‹ Explorations du Zambèse et de ses affluents et découverte des lacs Chiroua et NyassaChapitre 6 sur 59 · I. Mesure anglaise èquiTalaol i 1 mètre 93 ceotimèlres · texte numérisé non relu

I. Mesure anglaise èquiTalaol i 1 mètre 93 ceotimèlres

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' mordre : ■ il avait bien vu ce petit peuple, et avait été dans leur ville. > Il se faisait ainsi le héros d'une histoire qui depuis les temps dont parle Hérodote, est restée dans l'esprit des indigènes. Le simple fait de la perpétuité de ces traditions absurdes, même en l'absence de toute littérature, donne une certaine importance aux idées religieuses de ces tribus, idées qui apparaissent alors comme les débris d'une foi primitive, dont les épaves descendent le cours des âges.

Nous passâmes à gué la Louia ; le courant en est rapide, et la largeur d'environ cinquante yards. L'eau, qui nous montait Jusqu'à la ceinture, était complètement trouble; et nous redoutions qu'il ne prit à, un crocodile la fantaisie de faire un dtner de viande blanche.

Le jour suivant un de nos hommes, en rampant sur les rochers noirs, se traîna jusqu'à dix mètres d'un hippopotame qui dormait, et le tua d'un coup de feu dans le cervesu. Comme la chaleur était grande, la béte reparut au bout de quelques heures, et nous mangeâmes le soir un morceau de l'animal. C'esluneviandegrossière, qui tieDtduporcet du bœuf; elle est assez bonne quand on a faim, et qu'on n'en trouve pas de meilleure'.

Arrivé au pied d'une montagne, qui porte le nom de Chipérézihoua, et dont les flancs perpendiculaires sont revélus de lichens de toutes couleurs, notre Portugais nous dit qu'en amont de cet endroit le fleuve était libre, et qu'il n'y avait plus d'obstacle à la navigation; »ilen était sûr, a} ant chassé de ce côté-là.» Supposant dés lorsque nous avions atteint le but que nous nous proposions, nous retournâmes sur nos pas. Mais deux indigènes qui vinrent le soir à notre camp, nous assurèrent qu'il y avait plus haut une cataracte que l'on appelait Moroumboua. Il

1. C'en qu'il s'agissait d'uD vieux icflle: lacamparaisoadesa chair avec celJe du bcBuf nous en fournil la preuTe; loua les Européens qui en ont œasgé trouvent que celle chair tient du porc et du veau; et tous en foui l'éloge. « Viande parEaile, délicaie et fine, quand la bile est grasse, » dil le capitaine Hairis. — « Graisse la plus esquise, écrit Oclegorguej les indigènes sucent les os comme un bonbon k liqueur, et je trouve qu'ils n'ont pas tort. ■ — n Excellente nourrllure, dit Baldwin;» el plus loin : «Ces deux hippopotames élaient Jeunes, gras et tendres ; une chair délicieuse. " Parfois il lui arrive d'en manger de coriace, dont la fibre est grossière et dure; mais alors il Tait observer que l'animal ilait vieui et maigre. On 'pourrait multiplier ces témoignages k l'infini, car lous ls> vofa^ eurs sont unanimes sur ce point. {Noit du traducieur.)

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se LE ZAMBÈSE

Ëillaît résoudre la question. Nous partîmes donc avec le doc- ' teur Kîrk ei trois Makololos, afin de savoir à quoi nous en tenir. Jamais dans nos voyages nous n'avons rencontré de plus grandes difGcultës.

/ Après avoir marché quelque temps, et à grand'peine, les Ba- / démas.qui nous servaient de guides, refusèrent d'aller plus loin, disant que ■ les Banyaïs leur en voudraient s'ils montraient le pays à des' blancs. ■ I) était d'ailleurs impossible de nous conduire; il n'y avait, disaient-ils, aucun sentier; pas d'éléphant, d'hippopotame, pas même de crocodile qui pût approcher de la cataracte.

De chaque côté du fleuve, qui en cet endroit n'a pas une largeur de trois cents yards, et qui remplit toute' la gorge, s'élèvent des montagnes d'une hauteur perpendiculaire de plus de mille yards (neuf cenfa et quelques mètres) et dont les flancs sont couverts d'un fourré épineux, ou d'énormes rochers noirs. Convergeant dans cette auge profonde, comme à travers le foyer d'une lentille, les rayons du soleil en échauffaient tellement les parois que la plante des pieds des Makololos en était couverte d'ampoules.

Tournant, montant, descendant au milieu de ces roches brûlantes, nous ne faisions pas plus d'un mille par heure. Sauter d'une falaise à pn fragment de rocher, se tordre pour contourner les saillies qui formaient promontoire au-dessus du vide, épuisait nos hommes ; et il leur arrivait souvent de se blottir sous l'une ou l'autre de ces projections. Une fois à l'ombre, ils étaient pris d'une envie de dormir qui se produit en certaines circonstances, lorsque la chaleur est trop forte. Cet accablement, qu'il est impossible de vaincre, est néanmoins salutaire, et vous guérit d'un coup de soleil au début. Tout d'abord, c'est une légère ivresse qui lait voltiger les rôves au-dessus des bouillonnements du cerveau. Il nous semblait, pour notre part , que nous étions devenus fous, et que nous avions prêté serment au club des Alpes, en qualité de membres de cette institution'.

1. Alpine club, désigné quelquefois soiis le non de club des Grimpeurs- Les membres de celle société, dont la devise est fxctlsior, n'onl pas de plus grand désir que d'aUeindre ua sommet vierge, et d'en rapparier quelque spécimen rocheui qui excite l'émulsliou de leuis collègues. Amoureux du danger, ils pous- MDI l'enihousiasine jusqu'au délire, et l'esprit d'avenlure Jusqu'au fanatisme. {Hôte du tradueleuT.)

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Puis le sommeil s'appesantit et vous absorbe à. un tel point qu'il paraît avoir retranché de votre existence tout le temps qu'il a duré.

En Afrique le soleil est extrêmement chaud; il s'y fait sentir avec une acuité excessive; mais jamais nous n'avons entendu parler de coup de folei), chose si fréquente dans l'Inde; cela tient probablementà la sécheresse de l'atmosphère'.

« Nous avions toujours cru que vous aviez un cœur, nous disaient les Makololos; mais à présent nous voyons le contraire. > Et ils essayaient de persuader au docteur Rirk de ne pas continuer cette marche, puisqu'en voulant aller où personne n'avait mis le pied, son chef prouvait qu'il était fou .

Mais le docteur Kirk n'élait pas moins désireux que nous de résoudre le problème de la navigation du Zambèse; et les Makololos en furent pour leurs frais d'éloquence, d'autant mieux que le docteur n'entendait pas leur langue.

Tout à coup un éperon de la montagne nous barra le pas* sage; et il fallut tourner l'obstacle. La roche était si brûlante qu'on pouvait h peine y tenir la main ; chacun s'y cramponna cependant; mais si le premier avait lâché prise, toute la bande serait tombée dans le fleuve qui coulait au pied du promontoire. '

Nous rencontrâmes néanmoins dans cfit endroit sauvage un pécheur qui jetait son filet au milieu des remous et des tourbillons du gouffre ; il nous indiqua l'objet de nos recherches; et une heure après, installés sur la tablette d'un roc, enviton à cent pieds au-dessus du fleuve, nous mesurions la cataracte.

Lorsque vous êtes sur la rive droite, en foce de la chute d'eau, vous voyez qii^elle est située dans un coude de la rivière, qui, à cette place, décrit une courbe restreinte. En amont de la cata-

i. L'auteur ne veut pas (lès[giier ici toute l'AIVique, mais seulement la partie qu'il arisitèe. 11 eu est toujours ainsi dans les ouvrages anglais; le mot indique un Tait particulier à l'individu, quelle que sott la géuéraliiË qu'il exprime. Cette inooculté de l'iusolatioa est en eflet bornée à l'Arrique australe, où nous pensons qu'elle se rattache i la cause qui, dans l'hémisphère sud, limite la région des GËTres à certaines parties de la zone lorrïde. Près de t'équaieur, où cette propriéli se neutralise, le coup lie soleil redevienl meurtrier, comme le prouve ta mort de l'un des Hutténtots du capitaine Speke; el l'on sait combien le soleil de la partie nord du continent est dangereux pour ceux qui s'y exposent.

(Ya'e du traducteur.)

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racle le fleuve est resserré eotre deux moDtagnes dont les flancs, taillés à pic, ne laissent entre eus qu'un espace d'une cinquantaine de yards. Une ou deux masses rocheuses font saillie; puis il y a une chute dont l'inclinaison d'une vingtaine de yards, se répartit sur une distance de trente yards. Cette cascade rend toute navigation impossible , excepté à l'époque des crues les plus hautes, où l'eau s'élève à une hauteur perpendiculaire de plus de quatre-vingts pieds, ainsi qu'il est indiqué sur le roc.

