‹ Explorations du Zambèse et de ses affluents et découverte des lacs Chiroua et NyassaChapitre 9 sur 59 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Plaines de Chicova. — Nous y entrons le 7 juin 1860. — Procédé des indigènes pour se procurer du feu. — Disposition du camp. — Noms que les indigènes donnent aux étoiles. — Cécité causée parla lune.

— Discussion politique entre Africains. — Système de marche. — Le civilisé résiste mieux à la fatigue que le sauvage. — Politesse de Chitora. — Préférence des femmes indigènes pour l'eau filtrée. — Croquemitaines blancs. — Crainte que l'homme inspire aux animaux sauvages.

— Impression causée par les facultés vocales de l'âne.

Des montagnes de Kébrabasa, dont le massif a trente-cinq ou quarante milles d'épaisseur, nous entrons dans les plaines de Chicova le. 7 juin 1860; nous n'avons fait, jusqu'à présent, que des marches peu sérieuses. La fraîcheur des nuits a gravement enrhumé plusieurs de nos hommes, et dans ce pays-ci les rhumes se changent presque toujours en fièvre.

A Chicova le Zambèse se déployant tout à doup, prend l'étendue et l'aspect qu'il a en face de Tété. Un peu plus haut nous voyons apparaître une large couche de houille dans la berge de la rive gauche. --i

De temps en temps on rencontre des voyageurs indigènes. \ Geui qui ont une longue route à faire sont chargés d'une natte à coucher, d'un oreiller de bois, d'une marmite et d'un sac de farine. Ils ont une pipe, une blague à tabac, un couteau, un arc et des flèches; enfin deux bâionnets de deux à trois pieds, avec lesquels ils se procurent du feu quand ils sont obligés (le camper loin de toute habitation. Le bois sec est abondant partout; ils l'embrasent de la manière suivante : une entaille est faite à l'un des bâtonnets dont l'extérieur est d'un grain serré, et qui renferme de la moelle. Ce bâton est placé horizontalement sur une lame de couteau, posée elle-même sur le sol. L'opérateur s'accroupit, maintient la baguette en appuyant sur les deux bouts avec ses gros orteils; et prenant l'autre bâton, qui est d'un bois très-dur, il en ajuste la pointe dans l'entaille du

;abyGoOt^Ie

précédent. Le bâton dressé, qui forme avec l'autre un angle droit, est tourné rapidement entrs les deux mains qui le font aller en avant et en arrière, tout en le pressant avec force sur la baguette où il est introduit. Le frottement, au bout d'une minute, ou guère plus, embrase la moelle du bâton entaillé; les parcelles ardentes roulent sur la lame de fer ; elles sont mises dans une poignée d'herbe fine et sèche, que l'on balance vivement pour attiser la menue braise qu'elle contient, et qui doit l'enflammer. C'est une rude besogne que de se procurer du feu par cette méthode ; le mouvement rapide qu'il faut imprimer à la baguette, tout en appuyant sur elle d'une façon vigoureuse, a bien- ( tôt fait d'écorcher les mains délicates. '

Les lions sont nombreux dans les plaines de Cbicova, et nos gens dressent le camp du soir avec plus d'attention. Ils nous mettent au centre, où ils ont l'babilude de placer leurs chefs. Kanyata, ses hommes et les deui ânes sont À notre droite; Touba-Mokoro et ses fiashiubas en face de nous; Masakasa, Sininyané et son corps de Batokas se trouvent k notre gauche; enfin derrière nous sontles six bonmies de Tété.

Us ont soin, en arrangeant leufs feux, de les placer de manière que la fumée ne nous vienne pas dans la 6gure. Dès que nous nous arrêtons ils choisissent l'endroit où nous devons être installés, distribuent les places dans l'ordre que nous venons de dire , et chacun dépose son fardeau. Ils vont tour à tour couper de grandes herbes sèches, et nous en font un lit dans un endroit qu'ils aplanissent si le terrain e^t inégal. Les porteurs qui sont chargés de notre couchage déposent nos karosses, et déroulent nos tapis sur ce lit d'heriie : le nôtre au milieu ; à droite celui du docteur Kirk; à gauche celui de Charles Livingstone. Nos sacs, nos rifles, nos revolvers sont placés à notre tête; et un feu est établi près de nos pieds.

Nous n'avons pas de tente, pas d'autre abri que la cime d'un arbre lorsque nous en trouvons. Il est charmant de voir les branches, les feuilles, les ramilles, qui se déploient au-dessus de nous, se détache sur le ciel parsemé d'étoiles, et baigné de la clarté de la lune.

Ici les astres les plus apparents portent des noms dont le sens se conserve chez un grand nombre de tribus largement dispersées : Vénus, quand elle apparaît le soir, est nommée

Nlanda, c'est-à-dire l'alné; au point du jour on l'appelle Manjika, ou premier né du malin. Elle est tellement lumineuse qu'à l'heure où elle brille seule les corps projettent de l'ombre. Sirius est nommé Kouéhotta Ousiko, tratneur de la nuit, parce que l'on suppose qu'il entraîne la nuit tout entière.

La lune, dans ce pays-ci, n'a pas d'influeiKe maligne, du moins à notre connaissance. Nous l'avons regardée sans en souffrir jusqu'à ce qu'un doux sommeil nous ait fermé les yeux. A Tété, au contraire, elle aveugla quatre ou cinq de nos hommes. Bien que ces malheureux n'eussent pas couché dehors, ils perdirent la vue complètement ; leurs camarades étaient obligés de leur guider les mains vers la gamelle, qu'ils n'apercevaient même pas. Cette affection est inconnue dans leur pays. Quand notre postérité aura découvert le principe qui, en étant distinct des mauvaises odeurs, est la cause de la fièvre; quand elle saura ce qui, en dehors de la lune, rend les hommes lunatiques, ou parait les soumettre à l'influence de cet astre, elle prendra en pitié notre manque de pénétration.

Nos gens ne se procurent pour eux qu'une très-petite quantité d'herbe , et couchent dans des sacs nommés foumba^ :deux nattes en feuille de palmier, qui chacune ont six pieds de long sur quatre de large, et sont réunies par une coulure. Ils entrent là dedans comme nous le ferions entre des draps qui seraient cloués au bois de lit sur trois côtés, et s'y trouvent à l'abri du froid, de l'humidité et des moustiques. Lorsque toute la bande est couchée, on ne voit plus rien que des sacs autour des feux. Il arrive parfois que deux personnes occupent le même foumtja ; on y est alors très-serré,

Matonga, l'un de nos Makotolos, s'est chargé de faire notre feu, d'y pourvoir et de l'entretenir. Il reçoit pour cela le cou et la tète des animaux que nous abattons, ce qui est le prix habituel de ce service, et gagne ainsi des rations copieuîes ; excepté, toutefois, quand la chasse se borne à une pintade. Il supporte notre régime de volaille avec résignation pendant deux ou trois jours ; puis s'il n'est pas tué de grosse bëte, il vient nous trouver, et nous parle du même ton sérieux dont il s'adressait au lion qui avait envie de notre buffle : * Moréna, monseigneur, dit-il, un homme affamé ne peut pas se remplir l'estomac avec une tète d'oiseau. Il va mourir faute de viande: la faim le tue ; bientôt

;abyGoOt^Ie

166 LE ZAMBÈSB

il n'aura plus la force de porter le bois et de faire le feu ; c'est unoiseau tout entier qu'il lui faut pourne pas mourirde faim.» Sa demande étant raisonnable, et la pintade abondante, on fait droit à sa requête.

Lespinlades sont communes sur les bords du Zambèse pendant la saison sèdie. A cette époque elles se rassemblent par troupes nombreuses, viennent chaque jour boire au fleuve, et passent la nuit sur les acacias des deux rives. Nous en rencontrons ordinairement deux ou trois bandes dans la journée ; elles sont toutes grasses et d'une excellente chair. Dans quelques endroits, comme à Ghoupanga, on en voit une variété qui a sur la téle une jolie huppe de plumes noires, et qui est tachetée de bleu clair d'une teinte fine. Elle est bien plus belle que U pintade commune. Les indigènes l'appellent Khanga Tore ; les naturalistes Numida cristata.

Chaque soir douze feux sont allumés dans le camp, etsont eniretenus jusqu'au point du jour par nos hommes, que le froid réveille de temps à autre. II est facile de se procurer du bois sec et dur qui brûle admirablement. Quand la grande affaire du souper est finie, tous nos gens prennent place autour des feux. Ils se mettent à causer ou bien à chanter. L'un des Batokas joue de la sansa, et continue jusqu'à une heure avancée de la nuit. Il accompagne ses accords d'un chant qu'il improvise, et dans lequel il raconte ce qui a été fait par eux tous dans ces trois dernières années.

Quelquefois une question politique surgit, les paroles s'animent, et la somme d'éloquence dépensée par les orateurs est vraiment surprenante. L'excitation est générale, on s'interpelle d'un feu à l'autre. Des voix qu'on n'entend jamais, quand il s'agit d'autre chose, éclatent en discours passionnés. La mauvaise administration des chefs est le thème inépuisable : ■ On se gouvernerait mieux soi-même, s'écrienl-ils; à quoi servent les chefs, et pourquoi en avoir? 11 ne fait rien , et cependant le chef est gras. Il a des épouses nombreuses; et nous, qui faisons te rude travail, nous avons faim, nous ne possédons qu'une femme, souvent même nous n'en avons pas. Gela est mauvais ; c'est injuste, bien à tort t» A ces paroles un bruyant èWI qui équivauti notre écoutez l écoutez! s'élève de toutes paris. La discussion continue. Kanyata, le capitaine de la bande, etTouba Mokoro sont fidèles

;abyGoOt^Ie

au pouvoir ; • Le chef est le père du peuple; une nation peutelle vivre sans përeï C'est Dieu qui a lait le chef. Qui ose dire que le chef est incapable? Il est toute sagesse; mais ses fîls sont des insensés. > Touba en général conserve la parole jusqu'à ce qu'il ait fait taire l'opposition. Si les arguments qu'il donne ne sont pas toujours les meilleurs, sa voix est la plus forte, et c'est lui qui a le dernier mot.

La veillée 'Unie, tout le monde s'endort. Nous nous levons au point du jour (il est à peu près cinq heures). Tandis que nous prenons du thé avec un morceau de biscuit, nos couvertures sont pliées, et mises dans les sacs par les hommes qui nous servent. Chacun ayant roulé son foumba, l'attache au bout d'un bâton qui se porte sur l'épaule, et dont la marmite occupe l'autre extrémité. Le cuisinier réunit la vaisselle dont il se charge; et quand le soleil est levé toute la bande est en route.

Vers neuf heures, si l'on trouve un endroit convenable, on s'y arrête pour déjeuner. Le repas en général aété préparé la veille, afin de ne pas perdre de temps ; on n'a plus qu'à le réchauffer.

Après le déjeuner on se remet en marche ; on se repose au milieu du jour, et l'on s'arrête dans l'après-midi, pour recommencer le lendemain.

Nous franchissons en moyenne, à vol d'oiseau, de deux milles à deux milles et demi par heure ; il est rare que nous marchions plus de cinq ou six heures par jour. Dans un pays chaud c'est autant qu'un homme peut faire sans s'épuiser; et nous désirons que le voyage soit plutôt un plaisir qu'une fatigue. Presser le pas, lancer des regards furieux à ses gens, leur dire des injures pour se vanter plus tard de la rapidité avec laquelle on a fait le chemin, est une sottise où l'odieux le dispute à l'absurde.Tandis que la bienveillance que l'on témoigne à ses compagnons, les égards qu'on a pour eux, alors même que ce sont des nègres, le plaisir de regarder le pays, d'observer tant de choses nouvelles, que l'on voit bien mieux quand on marche d'un pas ordinaire, enfin le charme des instants de repos, rendent le voyage délicieux.

