‹ Explorations du Zambèse et de ses affluents et découverte des lacs Chiroua et NyassaChapitre 10 sur 59 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Sémalemboué. — Nchomokéla. — Oui-dire de ta missioa de M. Moffat chez Mosilikatsi. — Loi sur la chasse. — MoDtagaes. — Ancien état du pays.— Puissance des anciensmiracles. — LesBahoués etlesBaendaspezis. — Leur hospitalité. — Ancien plateau des Batokas. — Sébitouané. — Un cairn. — BatokcLS. — Arboriculteurs. — Cimetières. — Mouavi. — Charme contre la tsétsé. — Désir de la pm. — Sorgho largement cultivé, — Ménestrel. — Instruments de musique. — Fumeurs de tabac. — La traite suit nos pas. — Tentative du gouverneur général du Mozambique pour fermer la Rovouma. — Séabenzo. — Nombre des éléphants tués chaque année. — Météore. — Chutes de Victoria visibles à une distance de plus de vingt milles. — Fièvre. — Hcshobolcuané. — Makololos rencontrés près des chutes.

S juilUt. Nous voudrions envoyer un présent à Sémalemboué ; mais impossible de trouver quelqu'un qui le lui porte , c'est une responsabilité que personne ne veut prendre. Nous autres, qui possédons l'écriture, nous ne pouvons pas nous imaginer i quel point il est facile d'être accusé de détournement, lorsqu'on n'a pas de reçu des objets dont on était porteur, et combien cette accusation estdifQcile h détruire.

Oq nous dit qu'une razzia aurait été faite par les Makololos, ou par les Batokas , et qu'elle se serait étendue jusqu'à Injonction des deux bras du Kafoué. Nos gens sont furieux, i la. pensée que les maraudeurs vont fermer le pays qu'ils cherchent à ouvrir au prix de tant de fatigues et d'efforts.

En aval du confluent des deux rivières, sur un banc de sable, gisent de nombreux hippopotames qui apparaissent au-dessus de l'eau, et produisent l'effet d'une masse ie rochers noirs.

L'Ile de Kambadzo , appelée Nyangalolilé (un nom qui se retrouve à l'embouchure du Zambëse), renferme de magnifiques trachéliaa; ces arbres, que les indigènes appellent motsikiris, y sont en grande quantité. On remarque aussi quatre palmiers d'un aspect majestueux qui proviennent d'une seule et même souche

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SOb LE ZAMBÈSE

Coulant entre des rives escarpées, bordées de terrains fertiles, le Kafoué nous rappelle un peu le Chiré, bien qu'il ait moins de largeur et que le courant en soit moins rapide. Il parait ici venir de l'ouest.

Le chef du village, prés duquel nous sommes campés, nous envoie de la farine, de la volaille et des patates. Ils ont ici les deux variétés de patates douces, la rouge et la blancbe. Plusieurs fois pendant ce voyage, nous avons éprouvé un besoin de nourriture végétale, une certaine faim pénible que ne pouvaient satisfaire ni la viande, ni la farine des indigènes, et qui allait toujours croissant jusqu'au jour où un plat de patates la rassasiait tout k coup. Il y a extrêmement peu de légumes dans cette partie de l'Afrique; les habitants vont chercher dans les bois diverses plantes dont l'usage leur est certainement nécessaire pour calmer ces espèces de faims-valles, que nous-mêmes avons ressenties.

1 1 Juillet. Par suite du vent et du mauvais état des pirogues, notre passage du Kafoué a été beaucoup plus long qu'il n'aurait dû l'être. Ce n'est qu'à une heure avancée de l'après-midi que tout notre monde a été de l'autre côté de l'eau. Une fois sur la rive droite, nous nous sommes trouvés chez les Bahoués. Les hameçon.t, de fabrique indigène, sont ici barbelés comme les nôtres; ailleurs la pointe du crochet est tout bonnement repliée vers la tige.

Nous avons passé la nuit dans un village situé à peu de distance de l'endroit où l'on franchît la rivière. Les habitants sont d'origine batoka, ainsi qu'une grande partie de nos hommes. Ils se donnent le nom de Balengis ou de Batongas, qui signifie indépendants, et parlent un dialecte qui diffère très-peu de celui des B^koas, dont le territoire est placé entre le Kafoué et la Loangoua. Le chef du district, que l'on' appelle nchomokila (un titre héréditaire) demeure h l'ouest du village, où nous avons couché. Près de ce dernier endroit est une colline sur laquelle sont enterrés les membres de la famille régnante.

Chaque fois que nous entrions dans le village, ou que nous en sortions, les femmes nous saluaient en battant des mains, et en murmurant un chant monotone et doux. Les hommes nous témoignaient leur respect en se frappant les hanches avec les mains.

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Ces fiatoDKSs-ou Balengis, cultivent le sorgho sur une trèsgrande échelle; ils «n ont une espèce dont le chaume se courbe naturellement, de sorte que l'épi massif est incliné vers la terre. La récolte faîte, le grain est empilé sur des échafaudages en bois, où l'on met également d'autres produits. Les hommes sont d'babiles chasseurs, et tuent les éléphants et les^buffles avec des lances & la fois longues et pesantes.

iijuUlet. Fait une halte de quelques minutes en face de l'tle étroite de Sikakoa, dont l'extrémité inférieure porte un village. Cet tlot, d'après ceux qui l'habitent, serait à UQ. mois de la principale résidence de Hosilikatsi. On leur a conté qu'un Anglais avait été voir ce chef des Matébélés, et lui avait dit qu'il était mal de tuer des hommes; que Hosilikatsi avait répondu qu'il était né pour cela; mais qu'il en perdrait l'habitude; et que - depuis lors il envoyait ses guerriers, non pas pour tuer comme autrefois; mais pour recueillir le tribut qui se composait d'ivoire et de cotonnade.