Toujours en facede la cataracte, on voit s'élever à la droite de celle-ci le Moroumboua, montagne d'une hauteur de deux à trois raille pieds, qui donne son nom à l'endroit où elle se trouve, ainsi qu'à la chute d'eau. A gauche de cette dernière est une autre montagne qu'on pourrait appeler en forme d'oignon. C'est un cAne, dont la partie supérieure en s'effritant, comme il arrive souvent au granité, a fini par présenter une face unie et convexe qui rappelle un énorme bulbe. La base de ces deui montagnes s'étend vers le nord; et le fleuve, toujours étroit, coule paisiblement à leur pied, laissant néanmoins apercevoir dans son lit quelques rochers épars.

Le Moroumboua, qui touche à la l'ataracte, fut escaladé jusqu'à la hauteur nécessaire. Usé par le fleuve qui en a poli la surface, le roc est lisse, et présente d'énormes cavités cylindriques', même à cent pieds au-dessus de l'étiage.

Plus tard, quand nous gravîmes le Moroumboua du cAté du nord-ouest, nous reconnûmes aussilât la forme en oignon de la montagne d'en face. Le point de vue, pris cette fois, de la pente du Moroumboua, n'était pas éloigné du précédent de plus de sept ou huit cents yards; l'examen du Kébrabaaa fut alors complété.

Au lieu de suivre le même chemin pour regagner le Ma- Robert, nous escaladâmes le versant nord du massif. Il nous fallut trois heures de rude travail pour nous frayer un passage à travers le hallier qui tapissait la pente. Celle-ci formait sou-

1. PoE-hoCai (crciii en foriae de pot). Cavités circulaires Je différentes profondeurs et de difTërects dlamtires, formées dans le lit des lleuves ou des torrents soit par l'actioD tl'un Tragmeiit de roche, mis eu mouTemenI par un tourbillon, soit par toute autre cause. {Sote du iraducietir.)

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vent an angle de 70' ; néanmoins Gbokoumbenla, notre guide , dont la plante des pieds, dure comme de la corne, ressemblait à celle de l'éléphant, nous porta une jarre d'eau pendant presque toute la durée du trajet.

Nous passâmes la nuit auprès d'une citerne creusée dans le tuf au nord-ouest de Chipérézihoua; jamais nous n'avons mieux dormi.

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Retour du Kébrabasa. — Musiciacs. — Ignorance des habitants de T6tâ.

— Changements amenés par la pluie sprës la saison sèche. — No«I en parure des tropiques. — Les saisons h. Tête. — Coton. ^ Fièvre africaine. — L'expédition remonte le Chîré. — Premières relations avec des peuplades inconnues. — Cataractes de Murchison. — Retour à Tété.— Seconde excursion sur le Chiré en mars 1859. — Cfaibisa.

— Nyanja Moukoulou. — Fièvre grave. — Retour h Tété. — Mauvaise construction du steamer.

vinrent nous trouvera notre camp, et dous firent entendre des airs sauvages, mais non dépourvus de charme, qu'ils jouaient sur le marimba. Cet instrument est composé de baguettes d'un bois très-dur, qui , variant d'épaisseur et de longueur, forment diverses notes, et sont attachées sur des calebasses de différentes dimensions. Nous donnâmes à ces musiciens quelques morceaux de cotonnade , et ils s'en allèrent satisfaits.

Cette fois, ainsi que nous l'avait dit notre compagnon , les Badémas nous apportèrent des livres qu'ils nous vendirent volontiers. Arrivés à Tété, nous apprîmes du gouverneur que peu , de temps après notre départ les eaux du fleuve avaient perdu leur transparence, et avaient grandi d'un pied; ce que voyant, un Portugais indigène était venu lui dire d'un air grave : " Cet Anglais fait quelque chose à la rivière. • On voit par cet exemple quelles sont l'ignorance et la superstition des hommes nés dans le pays. Malheureusement cette superstition et cette ignorance se retrouvent quelquefois chez des Européens. Pendant notre séjour à Tété un capitaine d'infanterie fut convaincu d'avoir soumis un accusé à l'épreuve du Mouavi, et de l'avoir fait mettre à mort d'après ce seul témoignage*. 1

I. Celle épreuve coDsisle i boire une iofuslon d'une plante TéDéoeuM qu'on est tenu de vomir; si elle vous purge on estdiclaré coupable.

{.Vole du tradueuur.)

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ET SES AFPUTBNTS. 61

A la fin de la saison chaude tout ce que l'on aperçoit est sec et poudreux , l'atmosphère est étouffante et se charge d'une brume azurée. Hais dès que les pluies commencent, tout change de face. Bien qu'on n'ait pas ici la même chaleur que sur la côte occidentale, chaleur moite qui ressemble à la température d'une serre chaude, les monts et les vallées, naguère d'une teinte brune ou fauve, se couvrent immédiatement d'herbe nouvelle. L'air se nettoie de l'espèce de fumée qui l'imprégnait; l'horizon s'élargit, des flots de lumière mondent le paysage; et dans la matinée, avant que le soleil de midi vous éblouisse, une fraîcheur indicible émane de tout ce qui vous entoure et vous fait éprouver une sensation délicieuse. On demandait un jour à un Bétchouana ce qu'il entendait par le mot sainteté. > Lorsque, dit-il, une plute abondante est descendue pendant la nuit, lorsque la terre, les feuilles et le bétail en ont été lavés, que le soleil en paraissant, montre une goutte de rosée h la pointe des brins d'herbe, et qu'on respire un air frais et pur, c'est la sainteté. >

Le feuillage de différents arbres, surtout dans les hautes terres, présente d'abord les diverses teintes qui chez nous paraissent en automne. 11 commence par é'tre brun, ou rose, ou d'un rouge pdie ; puis en se développant il devient d'un vert clair, du ton le plus frais et le plus agréable. On voit partout des fleurs jaunes ou roses, des fleurs d'un rouge vif, ou d'une blancheur éclatante. Quelques-unes d'un cramoisi foncé, comme celles du kigélia, rehaussent l'effet de ce jardin naturel.

Beaucoup d'arbres, tels que l'érythrine écarlale, frappent le regard parlabeauté de leurs fleurs. Le baobab, dont les corolles blanches paraissent quelquefois avant les pluies, et les petites fleurs délicates d'autres essences, groupées en massif, décorent partout la forêt. Des légions d'abeilles sauvages travaillent du matin au soir.

Quelques acacias ont un attrait spécial pour un coléoptère d'une certaine espèce ; tandis que le palmier en attire d'autres qui se pressent en foule sur ses énormes frondes. Les insectes de tout genre sont en pleine activité. De brillants papillons voltigent de fleur en fleur; et de même que les souimangas,. chnrmants petits oiseaux du soleil qui remplai:ent ici les colibris, ces papillons semblent infatigables. Des myriades de four-

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mis, acharnées au travail, poursuivent leur proie avec ardeur, ou la rapportent d'un air de triomphe.

Les oiseaux qui passent ici l'hiver, tels que la lavandière jaune, et la pie-griëche bleue, sont partis ; mais ils ont été remplacés. Le coup de sifllet du milan brun, l'appel du coucou tacheté, qu'on peut traduire par le motpoiUa, les notes bruyantes du rollier et du calao retontîssent fréquemment à cette époque, bien, qu'en général, ces voix rudes soient noyées au miheu des chants pleins de douceur qui s'épanchent d'une foule de gosiers palpitants, et qui font ressembler la Noël africaine au mois de mai des Européens.

Les oiseaux sédentaires ont quitté leurs sombres vêlements, et pris leur parure d'été; quelques tisserins, dont la livrée était brune, l'ont échangée contre un noir de jais, rehaussé d'écarlate. Ilenestd'autres, qui, d'une teinte verfe, ont passé au jaune brillant, moucheté de velours noir.

La petite veuve fringante à bec rose, après s'être habillée de noir et de blanc, attache à la queue de son habît neuf les plumes gracieuses qui lui donnent un cachet particulier. Il paraît que ces frais de toilette ont pour but de plaire à sept femelles quf, dit-on, composent le sérail du coquet.

On ne peut pas dire que les oiseaux chanteurs ne se rencontrent jamais que dans les lieux habités ; mais en Afrique on les voit si souvent a^lomérés près des villages, que l'on suppose tout naturellement qu'ils sont destinés à charmer les yeux et les oreilles de l'homme. Ce n'est même qu'en approchant de la demeure de celui-ci que nous apprenons que la saison des nids est arrivée. Nous avions pensé d'abord que ces petites créatures ne se réunissaient autour des villages que parce qu'elles y trouvaient de l'eau et du grain; nous l'avons cru jusqu'au jour où nous vtmes des bourgades entièrement dépeuplées par les chasseurs d'esclaves; des champs, couverts d'épis mûrs et situés au bord d'une eau vive, entouraient ces lieux déserts; et cependant on n'y voyait pas d'oiseaux.