Bien que nous ne soyons pas des marcheurs exceptionnels, nous avons été surpris de voir que nous pouvions fatiguer nos hommes. Leur chef lui-même, dont le fardeau n'était guère plus lourd que le nétre, et qui ne chassait jamais dans l'après-midi.

;abyGoot^Ie

168 LE ZAHBËSB

comme cela nous arrivait souvent, se lassait plus vite que nous. Notre expérience tendrait à prouver que l'Européen est plus robuste et résiste mieux à la fatigue, même dans la zone torride, que les Africains les plus vigoureux.

Lorsqu'on a préparé le camp, nous allons à la chasse l'un ou l'autre, quelquefois deux d'enire nous, et moins pour notre plaisir que par nécessité ; mais il faut se procurer de la viande. Il nous serait fort agréable d'avoir un homme pour rapporter le gibier, ou pour guider ceux qui doivent aller le chercher. Cependant comme ils grognent quand on leur en parle, et qu'ils se plajgnent de la fatigue, nous consentons à partir seul. Nous n'y voyons d'autre inconvénient que d'être obligés de faire une seconde fois le chemin pour conduire auprès delà béte ceux qui doivent s'en charger. Pour peu que cela soit à une couple de milles cela devient fatigant, surtout quand c'est au profit exclusif de ceux qui se reposent que l'on prend cette fatigue. Ainsi que les dmes charilables qui se livrent en Angleterre vix œuvres de bienfaisance, le chasseur exténué, tout en s'elTorçant de rester bon pour son prochain , est vivement tenté de revenir quand il s'est procuré assez de gibier pour les trois blancs, et d'envoyer coucher sans souper ces mendiants ingrats et paresseux, comme on dit ailleurs. Cependant ce n'est qu'en persistant à faire le bien, en allant même jusqu'à ce que les sages de ce monde appellent faiblesse, que nous finissons par les convaincre de la pureté de nos intentions, et par leur faire sentir que notre but est assez élevé pour nous mériter le respect

Les plaines de Chicova, d'un sol gras et brun, sont extrêmement fécondes; elles nourrissaient jadis une population nombreuse; mais la guerre et l'esclavage en ont balayé la plupart des habitants. Malgré les hautes herbes qui les ont envahies, le colon y croit toujours dans les jardins déserts.

Un fourré de mimosas, d'ébéniers et d'attends-un-peu {acacia delinms) se déploie entre les plaines de Chicova et le territoire cultivé où sont les villages de Chitora. Celui-ci nous apporte de' la bière et des aliments, ■ parce que, nous dit-il avec la politesse innée des Africains, il ne veut pas que nous nous endormions sans avoir été rassasiés. Il avait entendu parler du docteur h l'époque où ce dernier descendit le Zambèse, et il avait eu grand désir de le voir et de causer avec lui ; mais alors il n'était qu'un

;abyGoo»:^Ic

enfaot, et n'osait rien dire en présence des grands hommes. Il est heureux, cette fois, d'avoir vu l'Anglais, et regrette que ces gens soient partis; s'ils étaient là, il leur ferait faire la cuisine pour les hommes blancs. > Toute sa conduite prouva plus tard que ses paroles étaient sincères.

Beaucoup d'Africaines sont scrupuleuses à l'égard de l'eau qu'elles emploient, non-seulement comme breuvage, mais encore pour la cuisine. Aûn d'en avoir de plus pure elles font des trous dans les bancs sableux qui longent le courant, et recueillent avec soin l'eau qui a filtré lentement à travers le sable, plutAt que de puiser dans la rivière, où l'eau est tout aussi limpide. Cet usage est commun sur les bords du Zambèse, de la Rovouma et du lac Nyassa. Ouelques-uns des Portugais de Tété ont même pris cette coutume indigène, et envoient des pirogues chercher de l'eau dans une fie basse qui est au milieu du fleuve. Les gens de Chitora prennent également leur eau dans des puits qu'ils ont creusés au fond du lit sableux d'un ruisseau qui passe auprès du village. Cette habitude peut venir de l'insalubrité des eaux du fleuve en temps d'inondation. Pendant à peu près neuf mois de l'année des ordures sont déposées autour des bourgades sans nombre qui se trouvent sur les milliers de milles drainés par le Zambèse. Quand viennent les grandes pluies, cette accumulation d'immondices fétides est balayée dans les torrents et les rivières, qui les charrient dans le fleuve ; et sans la précaution dont nous venons de parler, nos Aft-icains se montreraient aussi peu délicats que les habitants de Londres qui boivent les abominations verséesdansla Tamise prèsde Reading et d'Oxford. Il n'était pas étonnant que les marins souffrissent tant de la Bèvre quand ils buvaient l'eau des rivières d'Afrique avant qu'on eût adopté dans notre marine l'admirable système d'épu* ration qui s'y trouve aujourd'hui.

Il faut qu'il y ait dans l'aspect des blancs quelque chose qui, f au premier abord, soit eflroyable pour les nègres. Quand nous entrons dans un village qu'un Européen n'a pas encore visité, le premier enfant qui aperçoit les hommes « cousus dans des sacs > prend ses jambes à son cou, et s'enfuit avec autant de frayeur qu'en aurait un gamin de Londres s'il voyait une momie sortir vivante da British Muséum. Alarmée par les cris sauvages du bambin, la mère s'élance hors de sa case; mais elle

;abyGoOt^Ie

170 LE ZAMBËSB

s'y rejette précipitamment dès qu'elle voit refTrayante apparition. Les chiens nous tournent le dos ; et la queue entre les jambes, se sauvent tout éperdus. Les poules abandonnent leurs poussins, et se réfugient sur les toits en criant. Le village, naguère si paisible, n'offre plus que désordre et vacarme jusqu'au moment où nos Hakololos, se mettant à rire, afûrment que les blancs ne mangent pas les noirs; car en Afrique une plaisanterie a souvent plus d'influence que les paroles les plus graves. Quelquesuns de nos fashionables perdraient peut-être un peu de leur bonne opinion d'eux-mêmes, s'ils voyaient toutes les jolies filles d'un boui^ s'enfuir à leur approche, ainsi qu'à la vue d'horribles cannibales ; ou s'ils entendaient, comme cela nous est arrivé, les mamans les transformer en croquemitaines, et dire à leurs marmots: * Si vous n'êtes pas sages, j'appellerai l'homme blanc pour qu'il vous morde. •

Pour les animaux sauvages la senteur de l'homme est infiniment plus effrayante que sa figure et produit sur eux une impression terrible. Un troupeau d'antilopes, arrêté à cent mètres, nous regardait d'un air curieux ; elles virent défiler la moitié de la bande, sans penser k bouger de place ; mais elles disparurent comme l'éclair, dès que leur parvinrent les effluves des hommes qui venaient de passer. En Afrique tout est fini pour le chasseur qui est sous le vent que reçoit la béte; car celle-ci, même de très-loin, ne supporte pas l'odeur humaine. '

Est-ce l'effet de la terretu* dont tous les animaux doivent être frappés devant l'homme, suivant les paroles que le Tout-Puissant a dites à Noé ? Certes, un lion à l'affût pourra se jeter sur une créature humaine, aussi bien que sur une autre. 11 se peut qu'une lionne, quand elle a des petits, attaque un-individu qui lui fait craindre pour ses lionceaux ; que des buffles se précipitent sur une bande de voyageurs qui leur paraissent menaçants ; mais en général ni bête marchante, ni bête rampante, ne se jette sur l'homme, excepté par méprise, ou bien pour se défendre '. Si le goriIle,sans y avoir été provoqué, vient à la ren-

I. Ou preuée par la faim. Malgré la promeMS que valut i Noé la bonne odeur de eet bolocaustes, toute* les bélei de la lerrs et des eaux ne tmnbteot pu de- Tint rbamme, quand lejeOne leur lïit oublier la prudence. Le crocodile, auquel le poisson manque, attaque sans vergogne la créature humaine. Le requin en est avide. Voe Tois que le lion a goûté de celte chair Gue, il sait très-bien la

;abyG00»:^Ic

Er SES AFFL0ENT3. 171

contre du chasseur, et se flrappe la poitrine en signe de défi, c'est là une exception. A la manière dont se sauve l'éléphant dès qu'il vous aperçoit, on peut supposer que ce colosse, qui est bien le roi des animaux, s'enfuirait devant un enfant.

Nos deux ânes ne causent pas moins de surprise que notre couleur. Et quel effet quand l'un d'eux se met à braire! Les timides bondissent, et détalent plus vite que si un lion rugissait à leurs oreilles. Les autres demeurent confondus, stupéfiés, jusqu'à ce que le dernier raclement de cette voixrauqueaitretentî. Voyant alors qu'il n'en résulte rien de fâcheux, ils se regardent, et se mettent & rire de leur commune surprise. Ouand un de nos ânes, entonnant sa cantate, excite l'autre à donner la mesure de sa puissance vocale, l'intérêt des auditeurs frémissants égale celui que l'hippopotame éveillait naguère chez les habitants de Londres.

rechercher; le tigre encore mieu. Le loup tStjaè n'est pas d'une bonne rencontra; eofin l'bïine, trop ISehe pour attaquer l'homme <Teillé, loi dévore la Sgure quand elle le trouve endormi. Nous ne partone pas de cette gent menue qui depuis l'aeare, le moustique et autre vermine, jusqu'au vampire, s'abreuve de sang humain. Quant au ruminant, on peuts'étonoer de voir chez lui ta curiosité plus forte que la crainte ; mais il est naturel que les effluves des carnassiers lui fassent prendre la fuite; il n'a pas attendu que Noé l'ait offert au Dieu de Holse pour flairai uq ennemi dans tes émanations du chasseur.

(iVoie du traducteur.)

;abyG00»:^Ic

Couches de houille sous le grès gris de Tétâ. — Usage de la houille inconnu aux indigènes. — Mbia tue un hippopotame. — Pièges. — Sagacité des éléphants à l'égard des trappes. — Fourmis blanches.

— Fourmis guerrières. — Langage des fourmis. — Fourmis mordantes.

— Singe respecté. — Fabrication du sel. — Les montagnes. — Chikouanitséla. — Afllictionsdesbétes.— Hpendâ. — Ch il ondo. — Meurtre de Monahin. — PangoU. — Destinée des empires africains, — Arrivée & Zumbo. — Résultat de l'absence de gouvernement. — Meurtre de Mpangoué. — Séquasha.

Nous traversons le Nyamatarara, petit ruisseau qui forme la limite du Chicova, et nous nous trouvons au milieu de roches du même grès que celles qui dominent entre les monts Lupata etlagor^e de Kébrabasa. Dans cette dernière, ainsi que nous l'avons dit plus haut, les rocties ignées, les masses syénitiques ont été bouleversées par quelque grande convulsion de la nature ; les couches disloquées s'entassent péle-mële dans un désordre indescriptible;etnaturellementla houille disparaît; mais on la retrouve dans le Chicova. Le grès de Tété, un grès de nuance grise, est commun aux environs du Sinjéré. Dans tous les endroits où on le rencontre, portant du bois fossile, la houille existe h l'étage inférieur. Ici effectivement, comme à Chicova, elle se montre sur les rives du Zambëse.

Au midi s'étend une vaste plaine, dont une portion est en forêt. On y voit des collines détachées; puis l'horizon est fermé par des montagnes, qui sont trop loin, nous disent les indigènes, pour qu'on sache comment elles s'appellent.

Quand nous regardons en amont de la rivière, les plus hautes montagnes que nous ayons à notre droite se trouvent à une distance de six à douze milles} de temps en temps leurs éperons descendent jusqu'à la berge avec les ruisseaux qui baignent leurs étroites vallées.

Deux terrasses bien distinctes forment les rives du Zambése :

;abyGoOt^Ie

MbïGoo<^le

Dijl.zeObïGoO<^le

la première, c'est-à-dire la moins haute, est généralement peu large, et d'une grandefertilité; la seconde est un plateau aride, tantôt couvert d'une herbe maigre, tantôt d'une jongle épineuse ou d'une forêt de bauhinia. Près du Kafoué les arbres sont pétrifiés.