L'Anglais dont iis parlent est le révérend Moffat de Kuruman, qui a fondé une mission chez les Uatébèlés. Ce rapport offre de l'intérêt en ce qu'il montre avec quelle promptitude le sens des paroles du missionnaire , bien qu'imparfaitement rendu, a été transmis à une distance de trois cents milles. On ne sait pas en Europe combien la connaissance des efforts que l'on fait sur la cAte pour la répression de la traite , s'est répandue dans l'intérieur de l'Afrique.

A la hauteur de l'tle boisée de Kalabi. nous avons trouvé une loi sur la chasse , dont l'origine remonte à une époque des plus reculées, et à laquelle nous avons dû nous soumettre. Un vieux bufile avait traversé le chemin à quelques pas de notre colonne. 11 avait reçu la petite lance de notre guide dans la hanche, et s'éloignait à peine blessé, quand les balles de nos trois fusils l'ont tué roide. ■ Il est à moi, > s'écria le guide. En effet, c'était lui qui l'avait touché le premier; et suivant la coutume, l'animal appartient à celui qui a fait couler le premier sang. . La même loi nous accordait l'épaule et le cuisseau d'un même côté, pour avoir achevé la héte.

Ce buffle était borgne et galeux. Ses cornes, réduites à l'état de moignons, n'avaient pas un pied de longueur; elles avaient dû s'atrophier quand les années lui avaient fait perdre la force

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qui caractérise son sexe ; dix-huit ou vingt pouces d'une come aussi épaisse, ne se seraient pas usées par le simple froltement contre les arbres*.

Le lendemain nous vîmes beaucoup de bulTles rester paisiblement dans le fourré au milieu duquel nous passions. Il arrive souvent à ces animaux de ne prendre la fuite que lorsque nous ne sommes plus qu'à cinquante ou soixante pas de l'endroit où ils se trouvent.

Toujours des montagnes à l'horizon ; quelquefois la rampe descend jusqu'à la rive, et nous avons des pentes à gravir. Parfois même l'éperon se relève, après avoir traversé le lit du fleuve, ainsi que le fait le cbapelet de collines qui porte le nom de Moio. Ces montagnes sont généralement composées de roches ignées ou métamorphiques : schiste argileux ou trapp, avec porcellanîte et zéolithe. Dans la partie centrale du pays, où il n'a été soulevé ni syénite, ni gneiss, la roche dominante parait être le grès grossier de couleur grise, que nous avoDs désigné sous le nom de grès de Tété. Cette roche y repose encore par granijes masses horizontales ou légèrement inclinées. Aux endroits où l'action vulcanienne a puissamment agi, ce grès a été dressé par l'éruption des roches ignées ; il s'est durci, ou bien fondu, au point de contact avec ces dernières ; et la houille, qui se trouve ailleurs sous la strate non tourmentée, a cristallisé on brûlé complètement. Ces roches pyrogènes forment souvent des dikes pareils & celui qui se déploie devant l'eiltrée occidentale de la gorge de Kariba, et qu'on appelle Nakabélé. Nous avons rencontré fréquemment, dans le voisinage des roches d'éruption, un tuf calcaire tendre, comme si après l'action da feu, des sources brûlantes avaient déposé la chaux qu'elles renfermaient.

11 est probable néanmoins qu'avant cette période éruptive, le grès dont nous parlons formait le bassin de grandes mers intérieures, dont les plages étaient couvertes des plantes qui ont composé la houille, etqui, à mesure que la terre s'est élevée, ont 'disparu pour faire place auxarbres silicifiés que nous voyons à la

1. La corne ilu buffle, d'un graia aaité, plus wlide que toute autre, a une épaisseur de deux centlmâlree, et une largeur ds trente centimètres i la base. ■ vingt coups d'une bonne hache, partis par un homme exercé, dit Oelegorgue, •offisent à peine pour la traocher. • (Wofe du Iraducuw.)

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surface du sol. Peut-être à une époque où il y eut affaissement du terrain, par suite d'une convulsion volcanique, ces arbres ont-ils élè submergés et soumis, par une haute température, i l'action d'une eau chargée de silice. Toujours est-il qu'un banc de houille, dont nous ignorons l'étendue, existe dans cette contrée, puisque le charbon apparaît prës de la lave, ou du basalte qui est la principale roche du district de la chute du Zambèse, et qu'on le retrouve jusqu'à l'est de Tété.

Enfin, nous l'avons vu dans la Rovouma, et toujours sous le grès de couleur grise, avec ce trait caractéristique des arbres silicifîés. La quantité de beau minerai de fer que l'on y rencontre, et l'existence de ce prodigieux lit de bouille présagent à cette région un avenir important. '

ikjtiitUt. Nous quittons le Zambëse à l'endroit où il traverse la goi^edeKariba, formée par une chatne de montagnes qui va du nord-est au sud-ouest. Près de l'extrémité supérieure des rapides du Kariba se trouve l'embouchure du Sanyati qui vient du sud, et qui, dit-on, arrose de ses sources les principaux Rraalsè bétail de Mosilikatsî.

