ROLE BU CARDINAL LAVIGERIE
Parmi les surprises que réservent au voyageur le désert, les forêts inpéné trahies, les sommets inaccessibles des montagnes, il en est une qui touche le cœur plus que toute autre, c'est la rencontre de vestiges chrétiens conservés depuis des siècles, loin de toute communication avec TÉglise, grâce à Topiniâtreté des cœurs adhérant à Jésus-Christ. En Chine, au Japon, en Amérique, en Algérie, les missionnaires eurent cette joie de se sentir vaguement attendus. Elle chantait encore dans la solitude Tespérance désolée qu'avait fait naître, et se perpétuer de génération en génération, un christianisme très ancien. C'est ainsi qu'au premier siècle de notre ère la semence de l'Évangile tomba sur le sol le plus fécond de la terre, sur le sol africain.
La foi carthaginoise porta des fruits à Tenvi de la foi roumaine, et s'étendit jusqu'à des contrées aujourd'hui sablonneuses et dépeuplées : le Credo fut chanté dans sept cents cathédrales. Il a bravé depuis toutes les invasions. En 297 Maximien Hercule, en 373 le comte Théodose avaient cru réduire les cinq tribus des Kabyles qui peut-être trouvaient mal fondée la prétention que César avait de se faire adorer. En 298 le centurion Marcel refusa l'encens à Maximien et fut mis à mort à Tanger, c'est dire assez que les armées romaines ne purent prévaloir sur le christianisme en Afrique. L'invasion des Yacidalcs, à la chute de Rome, déferla comme les grandes eaux : c'était la force et c'était l'hérésie ; ni Tune ni l'autre, ni la brutalité ni l'arianisme
n'eurent raison des croyances déjà victorieuses des tortionnaires romains. Ensuite le chamelier de Médine poussa ses hordes conquérantes là où Rome et les barbares s'étaient brisés. 11 put recouvrir la foi d'un burnous, d'un formalisme extérieur/ mais il ne put l'anéantir à fond. La croix où se résume toute la religion est, chez, les populations indigènes, comme ineffaçable : on la trouve tatouée sur les poitrines, écrite en lettres de sang au fond des mosquées, érigée sur les tombes et sur les portes. Les selles des chevaux, les poignées des glaives portèrent sous mille formes, pour les dissimuler et les afUnner tout ensemble, les insignes des croyances : la langue en conserva le vestige. Adonaï ne cessa point d'y être appelé de son nom, les anges du leur; des institutions comme la monogamie, le droit canonique, la confession sont des monuments dont l'origine n'est pas méconnaissable, et lorsqu'on demande aux Kabyles : pourquoi vos croix? ils répondent : ce sont des porte-bonheur ; si on leur demande pourquoi ces emblèmes sont d'un si heureux augure : parce que, répondent-ils, ils sont les signes de l'ancienne voie : le Sebaou change souvent son cours durant les crues de l'hiver, mais il finit par revenir à son ancien lit ; noua aussi nous pouvons revenir à notre ancienne voie. Au-dessus des invasions comme au-dessus des orages, les pics du Jurjura n'ont point cessé d'élever leur blancheur : l'Évangile et les aigles semblent y avoir conservé leur ancienne demeure, et plus d'un village aux tuiles rouges apparaît sur leur crête aiguë comme un asile du souvenir, de l'espérance et de la liberté. L'un de ces villages porte un nom qui résume toutes ces choses ensemble : il s'appelle le Crucifié. Tandis que la vieille foi fuyait les invasions de Terreur et de l'hérésie au sommet de ces monts, comme pour se rapprocher de son origine et se perdre dans les deux, elle se dispersait en même temps sur les routes du désert, et se réfugiait dans les oasis rocheux du Sahara. Le Touareg nomade garde encore mémoire des luttes qu'il soutint pour la défendre, il montre encore le puits de Zirara, où les outres s'enfonçaient sans pouvoir remonter, où les musulmans descendaient
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