d'une manière splendide, lors de son retour en Europe. Il n'y a donc que des conjectures à faire à l'égard de son arrivée au Nyassa. Comme il était parti de Quiloa, et suivait le chemir des traitants, il est possible qu'il ait gagné le lac à l'endroit où passent les Arabes, c'est-à-dire à Ngombo, qui touche à Tsenga ; ou bien en face de la baie de Kolakota. La publication régulière de nos leltres par la Société géographique de Londres a été pour nous un bienfait inestimable, en donnant une date certaine & chacune de nos découvertes, et en les rendant immortelles.
Le chef qui habite près du confluent du lac et du Ghiré, un vieillard du nom de Mosaouka, apprenant que nou* étions sous un arbre, vint nous y trouver, et nous invita gracieusement à venir dans son village. 11 nous conduisit à un admirable figuier banian dont il semblait très-ûer. Les racines en avaient été dirigées vers le sol, de façon à représenter un immense fauteuil sans fond. Quatre de nos hommes purent se coucher entre les bras de ce siège gigantesque.
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Le bon Mosaouka nous tit présent d'une chèvre et d'un panier de farine pour « nous réjouir le cœur. » Il nous dit qu'une bandé nombreuse de captifs, conduite par des Arabes, était canopée dans le voisinage.
Ces mômes trafiquants avaient passé l'année précédente, allant chez Gazembé. Outre leurs esclaves, ils en rapportaient une quantité considérable d'ivoire et de malachite.
Quelques minutes après, six des chefs de cette bande vinrent nous voir. Ils étaient armés de grands mousquets, et nous parurent de francs scélérats. Évidemment ils pensaient que nous ne valions pas mieux qu'eux, puisqu'ils nous offrirent des enfants qu'ils espéraient nous vendre. Ils surent que nous étions;des Anglais, n'en témoignèrent aucune frayeur, mais décampèrent pendant la nuit.
Plus tard, lorsque nous revînmes à la céte, nous apprîmes que le Lynx, vaisseau de la marine anglaise, avait saisi une daou (barque arabe), oit étaient quelques-uns de ces escl&ves. Une femmequiavaitfaitpartiede la cargaison de cette barque nous dit alor» qu'elle nous avait vus chez Mosaouka; et que les Arabes avaient pris la fuite, parce qu'ils avaient eu peur des basoungous (hommes blancs), qui avaient des mines peu rassurantes.
La route qui passe chez Mosaouka est l'une des plus fréquentées par les traitants. Quelques-uns traversent- le Chiré un peu plus bas. Il en est d'autres qui franchissent le lac même. Nous aurions pu libérer ces captifs, mais ensuite nous n'aurions su qu'en faire. Ayant rencontré des hommes que l'on conduisait avec le^ori, les Makololos, qui ne trafiquent jamais de leurs semblables, nous reprochèrent de soufTrlr pareille chose. « Vous dites que nous sommes mauvais, s'écriaient-ils; mais nous n'avons pas le cœur jaune comme ces gens-14 ; pourquoi ne pas nous permettre de les étrangler! •
Délivrer ces malheureux, pour les abandonner ensuite, n'aurait servi à rien : les gens du pays n'auraient pas tardé à les revendre. Les chefs manganjas trafiquent de leurs propres sujets; car nous avons rencontré des marchands d'esclaves dans plusieurs villages des montagnes, où certainement on les avait attirés dans un but commercial. Néanmoins, c'est avec un sentiment de houle que les chefs se livrent à ce genre d'affaires, et ils s'en eicusent autant qu'ils peuvent ; « Nous n'en vendons pas
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beaucoup, disent-ils, et seulement ceux qui ont fait des crimes. ■
Ce sont, en effet, les criminels, qui, avec les gens des basses classes, alimentent le commerce régulier, du moins-eo général : ce qui explique la laideur des esclaves. Il est probable que parmi les gens condamnés i être vendus se trouvent les malheureux accusés de sorcellerie. Ms orphelins sans famille disparaissent aussi quelquefois sans que personne s'en inquiète.
La tentation de vendre leurs sujets est d'autant plus grande pour les chefs des hautes terres, qu'il y a peu d'ivoire dans la montagne, et qu'ils n'ont rien pour acheter les produits étrangers. Les AJahouas proposent de l'étoffe, des anneaux de cuivre, de la vaisselle, quelquefois de jolies femmes, et ne demandent, en échange, que la permission d'enlever pendant la nuit ceux que le chef désignera. Ils donnent quatre yards de cjjtonnade pour un homme, trois pour une femme, et deux pour un enfant.
Ces esclaves sont conduits aux marchands portugais de Mozambique, d'Iboé et de Quilimanè.
Il arrive quelquefois qu'une partie de la tribu, entraînée par l'appât du gain, se met à capturer ses compatriotes et à les vendre. Ce procédé fait des Victimes dans toutes les classes, bien que ce soit principalement sur le bas peuple que tombent les ravisseurs. 11 en résulte une guerre civile; le parti le plus faible est chassé du canton; les fugitifs se démoralisent, vivent de maraude, s'emparent des gens qu'ils rencontrent, les vendent aux marchands, et finissent par trafiquer les uns des autres sans le moindrs scrupule. C'est précisément dans cette position que nous avons trouvé les Ajahouas.
Les Manganjas sont plus défiants et moins hospitaliers que les riverains du Zambëse. Ils ont eu de la peine à croire que nous n'avions pas d'autre but que ctiuî que nous déclarions. Ils nous
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jugent d'après eux, et nous supposent les mobiles qui les font agir. Un chef, que nos Makololos ont surnomoié Kitlabolaoua (je serai tué),h cause de son air d'épouvante, nous faisait observer que des bandes étrangères venaient quelquefois chez eux, donnant de leur passage des motifs non moins plausibles que les nôtres ; et que cependant au bout de quelques jours, elles se jetaient sur le monde et faisaient de nombreux captifs.
IL est certains villages de la vallée du Chiré où l'on n'a même pas voulu nous vendre d'aliments. Chez ZJmika, par exemple, les hommes gardaient l'ouverture du rempart d'euphorbe, et nous déclarèrent que nous ne passerions pas. Nous allâmes nous asseoir sous un arbre voisin. Un jeune homme prit la parole et fit undiscourspleinde colère, sautant ça et là en brandissant son arc et ses flèches, dont on voyait le poison, et en nous adressant des gestes féroces. Il fut arrêté au milieu de sa harangue par un vieillard qui lui ordonna de s'asseoir, et lui défendit de parler ainsi à des étrangers. 11 lui fallut obéir ; mais il le fit avec répugnance, en grondant d'un air soupçonneux, et en projetant ses grosses lèvres d'une manière significative.
Nous avions vu les femmes quitter le village; craignant qu'il n'arrivât quelque malheur, nous partîmes au grand déplaisir de nos Makololos. Ils étaient furieux contre tes habitants de leur manque d'hospitalité, et nous en voulaient de ce que nous ne leur permettions pas de les battre. * Voilà ce que c'est que d'être avec des blancs, grommelaient-ils; si nous étions conduits par un de nos chefs, nous aurions mangé ce soir les chèvres de ces gens-tà, et demain matin ils auraient porté nos fardeaux. *
Comme au retour nous avions pris un chemin qui laissait ce village sur notre gauche^ Zimika nous envoya ses excuses, nous faisant dire qu'à cette époque il était malade dans un hameau voisin ; que ce n'était pas par ses ordres qu'on nous avait éconduita; que son peuple ignorait alors que nous étions des gens tranquilles, aimant la paix et ne voulant pas la troubler.
Pressés de rejoindre k Ma- Robert, nous ne pouvions pas entrer dans les bourgades de ce chef; mais les habitants nous suivirent; ils étaient chargés de grain, de farine, de volailles
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à vendre, et nous suppUaieut de nous arrêter, et de passer la nuit avec eux.
< Serons-nous obligés de dire que les blancs ont traversé notre pays, et que nous ne les avons pas vusî > répélaîent-ils avec instances. Nous Ornes hatte auprès d'un ruisseau pour les satisfaire. Aux yeux des gens de ce pays-ci, noire peau est plutôt rouge que blanche ; et bien qu'ils admirent beaucoup les teints de nuance claire, ils nous trouvent d'une laideur bizarre. Nos vêlements les choquent; les yeux bleus leur paraissent durs, et la barbe rousse une monstruosité.