Nous avons passé deux jours au bord du Sinjéré, un cours d'eau limpide qui vient des monts Gbiroby-roby situés au nord, à huit milles environ du Zambëse. De nombreux morceaux de houille, entraînés par le courant, gisent dans le lit de cette rivière torrentielle. Les indigènes ne savaient pas que la houille fût combustible. Quand nous leur avons dit qu'on en faisait du feu ils ont secoué la.téte, ont souri d'un air incrédule, en répondant kodi ! (vraiment) 1 et leur surprise a été grande lorsqu'ils ont vu ces pierres noires brûler dans notre feu de bois. Ils nous ont dit alors qu'il y en avait beaucoup dans les montagnes. Sachant depuis longtemps que nous étions sur un immense lerraîD houiller, nous n'avons pas cru nécessaire de nous en occuper davantage.

En 1856, nous avons découvert la houille de l'autre côté du Zambèse, au sud de l'endroit où nous sommes aujourd'hui ; plusieurs veines ont été examinées à cette époque sur les bords du Révouboué, à quelques milles de Tété. Ces veines étaient évidemment la prolongation de la couche que nous avions trouvée plus haut. Toutefois la houille en était plus bitumineuse. Brûlée i feu découvert, elle se boursouflait et répandait du gaz comme de bonne houille de ménage.

[In dike, ou filon de basalte nommé Kakololé, traverse le Zambèse près de l'embouchure du Sinjéré. La muraille que forme le basalte est rompue en deui endroits; chacune de ces ouvertures a de soixante à quatre-vingts pieds de large ; et l'eau y est très-profonde.

En aval de ce dike, une bande d'hippopotames se reposait sur un banc de sable, où elle se prélassait dans une fausse sécurité. Les petits jouaient entre eux comme de jeunes chiens, sautaient sur le dos de leurs mères, cherchaient à se prendre les uns les autres par le museau, et tombaient dans la rivière. Mbia, l'un de nos Hakololos, s'approcha de la bande ; il tua un vieux mâle, qui, étant très-gras, ne tarda pas à flotter, et fut pris au premier village qui se trouva au bord du fleuve. Ce

;abyGoOt^Ie

174 LE ZAHBËSE

matin, pendant que nous déjeunions, nous avons eu la visite du chef de cette bourgade. Il portait une perruque d'ifé teinte en noir, et une chemise d'indienne. Après un instant de silence, il dit à Hasakasa : ■ Vous suivez les hommes blancs, pourquoi ne leur dites-vous pas de me faire un présent d'étoffe î — Nous sommes étrangers , répondit Masakasa, pourquoi ne nous apportez-vous pas de nourriture? > Il profita du conseil et revint avec deux poulets, aGa qu'on ne pût pas dire que nous avions passé chez lui sans y avoir reçu d'alimenls. Quant à l'hippopotame, le brave homme nous dit qu'il n'en réclamait rien, mais qu'il accepterait volontiers le morceau que nous voudrions bien lui donner.

Nos gens se sont gorgés de viande depuis deux jours, et en ont taillé une masse énorme en longues bandes étroites qu'ils ont fait à demi sécher, à demi rôtir, sur des cadres de bois, placés au-dessus du feu.

I — iTy a dans ces parages beaucoup de fosses destinées à pren- /dre le gibier. Des pieux aigus sont fichés en terre au fond de'ces trappes, et la béte s'empale en tombant sur ces pointes. Les habitants ont le soin de prévenir les étrangers de l'existence de ces pièges, non moins que de celle des poutres à dard empoisonné, qui sont suspendues aux branches, à l'intention des éléphants et des hippopotames. Il n'est pas dilBcile de découvrir ces trappes quand vous êtes averti. Mais dans les endroits où la terre que l'on a retirée de la fosse a été emportée au loin ; quand rien ne vous indique l'existence de ces pièges, et que vous ne vous y attendez pas, la descente imprévue de neuf pieds que vous faites dans ces trous perfides, est une chose qui s'oublie difficilement.

C'est une série de sensations particulières : tout d'abord vous n'avez pas conscience de ce qui arrive. Le crépitement d'une cascade de sable et d'herbes sèches vous tire de votre stupeur, et l'idée vague de l'endroit où vous êtes traverse votre cerveau ^branlé. Vous commencez à comprendre pourquoi vous vous trouvez dans les ténèbres ; le raisonnement s'éveille, il vous assure que vous avez dû entrer là, par ce petit jour qui perce la nuit au-dessus de votre tête; et vous savez enfin que vous êtes h la place que devrait occuper un hippopotame.

Ainsi que dans l'Averne, il est aisé de tomber au fond de

;abyGoo»:^Ic

ces trappes; mais pour en sortir c'est autre chose : les parois en sont unies et croulantes ; les roseaux qui soutiennent la couverture se brisent dès que vous les empoignez ; vos cris ne s'entendent pas; et ce n'est qu'après des efforts désespérés et soutenus que vous finissez par reparaître au jour. On nous a raconté qu'un Portugais, d'une taille bien au-dessous de la moyenne, était tombé dans une de ces fosses, en voulant surprendre une pintade qu'il voyait sur un arbre. Il lui fallut travailler toute une après-midi pour se tirer de l'abîme ; et il se félicitait d'avoir pu en sortir, lorsqu'il fut englouti de nouveau par une seconde trappe qui se trouvait, comme il arrive souvent, tout & cAté de la première. Cette fois, la nuit était venue avant qu'il se fût arraché de ce nouveau gouffre.

Les éléphants et les buffles appréhendent tellement le danger auquel les expose l'art des trappeurs, qu'ils passent rarement deux fois de suite par le même chemin pour se rendre à la rivière. Celui qui est à la tête de la bande, un vieux mâle expérimenté, prend l'avance et découvre les fosses avec sa trompe pour que les autres puissent voir les pièges et les éviter. Les femelles y sont généralement prises. Plus timides, et toujours inquiètes pour leurs petits, elles flairent le vent dans la crainte d'un péril imaginaire, et ne s'aperçoivent pas de celui qui est à leurs pieds. Les mâles, plus rassurés, vont la trompe basse ; et averti par cet oi^ane d'une sensibilité exquise , ils prennent garde à leur chemin.

Nous campons au bord du Sinjéré, sous un figuier sauvage, à la cime largement étendue'. Le nombre des gros arbres de

I. Wild-fig-tree , figuier siuvage. Nous avODS traduit Ull£ri.1eme[it celte épitbèle dont l'auleur se sert partout pour désigner son figuier k cime horizontale. Cela Doua parait □éanmoins une faute, puisque cette d^aignation appartient ftu flguierde^ parties chaudes de l'ancien monde, /tcui rylvestrù, que l'on cultive de temps immémorial, et qui bous le nom de ficui cariea donon les Ëgues que nous mangeons. Nous ne sommes pas sûrs Don plus de ia justesse du nom de banian, appliqué plus bas au Wild-fig-lree qui nous occupe. Nous De voyous pas qu'il soit question des arceaux tocmia par la reprise des jets de l'arbre det Bantant, ou fignier du Bengale, caractère que l'on ne passe guère sous silence. Tandis que la grande cime étalée appartient au figuitr religittis, qui tient également une grande place dans le culte des Hindous. Sa large ramée, le murmure de ses feuilles mobiles, presque toujours agitées par le vent, el son ombre épaisse en lui prêtant l'influence mystérieuse des temples, en ont fiùt un objet de vénération. (.Voie du iraduefeur.)

;abyGoot^Ie

176 LE ZA.HBÈSB

cette famille que l'on voit disséminés dans le pays, ferait croire qu'à une époque des plus anciennes, le figuier banian a été tenu en Afrique pour un arbre sacré.

Autour de nous, le sol abonde en termites; leurs galeries d'aigle destinées à les cacher aux yeux des oiseaux, rampent sur la terre, s'appuient contre les arbres, et courent le long des branches, que les petits architectes débarrassent de tout le bois mort. Très.souvent la forme ex&cle des rameaux est restée aux galeries qui gisent sur le sol, et dans lesquelles ne se trouve pas une miette de bois. La première nuit, les termites se sont ouvert un passage dans notre lit d'herbe , et ont rongé nos couvertures.

Galeries Je termites.

En outre, de grosses fourmis à tête rouge nous ont grignoté la • chair.

n y a des jours où l'on ne voit pas une fourmi blanche; il en est d'autres où à certaines heures elles sortent par myriades, et travaillent avec une incroyable énergie à transporter des brins d'herbe sèche au fond de leur retraite. Les lézards et les oiseaux profitent de ces jours de récolte pour faire un bon repas, et avalent des milliers de ces moissonneuses.

Au moment de l'essaimage, les fourmis blanches sont ramassées en nombre incalculable par les indigènes, qui les mangent

;abyGoo»:^Ic

grillées, et nous disent d'une voix émue : ■ Elles ressemblent à des grains de riz bien tendres, qu'on a fait frire dans une huile délideuse. ■

Une armée de grosses fourmis noires, partie en maraude, attaqua une forteresse de termites qui est située prÈs de notre camp. La lutte ayant été souterraine, nous n'avons pas pu voir le combat; mais il parut bientôt que le^ noires avaient gagné la bataille, car elles retournèrent chez elles triomphalement, chargées d'œufs de termites, et de morceaux friands pris aux corps des vaincus.

Uddon analogue à celui du langage à été octroyé aux fourmis. Si une partie de leur édifice est détruite, on voit sortir un fonctionnaire qui va examiner les dégâts. Lorsqu'il a soigneusement visité lear ruines, il fait entendre quelques sons durs et distincts, et aussitél une foule de travailleurs se mettent à réparer la brèche. L'œuvre terminée, le chef des travaux donne un nouvel ordre, et les ouvriers se retirent ; on peut s'en assurer en enlevant une portion de la bâtisse qui vient d'être refaite.

Un soir, comme il pleuvait très-fort, nous avons accepté le gtle que nous oSï^it un indigène. Impossible de dormir dans cette case, en raison des ' tourments que nous causèrent de petites fourmis, dont la taille n'excédait pas un seizième de pouce. Elles étaient évidemment soumises à une discipline rigoureuse, et s'efforçaient d'exécuter les ordres d'un habile capitaine. Nos mains et nos cous furent l'objet du premier assaut. Des corps nombreux avaient été massés en silence autour des points attaqués. Une minute s'écoule; nous entendons le mol bref du commandement. Jeté d'une voix aiguë et stridente. Jusqu'alors nous n'avions pas cru aux facultés vocales des fourmis ; cependant l'ordre est répété. L'instant d'après, nous sentons les assaillants nous fondre sur la télé, sur la gorge, nous mordre les chairs aux endroits les plus sensibles; nous prendre aux cheveux, et y laisser leurs mâchoires plutét que de lâcher prise. Nous «ousrecouchons.espérantlesavoirmises en fuite. A peine avons-nous éteint la lumière, que l'attaque reconmience. Des ordres précis frappent notre oreille, et l'assaut est renouvelé. Il n'était pas moins difficile de dormir dans cette case que dans les tranchées de Sébastopol.

;abyGoot^Ie

178 LE ZAHBÈSE

Les termites, qui ne sont pas carnivores, ne détruisent que les objets d'origine végétale ; cependant ils rongent le cuir tanné, où ils retrouvent la saveur de l'écorce. ■ Riche aujourd'hui, TOUS pouvez être pauvre demain par les ravages des fourmis blanches, nous disait un négociant portugais. Si vous tombez malade, et que vous ne puissiez pas veiller sur vos marchandises, elles sont bientdt détruites par ces insectes. >

Nous rencontrons journellement les fourmis rougeâtres, que dans l'ouest on appelle conducteurs. Elles traversent le chemin , en colonnes serrées, larges d'un pouce. Jamais l'humeur batailleuse n'a été portée plus loin, ni chez l'homme, ni chez la béte. Approcher d'elles, même par hasard, est un casus belli ; quelques-unes sortent des rangs, elles se dressent, les mandibules ouvertes, se jettent sur vous, les mâchoires tendues, et vous mordent avec férocité. Nous avons souvent, à la chasse, mis le pied au milieu d'elles. Absorbés par la recherche du gibier, et ne pensant pas aux fourmis, nous étions tout à coup envahis des pieds à la tête par ces pestes rongeuses qui vous saisissent la peau, et tournent sur elles-mêmes pour emporter la pièce. Leur morsure est tellement douloureuse, que l'homme le plus brave est obligé de s'enfuir, et de se déshabiller entièrement pour arracher ces bourelles, dont les mandibules tiennent à sa chair ainsi que des crocs d'acier.