L'extrémité nord des montagnes ayant été doublée, nous avons établi notre camp prës du village de Moloï. Cet homme généreux nous a donné deux pots de bière , deux volailles, trois énormes paniers de belle farine de soi^ho,eta reçu notre présent avec gratitude. U s'est levé, a fait quelques. gestes, appartenant à la danse, et nous a dit, ou plutôt chanté, cette parole : ■ Hotota I motota I motota I > que nos gens nous ont traflnite par un mot qui signifie je vous rends grâces. Il est allé, il y a quelques mois, faire une visite à Hosililc&tsi, et nous a raconté qu'il avait vu les missionnaires : «Ces hommes, a-t-il ajouté, demeurent dans des wagons; ils ont dit à Hosilikatsi qu'ils étaient de sa famille; qu'ils laboureraient la terre, et pourvoiraient à leurs propres besoins. Mosilikatsi a répondu : La terre est devant vous; j'irai vous voir et vous regarderai labourer. »

Telle est effectivement la substance de l'entretien qui eut lieu quand H. Hoffat présenta les missionnaires à son vieil ami. Le rapport de Holoï était donc exact ; et il prouve que la crainte de perdre leur territoire, en y admettant les étrangers, ne vient pas tout d'abord à l'esprit des indigènes. Au contraire,

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un chef qui a la bonne fortune d'en voir se fiier près de lui éveille plutôt l'envie des autres. Le ressentiment jaloux qu'inspire la présence de l'étranger est plus dans le caractère de l'Arabe que dans celui de l'Africain; et tout voyageur qui respecte les femmes n'a rien k craindre, excepté dans les tribus . qui font le commerce d'esclaves ; encore est-il bien rare qu'il y soit en péril.

On se figurerait que les païens, vivant dans une entière ignorance de la mécanique, doivent être û-appés d'admiration par les effets merveilleux des machines, ou par le spectacle imposant d'un vaisseau deguerre; ell'oncroirait que les prodiges de la science et de l'industrie modernes font naître chez eux l'étonnement, le respect mêlé de terreur que les miracles ont inspirés jadis; on aurait tort. Nous entendons bien les indigènes s'écrier, à la vue de ce que la science nous permet d'obtenir : ■ Vous êtes des dieox, non des hommes, ■ mais le cœur n'est /ipas touché'. Si l'on veut entreprendre leur amélioration. Usera plus facile d'arriver au but que l'on se propose en venant à eux dépourvu de tout ce qui peut exciter la crainte ou la convoitise. Les païens, qui ne connaissent pas la cupidité et la haine, développées trop souvent par le flot montant de l'émigration, prêtent mieux l'oreille au message du divin amour, quand il leur est apporté par des hommes qui partagent leur dénûment.

Nous voyons des troupes considérables de belles grues de Numidie. Les pintades sont toujours nombreuses; mais plus farouches, en raison de la guerre que leur font les indigènes, qui les tnent à coups de flèches, ou en leur jetant leurs massues, qu'ils lancent avec beaucoup de précision.

Hier le Mambo, ou chef de l'Ile Mochoué, a fait courir après nous; it voulait nous offrir an présent, et ■ entendre les pa-

1. C'Mt parce que ces prodigM, qu'ils itlribuent k une main divins, sool ea debore de leui exiilence, qu'ils en sont peu èmui. « Pour «ui, dit Darwin (et Bougiinvllle avait fait la infime remarque), un vaissean de guerre est de la nifinia espèce que les montagnes ; ils ne s'en préoccupent pfs plui que des ceuvres d« la nalura qui ae les aBectent pas directement, n Pour Sire ému d'une chose il Tant en MDlir la grandeur on l'utiliié. C'est pour cela que toui ce qui répond à leun besoins, Uut ce qui apaise leurs soulTiances on diminue leur effroi les touche prorondiment; les seuls Ibaumaturges dont les religions aient consacré les miracles sont les guérisseurs de malades, les exorcistes, ceui dont la voii commande i la tempfiie ou ressuscite les morls. {Note du iraducuur.)

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ET SES JiFFlAlBSTS. 209

rôles qui feront que te pays se reposera. > Nous nous sommes excusés de ne pas lui avoir fait de visite en disant que les étrangers ne savaient point oii ils passaient. Il nous proposa de nous adjoindre une députation qu'il veut envoyer à Sékélétou pour rétablir les bons rapports qui eut existé entre eux, et qu'une guerre récente a détruits. Nous lui avons répondu que nous ne savons pas si Sékélétou gouverne sagement, ou s'il écoute les vieux guerriers qui désirent lui voir suivre les traces de son père; et nous avons refusé sa proposition.

Le soir, comme nous étions campés en face de Itle, des gens se sont présentés pour jouer du marimba, avec accompagnement de bâtons frappant des cornes de buffle. Sachant que la musique monotone et la danse peu gracieuse de ces parages ne tardent pas à nous fatiguer, nos Hakololos ont renvoyé ces musiciens.

Depuis l'emboucbure du Eafoué, la rive gauche et les lies du Zambëse ont une population nombreuse. La rive droite, au contraire, bien qu'elle soit également fertile, est entièrement déserte. Mosilikatsi ne permet pas qu'on s'y établisse, afln qu'il n'y ait là personne qui puisse donner l'alarme quand il envoie ses guerriers faire une razzia au delà du fleuve.

A partir du village de Holoï, les habitants, quoique Batokas d'origine, sont appelés Bahoués et Ba Séléas. Les riverains de ta petite rivière du Losito se livrent en grand & l'extraction du sel, qui est pour eux l'objet d'un commerce important, et qu'ils vendent très-bon marché.

