‹ Explorations géologiques dans l'Amerique du Sud suivi de tableauxChapitre 16 sur 69 · C.Couny · texte numérisé non relu

C.Couny

e carUtgraphiqne des

de SsDtitgo ( Chili ) montrant \'( a l'Amérique du Sud,

Les dépôts tertiaires du Chili paraissent disparaître dans la direction Nord, car on n'y retrouve plus que des roches porphyriques et granulitiques ainsi que des subfossiles dont les espèces vivent encore actuellement dans la mer.

Au sud de Santiago, dans les environs du Lago del Maule, 3 6" 5', on peut voir des dépôts de silice pulvérulente à diatomées analogues à ceux d'Auvergne en France (situés à droite

''' <Geol(^ca] resulU ol ihe stndy oï the tertiary fauna of Florida i886-i9o3>, \fj William Healy Dali (extracted from ihe

Transactions aflhe Wagner free Instilate of Science, Philadelphîa , vol. III, part vi.

igoS).

GENERALITES GÉOLOGIQUES.

du chemin de Riom-ès-Montagne à la Bade, au lieu dit « Chadefau », section F de Lestret, et récemment découverts par un géologue langrois , M. A. Chareton-Ghaumeil). Cette randannite chilienne, quoique s'étendant sur un large espace, na que quelques centimètres d'épaisseur; elle est d'une couleur très blanche.

A Valparaiso, les fendillements et les crevasses des roches sont certainement dus aux effets des tremblements de terre si fréquents sur les côtes occidentales de l'Amérique du Sud^^^ dont la nature abrupte fait involontairement penser à un grand affaissement sur l'emplacement du grand Océan.

Les tremblements de terre auxquels on assiste à des intervalles inégaux ne modifient, en somme, que très peu les formes actuelles du relief sud-américain.

Il est donc permis de croire — et l'observation scientifique vient confirmer cette croyance — que le relief des montagnes, après s'être d'abord primitivement esquissé, a pris, au cours des périodes géologiques écoulées, la forme que nous lui voyons aujourd'hui. Les modifications successives se sont naturellement produites avec plus d'intensité dans les points les plus rapprochés des premières cassures, c'est-à-dire dans les zones déjà très disloquées.

De Valparaiso je m'embarquai pour Antofagasta. Après avoir passé devant Coquimbo, je me trouvai un peu plus au nord, vis-à-vis de la baie de Guayacan.

Pendant une courte escale, j'y recueillis des agglomérations

^'^ Le premier tremblement de terre relaté par les historiens de la région fut celui qui eut lieu le 8 février 1670. Celui-ci détruisit la cité florissante de Concepcion. Un grondement formidable avertit les habitants de sortir de leurs demeures , et , quelques instants après, le sol s'affaissa de telle sorte que TOcéan envahit remplacement des maisons. Une partie du Vieux

Penco fut recouvert par les eaux. Pendant plus de cinq mois , le sol continua à trembler et rOcéan à être agité. Les cours de diverses rivières furent détournés et les champs inondés. D*après le témoignage du Père Miguel Olivarès, plus de a, 000 personnes périrent et la cathédrale de Santiago tomba en ruines. (Cf. Historia de Chile, ms.)

de sable perforées par des pholades , ainsi que des détritus de coquilles actuelles agglutinées à un ciment gréseux.

Par Caldera, il eût été facile d'aller jusqu'à Copiapo. On m'y avait signalé la présence, au lycée, d'une masse météorique péridotique tombée aux environs, à Juncal. Copiapo ne se trouvant point sur notre itinéraire, je ne pus connaître cette localité, complètement détruite par un tremblement de terre extraordinaire dont la ville a été le théâtre, en 1819, et qui fut relaté en 1821 par un officier de la marine royale de la Grande-Bretagne, le capitaine Basil Hall*

Étant donnés les détails précis et circonstanciés fournis par cet officier, bien que ce phénomène soit un peu ancien , il ne me paraît pas sans intérêt de faire connaître le rapport du capitaine Basil Hall :