Un tisserin noir, à gorge rouge, arrive un peu plus tard, et par bandes nombreuses. Il porte une longue traîne, formée de plumes magniQques, dont il parait très-embarrassé quand il chercha sa nourriture au milieu des grandes herbes.

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ET SES AFFLUtNTS. 63

Il y a aussi un engoulevent (cometornU ve.Tillarius), qui en noTembre attire le regard par un trait des plus remarquables. Lorsqu'il est en grande tenue, cet oiseau, qui n'a pas plus de dix pouces de la tête à la queue, porte à chacune des ailes deux plumes de vingt-six pouces de longueur. Ce sont les neuvième et dixième rémiges qui prennent ce développement anormal. Elles se balancent, Impriment aux ailes un mouvement ondulatoire, et nuisent à, la rapidité du vol.

En babils de tous les jours, l'oiseau est tellement vif qu'il D'«st pas de gamin assez leste pour le toucher en lui lançant une pierre. Les indigènes peuveat tuer un lièvre en lui jetant leur bâton , et visent très-bien en courant ; mais pas un n'a jamais frappé le cometomis en petite tenue; et cependant il est si peu farouche, qu'à l'heure du crépuscule, il vient se poser h. vos pieds. Dans quel but le vol de cet engoulevent est-il retardé h l'époque des amours ? Nous ne saurions le dire. Le mâle seul porte ces plumes embarrassantes.

1 Rien d'étrange comme de voir arriver Noël dans une pareille saison; vous ne le reconnaissez pas sous ces vêtements d'été, au milieu de ces fleurs, de ces chants d'oiseaux, de ces épis qui grandissent; lui qu'on a toujours vu en manteau d'hiver, quand la bise qui vous fouette de son haleine glacée, mais fortifiante, et la neige qui couvre le sol, vous font doublement apprécier le coin du feu où se réunit la famille. Les souvenirs d'enfance nous rendent parfois injustes à l'égard des pays qui ne ressemblent pas au nAtre; et comme les Esquimaux, lorsqu'ils vinrent en Europe, nous regardons tristement celie contrée que le soleil inonde, et qui n'est malsaine que parce que sa fertilité exubérante, destinée à faire TJvre dans l'abondance une population nombreuse, n'est pas utilisée.

A propos de cette différence de climat que présentent les deux régions, nous rappellerons qu'en Afrique une foule de choses sont l'opposé de ce que nous voyons en Europe.

Les .moulons y sont couverts de poil, et la laine y croit sur la tète des hommes. Ceux-ci portent souvent leur toison dans toute sa longueur, tandis que les femmes sont plus ou moins tondues. Le sexe faible cultive la terre , fait les semailles et bâtit les cabanes; pendant que les hommes, restés au village.

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filent le coton, tissent les étoffes, cousent les vêtements, traient les vaches et babillent. Quand ces derniers se marient, au lieu de recevoir une dot de leur beau-père, ce sont eux qui paient celui dont ils épousent la Qlle. Les montagnards européens sont hospitaliers , généreux et braves ; ceui d'Afrique sont faibles et lâches, même comparativement aux Afï'icains des plaines. On soutient dans certaines écoles d'Europe que l'homme descend du singe; on croit dans certaines parties de l'Afrique que les âmes des Imorts reviennent s'incarner dans ces animaux. La plupart des blancs se figurent que les nègres sont des sauvages; presque tous les nègres sont persuadés que nous sommes des cannibales. Notre Croquemilaine a la peau noire; celui d'Afrique a la peau blanche. J Nous ne pousserons' pas plus loin cette comparaison; mais * nous ferons observer qu'on s'est beaucoup mépris au sujet des Afï'icains. 11 nous est impossible de ne pas rire de toutes les absurdités qu'on a écrites sur leur intelligence. Quand pour traduire les réponses que nous leur attribuons, et qu'ils n'ont presque jamais faîtes, nous employons un anglais corrompu et des tournures de phrase d'une niaiserie enfantine, c'est notre caricature que nous faisons sans le vouloir, et non pas celle des nègres. La plupart des blancs se croient obligés de défigurer leur propre langue, et d'fyouter des i et des o à chacune de leurs paroles quand ils s'adressent aux Atï-icains. Les marins anglais n'en font pas d'autre, alors même qu'ils voient des nègres pour la première fois. Singulière idée, de croire qu'il est indispensable de forger des barbarismes pour être compris d'individus, qui parlent tous de fort belles langues, et n'ont aucun patois.

Il est très-peu d'Européens qui connaissent à fond les langues africaines, h moins qu'ils ne les aient apprises dans leur jeunesse. Quiconque se plaint de la pauvreté de ces idiomes ne prouve qu'une chose, c'est qu'ils lui sont peu familiers. Ceux même qui en ont le plus l'habitude font souvent de grossières méprises. Une fois ayant cru entendre le mot Syria, nous l'avons pris pour le nom d'un pays situé de Vautre côté de la rivière; . c'était psidia; ce qui signifiait simplement Vautre côté. Un grave professeur, dans un ouvrage scientifique, a donné le mot kaia, pour le nom d'un lézard. Ce mot, qui veut dire : Je ne sais pas

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et qui était la répoase qu'on avait faite à sa question, fut appliqué par UD autre avec le même bonheur à une chaîne de moalagnes. Cliacun a sur la conscience quelque méprise du même genre, dont le souvenir vous fait plus tard monter la rougeur au front.

En général, l'opinion d'un missionnaire intelligent, qui a soigneusement étudié la langue des indigènes, est mieux fondée à cet égard que celle des voyageurs. Quand on interroge les A.tricains, de manière à s'en faire comprendre, ils vous répondent, soyez-en sûr, avec non moins de bon sens, si ce n'est avec plus de justesse, que ceux de nos compatriotes qui n'ont pas reçu d'édu* cation. Pour se figurer que notre intelligence est d'une autre nature que la leur, il faudrait oublier qu'en Europe nos arrièregrand'pères n'étaient pas plus éclairés qu'on ne l'est aujourd'hui en Afrique.

Les mobiles qui font agir les noirs sont, il est vrai, peu élevés; mais on les retrouve fréquemment chez les valets, et même chez les classes supérieures de race blanche. Nous espérons les voir dis|)aratlre dans le progrès général qu'amènera la diffusion des vrais principes religieux.

Le docteur Kirit divise très-justement l'année des bords du Zambëse en trois parties : la saison froide, la saison chaude et la saison pluvieuse. Trois mois d'hivi.-r : mai, juin et juillet; trois mois d'été : août, septembre et octobre ; et le reste de l'année pour la saison des pluies.

Sous ce dernier rapport, ainsi qu'on l'a vu dans les pages précédenteSj Tété diffère des autres parties de cette région; il y tombe beaucoup moins d'eau que dans la plupart des contrées situées sous la même latitude. Pendant la première saison que nous y avons passée, la quantité d'eau pluviale ne s'est élevée qu'à un peu plus de dix-neuf pouces; elle est d'environ trentecinq pouces, année commune ; à ce chilfre la récolte est bonne Bien des journées s'écoulent sans amener une goutte d'eau; et quand il pleut, il est rare que ce soit du malin au soir. Parfois ce n'est qu'une averse passagère, précédée et suivie d'un soleil ardent. Il arrive qu'on est sans pluie pendant huit ou quinze jours ; en pareil cas les biens de la terre ont beaucoup à souffrir. C'est en décembre et en janvier que se produisent ces intervalles de sécheresse.

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66 LE ZAMBËSE

Par une loi ana1(^e à celle qui régit le froid dans les pays du Nord, la chaleur, sous les diiîérentes latitudes, augmente jusqu'à un certain point, où elle nécessite ud changement de température. Ici, lorsque nous avons eu plusieurs jours de chaleur progressive, et que le thermomètre, placé à l'ombre, marque 38* 4/9 , il arrive un orage qui rafraîchit l'atmosphère pour quelque temps. A Kuruman, lorsque le thermomètre dépassait S9*, nous pouvions espérer de la pluie. A Kolobeng, il en fallait près de 36 pour qu'on attendit l'orage^

Le Zambèse a deux inondations par an ; la première, qui n'est que partielle, atteint son maximum vers la fin de novembre, ou le commencement de janvier. La seconde, qui est plus considérable, vient après les débordements des rivières de l'intérieur, ainsi qu'il arrive pour le Nil, et ne se produit pas à Tété avant le mois de mars. Suivant les Portugais, la plus grande hauteur à laquelle montent les eaux en iace de ce village est de trente pieds (environ neuf mètres cinquante centimètres) , ce qui arrive à peu près tous les quatre ans. Toutefois les seules observations qu'ils eussent jamais écrites se rapportaient aucours de l'ivoire; et c'était de souvenir qu'ils me citaient les remarques précédenles.