Nous n'avons pas entendu dire que ces fourmis eussentjamais tué d'autre animal que le python, lorsqu'elles le surprennent dans son état d'engourdissement; mais elles font bientôt disparaître tout ce qui a cessé de vivre , et semblent essentiellement carnivores. Le r61e qu'elles jouent dans la nature rentre donc dans celui des nettoyeurs du globe. - —

Nous quittons le Sinjéré le M juin. Nos hommes sontchai^s de viande d'hippopotame, dont ils espèrent bien vendre une partie. Le déjeuner a lieu en face du dike de basalte qui confine au chenal, à l'ouest du mont Man)éréré.

lin singe errant, très-gras, très-peu farouche, et beaucoup p'us grand que tous ceux que nous ayons encore vus, sort tranquillement d'un jardin près duquel nous passons. Pour les habitants de cette région, le singe est un animal sacré; jamais ils ne le tuent ou ne l'inquièlent, persuadés qu'ils sont que les âmes de leurs ancêtres habitent ces corps dégradés, et qu'un

;abyGoo»:^Ic

jour ou l'autre, eui-mêmes revêtiront cette forme : avenir aussi peu attrayant pour les noirs, que le paradis des spirites pour les blancs.

Les jardins sont séparés les uns des autres par une seule rangée de petites pierres, quelques poignées d'herbe ou un sillon légèrement tracé & la houe. Quelques-uns sont entourés d'une palissade de roseaux, tout ce qu'il y a de plus fragile. Cela suffit néanmoins pour éloigner les hippopotames qui se méfient de cette barrière, et s'abstiennent de la franchir dans la crainte de tomber dans un piège.

Les femmes profitent de l'extrême prudence de ces animaux pour défendre leurs récoltes à peu de frais : elles suspendent à une perche, en guise de poutrelle, un fruit de kigélia où elles ont planté une bûchette. II n'en faut pas davantage pour préserver le maïs, dont l'hippopotame est cependant très-friand.

Ici les femmes font leurs affaires elles-mêmes; elles accompagnent les hommes lorsqu'ils viennent à notre camp, nous offirent leurs marchandises, en débattent le prix, et paraissent aussi loyales que modestes et sensées. Ailleurs , elles s'agenouillent à distance respectueuse de l'endroit où nous sommes, et attendent que leurs maris ou leurs pères , qui ont pris l'avance, aillent chercher ce qu'elles apportent, et veuillent bien nous le vendre pour elles.

A cet égard, les femmes de ce pays-ci tiennent le milieu entre les humbles épouses des Manganjas et celles des Zaggas, les fiëres habitantes des montagnes voisines du Kilimandjaro, qui font, à ce que l'on dit, toui le commerce de leurs villages, ont des marchés à jour fixe, et ne permettent à aucun homme de mettre le pied dans l'endroit où elles vendent.

Plusieurs de nos gens sont malades ; ils ont trop mangé d'hippopotame; et nos étapes sont nécessairement plus courtes. Le 13, nous nous arrêtons après trois heures de marche; nous passons le reste du jour au village de Ghasiribéra, situé sur un ruisseau qui se dirige au nord, en traversant une belle vallée, bornée par de magnifiques montagnes. Le Pinkoué, Mbingoué ou Mohéou, forme l'angle sud-est de la chaîne.

Le 16 juin, nous sommes ^ Senga, village florissant, bâti au pied du mont Motémoua, et administré par Hanyamé.

Presque toutes les montagnes de cette région sont couvertes

180 LE ZÂUBÈ3B

de forêts éclaircieset d'herbe verte ou jaune, suivant l'époque de l'année où l'on se trouve. Beaucoup de ces montagnes ont de deux à trois mille pieds de hauteur; leurs sommets sont boisés. La roche parait sufBsamment pour qu'on puisse en observer la stratification ou la forme granitique. Bien qu'elles ne soient pas chargées de masses épaisses de lianes, comme sous le climat plus humide de t'est, la plupart des pentes sont fertiles, même les plus abruptes ; pas une n'offre aux regards cette nudité qui, dans le Nord, accuse la maigreur de la terre, et vous fait penser que les os lui percent la peau.

Nous suivons, au dire des villageois, la même route qu'un métis portugais venu dernièrement à Senga pour y acheter des dents d'éléphant. Comme il avait tué, près de Zumbo, un chef et une vingtaine d'hommes, les gens de Senga refusèrent de trafiquer avec lui. Il menaça de prendre l'ivoire si on ne voulait pas le lui vendre ; mais le soir même l'ivoire et les femmes avaient disparu du village, où il ne restait qu'un nombre imposant de guerriers. Noire homme craignit d'être battu, et déguerpit immédiatement.

Quelque cinquante milles de la rive nord du Zambèse ont ici pour chef suprême Chikouanitséla ou Séicouanangila. Celui-ci demeure sur l'autre rive, où il possède un territoire encore plus étendu. Nous lui avons envoyé notre présent dès notre arrivée à Senga. Ce matin, il nous a fait dire qu'il avait un gros rhume, et ne pouvait pas nous rendre visite. ■ Est-ce que son cadeau est enrhumé aussi, qu'il ne vient pas nous voir? a demandé l'un de nos Makololos. Voilà comment votre chef accueille les étrangers? Il reçoit leurs présents, et ne rend pas la moindre chose?» Tous nos gens ont trouvé Chikouanitséla d'une avarice peu ordinaire ; mais comme il est possible qu'ils repassent par ici, ils n'en ont pas dit davantage : c'était du reste bien sulSsant.

Hommes et femmes préparent la terre pour les semailles de novembre, et le font avec ardeur. La grosse bêle abonde ; des troupes d'éléphants et de buffles se rendent au Zambèse pendant la nuit; au point du jour, ils sont déjà bien loin. Cest une habitude qu'ils prennent très-vite dans les endroits où on leur fait une chasse active.

Les plaines que nous traversons varient continuellement de largeur, suivant que les montagnes approchent ou s'éloignent

;abyGoot^Ie

du Zambëse. Nous voyons sur la rive droite le mont Boungoué, ainsi que )a grande chaîne unis et boisée du Nyangombé, qui forme la première rampe d'un massif, allant du sud-est au nordouest, et qui franchit la rivière.

Un pallah a été tué le jour même de notre arrivée à Senga. La pauvre bëte avait été plus éprouvée que les animaux ne le sont ordinairement j elle était aveugle, portait plusieurs tumeurs, et avait à la jambe une fracture qui ne paraissait pas en voie de guérison. Parfois les aniroaui sauvages ont de cruelles maladies, et traînent une misérable eiistence, jusqu'à ce qu'ils en soient délivrés par quelque bête de proie. Un jour nous avons fait partir un lion sans crinière qui venait d'achever avec sa lionne un bufde arrivé au dernier terme de l'âge. Le couple avait aperçu la pauvre béte comme elle se rendait à la rivière d'un pas chancelant, et avait fondu sur elle au moment où elle rampait sur la berge qu'elle essayait de remonter. L'un avait sauté à la gorge, l'autre sur l'échiné saillante qui avait été brisée ; et la lutte, si toutefois il y en avait eu, n'avait pas été longue.

Au moment où ils prirent la fuite, les deux lions n'avaient mangé que les intestins. Il est curieux que les entrailles soient la partie que les carnassiers dévorent toujours la première, et qu'elles soient également le premier morceau que nos hommes choisissent.

S'il n'était pas d'une sage prévoyance que les plus forts puissent seuls perpétuer la race, on plaindrait le pauvre buffle qu'une maladie, une blessure, un défaut physique quelconque, ou t'approche de la vieillesse, fait chasser du troupeau. Banni de la société des femelles, privé de la douce influence qu'elle exerce, il devient naturellement sombre et farouche. Le soin de sa propre défense, que ne partagent plus les autres, l'inquiétude, l'ennui qu'il en éprouve le dégoûtent et l'irriteni. Il ne ressent plus que de la haine ; il tombe dans un état de guerre chronique avec tout ce qui respire; et plus tdt la griffe d'un lion, ou la dent des chiens sauvages, termine son existence, plus c'est heureux pour le pays et pour lui-même. Bien que nous n aimions pas à faire la leçon aux autres, la pensée d'un vieux célibataire ombrageux, ou d'un mari violent et grognon nous vient malgré nous à l'esprit. 11 nous est impossible de donner un atome de pitié à ce buffle humain dont l'arrivée oppresse et

;abyGoOt^Ie

188 LB ZAMBËSB

tiil trembler ceux qui l'enloureDt : femme, enfants ou parents pauvres. On ne peut pas même accorder à ce butor Id circonstance atténuante de l'infirmité de caractère, puisque, dans le troupeau de ses pareils, il est toute politesse , et qu'il n'exerce sa tyrannie que lorsqu'il est avec ceui qui ne peuvent pas le contraindre à agir décemment.

iO juin. Nous campons à l'endroit où Upendé nous a menacé en tS56. Aucune injure ne lui avait été faite; mais il avait des armes à feu, et il voulait nous attaquer pour montrer sa puissance.Toutefois ses ministres ayant découvert que nous étions d'une tribu qui aimait les noirs, et ne faisait pas d'esclaves, il passa tout à coup de l'inimitié à l'afTection; et comme l'endroit où il était retranché offrait de grands avantages , peut-être fût- il heureux qu'il eût changé d'avis. Hier nous avons eu la visite de trois des conseillers de ce même Mpendê, auxquels nous avons remis un beau présent pour leur chef. Celui-ci est venu nous voir ce matin, et nous a donné une ciiëvre, un panier de fèves et une corbeille de maïs bouilli.

A quelques milles de là, nous voyons arriver Chilondo, chef de Nyamasousa. 11 vient s'excuser de ne pas nous avoir prêté de canots en 1855. > Il n'était pas chez lui ; ses enfants ont eu tort de ne point l'avertir de notre passage : il n'aurait pas refusé les pirogues, etc. »

La vue de nos hommes, qui cette fois ont tous des fusils, produit une vive impression. Il n'est pas besoin de menaces : Ie.i armes à feu commandent le respect ; et des gens qui auraient eu des velléités belliqueuses, deviennent tout à coup raisonnables. Cependant, à l'exception de notre querelle avec Mpendë, jamais voyage n'a élé plus paisible que notre traversée de ce pays-ci de 1S55 à 1856. Nous n'avions rien qui pût éveiller la cupidité des indigènes. Nos hommes pourvoyaient à leurs besoins en tuant des éléphants dont ils vendaient la viande, ou en exécutant les pas les plus remarquables des danses de leurs tribus. Dans la plupart des villages on nous faisait bon accueil, et l'on se montrait généreux.

Mais plus près de Tëté que nous ne le sommes Jk présent, les Banyais nous arrêtèrent par une danse pleine de menaces. Terrifié par celte démonstration, l'un de nos hommes, appelé Monahin,prit la fuite, et ne fut pas retrouvé, malgré des recher-

;abyGoOt^Ie

BT SES AFFLUEKTS. 183

cbes minutieuses qui durèrent plusieurs jours. On présuma qu'il avait été pris d'un accès de folie , ou dévoré par un lion ; et les Banyais , touchés de notre do'ileur, ne s'opposèrent plus à notre passage'. Un indigène que nous avons rencontré dans une tie, un peu au-dessus du village de Mpendé, nous a appris dernièrement que le pauvre Honahin s'était rérugié dans cette même lie, et avait été misa mort par le chef, sans motif aucun, si ce n'est qu'il était sans défense. Depuis lors ce chef est devenu odieui à ses compatriotes, qui l'ont exterminé.