« Le 24 novembre 182 1, au moment de notre arrivée (à Copiapo), la maison de notre hôte, la seule qui n'eût pas été renversée, était remphe de crevasses et comme disloquée de la manière la plus extraordinaire. Elle était bâtie en bois recouvert de mortier. Les principales pièces de charpente, étant enfoncées profondément dans le sol, étaient restées droites; le soulèvement de la terre avait bien pu en détacher les parties, mais non les démolir; il lui avait laissé l'apparence de la destruction dont elle conservait encore les traces. Sur la place, toutes les maisons avaient été renversées, excepté celle que nous habitions et une petite chapelle. Les murs s'étaient écroulés dans tous les sens, les uns en dedans, les autres en dehors : c'était un tableau de ruines tout à la fois singulier et affligeant. Au premier coup d'oeil , il était facile de reconnaître que c'était non pas le travail des ans qui avait causé ce désastre, mais une cause soudaine, générale et rapide dans ses effets. Dans un climat où il ne pleut jamais, les traces du temps sont légères; il est donc probable que ces ruines étaient à peu près dans le même état qu'au jour de la catastrophe, qui remontait à deux années et demie. Les murs avaient de trois à quatre pieds d'épaisseur et quelques-

16 GÉNÉRALITÉS GEOLOGIQUES.

uns plus de douze pieds de haut, tous faits en larges briques plates, séchées au soleil; nous pensions, comme on le peut supposer, quils auraient dû résister même à une secousse de tremblement de terre; et cependant, malgré leur solidité, ils semblent avoir été renversés aussi facilement qu un château de cartes. . . Plusieurs maisons avaient éprouvé un ébranlement si terrible, qu'aucune brique n'avait conservé sa première place; les murs de quelques-unes avaient résisté, mais ils étaient restés tellement inclinés , qu en passant auprès nous ne pûmes maîtriser un mouvement d'efiFroi , car il n'y avait pas un seul mur qui ne penchât plus ou moins. Dans certains endroits, les arcs-boutants avaient succombé et le mur était resté debout; dans d'autres, les arcs-boutants avaient été séparés des murs et rejetés dans une direction opposée. La grande église, appelée La Merced , s'était écroulée le 4 avril 1819, le lendemain du tremblement de terre, sept jours avant la grande secousse qui avait détruit la ville. Les murs latéraux et une partie de l'une des extrémités sont encore debout, mais dans un état complet de délabrement, et sillonnés de fentes depuis le haut jusqu'en bas. Chose assez remarquable, les arcs-boutants qui avaient le plus de force et de largeur ont presque tous été jetés à terre. Îj'uu d'eux, qui avait opposé le plus de résistance, s'était tout à fait détaché du bâtiment qu'il était destiné à soutenir; sa base touchait encore à l'édifice , et son sommet en était éloigné d'un yard et demi. Il paraît, d'après ces observations, et c'est ce qui aurait dû être prévu par l'architecte, que ces arcs-boutants ne contribuent en rien à la stabilité des murs exposés aux secousses d'un tremblement de terre; leur véritable objet est de résister aux secousses latérales extérieures et non à agir contre un mouvement de vibration du terrain sur lequel ils sont placés. »

Je souligne ici cette expression mouvement de vibration du terrain, car elle met très heureusement en valeur le phénomène sismique. Le tremblement de terre semble si bien se propager à la façon des ondes sonores , que , sur une même ligne ébranlée ,

GENERALITES GÉOLOGIQUES. 17

certains points sont indemnes , alors que d'autres sont affectés ^ et Ton ne saurait plus à propos citer le cas de ces ouvriers de Caracoles (Chili) qui, travaillant dans des galeries de mines, n'ont même pas soupçonné les secousses sismiques qui se faisaient vivement sentir à la surface du sol.

Au delà de la baie de Guayacan et de Copiapo, je longeai le désert d'Atacama jusqu'à Antofagasta.

Antofagasta, aS^'SS' de latitude Sud et 70° il\ Z^ longitude Ouest de Greenwich, est aujourd'hui un petit port du Chili assez important; la ville, construite en damier comme la plupart des villes américaines, est en majeure partie bâtie avec des matériaux légers tels que le bois, en raison de l'instabilité de la côte chilienne au pied de la cordillère de la Côte ou petite Cordillère (Cordillera de la Costa). Celle-ci, autant que j'ai pu m'en rendre compte à Antofagasta , est constituée par des porphyres feldspathiques rougeàtres amygdalaires , traversés par des filons cuivreux inexploitables en raison de leur pauvreté en minerai.