Nous traversons un pays fertile, couvert d'une forêt dépourvue de sous-bois, où nous accompagnent les Bahoués, dont nous recevons le meilleur accueil. Beaucoup d'entre eux sont appelés par leurs compatriotes Baenda pézî ou Va-lout-nu, parce qu'un badigeon d'ocre rouge forme leur unique vêtement. Quand nous nous arrêtons dans leurs villages ils nous saluent avec respect; les femmes nous adressent leur chant monotone et doux, et l'on nous régale de lUing, bière nouvelle, qui n'ayant pas encore fermenté n'est pas enivrante; on l'appelle aussi nuhhondi. Tous les hommes que nous voyons sont armés de lances massives; quelques-uns portent de grands boucliers en peau de buffle.

Les alentours des villages sont ordinairement déft'ichés et cultivés par place; mais on ne peut dire nulle part que le pays

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SIO LE ZAMBÈSE

soit populeux. On voit dans chaque bourg des eslrades sur lesquelles le sorgho eo épi est amoncelé. Quand il est battu, le grain est empaqueté avec de l'herbe, et ces paquets obloogs sont empilés dans des cadres de bois.

Nous avons traversé plusieurs petites rivières, telles qne la Mandera, la Loâa, la Manzaia, dont l'eau est saumAtre; le Rîmbé, le Chiboué, la Chésia, la Chiloa, où se voient des fragments de houille, simples ruisseaui qui ne font à peu près que nous servir de bornes milliaires.

L'Ile et le rapide de Naoliasalo, dont on nous avait parlé autrefois, n'ont aucune importance. Le rapide n'existe que d'un cAté de rtle, et a tout au plus huit cents yards de longueur. L'Ile de Kalouzi est l'un des nomlireux endroits où nous nous sommes arrêtés pour faire des observations astronomiques. Ud poète, qui nous accompagnait, nous a quittés à Mozia: Boân nous avons trouvé l'Ue de Mochénya; puis celle de Hpandé, à l'embouchure du Zoungoué, ou nous nous sommes éloignés du Zambèse.

Nous avons tâché de savoir si la nudité des BaendasPézis était le signe d'un ordre particulier; on nous a répondu que c'était leur habitude. Ils ont toujours aimé cela, sans pouvoir dire pourquoi. La pudeur semble chez eux complètement endormie ; rien n'a pu la réveiller, ni les rires, ni les bons mots qu'ils inspiraient & nos hommes. Il est évident qu'ils ne se sentaient pas plus indécents que nous tous ; mais quoi qu'on puisse dire en faveur de la nudité des statues, nous sommes frappés d'une chose : c'est que l'homme déshabillé est un animal très-laid. - Si l'on voyait les gens dégradés de nos basses classes dcms le même état, et sans la couleur noire qui produit l'effet d'une sorte de vêtement, il est probable que ce serait encore pis.

Dans leura querelles entre gens de la même bourgade, les Bahoués ont soin de ne pas tuer leurs adversaires ; mais de village à village. Us sont moins scrupuleux. On dit que les vainqueurs se partagent le corps de l'un des ennemis restés sur le champ de bataille, et accomplissent certains rites sur ces fragments. Les vaincus réclament une portion du même trépassé, accomplissent sur elle les mêmes cérémonies, et de plus se lamentent de la perte de leur camarade; après quoi la paix est conclue, et les deux partis peuvent se visiter sans crainte.

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Ooelquefois la tête du partagé est placée dans une fourmilière où elle demeure jusqu'à dissection complète. Celui quia tué l'individu prend alors la mâctioire inférieure et la porte en souvenir de sa victoire. Mais nous n'avons jamais vu cette pratique, dont te récit ne nous a été fait que par l'intermédiaire de notre interprète.

Ainsi qu'il a été dit plus haut, nous avons quitté le Zarabèse k l'embouchure du Zoungoué, qu'on appelle encore Hozama ou Delà. Démontant le cours de cette petite rivière, nous avons pris à l'ouest, puis ensuite au nord-ouest. Le lit sableux du Zoungoué dans cette saison est complètement à sec pendant les huit ou dix premiers milles. Des saules croissent néanmoins sur ses bords; l'eau commence bientôt à paraître dans les creux ; et l'on trouve à quelques milles plus loin une eau courante d'une fraîcheur délicieuse. Comme dans beaucoup de rivières, à partir de Ghicova jusqu'à Sinamané, le schiste et la houille se montrent dans la tranche de la berge; etl'onvoitçà et là de grosses racines de sligmaria, ou de plantes de la même famille.

Nous avons suivi le cours du Zoungoué jusqu'aux highlands des Batokas; et gravissant les pentes rapides et rocailleuses de ces montagnes, forméesde quartz rouge et blanc, nous nous sommes arrêtés à plus de trois mille pieds d'élévation. La fraîcheur de l'air, son action fortifiante, le bien-être physique et moral dont nous avons joui en cet endroit était quelque chose de délicieux; d'autant plus qu'en jetant ses regards dans la plaine on la voyait couverte d'une atmosphère épaisse , d'un éclat aveuglant , qui augmentait le prix de nos jouissances.

De ce point on a une vue magnifique de la vallée du Zambèse : comme une inmiense forêt parsemée de clairières, tant les parties cultivées sont peu de chose en comparaison du domaine sauvage.