D'après le nombre de vieillards que nous avons rencontrés dans la montagne, et par la vigueur physique et morale que nous avons vue s'accroître à mesure que nous nous élevions, nous pensons que le pays est salubre, que nos compatriotes y jouiraient d'une bonne santé, et que leur présence pourrait être un grand bienfait pour la population. Ils amèneraient cette multitude d'hommes laborieux à cultiver le coton, le bouazé, la canne à sucre, et d'autres plantes précieuses, de manière à en échanger les produits contre les objets de fabrique européenne, en même temps qu'ils leur inculqueraient, par leurs préceptes et leur exemple, les vérités de notre sainte religion.
Notre séjour au bord du lac fut nécessairement de courte durée. Nous avons trouvé que le meilleur moyen de détruire les soupçons qui'peuvent naître dans l'esprit des gens, dont tes seuls visiteurs sont des marchands d'esclaves, est de ne faire que passer; puis de leur laisser le temps de comprendre que le bûtde notre voyage, si différent de celui des autres, n'a rien de dangereux pour leur repos, et que nous n'avons à leur égard que de bonnes dispositions.
Un autre motif nous faisait revenir en toute hâte ; la moindre imprudence des hommes que nous avions laissés au MorRobert pouvait nous compromettre, et devenir fatale au succès de l'entreprise.
Les caravanes qui viennent du pays de Gazembé, de celui de Katanga et d'autres parties de l'intérieur, traversent le Nyassa et le Chiré, pour se rendre aux ports de Quiloa, de Mozambique et d'Iboé. Les esclaves, les ornements de cuivre, l'ivoire et la malachite sont à présent les seuls objets du commerce de ces
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BT SES AFFLDENTS. 181
provinces. D'après les informations que le colonel Rigby s'est procurées à Zanzibar, et les renseignements tirés d'ailleurs , presque tous les esclaves qui sont embarqués dans les trois ports cités plus haut viennent de la province du Nyassa. En ayant un petit vapeur sur le haut Chiré, qui à partir des cataractes présente avec le Nyassa une cAte de six cent milles au moins, et en achetant l'iToire des populations riveraines, on paralyserait le commerce d'esclaves dans toute cette région; car ce n'est qu'en rapportant de l'ivoire, dont ils chargent les captifs, que les marchands trouvent dans leur odieux négoce un bénéfice réel.
On acquerrait ainsi de l'influence sur une aire d'une immense étendue. Les Mazitous, qui habitent vers la partie nord du lac, ne permettraient pas aui raccoleurs d'esclaves de traverser leur territoire. Ils deviendraient, pour la répression de la traite, les alliés les plus actifs de l'Angleterre, et pourraient en profiter pour accroître leur commerce. Dans l'état actuel, les indigènes qui vendent de l'ivoire et de la malachite sont indignement exploités. Si nous leur donnions ici le prix qu'ils reçoivent maintenant sur la côte, après avoir fait trois cents milles pour y porter leurs marchandises, ils s'abstiendraient de faire cette course inutile; et ce n'est qu'en empêchant les produits de l'intérieur d'arriver aux établissements cAliers, que nous parviendrons à réprimer la traite. Le moyen que nous proposons la supprimerait depuis le Zambëse jusqu'à Quiloa ; il ne laisserait en dehors de ces limites que l'établissement portugais d'Inhambane, au sud ; et au nord, uns portion des États du sultan de Zanzibar que surveilleraient nos croiseurs.
Les riverains du Nyassa produisent du coton en assez grande quantité, et peuvent le vendre moins d'un penny la livre. On peut le trar)sporter par eau jusqu'en Angleterre, au moyen du Chiré et du Zambëse,' & la seule exception d'un portage, d'à peu près trente-cinq milles, occasionné par les cataractes de Hurchison.
Une route d'une quarantaine de milles, longeant la rivière en cet endroit, serait d'une faible dépense ; et il est probable qu'avant peu un commerce légitime et florissant remplacerait l'odieux trafic des hommes.
Le colonel Rigby, les capitaines Wilson, OldBed et Chapman,
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ISS LE ZÂUBÈS£
tous les officiers intelligents que nous avons vus sur la côte, ont reconnu avec nous qu'un petit navire sur le lac Nyassa ferait plus pour la répression de la traite que six vaisseaux de guerre sur l'Océan. Par des opérations judicieuses, faites dans l'intérieur et sur une petite échelle, la politique anglaise obtiendrait ainsi, à peu de frais, dans l'est de l'Afrique, les mêmes résultats que sur la cAte occidentale.
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Retour du lac. — EmpoisonnemeDt par la cassave. — Conservation de la viaode par le suc du manioc. — Le docteur Kirk se rend directement du village de Chibisa, à Tête. — Obseirations magnéticpies de Charles IJvingstone. — Biscuit du Chîré. — Nécessité du froment pour les Européens. — Départ pour la cAle. — Éléphants. — Le seuhor
■ Ferrâo — Kongoné. — Arrivée du LyniE, — Perte de la malle. — Départ pour Tête, — Le gouverneur de Cboupanga. — Aveui d'un ancien marchand d'esclaves. — Paul Mariano. — Arrivée à Tête, le 2 février 1860. — Mine d'argent fabuleuse de Chicova. — Exactions des Bancals. — Prii des denrées. — Portugais de Tété. — Funérailles. — Noces. — Or et charbon de terre. — Nonveau départ pour le Kongoné. —Retour. — Canal secret employé pour la traite. — Le gouverneur de Quitimané envoie à la recherche du Kongoné. — Essai commercial de M. Sunley à la rivière d'Angoxe. — Le major Sicard à Maiaro, — Changement de noms. — Mauvais état du lUa-Robert. — Départ de M. Rae pour l'Angleterre. — Le Kouakoua. — Créatures comiques. — Souris. — Les Zoulous à Senna. — Cochons rayés de Senna. —Fièvre. — Arrivée à Tété, le 25 avril. — Manque d'irrigation. — Une branche de l'industrie -de Teté.
6 oclt^e 1859. Après un voyage à pied de quarante jours, nous arrivons au Ma-Robert, à peu près exténués, mais plutôt par un empoisonnement que par les fatigues de la route. Nous avions pris un peu de pâte de muUigatatoney, pour nous faire de la soupe, dans le cas où nous n'aurions pas le temps d'accom* moder autre chose. Un soir qu'après une marche d'une longueur etceptionnelle nous étions à Mikéna, près du mont Nj oogone, situé au nord du Zomba, il fut dit au cuisinier de se servir de notre p&te. Mais au lieu des deux cuillerées qu'on lui disait de prendre, il mit tout le pot dans la soupe. Celle-ci emportait la bouche ; on y ajouta du riz, et comme nous étions aCTamés, on ne l'en mangea pas moins. Toutefois, la dose avait été trop forte, et nous fûmes retenus pendant plusieurs jours par de cruelles souffrances ; quelques-uns même d'entre nous ne se rétablirent qu'à bord du Ma-Robert.
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11 est possible qu'autre chose ait contribué à nous rendre malades. On sait qu'une espèce de manioc est vénéneuse (le Jatropha maligna), maïs qu'en lavant avec soin la farine qu'on en retire, et en jetant les deux eaux dans lesquelles elle a bouilli, cette farine, qui est la cassave, perd son principe délétère et devient comestible. L'espèce maligne se reconnaît facilement h son amertume ; il suffit d'enlever un morceau de l'écorce de la racine, et d'y poser la langue pour être sûr de ne pas se tromper. Néanmoins, il est probable que le manioc à saveur douce contient également un principe vénéneux.
Bien qu'il soit nuisible, comme celui de nos pommes de terre, le suc du manioc est employé dans les Indes occidentales sous le nom de casserip. Mélangé avec de l'eau, dans laquelle on a mis du piment, il conserve la viande, et cela, dit-on, pendant des années. Si l'on touche ce mélange avec du fer, ou de l'acier, il devient aigre ; aussi, en pareil cas, fait-on usage d'un vase de terre, fie procédé, que nous a fait connaître l'archevêque Whately, et qui est fort économique, est précieux dans les pays chauds. Tout ce qui reste du dtner, bœuf, mouton, porc ou volaille, se garde à merveille dans cette poivrade, à laquelle on î^oute alors un peu de casserip nouvellement fait. Autrement la chaleur ou les mouches auraient bientôt ^âté vos reliefs.