Pendant les sept jours que je séjournai à Antofagasta (du 1 1 au 17 mai de 1908), je ne manquai point d'examiner non seulement la constitution du sol, mais encore l'état du ciel. Je pus voir là les plus beaux couchers de soleil que j'eus jamais l'occasion de voir au cours de mon voyage. D'Antofagasta je pénétrai directement par Portezuelo dans le désert d'Atacama.

LE DÉSERT D'ATACAMA.

On désigne généralement sous le nom de désert d'Atacama la région qui borde la côte du Pacifique et qui est comprise entre les 21% 22% 28% 2 4''et 26* degrés de latitude Sud. L'absence totale de végétation et la constitution montagneuse de la région du désert donnent au voyageur l'illusion qu'il foule une planète morte. Ici et là, il rencontre des montagnes ou cerros, de composition franchement granulitique et dans presque toute

IMI'RllILK.E MriOlALB.

l'étendue aride de TAtacama, il n'entend d'autre bruit que le grincement occasionné par le sabot de son cheval sur le sol nitreux.

Une note, qui n'est pas à mon avis la moins originale à relater, est le manque de pluies dans le désert d'Atacama. En a-t-il toujours été ainsi? La présence d'anciens et nombreux lits de rivières aujourd'hui desséchés et de creusements torrentiels dans la province d'Atacama sont des preuves indiscutables d'une modification dans le système météorologique du désert.

Le changement climatérique ne doit pas remonter au delà de la période pleistocène, en raison de ce qu'aucun dépôt géologique n'est venu recouvrir la surface du sol.

Comment maintenant expliquer la cause de la disparition complète des pluies dans ces parages ? Comme les nuages ont besoin d'être saturés en un point de l'atmosphère pour se résoudre en pluie, il est permis de se demander si la condensation de vapeurs qui existe dans le désert d'Atacama n'est pas contrariée dans sa saturation par des courants éoliens.

Il est donné à ce propos l'explication suivante : « Le courant marin, venant du pôle antarctique et qui ne commence à se réchauffer que sur les côtes du Pérou , est accompagné , dans les régions élevées de l'atmosphère, d'un courant aérien originairement de même direction , mais que la rotation de la Terre a transformé en alise avec direction dominante du Sud-Est au Nord-Ouest. Il en résulte que , pendant leur traversée des plaines argentines et en s'élevant au-dessus de 4i000 mètres pour franchir la Cordillère , ces vents, à partir d'une certaine latitude, So** (Coquimbo) , n'abordent le versant Pacifique qu'après avoir perdu, sous forme de neige ou de pluie, la majeure partie de leur eau, puis se réchauffent en descendant, et, s'éloignant de la saturation , n'amènent pas de précipitation ultérieure. »

Actuellement le Rio Loa^'^ forme à lui seul le centre hydro-

^'^ Le Rio Loa se jette dans Tocéan Pacifique entre Punta Arenas et Chipana.

graphique de la province d'Atacama. Après avoir eu un débit considérable, ce rio coule maintenant à une profondeur de io5 mètres à partir de 3,020 mètres, cote prise au sommet de ses anciennes rives à Conchi. Ses principaux affluents sont les rios San Salvador, Salado et San Pedro.

Je citerai encore le Rio Grande, cours d'eau intérieur grossi par les eaux des rios San Bartolo et Vilama, lequel va aboutir dans la Salar de Atacama, en plein désert d'Atacama.

Le seul endroit du désert où croît un peu de végétation est Calama; aussi lui donne-t-on pompeusement le nom d'oasis. Celle-ci consiste principalement en luzernières et en quelques arbres entretenus par les dérivations des eaux du Rio Loa.

Dans le désert d' Atacama, Tair est si sec qu'une feuille de papier même épaisse se brise si elle a été préalablement pliée. C'est ainsi que j'éprouvai les plus grandes difficultés à envelopper mes échantillons avec les vieux journaux que j'avais emportés avec moi. Ceux-ci, la plupart du temps, se réduisaient en menus morceaux. Semblablement la barbe elle-même devient dure et les ongles très cassants sous l'effet de la sécheresse.