29 Juillet. La nuit s'œt passée à une grande hauteur audessus de la mer, au bord du Tyotyo, près du Chirèbouéchina ou Tabachéou, noms qui signifient tous deux montagne blanche. Ce malin, le sol était couvert de givre , et il y avait une feuille de glace sur les étangs.

Côtoyant la pente méridionale du Tabachéou, noua avons bientôt passé des montagnes sur le vaste plateau du Mataba. Regardant en arrière, nous avons vu de l'autre côté de la vallée

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SIS LE ZAUBË8B

du Zambèse, à une distance de quelque trente milles, la grande chaîne' qui, au sud-est, vient du Hachona, se dirige au nordouest, pour rejoindre la rampe dont les chutes de Victoria forment l'angle, puis se détourne et va se perdre au nord-est.

Il y a seulement quelques années ces vastes highlands étaient peuplées de Batokas ; elles nourrissaient de nombreux troupeaux , et leur fertilité récompensait laidement le cultivateur. Aigourd'hui les zèbres, les antilopes et les buffles profitent seuls de ces gras pâturages ; et l'on ne voit plus un homme sur cette terre où il y avait des multitudes. Depuis mardi matin, jusqu'à samedi soir, allant du Tabachéou à Moachemba, qui n'est plus qu'à vingt et un milles des chutes, noua avons traversé constamment des villages en ruine et pas vu un seul individu.

Les Batokas ont été chassés de leur riche territoire par les invasions de Sébitouané et de Hosilikatsi. Plusieurs tribus de Béchuanas et de Basoutous, qui fuyaient devant les Matébélés, atteignirent le Zambèse au-dessus des chutes. Venant d'un pays où il n'y a pas de riviërei aucun d'eux ne savait nager. Une de ces tribus, celle des Bamangouatos, voulut traverser le fleuve, et demanda des pirogues à l'un des chef baiokas. Gelui-ci;donna l'ordre de passer les honmies et les femmes dans des canots distincts, et de les déposer dans des tles différentes, où les hommes furent condamnés à mourir de faim, tandis que les femmes étaient réduites en esclavage.

Sékomi, chef actuel des Bamangouatos, et qui alors n'était qu'un petit enfant, parvint à s'échapper, grâce à la pitié d'un Baloka. Cette action généreuse parait avoir fait sur lui une impression ineffaçable; car bien que d'une nature peu sensible, il ne manque jamais de s'enquérir de la prospérité de son bienfaiteur.

Arec son habileté ordinaire, Sébitouané déjoua les pKijels des traîtres, en insistant de la façon la plus polie pour avoir leur chef à ses cd lés, et en l'y conservant jusqu'à l'instant où le dernier de ses hommes et de ses bœufs furent déposés sur l'autre rive. Le passage terminé, il donna au chef plusieurs tâles de gros bétail, et les anneaux de ses propres épouses.

Une fois le Zambèse franchi, les Makololos, qu'on appelait alors Basoutos, se trouvaient en face de tous les Batokas. Aujourd'hui ils nous montrent avec orgueil l'endroit où, sur les bords du Lékoné, leur chef ayant groupé ses guerriers, mis derrière eux

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les enfants, les femmes et le bétail, résista, avec une poignée d'hommes, à l'attaque des hordes nombreuses qui l'entouraient.

Les fiatoltas prirent la fuite devant cette phalange aguerrie par des années de combat; et plus tard, Sébitouané justifiait les conquêtes qu'il avait faites chez eux, en disant qu'ils avaient attaqué un fugitif qui ne leur avait fait aucun mal.

Selon toute apparence, les Batokas n'ont jamais été une race guerrière. Il y a quelques jours, comme nous traversions leur pays , nos yeux tombèrent sur un grand cairn dont l'origine nous fut«xpliquée de la manière suivante par notre guide : ■ Une fois, nos ancêtres allaient pour se battre avec une tribu des environs; mais arrivés là, ils s'arrêtèrent; et s'étant assis, ils se mirent à délibérer. Après de longs discours, ils furent tous d'avis qu'au Heu d'aller tuer leurs voisins, et de se faire tuer euxmêmes, il serait plus sage d'élever un grand tas de pierres comme protestation contre le tort qui leur avait été fait; puis quand le tas de pierres fut achevé, ils revinrent tranquillement chez eux. ■

Des gens d'humeur aussi pacifique ne pouvaient pas résister à Sébitouané, encore moins aux Hatébélés, qui finirent par éloigner les Makololos. Toutefois , ayant voulu poursuivre ces derniers, les Matébélés furent vaincus à leur tour. Attirés dans une lie du Zambèse par des chèvres que Sébitouané y avait mises, ils ne surent pas en sortir; et, affaiblis par le jeûne, après qu'ils eurent mangé les chèvres , ils ne purent se défendre contre les Makololos, qui adoptèrent les femmes et les enfants. Une armée considérable et pourvue de canots ftjt alors envoyée par Mosilikatsi pour venger cette défaite; mais Sébitouané, ayantréuni tout son peuple et tout son bétail dans une lie, les défendît si bien que personne ne put en approctier. Démoralisés par cette tactique, affaiblis par la fièvre-et la faim, les Matébélés redescendirent près des chutes ; et de cette armée nombreuse, cinq hommes seulement retournèrent dans leur pays.