Notre chemin traverse fréquemment de vastes solitudes d'où la vie parait absente. Un calme étrange enveloppe ces lieux: pa» un oiseau, pas un animal, pas un insecte ne se fait entendre. Aucun village dans les environs ; l'air est immobile ; le ciel et la terre sommeillent. Notre caravane fatiguée, se traînant sur la plaine brûlante, dont l'éclat nous aveugle, ressemble à un na vire flottant sur la mer déserte. On n'est pas seul pourtant au milieu de ce silence; des formes vivantes vousentourent, des regards cnrieux épient tous vos mouvements. Vous entrez dans un bois, et vous apercevez une troupe de waterbucks ou de pallahs, tellement immobiles et silencieux que vous croiriez qu'ils font partie du paysage. En passant près d'un massif d'épines, vous entrevoyez dans les buissons la vague silhouette des buflles, qui, tête baissée, vous guettent de leurs yeux farouches. Enfin, an brusque détour vous fait tomber sur un indigène qui vous a vu de loin, et qui s'est approché sans bruit pour vous regarder de plus près.

23 juin. Arrivés au principal village de Pangola , situé à plus d'un mille du Zambèse. Les débris d'un mur en terre montrent qu'on a voulu imiter le genre de bâtisse des Portugais.

Nous campons sous un âgUier majestueux dont le corps est entouré d'amulettes, ayant pour but de protéger le miel d'une ruche que des abeilles sauvages ont établie dans l'une des branches. Ce moyen est fréquemment employé. Le talisman, qui consistée» une bande de feuille de palmier, barbouillée de quelque chose , et décorée d'un petit morceau de bois, d'une racine ou de quelques brins d'herbe, s'achète au docteur es dés; on l'attache autour de l'arbre, et l'on est persuadé qu'il peut

1. Voir EuploraHom dant l'Afrique auttrtUe, p»e« 671. PaiU, IS&O.

;abyG00t^Ie

Itk LB ZAUBË3B

infliger une maladie, voire la mort, au voleur qui le n^nchirait en grimpant. Ainsi, dans certaines sociétés, la superstition n'est pas sans avantage : elle prévient une Toule de délits qui auraient lieu sans la crainte qu'elle inspire.

Pangola est venu nous voir ; il était ivre et babillard. ■ Nous sommes amis, très-bons amis, nous dit-il. Je vous apporte du maïs vert : le voili. » Nous l'avons remercié , et lui avons donné deux brasses de cotonnade qui valaient quatre fois plus que son maïs ; mais ce n'était pas assez. ■ Non 1 il ne prendrait pas un aussi mince présent; il lui fallait un fusil à deux coups : justement celui-là^ nous sommes amis, bons amis, tous amis ensemble. ■ Nous ne demandions pas mieux que de le croire; mais nous ne pouvions nous dessaisir de notre meilleur Dixon; et l'exigeant compère s'éloigna fort mécontent.

Il est arrivé le lendemain matin au moment où nous commencions l'oHice. Cette fois il n'avait pas bu. Nous lui avons dit que nous voulions adorer Dieu, et l'avons prié de rester. Hais il aura eu peur, car il a pris la fuite. II est revenu après le service, et a renouvelé ses instances à l'égard du fusil. En vain lui a-t-on expliqué que nous avions une longue route & faire, et qu'il nous faudrait tuer du gibier pour nous et pour nos hommes. ■ Lui aussi, a-t-il répondu, avait besoin de viande pour lui et pour ses gens, qui parfois souffraient de la faim. > Nous n'avons pas cédé; il est parti, comme la veille, de très-mauvaise humeur ; et ses sujets nous ont fait leurs denrées des pris extravagants. Sachant que nous n'avions pas de vivres, ils espéraient nous prendre par la famine. Mais au lever du soleil, deux de nos jeunes gens ayant tué un waterbuck, les provisions nous furent ofîertes à bas prix. Nos hommes n'en ont pas voulu, et les vendeurs ont eu la figure très-longue.

L'avidité noire s'était dupée elle-même, ainsi qu'il arrive souvent à la cupidité blanche. Ce n'est pas seulement ici que l'avide Africain nous a rappelé l'Anglo-Saxon. Le penchant à profiter des embarras d'autrui, penchant qui se rencontre partout, prouve que les passions sordides sont largement répandues dans toutes les races. On peut contester que le même sang coule dans les veines de tous les hommes, et qu'ils descendent tous du même couple ; mais il est évident pour le voyageur, qui le sait

;abyGoOt^Ie

ET SES AFFLUBNTS. 185

par expérience, que les fripoDS blancs et les aiçreûns nqirs sont frères.

Pangola est vassal àe Hpendé; Sandia et Mpendé sont les seuls chefs indépendants qu'il 7 ait dans cette région, depuis le Kébraiis3ajusqu'àZumbo;ils80Dttou8le3deuzde la tribu des Mangaqjas.

La contrée située au nord des montagnes que nous voyons est appelée Senga- Les habitants portent le nom d'Asengas ou de Basengas, mais ils paraissent de la même famille que les Maravis et que le reste des Hanganjas.

Autrefois tous les Hanganjas étaient réunis sous l'autorité d'Oundi, leur grand chef, dont la puissance s'étendait du lac Chiroua aux bords de la Loangoua. Après la mort d'Oundi l'empire tomba en lambeaux; et la vaste province qui touchait au Zambèse fut absorbée par les Banyaïs.

Les empires africains ont toujours eu pareil sort, ce qui était inévitable. Un chef, d'une capacité plus qu'ordinaire, subjugue une partie des peuplades voisines, et fonde un royaume qu'il gouverne plus ou moins bien. Son successeur, n'héritant pas de ses qualités guerrières, défend mal les conquêtes qui lui ont été léguées. Les vassaux les plus habiles en profilent pour se partager le pouvoir, et quelques années après il ne reste plus du royaume qu'un souvenir plus ou moins vif.

Cet état de choses, qu'on peut regarder comme l'état normal de la société africaine, donne lieu à des guerres fréquentes; et les populations, décimées et ruinées, aspirent en vain après un gouvernement assez fort pour leur donner la paix. A ce point de vue, une colonie européenne serait considérée dans cetle région comme un bienfait inestimable. Des milliers de naturels laborieux s'établiraient avec joie autour de ce groupe pivotai, et, n'étant plus troublés par la guerre, pourraient prêter l'oreille aux vérités sublimes et purifiantes de l'Évangile. De même que leurs compatriotes du Chiré, les Hanganjas du Zambèse sont passionnés pour l'agriculture. Outre les produits alimentaires, qui chez eux sont variés, ils font venir plus de tabac et de coton qu'ils n'en consomment. Quand on leur demande s'ils travailleraient volontiers pour les Européens, ils répondent que oui, si toutefois les Européens sont assez riches pour payer le travail des autres, et non pas des aventuriers qui auraient besoin qu'on leur donnât de l'ouvrage.

;abyGoOt^Ie

Depuis la résidence de Saodia jusqu'à celle de Pangola tous les indigènes sont bien vêtus; et leur étoffa, nous l'avons remarqué, a été lilée et tissée de leurs propres^mains , avec des métiers fabriqués dans le pays. A Seuga le fer est tiré du minerai en quantité considérable, et très-habilement travaillé.

Ainsi qu'il arrive toujours quand une bande armée séjourne dans le village, Pangola est allé coucher prudemment dans l'un des bameaux extérieurs. En pareil cas, personne ne sait, ou du moins ne veut dire à quel endroit le chef va passer la nuit.

Le lendemain matin Pangola ne paraissant pas , nous nous mettons en route sans lui faire nos adieux. Un instant après nous le voyons venir à notre rencontre avec quelques hommes armés. Quittant le sentier avant de nous rejoindre, il se met sous un arbre avec sa suite, comptant bien que nous allons nous arrêter, et lui fournir l'occasion de nous redemander le fusil. Mais nous suivons notre chemin sans détourner la tête. Notre homme demeure stupéfait, et ne peut en croire ses yeux. A la fin, cependant, il recouvre la parole : « Vous passez devant Pangola; est-ce que TOUS ne le voyez pas? ■ s'écrie-l-il. Mbia, qui justement passait avec l'diie, et qui saisit avec joie toutes les occasions de montrer son peu d'anglais, lui crie à son tour : ■ AH riçht! thm gel on. Clich, diek, dich^. > S'il avait eu affaire h un traitant, Pangola l'aurait tourmenté jusqu'à ce que le pauvre homme eût cédé à ses instances.

26 juin. Déjeuné à Zumbo, sur là rive gauche de la Loangoua, près des ruines de quelques maisons portugaises. .~ La Loangoua est trop profonde pour être passée à gué. Il ne se trouve pas de canots de ce cdié-ci ; mais il y en a deux sur l'autre bord, près de quelques huttes réc«mment construites par deux métis de Tété ; et nous hélons ces deux pirogues. Les tialeliers sont ivres ; nous les attendons , ils ne viennent pas. Gomme nous avons un manteau dont on peut faire une nacelle, il sufQt pour cela de le gonfler avec de l'air, nous envoyons chercher les canots par Mantlanyaaé. Trois esclaves, pris de boisson, nous amènent alors deux mauvaises pirogues que nous attachons l'une à l'autre, et que noua faisons conduire par nos propres rameurs. On ne peut y mettre que cinq hommes à la fois ; après le

1. Parlai lemeni I continuel voira cbemin, Click, cliok, olink.

;abyG00t^Ie

quatrième tour, les esclaves font du bruit, et demandent à boire. Ils ne reçoiveDl pas de bière, puisque nous n'en avoos pas ; leur insolence augmehte , et ils nous déclarent que personne ne passera plus aujourd'hui. Tandis que Sîninyané leur fait des observations, la gueule d'un mousquet lui est présentée par l'un de ces drôles. L'esclave est désarmé en un clin d'oeil, une grêle de coups lui tombe sur le dos, et lui fait piquer une tête dans la rivière.

Un instant après le plongeur se retrouvaitsur la berge, confus et dégrisé; nos trois bravaches passaient de la menace hautaine à l'abjection servile ; et à huit heures du soir nous étions tous sains et saufs sur la rive droite de la Loangoua. On trouva dans le mousquet une charge énorme, qui aurait mis en pièces notre pauvre Sîninyané, sans la promptitude avec laquelle ses compagnons désarmèrent l'agresseur, et se firent justice à eux-mêmes, | ainsi qu'on y est forcé où la loi n'existe pas. /

Les deux métis, à qui appartiennent ces trois hommes, voulant acheter de l'ivoire et chafiser l'éléphant, sont partis de Tété avec quatre cents esclaves, ayant tous d'anciens fusils qui armaient autrefois les cipayes. Quelque temps après leur arrivée à Zumbo, l'un de ces métis, que les indigènes appellent Séquasha, s'en- . tendit avec Namakou-sourou, le capitaine du village, pour tuer Mpaogoué, le chef du pays, dont le capitaine ambitionnait la jilace. Namakousourou promit dix grosses défenses , et le traité fut conclu.

Séquasha, suivi d'une bande d'esclaves choisis parmi ceux dont il était le plus sûr, alla faire une visite à Mpangoué. Il fut accueilli avec joie, etde la façon hospitalière dont on reçoit, en général, les étrangers importants. Les femmes s'empressèrent de faire cuire ce qu'elles avaient de meilleur ; le repas fut laidement arrosé de bière, et le traître prit sa part du dîner qu'on lui offrait coidialement- Après le repas, il demanda qu'il fût permis à ses hommes de tirer des coups de fusils pour amuser l'assemblée. N'ayant aucun soupçon, et curieux d'entendre la fusillade, le chef y consentit avec plaisir. Les gens du métis se levèrent, une grêle de baUea fondit sur les spectateurs; et Mpangoué, frappé de mort, tomba au milieu de vingt autres qui étaient foudroyés comme lui. Les survivants prirent la fuite; on s'empara des enfants et des femmes, dont on fit des esclaves; et le village fut saccagé.