Toujours est-il que notre cuisinier faisait bouillir son manioc de la même façon que la viande : il en emplissait la marmite, y versait de l'eau, mettait sur le feu, et laissait réduire jusqu'à ce qu'il n'y eût plus une goutte de liquide. La racine conservait ainsi toute ses propriétés délétères ; et malgré le soin que nous avions de ne jamais acheter que l'espèce inoffensive, nous souffrions journellement des effets de cette méthode pernicieuse, qui ne fut découverte qu'à la Sn de l'excursion.
Soit dans la montée des basses terres aux Highiands , à trois mille pieds au-dessus du fond de la vallée, soit dans la descente du même point au bord de la rivière, le changement de climat fut très-sensible.
En bas, une chaleur étouffante, avec une température de 29 à 39 degrés et demi h. l'ombre^ chaleur qui nous rendait aussi mous, aussi abattus, que nous nous sentions vigoureux et réjouis sur les plateaux, où nous avions dix ou douze degrés de moins. L'eau de la rivière était quelquefois à vingt- neuf degrés,
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et mèmB plus, tandis que celle des ruisseaui de la montagne n'était qu'à dix-huit degrés.
Ayant eu besoin d'envoyer deux d'entre nous à Tété, le docteur Eirk et Mister Rae, notre mécanicien, conduits par des g&as de Ghibisa, accomplirent cette mission. Nous avions trouvé à l'est et au nord le pays si bien arrosé, que noua ne pensions pas que le manque d'eau fût à craindre pendant ce triyet qui était de moins de cent milles. C'était une erreur : nos amis souffrirent cruellement de la soif. Le peu d'eau qu'ils se procuraient, en creusant le lit des rivières desséchées, ne pouvait que les altérer davantage, tant elle était saumâtre (quelques indigènes en reliraient même du sel); et quand, 6 de longs intervalles, les voyageurs en trouvaient de moins saline, c'était une eau fangeuse, qui, profondément troublée par la visite des grands animaux, était nauséabonde.
Le chemin qu'ils suivaient traversait des plaines, où la tsétsé pullule : de grands espaces couverts de bauhinias, dont le feuillage donnait si peu d'ombre au terrain grillé,'que c'était à peine si l'on y voyait quelques touffes d'herbe. Un soleil d'une tetlu ardeur que les guides s'éloignaient du-sentier en bondissant, dans le vain espoir, en marchant sous ces bois sans ombre, de rafratchît un instant leurs pieds brûlés. Celui qui était chaîné de la provision de porc salé, s' étant perdu, n'arriva que deux jours après les autres; il n'apportait que les libres de la viande : toute la graisse avait fondu, et lui avait coulé sur les épaules. Peu de temps après, ce sentier fut transformé en chemin de razzia par le capitaine Raposo. Nos deux amis, jeunes et vigoureux, avaient manqué d'y périr ; que l'on se figure, s'il est possible, tout ce que les esclaves y ont souffert depuis lors. Probablement que cet' abominable commerce ne peut avoir lieu sans d'horribles tortures, et un énorme sacrifice de vie humaine.
Une série d'observations magnétiques, au sujet de l'inclinaison et de la déclinaison de l'aiguille, ont été faites à l'Ile de Dakanamoio par Charles Livingstone, qui en avait fait d'autres à Tété, ainsi qu'à l'tle de l'Expédition. Le Ma-Robert, après cela, partit pour le Kongoné.
Nous avions épuisé tous nos vivres, à l'exception du thé et du porc salé ; mais on peut acheter aux indigènes de la volaille, des
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fùves et de la farine de sorgho. Celle-ci, toutefois, ne convient pas à l'estomac des Européens; le froment, sous une forme ou sous une autre, est indispensable, en Afrique, à la santé des blancs. L'ingénieux Rowe, notre premier chauffeur, employa la farine de mapira de diverses manières ; il en Gt d'abord une pAte où «lie entrait seule, et qu'il mit au four; puis il essaya d'y mêler du jus de porc ; il la mélangea ensuite à des bananes, et finit par y ajouter des clous de girofle. Hais de quelque façon qii'il fât préparé, cet affreux biscuit n'en donnait pas moins des aigreurs qui duraient tout le temps de la digestion.
Nous conseillons donc aux missionnaires et aux marchands qui viendront ici, de ne pas négliger la culture du froment. Il ne leur sera pas plus difficile qu'aux Portugais d'avoir leur provision de blé, pourvu que les semailles se fassent dans la saison convenable, c'est-à-dire en avril et en mai, époque où l'hiver commence. Pendant ces deux mois, il ne faut pas compter sur la pluie ; on doit alors recourir aux irrigations, comme dans la colonie du Gap- ce qui, dans le pays, n'offre pas de difficulté. Si vous attendiez la saison pluvieuse le froment ne vous donnerait que de la paille. Dans cette région tout homme courageux pourra se nourrir sans rien tirer d'ailleurs.
Nous descendons le Chiré. Mankokoué nous a fait dire qu'il souhaitait que notre bande s'arrêtât dans son village. Il vient à bord du Ma-Roberl, nous apporte un beau présent, et nous assure que s'il ne nous a pas fait de visite l'autre fois, ce sont ses jeunes gens qui l'en ont dissuadé; mais qu'enfin il a voulu voir ce que tout le monde avait vu. Un homme chauve, à tête carrée, qui, lors de notre passage, remplissait les fonctions de premier ministre, est remplacé par un vieillard qui accompagne Mankokoué.
Dans la traversée du marais des Éléphants nous avons compté neuf grandes troupes de ces animaux ; quelques-unes de ces bandes formaient une ligne de deux milles de longueur.
26 octobre. Va violent orage éclate ; 11 tombe des gréions volumineux, à la grande surprise de nos hommes de Senna, pour qui la grêle est chose inconnue, bien qu'elle ne soit pas rare dans les contrées plus éloignées de la câte. Nous l'avons vue à Kuruman tuer des chevaux, des poules, des antilopes , et briser, à Kolobeng, tous les carreaux des fenêtres de la mission.
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2 novembre. Après avoir jeté l'ancre à la hauteur de Chamoara, doqs envoyoss à Senna pour y prendre du biscuit et d'autres denrées. Avec sa générosité habituelle, le senhor Ferrio nous donne un bœuf. Voulant savoir s'il peut en offrir un second, il cherche dans son dictionnaire portugais-anglais, et demande k notre matelot s'il veut an ot/ter, ce qui signifie un autre; mais il prononce le th en portugais, et Jack lui répond : ■ Non, monsieur, je vous remercie, je ne veux pas i'otter dans le bateau (c'est-à-dire de loutre), ces bétes-Ià mordent trop fort. >
Tous les soirs il nous faut échouer le Ma-Robert sur un banc ' de sable. II prend l'eau si rapidement que sans cela il coulerait dans la nuit ; ce n'est qu'en manœuvrant la pompe toute la jour^ née qu'on peut le maintenir à flot.
Les averses qui tombent chaque jour produisent leur effet habituel dans la cabine. Impossible d'attendre ceux de nos compagnons qui sont allés par terre du Gbiré à Tété; et nous nous rendons à la câte pour faire réparer notre malheureux vapeur.
Nous étions depuis peu de temps àl'embouchure du Kongoné, lorsque le lieutenant Berkeley, commandant le Lynx, de la marine britannique, vint pour nous ravitailler. La barre, qui avait été parfaitement unie jusque-là, est devenue mauvaise précisément à l'arrivée du Lynx, au point que celui-ci n'a pu communiquer avec nous qu'au bout de deux ou trois jours. Deux de ses chaloupes ont essayé de nous rejoindre ; mais ayant pris à cdté de la passe, elles ont chaviré sur les brisants qui sont situés devant l'Ile. Mister Hunt, l'ofîicier commandant la seconde chaloupe, s'est noblement conduit ; et grâce au sang-froid et à l'habileté dont il a fait preuve, les deux équipages ont été sauvés.
Tout ce qu'on apportait fut naturellement perdu ; entre autres choses les sacs où étaient renfermées les dépêches du gouvernement et les lettres de nos amis.
Cette perte est d'autant plus cruelle que nous allons commencer une expétyiion dans l'intérieur; le voyage durera près d'un an ; ces lettrea|)erdues étaient déjà de l'année dernière ; et vingt mois sans ni^velles de ceux qu'on aime, c'est bien long!