A Calama (2,266 mètres d'altitude) on n'éprouve généralement pas le mal de montagne ou soroche ^^K Ce mal ne se fait sentir habituellement qu'au delà de 3, 000 mètres d'altitude. Il se traduit par de la congestion faciale accompagnée de nausées qui vous enlèvent toute idée de prendre aucune nourriture.

Certains voyageurs m'ont assuré avoir éprouvé une sorte d'étouffement nerveux. Personnellement, j'ai connu au cours de mes ascensions les nausées, l'angoisse et le serrement de tête.

Cette absence du mal des montagnes fait que, pour ma traversée du désert d' Atacama, de Pampa Central à Calama, j'ai pu monter des petits chevaux chiliens que le directeur de la Compagnie des nitrates de soude du Chili, M. Isaac Arce, a si obligeamment mis à ma disposition. Aussi je suis heureux

^^) Le terme pana, synonyme du mot teanx boliviens pour désigner le mal des soroche, est le seul usité sur les hauts pla- montagnes.

de saisir roccàsion de lui adresser ici mes plus vifs remerciements.

A partir de Calama et même plus au Nord (Chili), ainsi que sur tout le territoire bolivien, on fait uniquement usage de mules dont la résistance au mal des montagnes est bien connue des habitants des hauts plateaux. La mule, en effet, même souffrant de la puna, si Ton s'en rapporte aux sons rauques qu'elle fait entendre à chaque pas, continue à porter de lourds fardeaux et à vivre encore un long temps, jusqu'au moment où, d'une manière improviste, elle tombe à terre pour ne plus se relever.

Ces considérations m'amènent à relater qu'on ne se préoccupe nullement d'enterrer les mules qui meurent subitement en cours de route. J'ai été moi-même très frappé, en parcourant le désert d'Atacama, de constater qu'il était jonché de cadavres de mules. Ces cadavres, loin de se putréfier, se dessèchent très rapidement, de sorte qu'il n'y a aucun inconvénient à ne point les enfouir dans la terre. Je n'ai, au reste, constaté aucun insecte ni autour, ni sur les cadavres des animaux.

On s'explique dès lors aisément l'état de momification naturelle dans lequel on retrouve aujourd'hui les corps des Indiens qui ont autrefois vécu dans le désert d'Atacama.

M. E. Sénéchal de La Grange a très heureusement mis à jour autour de Calama une nécropole préhispanîque qui lui a fourni non seulement des momies, mais encore un mobilier funéraire du plus haut intérêt pour leur histoire; je mentionnerai, à titre d'indication, des instruments aratoires en bois, des paniers en sparterie, des tissus, des calebasses gravées, etc., tous objets extrêmement délicats et putrescibles.

M. de La Grange a en outre exhumé, des tombes indiennes de Calama, du charcjui^^^ ou viande de mouton séchée au soleil. A la suite d'une cuisson prolongée, je suis parvenu à rendre à

^^^ Les Indiens actuels de Bolivia et de la partie nord de l'Argentine sont très friands du charqui.

un petit fragment de ce charqui son élasticité musculaire. Cest assez dire dans quel excellent état de conservation il a été rencontré.

L'absence des pluies surtout et aussi la raréfaction de Fair contribuent peut-être à préserver d'une destruction rapide les corps enfouis dans la terre. Quoi qu'il en soit, le fait par luimême mérite d'être mentionné.

Je ne crois point non plus me tromper en avançant que Calama a dû être autrefois un des coins les plus fréquentés de tout l'Atacama. Les importantes nécropoles de Galama, en partie fouillées par M. de La Grange, et celles de Chiu-Chiu en sont les meilleures preuves. La disparition complète ou le déplacement continu des centres d'habitations est une loi assez constante, non seulement en Amérique mais sur toute la surface de la terre en général.

C'est ainsi que les tombes ou chullpas du CerroMuleros (environs de Cobrizos) et les fonds de cabane du Cerro Relave (province de Sur Lipez), que j'ai moi-même découverts en Bolivie, sont aujourd'hui dans des points complètement isolés de toute habitation indienne.