;abyGoOt^Ie

Le traître expédia alors ces paroles à son complice : • J'ai tué le lion qui vous gênait ; arrivez, et nous causerons de la chose. ■ Namakonsourou vint aussitdt, apportant l'ivoire promis. ■ Non, lui dit Séquasha , nous allons partager la terre. • Il se tailla la plus large part, contraignit l'usurpateur, ou du moins celui qui avait désiré l'être, à lui livrer ses bracelets en témoignage de subordination ; et les dépouilles du vassal furent envoyées en triomphe an gouverneur de Tété. Celui de Ouilimané nous a dit avoir reçu de Lisbonne l'ordre de profiter de notre passée pour rétablir Zumbo. C'est en conséquence de ces ordres que Séquasha et son associé ont élevé une petite estacade sur la rive droite de la Loangoua, à un mille de l'ancienne église des Jésuites. Mais pour cela il n'était pas besoin de répandre le sang. Le district de Zumbo a été jadis acheté aux indigènes, qui, d'euxmêmes, ont toujours reconnu les droits des Portugais, Ils nous faisaient remarquer, en 1856, que bien que cette terre fût cultivée par eux, elle n'était pas leur propriété, car elle appartenait aux blancs. .

Les deux métis, dont le fait qu'on vient de lire n'est pas l'unique scélératesse, et dont on nous a raconté les violences dans tous les endroits où ils ont pénétré, ont laissé leur ivoire à la garde d'un petit nombre d'esclaves, et sont en tournée au moment où nous passons. Lesdits esclaves profitent de leur absence pour se donner du bon temps, et s'enivrent tous les jours avec ce qu'ils prennent dans les villages qu'ils pillent. Leur chef est venu réclamer le fusil que nos gens ont enlèvera l'agresseur de Sioinyané; nous le lui avons rendu. Il trouve que son maître a eu raison d'assassiner Mpangoué, puisqu'on le payait pour le faire; et il justifie cette conduite en disant : ■ Lorsqu'on vous ofTre à manger, est-ce que vous n'acceptez pasî >

;abyGoOt^Ie

ET SES AFFLUBMTS.

Situation de Zumbo. — Ruines de l'église. — Missions catholiques. Bb-Ubourouma. — Jujubes. — Taétsé. — Maladie du docteur Kirk.

— Exploits de nos chasseurs. — Hyèaes. — Oiseau du miel. — Un serpent. — Village abandonné. — Abondance do gibier. — DifTérence de saveur. — Paysage. — Fumée des herbes qui brûlent. — Le Chongoiié. — Bazizoulous. — Mis en pâcil par un rhinocéros. — Cynbyène.

— Familles déménageant. — Tombanyania. — Embouchure du Kafoué.

Passé tout UD jour près des ruines de Zumbo. Les traitants qui, sans doute guidés par les jésuites, se sont établis ici dans l'origine, ont fait & la fois preuve de goAt et de sagacité. Ils ont clioisi l'endroit le plus pittoresque, le plus charmant du pays, et ont eu raison de compter, pour s'enrichir, sur les avantages d'une pareille situation. Elle les plaçait au confluent du Zambèse et de la Loangoua qui leur amenaient les produits du nord et de l'ouest, et les mettait en face du Manica, la contrée de l'or et de l'ivoire. Les Portugais d'aujourd'hui ont le droit, assurément, d'être fiers de leurs ancêtres; mais si dans les Champs- Ëlyséen s ces hommes honorables, qui ont tant fait pour le christianisme, s'entretiennent parfois de leurs descendants, ce n'est certes pas arec un sentiment d'oi^eil qu'ils doivent parler de ceux qu'ils ont en Afrique.

De l'église, près de laquelle glt une cloche brisée, on domine les deux rivières. Le paysage est splendide : des champs de verdure, une forêt onduleuse, des collines charmantes, enGn de belles montagnes se dessinant au loin. Cette église n'est plus maintenant qu'une ruine, et la déiolatton est descendue sur elle. L'oiseau sauvage, effrayé du bruit de nos pas, s'envole en poussant un cri aigu. Des buissons épineux, ravies par les termites, de mauvaises herbes, de grandes plantes, aux capsules hérissées et barbelées ont envahi la placé. L'hyène immonde a souillé le sanctuaire, et le hibou dégorge sur les murailles croulantes les restes non digérés de son repas nocturne. Il est difQcile de ne

;abyGoOt^Ie

190 LE ZiillBÈSE

pas s'attrister & la vue de cet abandon complet d'un endroit où l'Être suprême était adoré en commun ; é. l'idée qu'en ce lie» où des voix humaines s'unissaient pour chanter ces paroles - ■ Tu es le roi de gloire, d Christ! > les indigènes ignorent même le nom du Sauveur. Une étrange superstition leur fait éviler ce lieu sacré; ils s'en éloignent avec efTroi, comme les autres ^ient la peste.

A part les ruines qui s'y rencontrent, rien id ne rappelle qu'une nation chrétienne y a eu jadis un comptoir important. Les indigènes sont atijourd'hui ce qu'étaient leurs pères au temps de Vasco d,e Gama. Leur langage, à moins qu'il n'y en ait des traces dans les archivés du Vatican, n'a pas encore été écrit; et l'art de distiller les alcools, au moyen d'un canon d'arme à feu, est la seule chose que les naturels aient apprise des Européens. Si tous les descendants de la race étrangère disparaissaient de la contrée, l'unique témoignage de l'occupation portugaise se bornerait aux débris de quelques murailles de pierre et de boue, et à la croyance qu'il est permis à un homme de vendre son frère: croyance qui n'est pas indigène, car on ne la trouve que dans les lieux oii les Portugais ont passé.

Puisque les missionnaires qui étaient venus s'établir ici ne manquaient ni de zélé, ni d'intelligence, il serait du plus haut intérêt de savoir ce qui les a fait échouer dans la propagation de leur foi. D'après ce que nous avons observé dans cette région, nous croyons pouvoir dire que tout système qui sanciionne l'esclavage perpétue la barbarie. Les razzias d'hommes que font les Séquasha, et tant d'autres, tels que Simoéns qui a étendu ses courses sur le Zambèse jusqu'à la hauteur de Kariba, ont le même eifet que les guerres provenant de l'ambition des chefs. Un district est dévasté; le lendemain c'en est un autre; le chasseur d'esclaves s'enrichit, et acquiert de l'influence. Pereira, le fondateur de Zumbo, se glorifiait d'être surnommé la Terreur.

Si ce fléau des villages n'est pas dépouillé par un gouverneur avide, sa fortune est dispersée par ceux qui lui succèdent; et la chasse recommence d'autant mieux qu'il faut se réenrichir. Les missionnaires d'autrefois, ainsi qu'une foule d'honnêtes gens le faisaient à leur époque, toléraient ces enlèvements d'esclaves, qui amènent infailliblement la guerre. Ne serait-ce pus

;abyGoo»:^Ic

]& le motif du peu de sympathie qu'ils ont trouvé chez les ïddigènes, etdu peu d'effet qu'a produit leur parole?

28 Juin. Départ de Zumbo. Le gibier est d'une extrême abondance, et les lions sont nombreux. L'un de ces derniers, en train de dévorerun cochon sauvage,estniis en fuite par Mbia, qui s'empare des reliefs du repas, et en fait son profit. Les lions ont un goût particulier pour la chair du porc et du zèbre, et détruisentbeaucoup de ces animaux.

Arrivés dans l'après-midi au village de Ma - Mbourouma, chef féminin qui demeure actuellement de l'autre côté du Zambèse. On nous dît qu'elle a pris la fuite en voyant son âls et d'autres enfants mis k mort par Séquasha. ■ Mais quand son coeur sera guéri, ajoutent ceux qui nous parlent, elle reviendra dans son village habiter parmi son peuple. > Elle demande toujours aux traitants noirs dontles canots remontentleZambèse s'ils n'ont pas de nouvelles de l'homme blanc qui a passé avec des bœufs. ■ n est tombé dans la mer, lui répondent- ils; mais nous appartenons à des gens de la même race. — Oh I non, réplique-t-elle; inutile de me dire cela; il ne prend pas d'esclaves, et il désire la paix : vous n'êtes pas de sa tribu. ■

Cette réputation d'être opposé à l'esclavage produit tant d'effet sur eux tous, qu'il est certain qu'un missionnaire dont les yeux se fermeraient sur les maux résultant de la vente de l'homme n'acquerrait aucune influence.

Ici, nous quittons le Zambèse, et nous remontons la vallée . qui conduit à la passe de Mbourouma, autrement dit de Mohango.

Les nuits sont froides ; aujourd'hui, 30 juin, au lever du xoleil, il n'y avait pas 4" de chaleur.

Nous traversons un village qui comptait vingt grandes cases. Séquasha y est venu après avoir tué Hpangoué; il a fait main basse sur les femmes et les enfants, et pris tous les vivres, excepté un énorme panier de son, qui avait été mis de cdté, suivant l'usage, pour servir en cas de disette. La bande du ravisseur a brisé toute la vaiselle, les grandes cruches à eau , et les pierres à moudre le grain.

Le bouazé et le bambou se voient maintenant sur les collines ; mais le jujubier, sans aucun doute apporté de l'Inde, ne s'étend pas plus loin. Depuis Tété, nous avons mangé partout de ses

;abyGoot^Ie

fruits, quiont un peu la saveurdes pommes, d'où le nom de maçaas que leur donnent les Portugais. Ils sont ici plus ^os qu'à l'ordinaire, bien qu'à deui pas le jujubier disparaisse. Pas de manguiers non plus à parlir de cet endroit, Zumbo étant la dernière station que les Portugais aient eue sur le Zambèse.

Jamais les tsétsés n'ont été plus nombreuses, ni plus fatigantes. Elles nous suivent quand nous sommes en marche, et nous bourdonnent autour de la tète comme un essaim d'abeilles. Pleines de ruse, elles se posent sur vous si doucement que vous ne vous doutez de leur présence qu'au moment où elles vous dardent leur suçoir aigu. La douleur est vive; mais elle passe bientôt, et ne laisse après elle que la démangeaison désagréable produite par les cousins. On se rappelle que la tsétsé tue invariablement tous les animaux domestiques, à l'exception de la chèvre etde l'âne, et que sa piqûre est sans danger pour l'homme et pour les animaux sauvages. Nous avons été lardés tous ces jours-ci par cette mouche, ainsi que nos baudets, sans qu'il en soit résulté rien de fâcheux ni pour les uns ni pour les autres, li'eau est rare dans la passe de Hbourouma, excepté à l'époque des pluies. Nous avons cependant rencontré de belles sources dans le lit, maintenant à sec, du Podébodé, tjui descend toute la gorge , et renferme de distance en distance de petits bassins où l'eau séjourne. Le docteur Rirk s'étant trouvé gravement malade, il nous a fallu passer deux jours au bord de ce lit desséché. Notre compagnon avait déjà eu plusieurs accès de fièvre, et il . avait observé que quand nous étions sur les hauteurs il allait bien, tandis que lorsque nous descendions dans la plaine il grelottait, malgré la différence de température qui se trouvait alors plus chaude de treize ou quatorze degrés. II a essayé ces jours-ci de divers médicaments, dont on vante l'efdcacité, afin de s'assurer par lui-même de l'effet qu'ils pouvaient produire. Ens'arrétant près de l'un des bassins du Podébodé, il est devenu aveugle lout à coup, et a été pris d'une telle faiblesse qu'il a été obligé de s'asseoir. Nos gens ont fait promptement un lit d'herbe ; et nous y avons couché notre pauvreami avec la tristesse poignante que peut seul se Hgurer celui qui a eu des malades dans un pays sauvage. Nous craignions qu'il ne se fût superdrogué en faisant ses expériences. Cependant nous lui avons administré nos pi-

;abyGoo»:^Ic

ET SES AFFLUBNTS. 193

Iules. Le troisième jour il monta celui de nos ânes qui voulut bien le permettre; le sixième il avait repris ses forces, et marchait aussi vite que les autres. Nous avons souvent observé que le changement de lieu est un bon moyen d'amener la guérison; et que plus un homme a d'énergie, plus il a de chance de ne pas mourir.