Le lieutenant Berkel^^ous ayant prêté son concours efficace pour la réparation ^daynolre misérable vapeur , celui-ci fut en état de quitter la côte ; et nous repartîmes pour Tété le 6 décembre.
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Chemin faisant nous rencontrâmes le gouverneur de Quilimané qui descendait le fleuve en bateau. Il avait reçu, nous ditil, l'ordre du cabinet de Lisbonne de choisir, après examen personnel, les ports les plus sûrs du delta du Zambèse. Nous lui indiquâmes le moyen d'arriver au Rongoné. Il ^outa qu'il était persuadé que les Portugais de son district connaissaient une embouchure d'où ils faisaient partir leurs esclaves; mais que les traitants refuseraient de lui donner des renseignements à cet égard, et que c'était pour cela qu'il s'adressait à nous.
Son Excellence prit malheureusement la fièvre le lendemain, et retourna à Quilimané avant d'avoir atteint l'embouchure du fleuve.
Plus tard, un ofQcier dé la marine portugaise fut envoyé par son gouvernement pour explorer les différents brasdu Zambise. Il se contenta de regarder les lieux, fit son rapport d'après nos sondages, dont nous avions publié les résultats , mais oublia de reconnaître cet emprunt. Ses compatriotes eux-mêmes souriaient de cet enfantillage de leur gouvernement, qui envoyait à la recherche de ce qui était découvert, et prétendait savoir d'ancienne date ce qu'il ignorait la veille.
A peine étions-nous en face de l'tle de l'Expédition que le pont du foyer du Ma-Robm s'écroula, comme cela lui était arrivé mainte et mainte fois. Heureusement que la place était giboyeuse : ce qui nous permit de nous procurer de la venaison, tandis que le vapeur se réparait.
Le 31 décembre, nous arrivions à Choupanga; il fallut y rester huit jours pour attendre la cotonnade que l'on nous envoyait de Quilimané. La toile de coton écrue, celle dont on fait les draps, est la monnaie courante de l'Afrique orientale ; et le ballot que nous attendions devait nous servir de numéraire pendant le voyage que nous allions entreprendre.
Le gouverneur et ses deux charmantes filles habitaient la maison de Choupanga. II est rare que les Portugais éprouvent delà répugnance à être servis par les noirs. Mais ie gouverneur aimait mieux l'être par ses filles, qui s'acquittaient de leur charge avec infiniment de grâce. La chose était d'autant plus agréable pour nous que c'est une rareté, dans ce pays-ci, de rencontrer des femmes à table.
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Son Excellence nous dit avec franchise, et d'une façon nullement confidentielle, que les Portugais de cette région formaient une misérable espèce, avilie par la débauche et sans la moindre initiative. ■ S'il leur restait un peu d'énergie, disait-il, quelquesuns des plus riches pourraient envoyer chacun une cinquantaine d'esclaves, voire une centaine, à Maurice, au Cap et en Angleterre pour y apprendre différents métiera ; de cette façon ils utiliseraient les produits du pays, et fabriqueraient eux-mêmes leur cotonnade et leur sucre au lieu de faire venir ces articles du dehors.» Son Excellence ne voyait même pas pourquoi le Mozambique n'aurait pas bientôt son chemin de fer, traversant le continent africain pour rejoindre Angola.
Ces observations trahissaient chez le gouverneur un défaut assez commun parmi les Portugais, et qui ressemble à la manie qu'ont certains de nos compatriotes de décrier tout ce qui vient d'Angleterre. L'usage est ici de vous entretenir de vérités lamentables sur tout ceux qui vous entourent. Si j'en juge parnos propres impressions, les étrangers, quand ils ne le méprisent pas, regrettent d'entendre un homme couronner sa tirade par ces mots : > Je suis afn-eusement honteux d'être Portugais. ■
Les paroles de Son Excellence montraient encore les idées grandioses que l'on se plaît à caresser, au mépris des choses pratiques et d'une réalisation facile. L'indigo croit spontanément dans les rues; il y atteint six pieds de hauteur, et s'y trouve en abondance. L'n coton d'excellente qualité se rencontre à un mille à peine; il s'y propage de lui-même, en dépit du feu qui le détruit tous les ans; et la canne à sucre, nous a-t-on dit, est facile à cultiver dans la plus grande portion du delta. Au lieu de profiter de ces avantages, nos amis révent de fonder ici, avec les capitaux anglais, une nouvelle Compagnie des Indes; et, tout en songeant à ce projet magnifique, ils se hâtent d'exporter leurs travailleurs àl'Ilede la Réunion. Le programme de cette Compagnie anglaise, soigneusement tracé par le ministre d'État de LisWnne, impose, avec une louable rigueur, la condition de bâtir des écoles, de faire des routes, de construire des ponts, de creuser des ports dans ce pays du Prétre-Jean : tout cela devant appartenir aux Portugais après un laps de vingt années.
Son Excellen.ce nous rappela à cette occasion que les établisse-
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meDts clu Mozambique, le fait est notoire, sont pour ta métropole une charge qui se traduit par un déficit annuel de cent vingt mille francs ; qu'il n'en résulte aucun avantage pour Lisbonne, dont le commerce avec ce point de la côte africaine est k peu près nul; et que jamais un Portugais n'est revenu dépenser au pays natal la fortune qu'il a faite ici. Il est vraiment k regretter que des .'hommes d'Ëtat, dont les actes nous ont prouvé les lumières, fassent servir leur puissance à perpétuer la condition misérable de ce pays , en fermant aux étrangers, sous prétexte de domination absolue, des lieux où ils sont eux-mêmes sans force pour le bien. Après avoir été le premier à faire le commerce transatlantique d'esclaves, n'est-ce pas pour le Portugal payer trop cher une simple fanfaronnade que d'être le dernier peuple chrétien à abandonner ce trafic abominable?
L'n vieux traitant malade, presque aveugle et misérablement usé, avait coutume de nous raconter sans détours les épisodes de son ancienne carrière. Évidemment l'esclavage ne lui apparaissait pas sous le même jour qu'à nous autres. Ses compatriotes connaissaient tous sa libéralité; iU savaient que sa pitié ne s'invoquait jamais en vain; et certes on n'est pas plus généreux et plus serviable qu'il ne le fut à notre égard. Un jour que nous lui disions combien nous étions surpris de voir qu'un homme aussi humain avait pu se livrera l'exportation de l'esclave, il repoussa cette accusation avec chaleur, nous affirmant qu'il n'avait jamais arraché d'esclaves à leurs maîtres. C'étaient seulement des brutos do maio, des bétes des champs qu'il avait exportées, c'est-à-dire des indigènes sauvages, nouvellement pris à la chasse ; et, toujours au même point de vue , il iyouta gravement, que lorsque sa femme était morte, il avait fait, pour émousser son chagrin, une descente chez les tribus voisines de l'embouchure du Chiré, d'où il avait ramené un grand nombre de captifs.
C'était à Angola qu'il avait débuté dans la carrière commerciale; il s'était créé plusieurs fortunes qu'il avait dissipées rapidement àRio-Janeiro dans des orgies de toute espèce. ■ L'arçent qu'on gagne à vendre des noirs, disait-il, est mauvais, et retourne vite au diable. » Il était parti de Quilimané, il y a quelque douze ans, avec une carçaison d'ivoire ; son navire avait
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été saisi comme négrier, puis amené au Cap. On lui en avait pris d'autres en différentes occasions ; on était alors dans sou droit. C'était juste, disait-il, puisque ceHX-là étaient chargés d'esclaves; mais cette fois il s'agissait d'un comnierce licite ; et les croiseurs avaient eu tort. Les ofQciers anglais l'avaient reconnu euxmêmes, et voulaient lui rendre ce qui lui avait été pris. Us l'auraient fait sans aucun doute, car c'étaient des hommes d'honneur; mais un de ses compatriotes, qui était alors au Cap, un franc coquin, s'y était opposé, e( la restitution n'avait pas eu lieu. Longtemps après, un ofiicier de marine, qui , lors de la capture, se trouvait k liord du croiseur, remontait le Zambèse avec nous ; il reconnut notre ami, et l'informa que le gouvernement ttnglais, ayant acquis la certitude que le navire en question avait été saisi d'une façon illégale, avait payé au gouvernement portugais la valeur entière du b&tîment et de la cargaison.