Hais si les Batokas n'ont jamais aimé la guerre, ce sont de braves chasseurs de bufUes et d'éléphants. Ils s'approchent sans crainte de ces animaux formidables, et les tuent à coups de lance. Les Banyaïs, qui pendant longtemps ont intimidé les traitants portugais, étaient stupéfaits de l'audace avec laquelle nos Batokas se jetaient sur l'éléphant. Ghisaka, un métis rebelle,

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814 LE ZAUBËSE

ayant autrefois engagé un corps de cette tribu, ravagea toutes les villas des environs de Tôté. Ces maraudeurs portaient le nom de Basimilongoués ; plusieurs de nos hommes ont trouvé parmi eui quelques-uns de leurs parents.

Sininyané et Matenga, deux des nôtres, firent également partie d'une expédition portugaise contre Mariano ; on les avait entraînés en leur disant que nous étions arrivés, et que nous les appelions à Senna. Mais ils prirent la fuite quand ils eurent découvert qu'on les avait trompés, et vu tuer à côté d'eux un officier, plus un grand nombre d'esclaves.

Les Batokas se sont élevés jusqu'à certains usages qui appartiennent à l'état civilisé- Ils cultivent les arbres fruitiers, et ceux -dont la graine est oléagineuse. Non-seulement nulle tribo voisine' n'a jamais planté ni les uns ni les autres, mais il n'en est pas qui s'abstienne d'abattre les arbres dont ils récoltent les fruits. Nous avons vu au contraire dans l'ancien pays des Balokas des vergers plantés en lignes, et oîi les arbres n'avaient pas moins de deux pieds de diamètre. Le grand Mosibé, qui porte une fève recouverte d'une [fellicule rouge, et qui, dit-on, engraisse ceux qui la mangent, y avait probablement passé deux cents élés. 11 a paru d'autant plus curieux à notre botaniste qu'il est allié à une espèce que l'on ne trouve qu'aux Indes occidental es. Nous avons rencontré là le Hotsikiri, qu'on appelle quelquefois Mafouta; il donne une sorte de graisse concrète, et une huile qui s'exporte d'inhambané.

On raconte que deux voyageurs batokas descendirent anciennement jusqu'à la Loangoua ; qu'ils y trouvèrent l'arbre au maçao , c'est-à-dire au jujube, et qu'ils en rapportèrent des noyaux jusqu'aux chutes du Zambèse, où ils ne manquèrent pas de les planter. On voit encore deux jujubiers en cet endroit, les seuls qui existent dans cette région.

Enfin les Batokas ont des cimetières permanents , établis à l'ombre des grands arbres touffus, ou sur le flanc des montagnes, qui alors deviennentsacrées. Ils révèrent les tombeaux de leurs ancêtres, en décorent le chevet en y plantant les plus grandes dents d'éléphant, et parfois les entourent du plus bel ivoire.

Quelques tribus jettent leurs morts dans la rivière pour qu'ils soient mangés par les crocodiles; ou bien les cousent dans des nattes, et les placent sur les branches d'un baobab. Il en est

d'autres qui les portent dans un lieu retiré, que défend une végétation épaisse, et où ils deviennent la proie des hyènes; mais les Batokas les enterrent respectueusement, et tiennent désormais pour sacré l'endroit où ils ont creusé leurs fosses.

Ainsi que toutes les tribus de cette contrée, les Batokas ont recours à l'épreuve du mouavi ; mais chez eus elle peut être subie par procuration, et un coq prend souvent la place du prétendu sorcier. Nous avons reçu, près de l'embouchure du Kafoué, la visite du Mambo, ou chef de l'endroit, qui venait nous apporter un présent. 11 voyageait avec quelques-uns de ses vassaux ; ses compagnons et lui avaient le front barbouillé de farine, et une gravité exceptionnelle se remarquait dans ]eur<t manières. Accusés de sortilège peu de temps avant notre passage, ils avaient accepté le jugement de Dieu, et se disposaient à boire le mouavi. C'était dans ce but qu'ils se rendaient à la montagne sacrée de Nchomokéla, où leurs ancêtres avaient reçu la sépulture. Après avoir adjuré les esprits invisibles de venir attester l'innocence de leurs enfants, ils avalèrent le poison; et l'ayant vomi, ils furent déclarés non coupables.

Il est évident qu'ils croient à la vie future; la persuasion que l'esprit du défunt sait parfaitement ce que font ceux qui lui survivent, et qu'il est satisfait ou irrité de leurs actes, est générale parmi eux. Le propriétaire d'un grand canot refusa de nous le vendre parce qu'il appartenait à l'esprit de son père , qui l'aidait à chasser l'hippopotame. Un autre, au moment où l'affaire allait être conclue, vit un gros serpent sur une branche, et retira sa parole, en disant que son père venait protester contre la vente du canot.

Il a fallu que certains chefs batokas fussent doués d'initiative. Le territoire de l'un d'eux, situé à la partie occidentale du pays, était défendu au sud par le Zambèse; à l'est et au nord par un marais impraticable, où il y avait de l'eau toute l'année. La frontière du couchant était la seule qui permit l'invasion sur une étendue d'un mille ; le chef conçut le projet de creuser un canal profond et large qui partirait du marécage, et aboutirait au Zambèse. Notre homme exécuta son plan et se trouva enfermé dans une lie, où ses bestiaux purent tondre l'herbe ea toute sécurité, et ses grains mûrir à l'abri des maraudeurs.