Est-ce à dire que la population indienne est moins dense à l'heure actuelle qu'elle ne l'a été autrefois? C'est possible , mais ce n'est pas démontré.

Je serais tout disposé à croire non à l'extinction totale des Indiens dans les régions de Bolivie aujourd'hui inhabitées, mais à leur migration pour des raisons diverses '*l

Si Calama est encore un lieu très habité, c'est grâce à sa situation hydrographique tout à fait exceptionnelle. Il est à peu près certain que, bien avant l'arrivée de Christophe Colomb en Amérique du Sud , des cours d'eau sillonnaient cette localité comme en témoigne l'épaisseur considérable de tufs d'origine chimique qui s'y sont déposés.

^^^ La localité de « Pastos Grandes ■ , dans la Puna d'Aiamaca , est exceptionnellement connue pour la stérilité féminine.

Calama était probablement peuplé par ces tribus Changos ou Atacamenos que Sir Cléments Markham a rencontrées à . Cobija.

Les Changos ^^^ habitaient T Atacama , vivaient du produit de leur pêche et parlaient une langue très différente de celle des Quechuas et des Aymaras, mais fort analogue à celle des Araucans. L'oasis de Calama existait alors à peu près telle qu elle est aujourd'hui, car, au delà de cette dernière dans la direction de Montezuma et de Sierra Gorda, des amas de sulfate de chaux et des exsudations nitreuses, loin de favoriser la végétation, ont dû, pour cause de saturation, l'empêcher de se faire jour.

Cependant, d'après Roch, Latrille, certaines zones situées à l'est de Calama ont dû être très fertiles, comme celle, par exemple, qui s'étend de Chacance à la Soledad. Dans cette région, des amas de sable ont enfoui en grande quantité des gros troncs d'arbre dont la présence révèle l'existence d'antiques forêts. Ces troncs d'arbre, nommés tamarugos et qui ont donné le nom à la pampa Tamarugal , sont tout imprégnés de chlorure de sodium.

Les tamaragos ont déjà fait l'objet d'une exploitation spéciale, car ils constituent, paraît-il, un excellent combustible.

Dans le désert d'Atacama, lorsque le sol commence à être échauffé par les rayons du soleil , l'illusion de se trouver en face d'un immense lac dont les limites semblent s'éloigner au fur et à mesure qu'on s'en approche, est fréquente. Ce phénomène de mirage est non seulement visible à la station de Central dans les pampas nitreuses, mais encore à Uyuni dans les pampas saUnes. Je me rappelle encore cet assez curieux effet de mirage que j'ai observé dans l'Atacama, aux alentours de Pampa Central. Comme la Compagnie des nitrates du Chili emprunte pour

^') On a retrouvé les traces de ces tri- gos. Les cimetières de la Chimba et de

bus sur la côte chilienne de Taltal à To- Juan Lopez, près du Morro Moreno, sont,

copilla. A Copaca notamment, il existait parait-il, ceux des Changos. autrefois une station importante de Chan-

ses besoins journaliers la ligne du chemin de fer d'Antofagasta à Oruro, afin d'y placer ses wagons à voile, j'éprouvai un beau matin la sensation factice de voir au loin devant moi un voilier sur les eaux.

Ces effets de mirage, quoique très curieux, n'en sont pas moins une source de réels dangers pour le voyageur. Aussi ne saurait-on trop s'entourer d'infinies précautions pour opérer ses tournées d'exploration. Il me souvient, en me rendant de Julaca à Colcha, dans la province de Nor Lipez, alors que j'avançais péniblement à travers des pampas arides de borate de chaux, d'avoir eu, en raison du mirage, l'indécision de la direction que j'avais parfaitement établie.

Pour revenir au désert d'Atacama, au point de vue de sa géologie, je dirai tout d'abord que, loin d'être plate, cette région est traversée par des montagnes ou cerros^^^ à versants doux constitués par de la granulite. La plus grande partie des roches consiste en granulites et en porphyres.

Quelques filons cuivreux, assez pauvres du reste, coupent des granulites comme aux environs immédiats des cerros de Pampa Cienfuegos (Atacama).