Le senhor Vianna, un seltler, venait d'acheter une ferme de trois milles carrés, dont l'une des lisières était formée par le champ de bataille de Mazaro; le prix de cette ferme était de neuf cents dollars, payables en trois ans. M. Vianna s'est rendu en outre fermier d'un espace de quarante milles, situé sur les bords du Chiré et du Zambèse. Ce terrain, qui faisait partie du domaine de Mariano, appartient h l'État. Celui-ci a également affermé à M. Azévêâo,et pour un nombre d'années considérable, une étendue de quatre-vingts milles du territoire qui borne Mazaro du côté de l'est. Les quelques centaines de dollars qui constituent le ioyer de la terre sont fournis au fermier par les colonos, ou serfs, qui lui donnent annuellement un ou deux sacs de grain, et lui rendent certains services, i peu près comme cela se passe avec nos cottagers écossais.
Les Landines*, Cafres-Zoulous qui demeurent sur la rive droite duZambëse, vinrent alors réclamer leur tribut. Le Senhor Vianna leur fit remettre un petit cadeau, et les pria d'attendre que le gouverneur fût parti. Il envoya pendant ce temps-là toutes ces marchandises de l'autre côté du fleuve, et disparut avec le gouverneur sans payer les Landines. Le principal objet que les marchands ont en vue, lorsqu'ils acquittent la taxe que leur imposent les Zoulous, est d'obtenir la permission de couper les goundas gigantesques dont on failles corbes, ou grands canots du Zambèse, et qui croissent à une vingtaine de milles dans
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l'intérieur des terres. H. Vianna avait abattu assez de bois pour assurer des canots à tous ses domaines au moins pendant dix ans ; et il espérait qu'avant l'expiration de ce t«rme sa fuite serait depuis longtemps oubliée. II ne s'en plaignit pas moins amèrement du peu de respect que ces Cafres lui témoignèrent, ainsi qu'au gouverneur.
Tandis que nous étions à Choupanga, nous vîmes passer Paul Mariano, que l'on conduisait à Senna pour y être jugé. Il était accusé d'avoir tué quelques pauvres diables de noirs, dont un charpentier qui appartenait au senhor Azévédo. Un officier, assisté de plusieurs soldats, avait fait chez Mariano une descente nocturne et s'était emparé de sa personne. La sœur du prisonnier était ailée trouver le gouverneur, et lui avait demandé en termes clairs et précis, devant un certain nombre de senhors, quelle somme il exigeait pour mettre le prévenu en liberté. Son Excellence, cela va sans dire, avait été blessée de tant d'audace, et avait rejeté avec indignation l'offre qui lui était faite. Mais, chose, singulière, quelques jours après Mariano s'échappa de prison et retourna dans son lie, où depuis lors il n'a pas été troublé. En apprenant cette fuite nous avons demandé si l'on se doutait de la roule que l'accusé avait prise. ■ Celle de sa propre demeure, ce n'est pas douteux, > nous répondit un gentleman qui connaissait les habitudes du pays; et ce gentleman avait raison.
C'était l'époque où il pleut fréquemment^ la crue du fleuve était considérable; nous n'avancions qu'avec une lenteur déses^ péraate ; et ce ne fut que le 2 février que nous atteignîmes Tété. Le même jour M. Tliornton revenait d'une tournée géologique; cette tournée avait fait espérer aux Portugais la redécouverte d'une mine d'argent fabuleuse, dont, suivant la tradition, les Jésuites auraient autrefois exploité un ûlon précieux à Chicova.
Après avoir dépassé Zumbo, en compagnie d'un marchand métis, M. Thornton avait bientôt quitté le Zambèse ; il s'était joiul à l'expédition du baron Van der Decken, et avait exploré la montagne neigeuse du Kiliman-jaro, située au nord-ouest de Zanzibar.
Le métis qui accompagnait M. Thornton avait trouvé de l'ivoire en abondance; il en rapportait une grande quantité qu'on ne lui avait pas vendu cher; mais il avait été contraint de payer de
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lourdes taxes aux Banyaïs, ainsi qu'à d'aulres peuplades ; et cela dans une région que les Portugais prétendent posséder d'une manière exclusive. Pendant les six mois que dura cette excursion, il fut livré par ce traitant, aux différents chefs dont il traversa le territoire, deux cents pièces de cotonnade de seize yards chacune, sans parler des grains de verre et du fil de laiton. A cet impôt, sufGsamment lourd, se joint l'habitude qu'ont prise les chefs de cette province d'imposer des amendes aux négociants pour des crimes que ces derniers ont pu commettre à leur insu. Les marchands subissent ces exactions plutAt que de courir les risques d'un combat. L'ivoire d'ailleurs est assez bon marché pour qu'ils y gagnent encore.
Chaque négociant de Tété est, dit- on, obpgé de pourvoir à l'entretien d'un certain nombre de soldats de la garnison ; celui qui arrive de l'intérieur doit pa}er la somme nécessaire pour en entretenir cinq, bien qu'il ne soit nullement protégé par la force publique.
De Zumbo à Ghicova le transport de l'ivoire se fait ordinairement en canot; arrivé là. on abandonne les pirogues, et les défenses sont portées à dos d'homme jusqu'en aval du Kébrabasa. I^ marchand dont nous parlons avait loué des Banyaïs pour ce dernier lr8jet;.ceux-ci étaient convenus de lui déposer son ivoire de l'autre c6té des rapides moyennant trois yards de calicot par homme et par tournée. Mais une fois partis ils jetèrent à plusieurs reprises leurs fardeaux sur la route, exigeant pour les reprendre qu'on leur donnât davantage ; et ils finirent par élever leurs prétentions à dix yards. ■ J'aurais pu en venir aux mains, et les battre avec mes hommes, ajoutait le négociant; mais en arrivant i Tété, j'aurais élé mis à l'amende par le gouverneur pour avoir troublé la paix publique. Toute ma cargaison aurait été prise par les Bunya'is; et pour tout dédommagement j'aurais eu la mortiOcation d'apprendre que, sur ma plainte, nos autorités avaient acheté mon ivoire aux détrousseurs, et l'avaient eu à bon compte. >
C'était un administrateur de singulière espèce que ce senhoi; officier qui, en même temps, commandait le fort par intérim ; depuis cette époque il est mort. Peu de temps après son arrivée au pouvoir il avait fait une loi pour fixer la valeur des denrées. En raison des guerres qui désolaient le pays depuis longtemps.
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les provisions coûtaient alors le triple de ce qu'on les payait jadis. Il fut donc décidé par Son Excellence que les choses seraient remises sur l'ancien pied; qu'on aurait à l'avenir vingtquatre poulets, au lieu de huit, pour deux yards de calicot; et que le prix des chèvres, des moutons et de l'huile serait réduit dans la même proportion.
Le premier indigène qui vint au marché refusa de céder ses volailles au prix du nouveau tarif. On le traîna immédiatement devant le gouverneur, qui, pour le punir, lui fit attacher au cou sa marchandise gloussante, et le condamna k remonter et k descendre la rue jusqu'au soir, sous la surveillance d'un argousin, puis ensuite à passer la nuit en prison. Un autre malheureux, ayant apporté de l'huile d'arachide, et n'ayant pas non plus consenti à la vendre aux conditions légales, fut condamné à en boire une large dose. Cela servit d'exemple; et la seule difGculfé que rencontra la réforme vint de ce que les indigènes attendirent, pour reparaître au marché, qu'on eût abrogé la taxe.
Les vins et les liqueurs, dus à l'importation, payant une entrée assez forte. Tété, pour un simple village, doit avoir un revenu respectable. Le climat y est pour beaucoup; on l'accuse généralement d'une foule de choses. Ainsi les marchands, y étant d'humeur sociable, se réunissent et passent la soirée les uns chez les autres ; c'est alors qu'on peut observer l'effet de ce climat débilitant, lis ne sont pas rassemblés depuis une heure qu'un certain nombre de ces messieurs, devenus trop faibles pour rester sur leurs chaises, tombent sous la table sans en avoir conscience ; tandis que les autres parlent et gesticulent, chantent d'une voix forte, se jettent dans les bras de leurs voisins en leur jurant une amitié éternelle, et perdent peu à peu la direction de leurs mouvements et le fil de leurs discours. Des esclaves, assis à l'entrée de la salle, comprenant ces symptômes, s'approchent alors de leurs maîtres, et les rapportent à la maison. Nous n'hésiterions pas à qualifier cela d'ivresse, si pour désigner cet état on ne disait pas ici : * Il parle anglais, > ce qui signifle il est ivre; de telle sorte que noire accusation aurait l'air d'un tu quogue.