Il n'existait d'échelle en aucun point du Zambèse ; nous demandâmes qu'il en fût établi une à Tété, et nous eûmes dès lors des chiffres certains. L'inondation qui suivit l'établissement du fluviomëtre, n'arriva qu'à treize pieds six pouces; elle atteignit cette hauteur le 17 janvier 1859; puis elle descendît graduellement de quelques pieds jusqu'à la grande inondation de mars. A cette époque le fleuve croît tout à coup , l'eau est fortement colorée, très-bourbeuse, et coule en maint endroit avec une vitesse de quatre nœuds. Le premier flot passé, un ou deux jours après cette crue subite, le courant se régularise, il se répartit plus également dans tout le lit du fleuve, et reprend dans le chenal sa vilesse habituelle, bien que l'inondation continue.

En temps ordinaire l'eau du Zambèse est d'une pureté pour ainsi dire absolue ; au point que le photographe la trouve pres-

t. L'autâur s'est servi du tiiernioniètre de farenbeit. Nous emploierons {lartoui l'icheUe centigrade, en négligeant de donner les chiffres du teiie qui rciaieot •Icn double emploi. {Note du iTodueteur.)

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que aussi bonne que de l'eau distillée pour le bain de nitrate d'argent.

Nous nous rendîmes une troisième Fois au Kébrabasa. Ëtait-tl vrai que le Zambèse y fût navigable pendant l'inondation ? il fallait s'en assurer; c'était surtout la chute de Moroumboua qui était le point intéressant.

Les rapides avaient disparu, et la surface du fleuve était unie; mais en quelques endroits la force du courant avait augmenté. Comme à cette époque les eaux baissaient rapidement, la cataracte de Moroumboua différait peu de ce qu'elle était lors de notre première excursion. Quelques pécheurs nous afQrmèrent qu'on ne la voit pas lorsque la crue estï son maximum, et nous dirent que le coura,nt n'y est pas trËs-fort dans ce moment-là.

Cette fois nous suivions la rive droite; elle ne nous sembla ni moins rocailleuse, ni moins fatigante que la rive gauche, d'autant plus qu'aux difGcuItés de la marche se joignaient tous les inconvénients de la saison des pluies : de grandes herbes mouillées qui nous barraient le passage, des branches d'où l'eau ruisselait, même quand l'averse avait cessé ; et la fièvre qui devait en être la conséquence.'

La première partie de la route se fit en pleine solitude ; quelques hameaux seulement, et tous abandonnés. A la un nous arrivâmes à un joli vallon, où nous aperçûmes quelques habitants affamés, et de l'air le plus misérable. Les femmes étaient dans les bois où elles «Cueillaient des fruits.

Un jeune homme qui avait consenti, moyennant deux yards de calicot, à nous moi.trer un chemin plus court pour aller à la cataracte, nous fit gravir une montagne escarpée, où nous trouvAmes un village perché au bord d'un précipice. Au moment où nous y arrivions éclata une averse accompagnée de tonnerre; le chef de labourgade nous invita à laisser passer la pluie, et nous 0t entrer dans une case. Notre guide l'ayant informé du but de notre voyage, et de ce qu'il savait de los projets, reçut une longue réplique en vers blancs, qui nous semblèrent d'une bonne facture. Toutefois, notre jeune homme, qui écoutait avec l'attention la plus profonde, répondait à chaque vers par un giognement tellement drôle que nos Makololos se mirent à rire aux éclats, Ni le poëte, ni le répondant ne parurent s'apercevoir de cette împolitfsse, et continuèrent avec la m^me vigueur.

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Mais, élait-ce le discours qu'il venait d'entendre, élait-ce FincoDvenance de nos hommes qui l'avait fait changer d'avis? nous l'ignorons; toujours est-il que noire guide refusa d'aller plus loin, bien qu'on lui offrit double salaire.

Le coton d'origine étrangère que l'on cultive ici est au moins égal, sinon supérieur au coton ordinaire d'Amérique; 'ne le sachant pas, nous avions apporté de la graine que nous proposâmes à tous ceux qui pouvaient en désirer. Portugais ou indigènes. Il s'en trouva pluf leurs qui essayèrent de.celte source de richesse; toutefois leur génie commercial, la chose est évidente, ne voit rien au delà du traûc des dents d'éléphant, de la poudre et de l'ivoire noir, comme ils appellent les esclaves. t La fièvre sévit en mars, quand il y a de grands intervalles entre les jours de pluie, et nu manque jamais en avril, époque où d'immenses terrains fangeux, couverts de plantes en décomposition et de débris d'animaux, sont exposés au soleil.

En général, cette fièvre n'est pas de longue durée ; mais elle vous abat rapidement ; néanmoins, dès qu'elle vous a quitté, les forces reviennent très-vite. I! est reconnu que les gens sédentaires y sont beaucoup plus exposés que les personnes qui mènent une vie active, et dont le corps et l'esprit sont occupés; malheureusement il était impossible que tout notre monde fit partie de nos excursions. Plusieurs d'entre nous gardaient les bagages ; ils faisaient bien de temps à autre des courses dans les environs pour examiner les objets qui pouvaient y être intéressants; mais ils n'en eurent pas moins la fièvre. Quelle que fùl la cause de celte dernière, ils furent pris tous à la fois, comme si c'était l'effet de la malaria. L'attaque arrivait surtout par le vent du Nord. On croyait au début que le quinquina pourrait prévenir la maladie. Pendant plusieurs mois tous nos hommes, excepté deux, avalèrent de la quinine tous les malins; et la fièvre attaqua in^ilTéremment les uns et les autres. Elle frappait même quelquefois les avaleurs de quinine , tandis qu'elle épargnait les incrédules. Qu'on en prit journellement ou qu'on fût des mois sans y recourir, c'était absolument la même chose; la fièvre impartiale nous attaquait aussi bien, et aussi fort, les jours de quinine que lorsque cette poudre était restée dans le coffre; et nous animes par ne plus l'employer comme préservatif.

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Le meilleur moyen de prévenir la fièvre esl, je le répète, d'avoir «ne vie active.un travail inléressatit et une nourriture abondante et saine. Pour celui qui jouirait de ces avantages, et serait en outre bien logé et bien vêtu, ta fièvre de Télé ne serait pas un ennemi plus redoutable qu'un rhume. Mais qu'il vous manque une de ces conditions, que vous soyez Indolent, que vous vous permettiez des excès de table, que vous ayez une. nourriture insultîsante, ou de mauvaise qualité, la fièvre prendra pour vous un caractère plus sérieux. Elle est cependant moins grave à Tété que dans la ville de Quilimanë et sur toutes les parties basses de la côte.

En somme,la fièvre, dans celte partie de l'Afrique, n'étant ni plus rare, ni plus difficile à prendre qu'un rhume en Angleterre, les étrangers feront bien de s'éloigner du rivage le plus vite possible, et de gagner les premiers plateaux, où, si la maladie les attaque, elle sera du moins plus bénigne. Le docteur Kirk, en ayant fait l'observation, les autorités portugaises dirigèrent immédiatement sur Tété les premiers soldais qui arrivèrent d'Europe. Ce détachement se composait de quatre-vingts hommes, appartenant pour la plupart à la classe dite des incorrtf^iftfes, et malgré la conduite peu édifiante de ces militaires, il n'en moumtque dix en trois ans, dont moitié seulement furent enlevés par la fièvre.

Si la quinine, employée comme préservatif, ne produisait aucun effet, il est possible néanmoins qu'elle agit comme tonique, et nous rendit plus capable de résister à la malaria. Elle nous était d'un immense secours dès qu'apparaissaient la courbature, les douleurs dans le do$, le mal de léte, les bâillements, dès que le pouls devenait plus rapide, et battait parfois avec intermittence, que les jugulaires offraient des pulsations' visibles, que les yeux étaient voilés, la langue mauvaise et la peau brûlante*.