Approvisionnés d'eau par les mares du Podébodé, nous avons descendu celui-ci jusqu'à son embouchure, où nous avons rejoint le Zambëse.

Quand un chasseur indigène traverse un lieu aride, il sait, par les bétes qu'il rencontre, où il peut espérer de trouver de l'eau. La présence de l'oryx, du springbok, du duiker, ou de l'éléphant, ne prouve pas du tout qu'elle soit prochaine; ces animaux ont un parcours immense, et il estpossible qu'ils soient à des vingtaines de railles de l'endroit où ils s'abreuvent. 11 en est autrement du pallah, du bufDe, du riiinocéros et du zèbre; leur piste donne toujours l'assurance qu'il y a de l'eau dans les environs, car ils ne s'en éloignent jamais de beaucoup. Mais lorsqu'au milieu du calme solennel des bois, le chant joyeux des oiseaux frappe votre oreille, soyez sûr que l'eau est voisine Pendant les deux jours que nous avons passés dans la gorge de Mbourouma, sous un grand tamarinier, nous avons entendu une quantité de petits oiseaux dont les chants agréables, et tout nouveaux pour nous, se mêlaient afi roucoulement des pigeons, et partaient des branches qui se déployaient au-dessus de l'eau vive.

En chassant, nos hommes sont tombés sur un immense troupeau de buffles, qui reposaient dans les grandes herbes sèches, et ils ont attaqué la bande avec furie. Jusque-là ils avaient chassé à la lance ; dans leur ardeur quelques-uns oublièrent de mettre des balles dans leurs mousquets, et s'étonnèrent de ce que les buffles ne tombaient pas. Celui qui a tué l'éléphant que nous avons partagé avec Sandia logea ses quatre balles dans autant de buQIes, et tira ensuite avec du plomb qu'il avait pour chasser la pintade. Les remiirques originales, et pleines de gaieté, auxquelles donnent lieu ces petites aventures nous produisent l'effet du joyeux babil des enfants. ToMjours est-ii que Hbia et Hantlanyané ont tué chacun leur bufde. Les deux bétes sont dans le meilleur état de graisse ; la viande ressemble

xibyGoo<^Ie

vraiment à d'excellent bœuf, auquel s'ajoute un fumet de venaison.

Une troupe aflamée d'hyènes gémissantes, alléchées par l'odeur, ont vagué toute la nuit autour du camp avec l'extrême désir de mordre à nos buffles. Ces animaux sont heureusement d'une Insigne lâcheté, et n'attaquent Jamais ni hommes ni bétes, excepté quand ils les surprennent endormis ou malades, ou dans toute position qui les empêche de se défendre. Avec un bon feu nous ne sommes nullement inqniets de la présence de ces hyènes. Un morceau de viande, suspendu assez haut, est attaché au-dessus d'une lance très-courte, solidement fichée en terre; l'hyène veut saisir la viande, elle saute elâ'empale en retombant sur le fer de lance. J Quel oiseau extraordinaire que le coucou indicateur I Où a-t-il appris, ainsi que tous les autres membres de sa famille, que tous les hommes, blancs et noirs, aiment le miel? Dèsque le cher petit vous aperçoit, il accourt et vous invite de tout son cœur à venir auprès d'une ruche. Il s'envole dans la direction voulue, se perche sur un arbre, regarde en arrière pour voir si vous le suivez, repart quand il en est sûr ; et d'arbre en arbre vous guide jusqu'à l'endroit où il y a du miel. Si vous n'acceplez pas son invitation, il^renouvelle ses instances, et met autant d'ardeur àvousentratnerau logis des abeilles, que les autres oiseauxen déploient pour l'éloigner de leurs nids. Si ce n'est en marche, nos hommes ne manquent pas d'écouter son appel, et le lui expriment par un sifflement spécial, qui signifie, d'après eux : ■ Fort bien; pars devant; nous te suivons. ■ Jamais il ne les trompe ; c'est toujours à une ruche qu'il les conduit; bien que, parfois, elle soit assez mal approvisionnée.

Cette habitude singulière prend-elle sa source, comme le dévoûment du chien, dans une profonde affection pour l'homme, ou n'a-t-elle d'autre motif que de profiter des reliefs que lui abandonne le preneur de mielî En général c'est l'intérit qui, chez les bétes, est la cause des services rendus, comme par exemple chez le gardien du buffle et du rhinocéros. L'herbe est tellement haute qu'on s'approcherait toujours de ces animaux sans en être aperçu. L'oiseau qui est perché sur la bête, voit le danger; il bat des ailes, jette des cris perçants, et fait prendre ta fuite au colosse, qui de la sorte échappe à l'ennemi dont il

;abyGoo»:^Ic

n'avait pas soupçon. Mais le petit guetteur est payé <Je sa vigilance par les insectes que lui fournit la peau de son protégé. Dans d'autres cas c'est le chasseur lui-même qui avertît sa proie, et lui donne ainsi une chance de salut. Le serpent à sonnettes, excité par la vue de sa victime, ne peut pas plus se défendre d'agiter sa crécelle, que le chat de remuer la queue à l'approche d'une souris, ou le naja de se faire un goitre démesuré quand il songe à donner la mort.

Les serpents sont nombreux dans la gorge de Mbourouma Nous les voyions se chauffer au soleil; mais ils se glissaient au milieu des feuilles, et disparaissaient à notre approche. Un malin, nous avons observé un de ces reptiles d'une espèce horriblement venimeuse, qu'on appelle ici Kakoné. Il était de petite taille, placé au^bord du chemin sur un buisson où il reposait horizontalement, et digérait le lézard dont il avait déjeûné. Bien que très en vue, la couleur, et les lignes de son corps le faisaient tellement ressembler à une petite branche, que plusieurs de nos hommes, à qui nous demandions pourtant s'ils ne voyaient pas là quelque chose, ne le distinguaient pas des broussailles.

Quelques-uns de nos gens entrevirent aussi dans ce défilé un autre serpent, d'espèce très-rare, et d'allure tellement rapide que les indigènes vous disent en en parlant : ■ Qui le voit passer a sa fortune faite. >

Campé la nuit dernière près du village de Hpangoué, le malheureux hdte de Séquasha. L'endroit est délicieux : en face do vons se déploie le Zambèse; derrière le bourg dévasté sont de grands jardins, ayant pour fond un demi-cercle de collines, qui s'éloignent en s'échelonnant, et vont rejoindre les montagnes bleuissant à l'horizon.

Notre sentier laisse ces montagnes sur la droite, et franchit plusieurs petits cours d'eau, entr'autres le Séloli, qui suivant toute apparence, va plus loin que le pic dominant du Ghiarapéla. Ces petites rivières, qui nous semblent permanentes, ont Souvent des huttes sur leurs rives. Malgré cela on ne peut guère dire que le pays soit habité.

La quantité de gibier va toujours croissant. Comme exemple de ce que l'on rencontre dans les endroits où l'arme à feu. est inconnue, nous citerons ce que nous avons vu aujourd'hui. 3 juil-

;abyGoo»:^Ic

196 LE ZAHBÈSE

let 1860. Au point du jour des éléphants ont passé ^ moins de cinquante yards de nos feux; ils suivaient le lit desséché d'une petite rivière, et se rendaient au Zambëse. Parto quelques minutes avant le j^ros de la caravane, nous sommes tombés sur une bande de pintades ; nous en avons abattu plus qu'il n'en faut pour le dîner ; et laissant â notre cbef de cuisine et i ses aides le soin de les rajnasser, nous avons continué notre route. Des ArancoUns partaient devant nous; des tourterelles, que nous faisions lever par centaines, s'envolaient à grand bruit et se réfugiaient sur les arbres. Les pintades, les francolins, dont nous voyons trois variétés, les tourterelles, les canards et les oies forment le gibier plume de celte région. Au lever du soleil, de nombreux pallahs permirent à la longue file de nos hommes d'approcher d'eux & une distance d'environ cinq^iante pas. Hais ayant assez de viande, nous les avons laissés partir, sans même les inquiéter. Peu de temps après nous étions en présence d'une troupe de waterbucks, dont ici la chair est plus sèche, et le pelage beaucoup plus foncé que près de la c6te. Notre bande et la leur se sont regardées mutuellement; et nous les avons quittés pour voir courir vers le flanc brûlé des collines une troupe de coudous femelles, où se trouvaient un ou deux mdles aux cornes magnifiques. Nous ne tirons plus sur les antilopes. Nos gens ont tant mangé de viande qu'ils ont engraissé. Maintenant ils sont difficiles; la venaison leur déplaît, c'est trop sec; ils n'en veulent plus, et nous demandent des pintades, qui sont autrement savoureuses.

Sur les huit heures la tsetsé est venue bourdonner autour de nous, et a commencé à nous piquer le cou et les mains. Gomme nous pensions à déjeuner nous avons rencontré des buffles, qui paissaient au bord du sentier. Ils ont pris le galop ; nous avons tiré tous les trois. Celui qui était en avant, ayant été frappé, s'est séparé de la troupe, et s'est arrêté au milieu des arbres; mais il est dangereux de poursuivre un buffle en pareil cas, et nous avons passé notre chemin.

C'est la perte des animaux blessés qui rend les armes à feu ai destructives, et qui avec le temps leur fera anéantir les bétes sauvages. La petite balle conique est, à ce point de vue, plus meurtrière que l'ancienne balle ronde ; tout animal chez qui elle pénètre, et qui souvent n'est pas tué sur le coup, meurt plus

;abyGoot^Ie

BT SES AFFLUENTS. 197

tard sans aucun profit pour le chasseur, qui dès lors cherche une autre victime.

Après le déjeuner on s'est dirigé vers un étang; deux éléphants étaient au bord de l'eau. Derrière ces monarques de la solitude se voyaient, à distance respectueuse, une troupe de zèbres et une dewaterbucks. Aussitôt qu'ils nous eurent éventés les éléphants décampèrent ; mais les Zèbres ont laissé venir la tète de notre colonne & quatre-vingts pas de leur bande. Vieux et jeunes ont alors pris le petit galop, et se sont éloignés avec grâce. La curiosité du zèbre lui est souvent fatale. Loin de ressembler à l'antilope plongeuse, qui part comme un trait, sans regarder derrière elle, sitôt qu'elle a flairé ou vu le danger, le zèbre a l'habitude d'examiner le chasseur. Il n'est pas rare que le plus beau de la troupe soit tué par nos hommes qui, tout à coup, se sont épris de la chair de cet animal, et nous déclarent que c'est la reine des viandes.

Sur les plaines gazonnées qui se déploient entra nous et la rivière, des antilopes d'espèces difTérenles paissent tranquillement ou se reposent. Les cochons sauvages abondent* et vont et viennentpendant le jour; mais ils sont tellementfarouches qu'il est rare qu'on puisse les approcher. A la moindre alarme, ils dressentleurpetitequeuemince, prennent le trot, et s'enfuient droit devant eux, le corps aussi ferme qu'une locomotive sur des rails.

Nous n'avions pas fait un mille depuis la rencontre des éléphants et des zèbres, quand trois bufflions, accompagnés de leurs mères, sortirent du fourré et se promenèrent dans la plaine. Des singes, qui se tenaient à la lisière de la forêt, se replongèrent dans l'épaisseur du bois en entendant les chants sonores de Singéléka ; et de vieux mâles hat^neux, apercevant notre bande, l'insultèrent de leurs aboiements irrités. Toute l'aprèsmidi nous avons revu des buffles et d'autres animaux; et nous campons sur un terrain sec el élevé, d'où un éléphant, un vieux (Solitaire, est parti & notre approche.