Les Portugais de Tété poussent l'intempérance et les autres vices tellement loin, que nous sommes surpris, non pas de ce qu'ils ont la fièvre, mais de ce que la fièvre ne les a pas déjà
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tous emportés. Leurs habitudes seraient mortelles sous n'importe quel climat. Celait pour les Africains un sujet d'étonnément plus encore que pour nous-mêmes. Nos Hakololos, par exemple, regardaient avec effroi ces réunions bachiques; et Sininyané les décrivait de manière à servir de leçon aui acteurs de ces tristes scènes. ■ Un Portugais se lève, disait-il, et crie : Viva ! c'est-à-dire je suis content ; un autre crie : Viva I à son tour, puis ils crient : Viva I tous ensemble. Ainsi donc, pour les contenter, il ne faut qu'un peu de bière ! » Un soir, il vit trois officiers qui, dans leur contentement, se querellaient au sujet d'un faux rapport. L'un de ces ofïlciers se jeta sur son supérieur, s'efforça de le mordre, l'entraîna dans sa chute, et roula avec lui sur le plancher, tandis que le troisième, prenant une chaise, les frappait tous les deux. Dans son horreur d'une pareille conduite, Sininyané s'écria: * De quelle espèce sont donc ces blancs, qui traitent leurs chefs de la sorte I >
Un enterrement, ou un ihariage, vient quelquefois rompre la* monotonie de l'exislence des habitants de Tête. Lorsque le défunt est un personnage important, la quantité de poudre brûlée par ses esclaves est énorme; et la dépense, toute proportion gardée, n'est pas moins grande que celle des funérailles follement fastueuses que l'on voit en Angleterre.
Quand nous étions à Tété, nous avons toujours essayé d'adoucir les chagrins de la famille en assistant aux cérémonies funèbres, et en nous joignant au cortège avec une véritable sympathie pour tes survivants. Ils l'auraient fait pour nous si nous avions été à leur place. Jamais ils n'ont manqué d'hospitalité à notre égard ; et l'extrême bienveillance qu'ils nous ont témoignée restera dans notre mémoire jusqu'à notre dernier jour. Leurs fautes nous attristent; quand nous en parlons, c'est avec chagrin, non pas avec colère. Leur trafic d'esclaves est une méprise énorme. En les retranchant du reste du monde, leur gouvernement les place dans une fausse position ; ils le sentent et le disent avec une amertume qui ferait changer de langage aux hoinmes d'Ëtat de Lisbonne, si ces derniers pouvaient les entendre. Mais il n'y a pas de journaux & Tête, pas de libraire, à peine un maître d'école. Si nous étions nés dans un pareil milieu.... Nous tremblons d'y penser I
Les mariages sont célébrés ici avec autant de gaieté que par-
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tout ailleurs. Notre ami le padre maria sa ûlleule ; ]a noce se fit chez lui; il nous invita gracieusement à partager sa joie: ce qui nous Tournit l'occasion d'assister à une fête nuptiale. Tout se passa avec convenance et bon goût. C'est à cette noce que nous avons fait connaissance avec la vieille dofia Ëugenia, qui était déjà mère de famille lorsque les esclaves vinrent de Gassangé, à une époque où pas un de nous n'avait vu le jour.
Un autre mariage excita notre intérêt par un incident qui nous rappela une coutume écossaise. L'un de nos amis, le capitune Terrazao, devait épouser une jeune fille portant l'illustre nom de Victoria-Alexandrina. Celle-ci avait une sœur qui se mariait également , et les deux noces devaient avoir lieu le même jour. Le père des deux fiancées était l'un des plus riches négociants de la province ; mais leur mère n'avait jamais été qu'une concubine, et les parents se marièrent d'abord pour légitimer leurs filles. Avec nos lois, qui n'admettent point la réversibilité des crimes, n'est-il pas fâcheux de voir les enfants qui ont le malheur de naître en dehors du mariage porter toute leur vie la souillure d'une faute dont ils sont innocents'?
Dans le cortège nuptial, les mariés sont portés dans des machillas," c'est-à-dire dans des hamacs suspendus à des perches. La partie féminine des esclaves, parée de ses plus beaux atours, fait éclater la joie qu'elle éprouve du bonheur de ses maîtres. Les hommes portent les hamacs, ou témoignent leur allégresse en déchargeant leurs mousquets. Derrière les machillas, viennent les amis du jeune couple; ils ont ordinairement l'habit noir et le chapeau en tuyau de poêle, qui nous psraft ici plus hideux que nous ne l'avons jamais trouvé en Europe.
Les femmes, ainsi qu'on le voit dans la gravure, regardent les toilettes de leurs voisines, en balançant avec grôce les cruches d'eau qu'elles portent sur la tête. Pendant ce temps-là, pour se nettoyer la gorge de la poussière que soulève la foule, les invilés font de copieuses libations. Vient ensuite le repas, qui est suivi de la danse, et d'autres divertissements.
L'objet le plus important des environs de Tété, à peu près le
1. Nous comprenoos fort bien que cette injusIiM ait frappé l'esprit droK et gtnireui du docteur; mais cammeoi m bit-il qu'il admette le péché originel, et prêta k Dieu cette réversibilité qu'il déplore chei les hommes, et que repousae la loi iiumaiDe? {Naît du iraduettuT.)
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seul qui soit intéressant, est la houille que l'on rencontre an nord du village, à une distance de quelques milles. Elle y apparaît dans les berges rocheuses des ruisseaux qui alimentent le Rérouboué. Les veines ont une puissance de quatre à cinq pieds ; nous en avons trouvé une de vingt-cinq pieds d'épaisseur. Prise à la surface, cette houille contient beaucoup de scliîsie; mais ayant sondé horizontalement, à une profondeur de huit ou dix yards, nous avons obtenu un charbon meilleur, et qui a produit de bons résultats pour le chauffage du Ma-Robert. On voit, par les racines des plantes empAtées dans la couche, que cette houille est d'ancienne formation. Elle repose sous une strate de grès grossier de couleur grise, qui porte souvent la marque des rides et des bouillonnements de l'eau, ainsi que des empreintes de plantes, et que recouvre du bois silicifié.
L'or également se trouve dans beaucoup de rivières situées au midi de Tété; mais, aussi longtemps que durera l'esclavage, on n'exploitera ici ni l'or ni la houille; et ces richesses ne profiteront qu'aux générations futures.
Apprenant qu'au-dessus du Rébrabasanousaurions de la peine à nous procurer des vivres, tant que la récolte n'aurait pas été faite ; sachant, en outre, combien il est diflicile dans la saison pluvieuse d'approvisionner de gibier une aussi grande quantité d'hommes, nous convînmes de remettre au mois de mai notre départ pour l'intérieur. Il flit résolu qu'en attendant nous retournerions k la côte afin d'y prendre les dépêches que nous devons recevoir en mars; et nous partîmes le 10 février pour l'embouchure du Zambëse.
Chemin faisant, nous apprîmes que la malle qui nous était destinée, et qui s'était perdue en franchissant la barre, avait été recueillie à l'ouest de Uilambé par des indigènes qui l'avaient portée & Ouilimané. On l'avait envoyée à Senna, d'où on l'avait dirigée sur Tété ; et nous nous étions croisés avec elle. Le gouverneur de Choupanga nous dit qu'elle était fort grande : ce qui n'était pas fait pour nous consoler, puisqu'elle remontait le fleuve pendant que nous le descendions.
Jamais les moustiques ne nous ont plus tourmentés qu'ils ne l'ont fait près de la côte, surtout quand une légère brise du nord soufflait sur les mangliers. Nous passâmes plusieurs semaines près du rivage dans de petites cases que nos hommes nous
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avaient construites. Nos cliasseors, toi^onrs mouillés, furent pris par la fièvre; mais en général ils se remettaient a^sez vite pour nous entretenir de viande.