I. De'sii h huit grains de réiiinede julap, autant île rliubarbe, Irais grains de calomet. irais grains de quinine et teinture de carilamome, pour quatre pitnies, raisaient ordinairement disparaître toiu ces symplâmes en cinq ou sii heures. Quatre pilule» sont la dose compiSte pour un homme ; une seule est surfisante pour une femme. Nos Makololos avaient donné il ces pilules ^o nom de réetiltruses,' CD raison de leur erScacité ï combattre le mal, et i, Urcr de sa prostration le malade )e plut abattu. Lorsque l'elfel ne se pToduit pis assez vite on prend une cuillerée \ caB de sel d'Epsora. Après, ou pendant l'eflel des pilules, la quinine

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70 LE ZAUBËSE

Des elîets moraux très-curieux sont produits chez certains individus par la fièvre d'Afrique. La gaieté disparaît, une sombre tristesse enveloppe toutes les pensées ; la plaisanterie la plus vive est impuissante à faire naître même un semblant de sourire. Le visage est morne, le regard voilé, et le peu de mots qui tombent des lèvres sont proférés de la voix aiguë d'un enfant qui gémit. L'irascibilité du caractère est souvent le premier symptôme qui annonce la fièvre ; et si les actes du malade ne sont pas ceux d'un fou, ses impressions tiennent beaucoup de la démence. Rien ne peut le satisfaire ; il est grognon, maussade, injuste ; trouve à redire à tout, vous contredit sans cesse ; croit toujours qu'on l'insulte ; bref, est complètement insociable. Si tous les membres d'un corps expéditionnaire étaient à la fois imprégnés de la malaria, la vie serait un lourd fardeau pour celui qui le dirige. L'un arrive en toute hâte, la figure bouleversée: il sera désespéré si le voyage continue, et donne pour raison de ce désespoir qu'il a brisé le verre de la photographie de sa femme. Un autre vous dit avec douleur que la position qu'il devrait avoir lui a ,été refusée parce qu'on ne cherche pas d'une manière spéciale les dix tribus égarées. Il est dangereux de railler celui-ci, car il soutiendra sa thèse avec colère, vous citera l'Écriture, et vous indiquera l'habitat de ses dix tribus, qu'il place au-delà des rivières d'Ethiopie.

Quand un homme commence à croire que tout le monde a

b Ut^e dose, toutes les deux ou troi» lieures, jusqu'à ce que la surdilé, ou le cinebouisme eu lësulle, complète lu guériaoD. Les seuls cas Où uouf l'ayons trouvée complètement impuissante, sont ceux qui étaient accompagnés de vomissements lebelles. Le vicomte Torrington nous avait Hmiilemeni approiisionnê de gouttes de Warburg, médicament très-csltmé dans l'Iode. Par égard pour Sa Seigneurie, qui avait fait de grands frais pour nous procurer ces gouttes, autant que par le désir que nous -iviuns de trouver un fébrifuge sur lequel on pdt compter dans les cas graves, nous avons étudié l'eflel de ce spécifique avec tout le soin dont nous étions capable. Il ramenait la chaleur pendant le frisson. Hais il ne guérissait l'os. Un vieiilanl parut hors d'affaire , mais il mourut un ou deux jours après. Koua regrettons de ne pas pouvoir recommander pour l'Afrique ce médicament qui- dans l'Inde a une si grande réputation. (D' L.)

Cet insuccès paraîtrait dépendre de l'endroit où la maladie a lieu ; voir dans te Voyage aur grandi lact d« l'Afrique orientale (page 497). ce que dit le capitaine .Burton de ces gouttes précieuses; éloge qu'il termine par ces moti . •> C'est en toute éiuité que j'etprime au D' Warburg mon humble gratitude pour le service que nous a rendu sa découverte inappréciable. » Le capitaine était alors entre le cinquième et le siiiÈme perailèle, c'est-à-dire de 10 à 12* plus près de l'équateur' que les rives du Zambèse. {Noie du Iradueteur.)

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l'intention de lui nuire, et que tout ce que l'on fait tourne à son préjudice, il prend bien vite des pilules, ou il écrit aux journaux pour so plaindre, suivant la dose de bon sens qu'il a reçue de la nature. J

Ayant reconnu qu'il était iinpossible de franchir la passe de Rébrabasa avec notre steamer, dont la force n'était que de dix chevaux; persuadés, en outre, qu'il faudrait une machine beaucoup plus puissante pour remonter le courant pendant l'inondation, nous exposâmes le fait au gouvernement anglais, et nous demandâmes qu'il nous fût envoyé un navire approprié aux circonstances.

En attendant qu'on répondit à notre demande, nous avons tourné les yeux vers le Chirë, un affluent de la rive gauche du Zambèse, affluent dont l'embouchure est à cent milles environ de la cdte. Impossible de rien savoir à l'égard de cette rivière; personne ne l'avait remontée, nous affirmaient les Portugais ; et pas un d'eux ne pouvait nous indiquer où elle prenait sa source.

Tous les renseignements que nous pûmes obtenirse bornaient à ceci : autrefois une expédition portugaise s'engagea dans le Chiré ; mais elle abandonna l'entreprise, n'ayant pu traverser la couche de lentille d'eau (pisiia slratiotes) qui encombre la rivière.

Cette couche est tellement impénétrable, nous disait-on, que les pirogues des indigènes ne parvenaient pas à se faufiler entre les mailles du tapis qu'elle formait- Quelques autres, cependant, nous faisaient entendre, lorsqu'ils étaient seuls avec nous, que ce n'étaient pas les lentilles d'eau qui avaient fait rebrousser chemin à l'expédition , mais les flèches empoisonnées que les indigènes avaient décochées aux Portugais, dont les rangs en avaient été fort éclaircis. Personne n'envoyait d'esclaves chercher de l'ivoire sur le Chiré, et n'avait de relations avec les perfides sauvages qui en habitaient les bords.

Un marchand nous raconta qu'une fois il avait équipé plusieurs canots, et les avait envoyés sur cette rivière, que ces canots avaient été pillés à peu de distance de l'embouchure, et que les hommes qui les montaient n'avaient rien pu sauver de la cargaison ; c'était même à grand'peine qu'ils étaient parvenus à s'échapper. « Nous avons reçu de notre gouvernement l'ordre

7 s LE ZAMBÈSE

de VOUS assister et de vous protéger, nous dit un commandant ; mais si vous allez où personne n'osera vous suivre, comment voulez-vous qu'on vous protège ? •

Rien, d'après ce qui nous était dit, ne faisait pressentir qu'un blanc eût jamais visité les rives du Chiré ; dans tous les cas, c'était pour nous une exploration entièrement neuve-

Il n'était pas un Portugais qui ne tùt persuadé que les Manganjas étaient sanguinaires autant que braves ; et peu de temps après notre départ le bruit de notre mort se répandit largement. Kotre témérité avait eu le résultat qu'on nous avait prédit: ' le docteur Livingstone avait été tué d'une balle, et son compagnon, le docteur Kirk, d'une flëctie empoisonnée. >

La première fois que nous nous rendîmes au Chiré , ce fut en janvier 18&d. Une énorme quantité de lentilles d'eau descendaient le courant; mais cela ne sufCsait pas pour arrêter les pirogues, ni aucun genre d'embarcation. Presque toutes ces herbes aquatiques, dont la rivière est couverte pendant vingt-cinq milles, à partir de son embouchure, proviennent d'un marais, situé è l'ouest, et entrent dans le Cbiré un peu au-dessus d'une haute montagne appellée Horambala. En amont de Kendroit où elles arrivent du marais, on n'en voit presque plus. . A noire approche les indigènes, tous armés d'arcs et de flèches, se réunissaient en grand nombre; quelques-uns, cachés derrière les arbres, nous suivaient du regard; et, l'arc tendu, paraissaient n'attendre que le moment de nous lancer leurs flèches venimeuses. Toutes les femmes se tenaient à l'écart; et les hommes, qui, évidemment nous soupçonnaient de leur être hostiles, se préparaient k repousser notre attaque.

Au village de Tiogané, où cinq cents guerriers au moins se rassemblèrent, il nous fut ordonné de faire halte. Le docteur Livingstone descendit sur la rive; il leur expliqua que nous étions Anglais ; que ce n'était ni pour enlever des hommes ni pour nous battre que nous venions-dans leur pays; mais pour ouvrir un sentier à nos compatriotes, afin que ceuxci pussent venir leur acheter du coton, de l'ivoire, toutcequ'ils auraient à vendre, excepté des esclaves.

Il n'en fallut pas davantage pour changer les dispositions du chef, dont les manières devinrent amicales. La présence du Ma- Hobert, en montrant -que nous appartenions h un peuple tout à

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fait incoDilU, coniTtbua probablement à ce résultat; carTîngané voyait bien que cette embarcation n'avait rien de commun avec les canots qu'avaient envoyés les traitants; or, il fermait le passage aui Portugais et ne permettait aucune relation entre les agents de ces derniers et les tribus de l'intérieur. C'était un bomme d'un certain âge, à tële grise, mais d'une belle taille : plus de six pieds, et admirablement fait. Bien qu'un peu ému de notre présence, il n'en consenlit pas moins à la demande que nous lui fîmes d'appeler ses sujets pour qu'ils pussent savoir quelles étaient nos intentions.

Lorsque nous nous mettons en rapport avec une nouvelle peuplade, ou avec un nouvel individu, nous débutons presque toujours par dire combien les Anglais sont opposés à l'esclavage. La plupart des indigènes ont quelque notion des efTorts que les Anglais font sur mer pour empêcher la traite. Le but que nous nous proposons étant de leur persuader de cultiver le coton alin d'en vendre au lieu de IraGquer de leurs semblables, notre voyage leur paraît naturel; et comme ils entendent fort bien leur intérêt, qu'en outre ils ont l'amour du commerce, ils trouvent la proposition parfaitement raisonnable.