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Uq autre chef, mort il y a déjà longtemps, chercha le moyen de guérh- les boeurs et les vaches .piqués par la tsétsé, et crat l'avoir découvert. Moyara, son fils, nous a moiitré la plante dont il faisait usage (plante inconnue à notre botaniste), et nous a dit la manière de préparer la drt^ue. On prend J'écorce de la racine de cette plante, on y ^'oute (ce qui fera la joie des homœopathes) une douzaine de tsétsés qu'on a préalablement fait sécher, on pile ensemble l'écorce et les mouches, et on les réduit en poudre. Celle-ci est administrée à la béte, qui en outre est fumiguée par le reste de la plante qu'on lui brûle entre les jambes. Il faut continuer ce traitement jusqu'à ce que les derniers symptômes du mal aient disparu. Moyara nous a dit avec franchise que tous les bestiaux traités par ce moyen ne guérissaient pas; ■ car, a-t-il tgouté, il y a des animaui, ainsi que des hommes, qui meurent en dépit de toute médecine. Mais quand par malheur un troupeau a Été piqué par la tsétsé, le remède de mon père Kampa-Kampa sauve quelques-unes des bëtes; tandis que si on ne l'emploie pas, elles meurent toutes infailliblement. >

Avant de nous communiquer son moyen , il nous a fait promettre de ne le donner à personne, de ne pas même nous en servir tant que nous serons dans le pays; en cas de malheur, c'est lui qui doit soigner nos bœufs. Une fois au loin nous pourrons faire usage du remède ; puis en voyant la guérison , nous devrons penser à Moyara, et lui adresser un présent.

Dans tous les lieux où nous passons nos gens proclament que nous désirons que les tribus vivent en paix, et que nous ferons lous nos efforts pour queSékélétcu empêche ses sujets de faire des razzias chez leurs voisins. Les gens d'ici ont beaucoup soulTert de ces maraudes. A. tous les reproches qu'ils ont adressés à Moshobotouané, qui est leur compatriote, mais rallié à Sékélétou, celui-ci a toujours répondu : * Les Makololos m'ont donné une lance; pourquoi ne m'en servirais-je pas? ■ C'est lui qui , d'une vitesse remarquable, a servi de guide à Sêbitouané quand il a fait la conquête du pays.

Cette réputation de pacificateurs nous vaut partout une hospitalité généreuse. Depuis l'embouchure du Kafoué, nos gens vivent tous dans l'abondance. Les indigènes nous apportent leur plus belle farine ; ils y joignent des chapons gras, destinés à lui donner du goût ; d'énormes pots de bière et du tabac • pour nous

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r^ouir le cœur; puis des citrouilles et des fèves, pour que nous soyons rassasiés avant de nous endormir. ■

Il nous esl arrivé souvent, depuis le Kafoué jusqu'au Zoungoué, de passer en un jour anprès de plusieurs villages. Les habitants de ces bourgades nous envoyaient le soir des députations chargées d'aliments qui nous étaient offerts. ■ Ils ne pouvaient pas permettre à des étrangers de passer devant leur demeure sans rien prendre. > Il n'est pas rare qu'on nous hèle d'une case dont les gens nous aperçoivent; on nous prie d'attendre un instant, et l'on s'empresse de nous apporter de la bière.

Notre voyage ressemble à une marche triomphale; nous entrons dans les bourgades et nous en sortons au milieu des acclamations des villageois. Les hommes frappent dans leurs mains; les femmes nous saluent en chantant, et répètent de leurs voix aiguës : ■ La paix 1 la paix.! > ou bien : * Nous dormirons! •

Un jour que nous entrions dans un hameau d'oà l'on n'était pas venu à notre rencontre, notre guide appela les habitants : ■ Pourquoi , leur dit-il, ne battez-vous pas des mains, et ne saluez-vous pas quand il vous arrive des hommes qui vous apportent la paixî>

A la fin de la journée, c'est une chose commune de voir les gens du village venir travailler à notre camp. Les uns, armés de houe, aplanissent la terre; les autres vont chercher de l'herbe sèche, et retendent soigneusement où l'on mettra nos lits; tandis que leurs camarades abattent des buissons avec leurs petites haches, et nous en font rapidement une clôture pour nous abriter du vent. Si l'eau est un peu loin, ils vont nous en chercher, et profitent de l'occasion pour nous rapporter du bois.

Les Batokas ont la passion de l'agriculture. Nous avons trouvé près de leurs villages des séries ininterrompues de champs de sorgho d'une grande largeur, dont la traversée nous prenait des heures de marche. Nous voudrions déterminer d'une manière plus positive l'étendue de .ces champs; mais c'est impossible : le cadre où ils sont placés est tellement vaste que, dès l'instant où vous les voyez d'assez haut pour en saisir l'ensemble, ils se noient dans le paysage, et n'y forment plus que des mouchetures. Toutefois, relativement à la population, leur étendue fait le plus grand honneur i ceux qui les cultivent.

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LesBatokas ont de nombreuï greniers qui font paraître leurs villages plus considérables qu'ils ne le sont réellement. Quand les eaui du fleuve se sont retirées, ils emballent leur grain avec de l'herbe, qu'ils enveloppent d'une couche d'argile, et vont cacher ces ballots dans les Iles sableuses, afin de les protéger contre les attaques des souris et des hommes. Il leur est difficile de le conserver longtemps à cause des charançons ; et quelque abondante que soit la réco]t«, il faut tout consommer dans l'année. Cela explique l'énorme quantité de bière qui se brasse dans le pays.

La bière de ces Batokas n'a pas l'aigreur, ni les propriétés enivrantes de la boala ou du pombé qu'on fait en d'autres endroits; elle est douce, très- nutritive, et n'a que le degré d'acidité voulue pour être agréable. Tous les gens du pays sont potelés ; et bien qu'ils fassent copieusement usage de ce Uting ou bière douce, nous n'avons jamais vu un seul cas d'ivresse parmi eux.