Nul vaisseau n'ayant apparu, nous repartîmes le 15 mars. Il fallut s'arrêter sur le Louabo afin d'y prendre du bois. Des chasseurs d'hippopotames, campés dans les environs, nous confirmèrent l'eiistence du bayou qui va de cet endroit à Quilimané; mais ils refusèrent de nous en indiquer la place. Le gouverneur de Quilimané s'était déjh plaint de ce que les marchands d'esclaves, dans l'intérêt de leur commerce, ne voulaient montrer ce passage à personne, pas même k lui. Masakasa était persuadé «]u'on pouvait tirer ce secret de nos chasseurs d'hippopotames, et se flattait d'y parvenir. ■ Douceur de langue, disaitil, fondra leur réserve; > malheureusement Us décampèrent tous pendant la nuit.
Nous nous sommes assurés plus tard qu'on entre dans ce bayou par une ouverture appelée Kouchichoné , ouverture située en amont du canal du Rongoné, à deuxou trois milles de celui-ci, mais sur l'autre rive du Zambèse. Ce conduit, ne pouvant à certaines époques livrer passage qu'à de petites pirogues, est sans aucune importance.
Le gouvernement de Lisbonne s'est efforcé depuis lors, avec une gravité amusante, de prouver que ces parages lui sont connus depuis longtemps. Peu importe au reste du monde, qui n'en a pas moins à découvrir ce que le Portugal lui laisse ignorer. Et n'est-îl pas étrange que, possédant une connaissance des lieux aussi parfaite, un ministère n'en fasse pas profiter ses agents, alors que ces notions géographiques leur seraient indispensables. Le gouverneur de Quilimané, par exempte, ayant reçu l'ordre d'examiner le Rongoné, avouait franchement qu'il ne savait pas où était celui-ci. Noire ami, le major Sicard, ayant reçu de nous l'assurance que les Landînes ne pouvaient pas traverser les criques dont ce port est entouré, eut l'idée prévoyante d'acquérir en cet endroit une lai^e bande de terre ; il envoya des esclaves y établir un jardin, et fit bâtir une maison qui donna de la valeur au port de Rongoné.
Gela nous fit comprendre que les vues des Portugais différaient totalement des nôtres. Servir l'intérêt de tous, celui des blancs et des noirs, en établissant des relations commerciales parfaite-
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ment libres, était le seul but que nous nous proposions. Nos amis, au contraire, n'avaient d'autre désir que de nous voir décider les Anglais à former une compagnie dont le Portugal recueillerait tous les avantages, en s'appuyant sur des droits actifs.
Cette politique bornée était si transparente que nous avons toujours dit aux négociants d'Angleterre de ne risquer aucnne entreprise dans ces régions, tant que la navigation du Zambèse ne serait pas entièrement libre. Aujourd'hui, à, l'exception de ia traite, nul commerce n'est toléré. Mister Sunley, consul à Johanna, avait, sur la recommandation de l'amiral Wyvil, porté des marchandises à la rivière d'Angonsh, ou d'Angoxe, afin d'amener les indigènes â un trafic légal. Le succèsayant répondu à ses espérances, il fut attiré à Mozambique sous de faux prétextes par deux agents de l'autorité. A peine était-il sous les canons du fort qu'il se vit déclarer prisonnier, confisquer son navire et sa cargaison , pour s'être livré & un commerce défendu sur le territoire portugais. S'il avait fait la traite, une faible somme, h raison de tant par tête de nègre, lui aurait assuré ia table et le logement dans le palais du gouverneur.
A Mazaro nous trouvâmes le major Sicard avec des pics, des pelles, des claies et des esclaves : il allait bdtir un fort et une douane à l'embouchure du Rongoné. Comme loin d'avoir un motif pour cacher cette embouchure, nous en avions beaucoup pour la faire connaître, nous donnâmes au major une carte des branches tortueuses, qui, en se ramifiant parmi les mangliers, rendent la recherche du port assez embarrassante ; et nous y joignîmes les indications qui pouvaient faciliter la route.
Le major nous apportait le reliquatdes dépêches qui couraient après nous. Ce fut une vive déception : tout avait été perdu, excepté un paquet de vieux journaux, deux photographies, et trois lettres qu'on nous avait écrites avant notre départ d'Angleterre.
Sininyané avait échangé son nom contre celui d'un Landine qu'iiavait trouvé à Choupanga. Le lendemain matin on l'appelle: il ne répond pas; on recommence deux foîssansplusde succès. A la fin un de ses camarades nous dit : ■ Ce n'est plus Sininyané, c'est maintenant Mochochoma. >
L'échange des noms entre hommes de tribus différentes est une chose assez commune ; il constitue un lien étroit entre les deux échangeurs, et leur impose certaines obligations vis-à-vis
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l'un de l'autre. Ainsi quand le dénommé passe dans le village de son camarade, il trouve de droit chez celui-ci la nourriture, le logement, et l'appui dont il peut avoir besoin. Étant au Kébrabasa pendant la saison pluvieuse, Charles Livingstane avait rencontré un voyageur nègre, affamé et transi; il était devenu son camarade, non pas en changeant de nom avec lui, mais en lui donnant quelques vivres et un bout de calicot. Dix-huit mois après, comme nous voyagions dans l'intérieur, un homme se rendit à notre camp; it apportait de la farine, de la bière, du riz et une volaille qu'il nous priait d'accepter, nous rappelant ce qui avait été fait pour lui. Charles Livingstone l'avait oublié; mais le camarade s'en souvenait, et nous dit que maintenant qu'il nous voyait en route il ne voudrait pas nous laisser dormir, avec la faim ou la soif.
Plusieurs de nos hommes quittèrent leurs propres noms et adoptèrent ceux des chefs; d'autres ûrent mieux encore, et prirent le nom des cataractes ou des montagnes que nous avions rencontrées. 11 y eut alors dans notre bande un Chibtsa, un Morambala, un Zomba, un Kébrabasa, qui continuèrent à se faire appeler ainsi, même après leur retour dans leurs foyers.
Le Ma-Robert, surnommé l'Aslkmaliqut, a été pour nous la cause de tant d'ennuis et d'embarras que, bien que nous n'en ayons pas cité la diiièmepartie, le lecteur doit se dire que nous en avons déjà trop parlé. L'individu qui avait le plus contribué à nous faire imposer ce malheureux navire n'est plus de ce monde. Avec lui a disparu l'amertume que nous avions au cœur; mais il est triste de penser qu'il y a des gens auxquels l'appdt du gain fdit commettre des actes que l'on doit taire après leur mort."
Toujours est-il que la perspective d'explorer le lac Nyassa au moyen d'un vapeur qui pourrait se démonter, et qui, arrivé aux cataractes, serait porté au delà des chutes, était si belle, l'exécution de ce projet devait porter un coup si funeste au misérable système qui est la plaie de cette région depuis deux siècles, que nous envoyâmes à Londres M. Rae, notre mécanicien, pour surveiller la construction d'un nouveau steamer. M. Rae n'avait plus aucun emploi sur l'Asthmatique, puisque celui-ci était complètement incurable, et il pouvait partir sans retard. Nous expédiâmes en même temps cinq caisses d'échantillons recueillis et préparés avec soin par le D' Kirk ; mais, à notre vive
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douleur, et à notre grand préjudice, les jardins de Kew, auxquels nous les adressions, ne reçurent jamais qu'une de ces caisses.
Nous conduisîmes tous notre mécaDicien à un petit cours d'eau qui se je\te dans le Kouakoua, ou rivière de Quîlimané; c'était de Quilimané, oii il se rendait, que H. Rae devait s'embarquer pour l'Angleterre.
La dislance de Mazaro, sur le Zamb6se, à Nterra, sur le Kouakoua, est d'environ six milles, que l'on fait sur une terre brune d'une richesse étonnante. Nous passâmes la nuit sous un haogar construit à Nterra pour abriter les voyageurs; car ils sont souvent obligés d'attendre plusieurs jours les canots qui doivent les emmener. Nous essayâmes de dormir, mais les rats et les moustiques rendirent la chose impassible.
Les rats de cette région, ou pluldt de grandes souris qui res- I semblent exactement au muspumilio de Smith, sont d'humeur \ facétieuse, et ont un grand fond de gaieté. Ils nous réveillaient sans cesse en nous courant sur le visage, et riaient aux éclats de cette prouesse agaçante. Le ridicule parait les frapper vivement et leur causer un extrême plaisir; ils criaient de joie en voyant les efforts que notre colère' faisait dans l'ombre pour mettre un terme à leurs rires déplacés.