La question religieuse n'est pas plus difficile à aborder; ils admettent tous un Être suprême, créateur et gouverneur de toute chose, et croient à la perpétuité de la vie au delà du tombeau. Dès lors il devient tout simple de leur eipliquer que nous possédons UD livre qui renferme la révélation de la volonté du Créateur, avec lequel, dans leur état de nature, ils n'ont aucun rapport. Quand on leur dit que te fils de Dieu est venu parmi les hommes, et nous a laissé un livre où ses paroles sont écrites, on est sur d'éveiller leur attention. La grande difficult»^ est de leur faire sentir qu'ils ont des liens de famille avec le Créateur, et que l'Être suprême s'intéresse h eus. Ils font preuve à cet ^rd d'une inertie morale qui est souvent décourageante; mais la manière dont on leur communique ces vérités, soit qu'on se serve d'interprètes, soit que les missionnaires fassent usage de la langue du pajs qu'ils connaissent à peine, eiplique ce défaut d'intelligence, au moins pour une certaine part. Toutefois, quand on leur annonce que le père est irrité contre ses enfants lorsqu'ils se vendent ou qu'ils se tuent les uns les autres, ils comprennent fort bien vos paroles, et les approuvent avec chaleur;

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74 LB ZAUBÈSE

car cela rentre complètement dans leur manière de voir. Mais, ainsi que pour nos compatriotes des classes inférieures, rinstruction et de bons exemples parviendront seuls à élever leur niveau moral.

Le dialecledes riverains du Chiré a beaucoup de ressemblance avec le langage des habilants de Tété et de Senna. Nous l'avons compris tout d'abord d'une manière suffisante pour savoir si l'interprète disait exactement ce dont nous l'avions chargé, ou s'il se permettait d'y substituer sa propre version, n rendait nos paroles d'une manière assez fidèle ; mais il avait une tendance irrésistible à terminer par ces mots: ■ Le livre dit qu'il faut tous que vous cultiviez le coton, et que les Anglais viendront vous l'acheter. • Ou bien il finissait par une plaisanterie de son crû; ce qui aurait pu être fort drôle, si la chose avait été moins sérieuse.

Dans cette première course, ce fut la rivière elle-même qui attira notre attention. Pour apprécier le ravissement qu'on éprouve à suivre pendant plus de deux cents milles les détours d'une rivière jusqu'alors inexplorée, il faut l'avoir ressenti.

Le Ghiré, dans toute la partie inférieure de son cours, a au moins deux brasses de profondeur. Plus haut il émet des branches nombreuses qui le diminuent de volume; mais l'absence de bancs de sable fait que la navigation n'y est pas moins facile. L'examen de la rivière exigeait de notre part la plus grande prudence pour ne pas éveiller les soupçons des masses d'indigènes qui nous épiaient continuellement.

A la hauteur d'une centaine de milles, à vol d'oiseau, distance que les détours que nous avions faits avaient au moins doublée, nouï trouvâmes, par l&'55' latitude méridionale, de superbes cascades que nous avons appelées cataractes de Murchison, en l'honneur du savant illustre dont nous ne pourrons jamais reconnaître les procédés généreux. Ces cataractes, auxquelles lés indigènes donnent le nom de Mamvira, formaient le premier obstacle que nous eussions rencontré'. L'angle de descente de

t. ■ C'est la première Tois, dit LivingsloQe à propos des chules de Victoria, que ja me sois permis d'appliquer uo nom anglais aux lieui et aux choses que j'ai rencontrés sur ma route. >i Nous regrettons que le Docteur ail renoncé à la loi qu'il s'était faite de conserver leur appellation iDdigËoe aux lieux qu'il découvrait, surtout quand elle est facile à prononcer. Le nom de Hurcbison avait certes

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ET SES ATPLDENTS. 75

la première chute est beaucoup moins prononcé que pour les cinq cataractes que nous avons trouvées plus haut; il est même tellement insignifiant, comparé k l'angle de ces dernières, que lorsque celles-ci furent découvertes, cette première cascade ne fut pas comprise dans le nombre.

Nous passâmes quelques jours dans cet endroit espérant que nous pourrions prendre la longitude; mais la pluie dura presque tout'te temps, et quand elle cessait, il y avait trop de nuages pour qu'on pût faire la moindre observation. La prudence ne permettait pas de voyager par terre au milieu de tribus assez défiantes pour entretenir sur la rive de forts détachements qui nous surveillaient nuit et jour; d'ailleurs la saison était peu favorable; et après avoir envoyé nos présents aux deux chefs principaux, nous revînmes à Tété.

^Secondée parle courant, notre descente fui rapide. Les hippopotames, ne s'y trompant jamais, s'éloignaient à notre approche; mais les crocodiles, moins avisés, prenaient notre steamer pour un animal inconnu, et parfois se dirigeaient vers nous en toute hdte. Ils passaient à un pied de la surface de l'eau et produisaient, avec leurs rames et leur corps, trois rides bien prononcées qui témoignaient de la vitesse de leur course. Arrivés h. quelques yards seulement de la proie qu'ils espéraient, ils levaient la léte, et se laissaient tomber au fond de l'eau comme une pierro, sans avoir touché le monstre. ^

Nous repftritmes pour le Ohiré au mois de mars suivant. Cette fois les indigènes nous firent un accueil favorable, et s'empres-

plus qu'un ïulre le droit de figurer sur la carte d'Afrique ; mais celte habilude de bapliser d'un nom d'homme les localïtéa, les aaimaui ou les plantes, n'en est pas moios une source de confusion déplorable. Que de Victoria, de prince Albert, de prince ou de roi Georges sur la surface du globe '. Puis comme tes voyageurs ou les savants des autres pays ne se croient pas lenuEt de respecter ces noms, dus ï une politique ou à une gratitude étrangère, les sj'nanyiDea se créent avec une bcilité désolante. Qu'un Allemand ou un Français fut arrivé ï la grande chute du Zambèse ayant de savoir que Livini^stuue t'avait décrite, ainsi que la chose est arrivée à Baldwiu, la cataracte pouvait porter le nom du Grand Frédéric ou de napoléon, s'appeler liumboldl ou Geoffroy Saint-Hitairc en*ioeme temps que Victoria, complication tr^s-ioutile. Un voyageur peut trouver ea Australie des chutes semblables i celles du Chirc; il ne sera pas moins naturel de les baptiser du nom do celui qui, du Tond de son cabinet, a iodiigué avec tant d'eiaclitude l'endroit où gisaient les mines d'or australiennes; el l'on aura des cataractes de HuFcbison là-bas comme ici, peut-être sous la mime latitude. Ceux qui veulent ivent plus auquel entendra. (»o(e du traducteur.)

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76 LB ZAMBËSB

sèrent de nous vendre du riz, du soi^ho et des volailles. On entra en relations avec Chibisa, dont la résidence se trouvait à. dix milles au-dessous des cataractes. Lors de notre premier passage, il nous avait envoyé deux messagers pour nous inviter h venir hoire de la bière; mais à la vue du steamer ces gens avaient été saisis d'un tel effroi, qu'ils nous avaient crié l'invitation de leur maître, et s'étaient enfuis en abandonnant leur canot.

Chibisa était un homme d'une sagacité rsmarquable.'le portrait même de l'un des acteurs les plus célèbres de Londres (à la couleur près, bien entendu), et le chef le plus intelligent de cette région. La guerre, nous dit-il, avait été souvent son lot; mais ce n'était jamais lui qui l'avait commencée ; il avait toujours été forcé de se battre; et les autres devaient seuls en porter le blâme.

Partisan convaincu du droit divin, il avait en celui-ci la foi la plus entière. < Lorsque mon père vivait, nous disait-il, j'étais un homme comme tous les autres. A peine l'eus-je remplacé au pouvoir, que je sentis la puissance me passer dans la léte, et me descendre dans le dos. Du moment où elle entra, je sus que j'étais un chef, revêtu d'autorité, doué de sagesse; et l'on ne me regarda plii§ qu'avec crainte et respect. > Il racontait cela comme on rapporte un fait d'histoire naturelle, dont l'évidence ne peut être mise en doute. Ses sujets, également, croyaient à son pouvoir surhumain, et se baignaient dans le Chiré sans craindre les crocodiles, leur chef ayant mis dans la rivière un charme qui les protégeait contre la dent de ces monstres.