Les hommes et les enfants recherchent avec ardeur l'occasion de gagner quelque chose, et travaillent pour le moindre salaire. Nos gens leur font porter leurs fardeaux pour quelques grains de verre par jour; et à ce prix-là ils en trouvent plus qu'ils n'en veulent. Notre ex-cuisinier, aussi avare que sale, avait un pantalon de matelot qui n'était pas neuf quand on le lui avait donné. Après s'en être servi jusqu'à le mettre en guenilles, il a loué un homme qui, pour une de ses jambières trouée8,lui a porté son lourd bagage du matin jusqu'au soir. Le lendemain, un autre porteur a fait le même travail poifr la seconde jambière ; et ce qui restait de la vieille culotte, sans les boutons, a payé la troisième corvée. '

Ainsi que dans les autres portions de l'humaine famille, des hommes d'une capacité remarquable ont surgi de temps en temps parmi les-Africains. Il s'en est trouvé dont la si^esse et les lumières ont excité l'admiration dévastes provinces ; d'antres qui, par la ventriloquie, par leur adresse à lancer le javelot ou à tirer de l'arc, ont fait l'étonnement de leurs compatriotes. Mais, en l'absence de toute espèce d'écriture, la notion des faits antérieurs s'est effacée , et l'expérience acquise n'a pas pu se transmettre aux générations nouvelles.

Eux aussi ont eu leurs bardes, ils en ont même encore ; mais

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la tradition ne conserve pas leurs épanchements. L'un de ces ménestrels, un véritable poëte, aulant que nous pouvons en juger, nous a suivis pendant plusieurs jours. Dans tous les endroits où nous avons fait halte, il a chanté nos louanges en des strophes faciles et harmonieuses, formées de vers blancs composés de cinq sjllabes. Tout d'abord le chant n'avait que quelques lignes ; mais chaque jour, l'auteur recueillant de nouveaux détails sur nous, allongeait son poËme ; et notre éloge a fini par devenir une ode d'une assez belle longueur. Quand la distance où il était de chez lui l'obhgea de nous quitter, il nous en exprima tous ses regrets ; et il retourna dans ses foyers, après avoir touché, bien entendu, le prix de ses louanges, non moins utiles qu'agréables.

Un autre enfant d'Apollon, moins bien doué il est vrai {encore un Batoka), fait partie de notre escorte. A la veillée, pendant que les autres jasent, font la cuisine ou dorment, il redit ses poëmes, ou il raconte tout ce qu'il a vu chez les blancs, et ce qu'il a remarqué sur la route II en résulte que tous les soirs quelque chant nouveau s'ajoute à son odyssée. L'improvisation d'ailleurs lui est facile : jamais il ne reste court ; si le mot lui échappe, il ne s'arrête pas pour cela, il remplit la mesure d'un son pWtîcolieT qui n'a pas de sWrë^ terts qui conserve le rhythme. En récitant ses poëmes, il s'acëompagne sur la sansa (c), instrument pourvu de neuf touches en fer, que l'on - frappe avec le pouce, tandis que les doigts en maintiennent la boite. La partie creuse et décorée fait face à l'artiste. Les gens qui ont le goût de la musique et ne sont pas assez riches pour acheter cet insti'ument, le remplacent, ou plutdt s'en font un avec de grosses tiges de sorgho dont ils forment la caisse^'ils fabriquent les touches avec des éclats de bambous. Le son est faible mais n'en parait pas moins ravir l'exécutant. Quand on ajoute à la sansa une calebasse, en guise de table d'harmonie (a), elle est naturellement plus sonore. On y met des fragments de coquille et des morceaux d'étain qui joignent leur cliquetis aux accords du virtuose ; enfin la calebasse est ornée, comme on peut le voir dans la gravure suivante (6).

En réfléchissant à la nudité qui a valu aux Baendas-Pézis le nom qu'ils portent, nous avions pensé qu'elle pouvait être le signe d'un ordre analogue k celui des Francs-maçons. Ce devait

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être une erreur; les Africains n*ont pas de société secrète. Il existe, il est vrai, dans l'Angola des espèces de frères que les Portugais désignent sous le nom d'Empacasseiros; mais cette association ne donne à ses membres que le droit de manger les uns chez les autres, quand l'occasion s'en présente. Pour y être admis, il faut avoir tué un empacasso (bulïle ou gnou), et l'avoir fait avec adresse. Cette condition est à peu près la même que celle qui est eiigèe pour entrer dans les bandes où les jeunes Makololos sont formés et circoncis. A partir de leur admission, tous les individus qui composent ces bandes sont entre eux sur le pied

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a, calebatsa servant de table d'harmonie ; b, extérieur de la calebasse décoré d'arabesques et de figures; c, sansa proprement dit.

d'une égalité parfaite; ils restent, soumis à la discipline du corps dont ils ont fait partie, et seraient punis dans le cas où ils feraient preuve de couardise'. D'après ce que nous avons vu dans cette région nous ne croyons pas que la franc-maçonnerie pût y produire aucun bien.

Un noble échantillon des Baendas-Pézis vint un jour nous voir, et gagna notre estime, bien qu'il n'eût pour tout vêtement que sa pipe dont le tuyau, de deux pieds de long, était entouré d'un fil de fer poli. Il nous apportait un présent qui té-

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