Les nuits sont chaudes, et n'offrent guère moins d'intérêt que les jours. Un nouveau monde s'éveille, et se répand au dehors, plus nombreux que l'autre, à en juger par le bruit

I. Wild figt. ProbtUement de» «hœropotemos. {Noté du intdMfmr.)

;abyG00t^Ie

198 LE ZAHBËSE

qu'on entend. Les lions et les hyènes rugissent autour de nous; quelquefois même d'assez près pour que cela soit désagréable, bien que jamais ils n'aient pénétré dans notre cercle. Des oiseaux inconnus chantent avec douceur, tandis que les autres crient d'une voix aigre et perçante, comme sous l'impression de la crainte ou de la colère. Des bruits d'insectes arrivent à l'oreille : des sons d'une étrangeté surprenante. L'un de ces chants, attribué par les indigènes, à un £rand coléoptère, ressemble à des coups harmonieux et rhythmés frappés sur une enclume. Quant aux autres ils sont indescriptibles. Une fois nous avons vu un petit lémur sauter de branche en branche avec l'agilité d'une grenouille; il gazouillait comme un oiseau, et n'était pas plus gros qu'un rouge-gorge.

Bien qu'ils soient nombreux, il est rare que les reptiles nous inquiètent; nous n'avons eu dans tout le voyage que deux hommes qui en aient été blessés, encore d'une façon bénigne; l'un a été mordu, à ce que l'on croit, par un serpent, l'autre piqué par un scorpion.

L'incendie des herbes a commencé, et produit cette atmosphère brumeuse et bleue qui porte le nom de fumées dans l'Afrique occidentale, et caractérise ce qu'on appelle en Amérique l'été indien. Pendant toute, la soirée des torrents de feu couvrent les flancs des montagnes sur des milles d'étendpe. La hauteur où elle est placée ferait croire que cette ligne ardente flamboie dans le ciel. Tout s'éteint pendant la nuit.

6 juillet. Nous campons sur la rive gauche du Chongoué, petite rivière d'une largeur de vingt yards qui traverse les montagnes que nous avons à notre droite. Une fraction des Bazizoulous du sud, conduite par Dadanga, sont venus s'établir ici tout récemment, et paraissent en bons termes avec les Makoas, pro- . priétaires du sol. Ces nouveaux venus se sont bâti un village, o(, il y a plusieurs maisons carrées'. Ils cultivent le coton, ainà

1. ObscrcatioD plus intéressante qu'elle ne le parait. On sait qu'en Afrique tauiei les cases dps indigènes sont roniles. On n'avait pas encore trouvé d'exception i cette lëgle jusqu'au Londa, où Livingstonc s tu les pre m lires mai sons quadnngukires lExploraliont daiu VAfrxque atulraU, p. 313. Hachette, Paris. 1S5V)- t^ capitaine Biirlon a retrouvé la ligne droite sous le parallèle de Zanzibar; mais il est possible qu'elle y soit d'importation arabe. Chose curieuse : de tous les nids d'oiseau, le seul qui soit carre, celui de l'ombretle, se rencontre précisément dam le midi de l'Afrique, où la demeure de l'bomme est exclusivement circulaire. {SoU du troducMir).

;abyGoot^Ie

que tous les habitants de cette province ; mais d'une variété que noDS n'avons pas encore vue en Aflrique ; la soie en est très-Iongue, la capsule beaucoup plus grosse que dans les espèces que nous rencontrons ordinairement, et les graines sont adhérentes comme dans le coton de Fernambouc.

Les nouveaux venus ont apporté ce cotonnier de leur pays, dont les montagnes s'aperçoivent du point élevé où nous sommes. Ils se disent enfants du grand chef Rouanyakarombé, dominateur de tous les Bazizoulous. Les géographes portugais ont désigné cette tribu sous le nom de Morusurus; et les montagnes qu'elle Jiabite aujourd'hui, ont été, à ce que l'on présume, le pays de Changamira, ce vaillaut chef dont, suivant l'histoire, aucun Portugais n'osa jamais approcher.

D'après ce que l'on raconte, les Bazizoulous semblent être de braves montagnards; ils ont beaucoup de bétail, et se servent de boucliers. Plus près du Zambèse, les Sidimas habitent la plaine. De ce côté-ci, de même que sur l'autre rive, les Babimpés occupent les hauteurs, à deux jours de marche du fleuve, dont les Hakoas possèdent le bord ou les environs.

Nous avons été bien reçus par le chef de ces Bazizoulous, qui s'est montré affable et hospitalier. Pendant la nuil un troupeau de buffles a parcouru les jardins, et a mis nos gens en émoi; tritHuphe que les lions n'ont pas souvent ootenu.

La course du lendemain nous a fait francnir la terrasse supérieure, et traverser une jongle épineuse. Si la marche est difficile dans les endroits où il n'y pas de sentier, elle est encore plus embarrassante quand des pistes d'animaux coupent la forêt dans tous les sens. Hier, nous avons été pris dans un de ces labyrinthes. Comme nous étions séparés les uns des autres, un rhinocéros poussa un renâclement furieux, et chargea le docteur Livingstone au moment où il ramassait un fruit qu'on appelle moruia. H n'y avait pas entre eux la longueur de la bête, quand cette demiëre s'arrêta brusquement. Dans sa fuite, le docteur eut sa montre accrochée par une branche ; il se détourna pour la ressaisir, et vit son rhinocéros, qui étaitune femelle, toujours à la même place. Elle demeurait là, avec son petit, comme si une main invisible l'eût arrëtéeau milieudesa coarse. Lorsqu'il fut à cinquante pas de la héte, supposant que ses compagnons venaient derrière lui, le docteur leur cria de prendre

;abyGoOt^Ie

900 LE ZAHBËBE

garde à eux. Sur quoi l'animal proféra un grondement sonore, et s'enfuit d'un autre cûté. Jusqu'ici le docteur allait et venait sans arme, désormais cela ne lui arrivera plus.

Un jappement particulier venait d'une partie de la jongle; Charles Livingstone voulut savoir ce que c'était, et découvrit une bande de chiens sauvages, qui après avoir tué un bufSe, s'en disputaient les restes. Le chien sauvage des colons du Cap, Vkyœna venatica, ou cynhyène, a la tête forte et les mAchoires puissantes, les oreilles longues, la robe noire tachetée de jaune, et la queue terminée par une touffe de poils bl&ncs. 11 chasse de compagnie, forme des meutes, et poursuit la bête avec persévérance, jusqu'au moment où elle est forcée.

Les Balalas du Kalahari ont autrefois apprivoisé le cynhyène, et l'ont employé comme chien courant. Un homme intelligent de Kolobeng se rappelait avoir vu dans son enfance une meut« de ces animaux revenir de la chasse avec leurs mattres, qui les conduisaient comme un troupeau de chèvres, et les mettaient dans une fosse par mesure de sûreté.

Un élan a été abattu cette après-midi par le docteur Kîrk ; c'est le premier que nous ayons tué. Il était en parfaite condition, et remarquablement gras; mais bien que d'un excellent aspect, la viande a sérieusement incommodé ceux qui en ont mangé beaucoup', surtout les parties grasses. Les indigènes des contrées giboyeuses, qui connaissent bien les animaux sauvages, ont mauvaise opinion de la graisse d'élan, de pallah, de' zèbre, de cochon et d'hippopotame. Ils ne la rejettent pas néanmoins, le climat faisant nattre un appétit très-vif pour tout ce qui est nourriture animale; mais ils prétendent qu'elle occasionne des ulcères et donne la lèpre, tandis que la graisse du bœuf ou de mouton est complètement inoffensive, à moins qu'elle ne provienne d'une béte malade.

Nous rencontrons souvent des familles qui changent de domi' cile, et dont les membres s'en vont comme nous h la file les uns des autres : le mari en tète, ne portant guère que son arc et ses flèches , soh sac, sa hache, et sa lance. Derrière lui viennent ses fils, également armés, et joignant i leurs armes quelques menus paquets. Ensuite la fenune et les filles, pesamment chaînées des ustensiles de ménage qu'elles portent sur leurs tètes. Ces gens nous regardent sans crainte, et n'ont aucune des manières

;abyGoo»:^Ic

BT SES AFFLUSNTS. SOI

ramp&Dtes que Ton voitcommuDémentdanslespaysà esclaves. Quand nous avons tué quelque gros animal nous leur donnons avec plaisir un quartier de venaison.

Dans chaque village de superbes trophées de chasse, cornes de buffle et d'antilopes, sont accrochés aux branches, ou mis au pied de l'énorme figuier de la place publique. Nousavons trouvé U quelques-unes des plus belles têtes de buffle que nous ayons jamais vues : après avoir complété le cercle, les cornes en recommençaient un second. Ce pays-ci offrirait des trésors à un amateur de ce genre d'objets.

Sjutfieï. Après avoir passé près de quatre villages, nous déjeunons chez Tombanyama, un de nos anciens amis qui occupait jadis une lie du Zambèse, et qui habite maintenant la terre ferme. Les buffles avaient pris l'habitude de lui manger ses récoltes, et de provoquer ses hommes; il a trouvé plus sage de leur céder la place. Il a maintenant une basse-cour bien montée : des pigeons en nombre considérable, et de ans chapons gras, dont il nous a donné l'un des plus beaux, auquel il a joint un panier de forioe.

Les habitants de .cette région ont du sel en abondance que leur fournit la plaine, et qu'ils extraient par la méthode qu'on emploie au bprd du Ghiré.

Le métis, qui chasse l'éléphant et l'esclave de compte à demi avec Séquasha, est actuellement dans les environs. Il a eu grand'peur en nous voyant, et nous a parlé d'une voix si émne, que nos hommes l'ont remarqué, ainsi que les habitants du lieu. Ses craintes venaient de la conscience de ses crimes; car nous n'avons rien dit qui pût motiver sa frayeur; et ce n'est qu'au moment de partir que nous avons fait allusion au meurtre de de Upangoué. Il a défendu son associé en disant que Séquasha avait soutenu la bonne cause, et remis le pouvoir à qui de droit, Hpangoué n'étant qu'un usurpateur. 11 a éprouvé néanmoins un grand soulagement quand il nous a vus partir.

Cette après-midi nous sommes arrivés à l'une des boui^ades fhintiëres de Kambadzo, qui habite ordinairemeift l'Ile de Nyampungo ou Nyangaloulé, située à l'embouchure du Kafoué. Précisément Kambadzo est ici; il est venu voir ses st^ets, et tout le monde s'est mis en goguette pour lui faire honneur, n y a eu festin, musique, danse et libations. Les hommes et les

;abyGoOt^Ie

SOS LE ZAHBËSE

femmes ont pris un peu trop de Liëre; mais n'ont point excédé la mesure qui permet d'être poli.

Après nous avoir regardés, l'épouse du chef a dit à ceux qui l'entouraient: • Des marchands noirs sont venus dans ce pays, disant qu'ils étaient Bazoungous ; mais voici la première fois que nous voyons des hommes blancs. ■

Kambadzo a bientôt apparu ; il nous a exprimé ses regrets de ce que nous arrivions quand il n'y avait plus de bière; cependant il allait voir s'il n'en restait pas une petite potée quelque part. C'était pure politesse ; il savait parfaitement qu'on avait tout avalé. Nous sommes donc partis pour le Ràfoué ou Kafoujé, où nous accompagne le plus intelligent des lieutenants de Kambadzo.

D'une rampe élevée, située immédiatement en aval de l'emboucbure du Kafoué, la vue des deux rivières et delà riche contrée qui se déploie à vos regards, est d'un effet splendide. En se retournant, on voit au nord et à l'est, la grande chalnede montagnes, dont nous avons suivi la base. Elle est partout couverte d'arbres qui se montreot même sur le Ghiarapéla, le Ho* rindi et le Chiava, sommets élancés qui dominent tous les autres. Au dernier de ces pics, c'est-à-dire au Chiava, la rampe se détourne vers Je nord-ouest, et nous apercevons au loin les montagnes où Sémalemboué gagna nos cœurs en 18&S,

;abyGoo»:^Ic

Page 1