Laissant le Ma-fSobert en face du village de Chibisa, le docteur Kirk et nous, suivis d'un certain nombre de Makololos, nous partîmes à pied pour le lac Chiroua. Notre petite bande se dirigea vers le nord, et traversa un pays montagneux dont les habitants nous témoignèrent des dispositions favorables. Déjà plusieurs fois nos guides avaient essayé de nous tromper, et ne pouvaient inspirer nulle confiance. Masakasa, le chef des Makololos qui nous accompagnaient, ayant surpris quelques paroles qui lui firent soupçonner un guet-apcns, vint nous trouver dès que nous eûmes gagné un endroit solitaire, et nous dit en parlant du guide: < Cet homme-là est méchant; il nous conduit où l'on nous veut du mal, et travaille à notre perte. Ma lance est aiguë, il n'y a personne ici ; dois-je le coucher dans les grandes

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herbes? <> Si nous avions fait le moindre geste d'assentiment, ou même gardé le silence, jamais ce guide n'aurait égaré personne : en un clin d'œil il aurait été envoyé « où les méchants cessent de nuire. *

Il se trouva justement que cette fois il n'y avait pas eu de fourberie. C'était nous qui, dans notre ignorance des lieux et du langage -des indigènes, avions été cause de la méprise. Nous demandions k être conduits au Nyanja Moukoulou, ce qui veut dire grand lac; et, par ces mots, nous entendions le lac Chiroua. Le guide nous lit alors prendre un chemin effroyal^le, à travers un coin hérissé de montagnes qui, s' aplanissant peu à peu, se dirigeait vers un marais que nous appelâmes marais des Éléphants, à cause de la grande quantité de ces animaux que nous y aperçûmes. 11 n'y avait pas mauvaise foi de ta part de notre conducteur; c'était bien ce qu'on appelait Nyanja Moukoulou dans le pays, où l'on désigne indifTéremment par les mots Nyanja et Nyanza, un marais, un lac, ou un fleuve, même une petite rivière.

A la un, les seuls guides que nous trouvâmes étaient des in sensés; car, chose étrange, les fous de certains villages nous rendirent souvent les plus grands services. Ces pauvres gens sympathisaient avec nous, s'imaginant sans doute que nous étions comme eux, en proie h quelque folie. Ne partageant pas les inquiétudes de leurs compatriotes, ils avaient pitié de ces étrangers dont tout le monde se déflait. Us nous prenaient en affection, et nous conduisaient d'un- lieu à un autre, alors que personne, à aucun prix, ne voulait nous montrer le chemin.

Tout notre désir était que rien n'arrivât qui pût nous faire regarder comme ennemis; et tous nos efforts tendaient à l'empëcher;maislesMakoloios, surtout Masakasa, ne demandaient qu'à se mesurer avec les indigènes, afin de prouver qu'ils étaient de force à les battre, A celle époque, la tournure des Manganjas était fière ; et leur conduite annonçait un caractère brave et indépendant. Us s'avertissaient d'un village h l'autre au moyen de leurs tambours ; des paroles de menaces résonnaient journellement à nutre oreille ; et parfois ils veillaient jusqu'au malin pour se défendre en cas d'attaque. Quelle différence avec la démarche rampants, l'abattement, la servilité qu'ils eurent plus lard, lorsque le fléau de la chasse à l'esclave eut pénétré chez eux.

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78 LE ZAHBÈSE

Notre persévérance fut enfin couronnée de succès : ie 18 avril nous découvrîmes le lac Chiroua, nappe d'eau considérable qui renferme du poisson, des sangsues, des crocodiles et des hippopotames.

Ce lac est légèrement saumâtre, ce qui semblerait annoncer qu'il n'a pas d'écoulement. Il paraît être profond ; et contient des tlots pareils à des montagnes. C'est de la base du-mont Pirimiti ou Mopeou-peou, situé au sud-sud-ouest de la nappe d'eau, que nous avons aperçu le lac Chiroua. De là, si vous regardez vers le nord, vous avez un horizon maritime, sur lequel se détachent au loin deux tlots, dont le plus grand et le plus rapproché est couvert d'arbres, et rappelle le sommet d'un mont. Une chaîne de montagnes apparaît & l'orient; tandis qu'à l'ouest s'élève le mont Ghikala, qui semble se réunir à la grande masse du Zomba.

Le rivage, près de l'endroit où nous avons campé, était couvert de roseaux et de papyrus. Désirant obtenir la latitude par l'borizon naturel, nous nous entrâmes dans l'eau, et nous dirigeâmes vers ce qu'on nous disait être un banc de sable ; mais les sangsues nous attaquèrent en si grand nombre qu'il nous fallut battre en retraite. D'après ce que nous dit une femme, les hommes ne nous auraient encouragés dans cette entreprise que parce qu'ils désiraient nous voir mourir.

Le Chiroua peut avoir de soixante à quatre-vingts milles de longueur, sur à peu près vingt milles de large. Sa hauteur audessus du niveau de la mer est de dix-huit cents pieds. L'eau en est un peu saumStre, ainsi que nous l'avons dit, et a la saveur d'une légère solution de sel d'Ëpsom. Nous n'avons pas vu l'extrémité nord du lac, bien que nous l'ayons dépassée.

Les bords du Chiroua sont très-beaux; la v^étation y est luxuriante; et pendant notre séjour les vagues, en venant se briser sur un rocher, situé au sud-est, ajoutaient h la beauté du paysage. De très-hautes montagnes, dont le sommet peut atteindre à huit mille pieds au-dessus de l'Océan (près de 2 500 mètres) s'élèvent à peu de distance de la rive occidentale, et formen t une chaîne qui porte le nom de Milaoje. Leurs cimes aux flancs abruptes, dominant les nuages, ou en étant couronnées, donnent & la scène un caractère de grandeur. Au couchant est le mont Zomba, d'une élévation d'environ sept mille pieds, et d'une étendue de quel jue vingt milles.

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Ayant plutôt le désir de gagner la confiance des indigènes que d'explorer le pays, nous pensâmes qu'il nous serait plus facile d'atteindre notre bot par des visites réitérées. Trouvant donc que, pour cette fois, nous étions allés assez loin, nous résolûmes de retourner au Ma-Bobert, qui nous attendait à l'tle de Dakanamoio. Seulement, au lieu de suivre la même rout«, nous primes au sud; nous pass&mes près du mont Chiradzourou, ce qui nous fit traverser le territoire de Chlbisa ; et de là nous regagnâmes le Ghiré par le défilé de Zédî.

Il était bien heureux que notre excursirn n'eût pas été plus longue; car John Walker, notre excellent quartier-mattre, à qui nous avions laissé le navire, était fort malade depuis notre départ. Il avait la fièvre; tandis que les aulres> qui depuis vingtdeux jours gravissaient les montagnes, et passaient toutes les nuits A la belle étiiie, revenaient joyeux et bien portants.

Notre pauvre quartier-mallre n'avait pas été soigné ; Rowe, qui était resté avec lui au Ma-Roberl, et qui avait les médicaments sous sa garde, ne lui en avait administré aucun, ne sachant pas ce qu'il pouvait avoir. Il est difficile pourtant de s'y méprendre en observant les symptômes que nous avons énumérés plus haut. Dans ce pays-ci, d'ailleurs, c'est toujours la fièvre, plus ou moins modillée par la malaria, qui sous une forme ou sous une autre, constitue toutes les maladies.

Celle de Walker étant des plus graves , fut attaquée tout d'abord par une forte dose de calomel. Ce traitement réussit quelquefois lorsque tous les moyens ont échoué ; mais on court le risque d'amener la salivation. Une prise de vingt grains peut déterminer un flux de bile qui guérisse le malade. Ce remède, naturellement, ne doit être employé que lorsque toute autre médication est restée sans effet, ou quand survient la jaunisse. Nous avons vu un cas de cette espèce guérir par le calomel à haute dose, alors qu'un vésicatoire mis au creux de l'estomac pour arrêter les vomissements, donna un sérum aussi noir que du porter, comme si la bile avait passé dans Je sang. Malgré ces conseils, nous croyons qu'il n'est pas démission, ou de corps expéditionnaire qui ne doive compter un médecin habile parmi ses membres.

Notre quartier-mattre se rétablit promptement, bien que sa faiblesse fût beaucoup plus grande que si on l'eût soigné tout

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de suite. Les Kroomen, pendant ce lempS'là, avaient abattu beaucoup de bois; et nous pûmes bientôt descendre la rivière. [ Le steamer atteignit Tété le 23 juin. Après avoir été remis en état, il se rendit au Kongoné pour se ravitailler à l'un des croiseurs de Sa Majesié britannique. Les provisions furent abondantes et de première qualité ; mais nous eûmes le malheur d'en perdre une bonne partie; et il ne nous resta plus qu'à supporter bravement les privations qui en résultèrent.