Contrairement à leurs cousins d'Europe, qui, dit-on, abandonnent les vaisseaux en péril, une bande de ces rats vint s'établir dans le Ma-Robcn, qui prenait l'eau de toute part, et menaçait de couler bas. l'endant le jour ces mauvais plaisants ne se faisaient ni voir ni entendre ; mais, à la nuit close , ils quittaient leur retraite et commençaient leurs cjibrioles. A peine étions-nous endormis qu'ils se précipitaient dans la cabine, nous passaient sur la ligure, éclataient de rire tous ensemble, et montraient par leurs hi ! hi ! hi l hi I hi ! hi I retentissants combien cette farce les amusait. Puis ils reprenaient leur course, et trottaient sur les hommes de l'équipage avec non moins de délices. Us gambadaient ainsi toutes les nuits, passant de l'avant à l'arrière, réveillant d'un pied impartial tout dormeur sans distinction de race, et riant avec mépris des coups tombant dans le vide, des grognements irrités, et des courses vaines de ceux qu'ils outrageaient.
Nous vîmes ailleurs une espèce de grande souris, proche pa-
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rente de Veuryoïis unisuk(Uus de Cuvier; elle se sauva en gravissant un mur raboteui, légèrement penché, et emporta avec elle ses petits, qui, au nombre de six, la tenaient solidement par le périnée. Ils étaient déjà bien couverts de poils, et un coup violent, dont leur mère fut estropiée, ne fit pa&I^chjlr pri^à quel-queS'Una d'entre euz. Cette adhérence était-elle produite par l'action involontaire des musclest Nous n'avons pas pu le décider; mais une pareille solidité d'attache, avec le poids des souriceaux, paraissait exiger un état cataleptique des muscles de la mAchoire.
Des scorpions, des mille-pieds, des araignées venimeuses étaient souvent introduits dans le navire avec le bois qu'on y apportait, et se glissaient parfois dans nos lits ; mais nous avons toujours eu la chance de les découvrir et de les tuer avant qu'ils aient feit aucun mal. Suivant des officiers de marine, qui ont séjourné sur celte cAte, les mille-pieds et les scorpions que l'on apportait de cette manière à leur bord perdaient presque tout leur venin après quelques semaines de résidence : nous n'avons pas vérifié le fait.
11 y avait aussi des serpents dans les tas de bois; mais le plus souvent ces reptiles nous arrivaient d'eux-mêmes; ils gagnaient la rivière en amont du navire, nous rejoignaient en se laissant aller au fil de l'eau, et se hissaient à bord avec aisance au moyen du cÂble>chatne. Quelques-uns, d'espèce venimeuse, furent pris dans la cabine. Un serpent vert demeura avec nous plusieurs semaines; il se cactiait dans le jour derrière le revêtement, et ne sortait que la nuit. Se sentir réveillé par cinq pieds de long d'un serpent glacial qui vous passe sur la figure, est déplaisant, si rapide que soit la chose.
Des myriades de blattes infestaient le Ma-Bobert; nous en avions deux variétés. Non-seulement elles dévoraient et souillaient nos vivres , nos chaussures, nos flanelles , mais elles nous rongeaient le tour des ongles. Et pas moyen de les détruire ; si vous en tuez une, disent les matelots, U en vient cent à ses funérailles. On lit dans l'ouvrage du Commodore Owen que les blattes pilées et réduites en pâte forment un puissant carminalif : cela n'a pas été conflrmé. Toutefois lorsque des singes sont nourris de ces insectes ils maigrissent tellement, la chose est certaine, qu'il est tout simple de penser que le pdté de blattes ne serait pas
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moins bon contre l'obésilé qu'un plat de banting (bibos sondaicw) '.
Nous nous trouvâmes à Senna en même temps que les Laodines, venus en force pour la perception du tribut annael.
Ces Cafres sont bien disciplinés, et ne volent jamais les habitants. Ils réclament l'impAt au nom du droit de conquête, ayant autrefois battu les gens de Senna, qu'ils obligèrent à se réfugier sur les ties du Zambèse. Cinquante-quatre Portugais furent tués dans cette affaire; et malgré sa forteresse, bâtie en pisé, jamais le village n'a recouvré sa puissaoce.
A l'époque où nous y rencontrâmes ces Cafres, la fièvre y régnait depuis quelque temps , et avait attaqué la plupart des Portugais. 11 y a dans le village une quantité de mares remplies d'une vase fétide et verte, où d'horribles cochons à long groin, et ressemblant & des lévriers, se vautrent avec délices. La ma- > jeure partie de Tespace enfermé dans l'estacade, un millier de mètres de longueur sur environ cinq cents, est couverte A'fadigo, de casse, de buissons de grande taille, parmi lesquels s'élèvent des émioences qui portaient autrefois des couvents et des églises. Il en résulte que l'air ne circule pas dans l'enceinte, et que la fièvre y est commune, ce qui n'a rien d'étonnant. La iiourriture des cochons qui s'y promènent est d'un révoltant indescriptible; ces animaux n'en forment pas moins un ahment favori ; et l'on peut entendre à Senna , comme à Télé, leurs propriétaires les rappeler au milieu de leurs courses vagabondes, et leur crier, d'un ton affectueux, Joâo, Manoël, Antonio, koudia! koudial <[mangerl mangerl)
Parmi ces bélea, qui autrement nous offrirent peu d'intérêt, nous vîmes une variété curieuse et tout accidentelle : une portée tout entière superbement rayée de blanc et de brun jaunâtre, et dont les rayures, d'un pouce de large, au lieu d'être disposées comme celles du zèbre, s'étendaient le long du corps. La robe tigrée se montre de temps à autre chez les chevaux et les mulets; on suppose qu'elle annonce un retour vers l'état sauvage, et rappelle le type primitif; de même que certains pigeons de noble race manifestent quelquefois une tendance à reprendre
I. La cbose est possiblei nous rappelloroDS seulement qu'au dire de Fabriciu» les Egyptiennes mangcot la blatte sillonnée pour devenir gr.iiaes.
{Hole du tradwleur.)
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le plumage du pigeou de roche , dont la queue est barrée de noir. Les rayures de nos cochons de Senna pouvaient être le signe de liens de famille avec le sanglier, qui porte la livrée dans son enfance, bien qu'il la perde en grandissant.
Pour mieux voir les environs nous gravîmes la montagne de Baramouana qui se trouve derrière le village. On nous dit que probablement nous le payerions d'un accès de ûëvre, et que nous le devrions k une plante qui croit près du sommet. Le docteur Kirk découvrit que cette plante esWe pœdevia fœlida,<\m effectivement donne le mal de léte et la fièvre h ceux qui la respirent. Elle a, comme son nom l'indique, une od^ur repoussante. C'est un exemple de coïncidence entre la fièvre et la fétidité; mais, en mainte occasion, la fièvre n'a aucun rapport avec des effluves blessants pour l'odorat.
Grâce aux pluies copieuses de la saison, les récoltes de Senna étaient abondantes : fait d'autant plus heureux qu'elles avaient manqué presque totalement dans les deux dernières années.
Nous n'avions pas encore gagné Tété le 85 avril ; là aussi les moissons étaient luxuriantes : on n'avait pas eu pareille abondance depuis lB5â. Pour quiconque a vu les travaux d'irrigation des autres pays, tels que l'Egypte ou la colonie du Cap, il est étonnant que rien n'ait été fait dans cette région pour arroser les terres au moyen du Zambèse, ou de l'un de ses affluents. On n'a rien tenté même pour élever le niveau du fleuve ; et l'on supporte la sécheresse et la famine comme si elles étaient des châtiments de la Providence que l'homme est incapable de mitiger.
Toutefois, cette population, qui ne se doute pas des avantages dont toute autre s'empresserait de profiter, n'a pas de rivaux dans une certaine branche d'industrie. Il est bizarre que l'animal qui se rapproche le plus de l'espèce humaine par sa structure et ses fonctions n'ait avec nous aucun rapport de travail ou d'amitié; mais ici le génie du singe a été mis au service de l'homme : on y emploie ce quadrumane à chasser des insectes aptères plus connus qu'estimés. Ayant assisté à l'une de ces chasses, nous pouvons affirmer que le singe s'y livrait avec ardeur, etque cette poursuite paraissait protilable aux deux intéressés.
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ET SES AFFLDENTS.