En descendant le Zambèse nous achetâmes en aval de Mazaro un petit nombre de choux et de citrouilles gigantesques. Nous n'avions ordinairement qu'un service à notre dîner, et ce ne fut pas sans surprise que nous vîmes le lendemain le coq du Ma- Robert, un nègre de Sierra-Léone, apparaître avec un entremets. • Qu'apporlez-vous liî s'écria-l-on émerveillé. — Une tarte, monsieur. — Une tarte ! et à quel fruit? — Aux choux, monsleur. > Comme il n'avait pas mis de sucre, et que nous ne sommes plus à l'ùge où l'on nous faisait accroire qu'il y en avait, nous trouvâmes cette friandise plus que médiocre.

Le lieutenant Saumarez, commandant le brick Persiande\a. marine royale, lequel se rendait au Cap, s'arrêta généreusement pour nous donner les provisions dont il pouvait disposer, bien que lui-même fut plutôt dans la gène que dans l'abondance. N'ous profitâmes de la circonstance pour renvoyer nos Kroomen qui, n'étant pas capables de faire une longue marche, ne pouvaient nous être d'aucune utilité dans nos explorations.

Le nouvel équipage fut pris parmi les Maltololos, qui, nonseulement étaient bons marcheurs, mais coupaient le bois, faisaient le service du bord, et se contentaient de la nourriture des indigènes.

11 fallut s'arrêter sur le Kongoné pour réparer le Ma-Roberi. On l'avait construit avec des plaques de métal qui n'avaient pas seize pouces d'épaisseur : une espèce d'acier de nouvtlle invention. Le système était breveté, mais non consacré par l'expérience ; défaut grave lorsqu'il s'agit d'un voyage de découverte. Une action chimique, de nature quelconque, perfora le métal; de petites arborisations, des étoiles brisées, comme on en volt dans la glace fondante, partirent de ce point et s'irradiètent dans tous les sens. 11 y eut de petits trous à chaque endroit ob ces lignes formaient un coude ; et le fond du navire devint bientôt

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comme uneécumoire. On bouchait les plus grandes ouvertures : mais à peine étions-nous à flot qu'il s'en produisait de nouvelles. La première chose qu'on apprenait le matin c'était l'apparition d'une voie d'eau, soit à l'avant, soit au centre, ce qui était encore plus grave. |

Au commencement d'août de fréquentes averses nous assaillirent; nous étions alors sur le Zambèse. Le 8 nous eûmes plus de trois pouces d'eau, quantité supérieure à celle qui tombe à Tété en aucun des jours de la saison pluvieuse; nous le devions au voisinage de la mer. Parfois la cabine était presque inondée; outre l'inâllration qui avaitlieu par en bas, l'eau passait par la toiture, et nous étions obligés d'avoir un parapluie toutes les fois que nous voulions écrire. Enfin la réunion des diverses parties du bâtiment s'était faite d'après un nouveau système ; et l'action exercée par l'arrière sur le centre, aspirant l'eau du fleuve, entretenait des courants qui baignaient les parquets, et les coussins qui nous servaient de siège et de li< terie.

11 ne faut pas oublier, pour élre juste envers le climat de cette région, que la flëvre dont nous avons eu à souflrir est venue en grande partie d'avoir dormi sur des coussins mouillés. La plupart des plantes recueillies laborieusement, et préparées avec soin par le docteur Kirk furent perdues, ou exigèrent un double travail pour avoir été mises accidentellement dans tel ou tel endroit de ia cabine, où elles furent prises d'humidité.

A quelques milles au-dessous de Mazaro est une Ile, dont le propriétaire, un nommé Paul, vint nous faire une visite. Il était parent du rebelle Mariano, et arrivait de Mozambique, où, suivant l'expression consacrée dans le pays, il avait été s'arranger avec les autorités portugaises. Le gouverneur général d'AImeida, nous dit-il, ne connaissait pas le Kongoné; et pensait, comme tout le monde, que le Zambèse se jetait dans la mer à Quilimané. Son ExceUence lui avait demandé si, à cet égard, on pouvait s'en rapporter à la carte du docteur Livingstone. Nous mentionnons le fait parce que les Portugais ont entrepris dernièrement de démontrer que ce bras du fleuve était connu de longue date à leurs négriers.

Paul est un métis ; mais le climat paraît lui être favorable. C'est de tous les muUtres portugais que nous avons rencontrés

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daos l'est de l'Afrique, le seul qui soit réellement gras. 11 est fâcheux qu'une certaine classe de maladies, tant personnelles qu'héréditaires, se soient tellement généralisées parmi les métis de cette région que l'on ne puisse rien conclure, & leur égard, au sujet de la permanence des races de sang mêlé.

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Sur leChiré (août 1859.) — Le Horambala. — Source chaude. — Poursuivi par un bufUe. — Le Nyanja Pangono, ou Petit-Lac. — Nyanja- Moukoulou, ou Grand -Lac. — Inutilité des anciens renseignements géographiques donnés par les Portugais. — Chikanda-Kadzé. — Accident. — Trappe à hippopotame. — Moustiques. — Éléphants. — Marais du Chiré. — Oiseaui. — Soura ou vin de Palme. — Sel. — Terre saline et coton de qualité supérieure. — Ile de Dakanomoio. — Calao. — Enfant vendu.

Nous remontons de nouveau le Chiré vers le milieu du mois d'août, après avoir coupé du bois à Chamoara. Notre intention est de faire plus ample connaissance avec les tribus riveraines, de poursuivre à pied nos explorations au nord du lac Chiroua, et d'aller à la découverte du lac Nyassa, dont on nous a parlé, en nous le désignant sous le nom de Nyinyisi, mot qui signifie les astres.

LeChiré est beaucoup moins large que le Zambëse; mais il a plus de profondeur, et offre moins de difficultés à la navigation. La vallée qu'il arrose est basse et d'une fertilité excessive; elle se déploie entre deux chaînes de montagnes boisées qui lui laissent une laideur de quinze à vingt milles.

Tout d'abord, en partant de l'embouchure, les montagnes du flanc gauche sont tout près de la rivière. Elles la côtoient pendant vingt milles ; puis apparaît, à cinq cents yards du bord de l'eau, un mont détaché, aux lianes abruptes, ajant quatre mille pieds d'élévation, et à-peu près sept milles de longueur. Cetle montagne, appelée Morambala, ou Grande Tour du Guet, est boisée jusqu'à la ctme, et d'une beauté remarquable. L'extrémité méridionale, que l'on aperçoit dans le lointain, offre au regard une pente douce qui parait être d'une ascension facile ; mais le versant qui domine le Chiré est escarpé et rocailleux, surtout dans sa moitié supérieure. Un petit village s'entrevoit à mi-c6to; il est en bon air, et perché au-des.sus de la région des

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Bk LE ZAMBËSE

moustiques. Les habitants du sommet jouissent d'une température qui n'a rien de commun avec celle de la vallée, et sont entourés d'une végétation bien différente ; mais la plus grande partie de leur existence se passe au milieu de nuages blancs et floconneux, qui, dans la saison des pluies, s'arrêtent à la cime du Morambala. Ces montagnards nous avaient fait bon accueil, lors de notre première ascension; il n'en reste plus qu'un petit nombre ; car depuis cette époque, la bande de Mariano les a enlevés presque tous.

Nous n'avons rencontré dans la plaine qu'un seul genre de fougère ; le docteur Kirk en a trouvé sur le Morambala, etsur les chaînes voisines, plus de trente espèces, parmi lesquelles sont des fougères en arbre d'une belle taille. L'oranger et le citronnier y croissent à l'état sauvage ; l'ananas est cultivé par les haliitants.

Un grand nombre de singes, d'antilopes, de rhinocéros, d'oiseaux de proie et de calaos se réfugient parmi les grands arbres qui entourent le pied de la montagne, et y trouvent une nourriture abondante.

Plus bas, dans la vallée même, près de l'extrémité nord, est une sourced'eau chaude. Elle sort de terre en bouillonnant par deux ouvertures situées à quelques pas l'une de l'autre, et donne naissance à un ruisseau d'une limpidité parfaite. Nous lui trouvons soixante-dix-neuf degrë.s de chaleur; on y plonge un œuf, il est cuit dans l'espace de temps ordinaire. Le guide y jette une petite branche pour nous taire voir avec quelle rapidité la Madse-aJiouira ' tue les feuilles. D'infortunés lézards et de malheureux insectes, ignorant sans doute les propriétés de l'eau chaude, ont semé de leurs débris le fond des bassins. Un gros coléoptère que nous voyons se poser sur l'eau est tué avant d'avoir eu le temps de replier ses ailes. Les pierres sont recouvertes d'une incrustation qui répand une odeur sulfureuse. A cent pieds environ de la source, la vase est encore beaucoup plus chaude que l'eau d'un bain ordinaire; elle ne s'attache pasà la peau, qu'elle nettoie parfaitement; et nous nous demandons comment les Portugais , chez qui les affections cutanées sont nombreuses, n'en proQttnt pas pour se guérir.

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