A Caracoles, les principaux filons d'argent sont au contact des roches éruptives et des roches sédimentaires du jurassique supérieur ^^\ Les sédiments d'âge callovien d'après la faune ont deux colorations distinctes. C'est d'abord un calcaire gris-noiràtre fissile très fossilifère , à céphalopodes nombreux , puis un calcaire jaunâtre assez compact dans lequel je n'ai rencontré que des lingules , entre autres Lingula Plagemanni Môricke.

Pas plus à Caracoles que dans les autres parties du désert d'Atacama, il n'existe de flore. Le village de Caracoles se trouve actuellement infesté par des hordes de rats.

^^^ On emploie fréquemment aussi, au ^'^ Ce contact a profondément modifié

Chili, le terme morro pour désigner des et altéré la struclure des roches sédimencoilines. 1 aires.

Caracoles se dépeuple lentement, caries mines d'argent qui faisaient vivre autrefois une population nombreuse sont abandonnées à l'heure actuelle. Ce sont les exploitations de nitrates de soude et de borates de chaux, ce sont les extractions de veines d'étain, de cuivre, de wolfram et de blende qui ont cédé le pas à l'argent.

La richesse de l'Atacama réside maintenant en la présence de couches très étendues de nitrate de soude, et dont on est loin d'avoir délimité toute la superficie ; elles s'étendent presque sans interruption du 2 3* au 2 5*^ parallèle de latitude Sud.

Les méthodes pour constater la valeur des nitrates étant assez comphquées, je crois bon de citer le procédé pratique qui consiste à mettre de l'amadou allumé en présence d'un fragment de nitrate; si ce dernier décrépite fortement, on peut être à peu près sûr de sa bonne qualité. Seulement, au point de vue pratique, les nitrates les plus avantageux ne sont pas toujours ceux qui sont les plus purs. Ceux qui sont au contraire mélangés de terre se dissolvent avec une plus grande facilité.

Pendant longtemps, on a cru que la province de Tarapaca était la seule qui pût fournir une quantité suffisante de nitrate, mais, depuis que la consommation en a élevé le prix, des chercheurs ont trouvé dans l'Atacama des dépôts de nitrate tout semblables à ceux de Tarapaca , et sur une étendue si considérable, que leur exploitation est aujourd'hui une des sources de richesses les plus grandes du Chih.

On ne peut guère parler du désert d'Atacama sans mentionner les principales localités où furent rencontrées des météorites.

C'est Imilac, c'est Quillagua (d'après F. Latrille), c'est Mejillones, c'est Taltal, etc. Le Muséum de Paris est redevable à I. Domeyko de la plupart des météorites chiliennes qui composent la collection nationale.

Les météorites d'Imilac ou d'Heymilak sont les plus connues,

car elles ont été les plus étudiées '^l Elles étaient, a-t-on dit, transportées du désert au port de Cobîja pour servir à ferrer les mules. Cest une masse de fer nickélifère, au milieu de laquelle sont disséminés des noyaux d'olivine plus ou moins altérée.

Il reste encore, m'a affirmé M. José Cerruti, des météorites auprès d'Imilac. Ignace Domeyko a rapporté que ce n est que depuis le voyage de Philippi, en 1869, qu'on a été véritablement fixé sur l'emplacement où se rencontraient les météorites. Imilac est situé à 4o lieues au sud de San Pedro de Atacama. En arrivant à l'endroit où se trouvaient les météorites, à une lieue d'Imilac, Philippi remarqua, outre les excavations d'où avaient sans doute été extraites les masses plus grosses, une quantité de petits fragments ne pesant pas plus de 1 à 2 décigrammes et répartis sur une longueur variant de 60 à 80 pas.

A Antofagasta, j'ai vu entre les mains d'un commerçant un joli fer météorique d'une vingtaine de kilogrammes, dont je n'ai pu exactement connaître la provenance. J'ai dû renoncer à en faire l'acquisition , étant donnée la valeur excessive attachée à ce fer. Plusieurs météorites trouvées dans le désert d' Atacama sont, paraît-il, en la possession d'un minéralogiste de Valparaiso, M. Edward Jackson.

Pendant mon voyage à travers le désert d' Atacama, je n'ai point ramassé de météorites, bien que je me sois porté plusieurs fois en des lieux où l'on m'a assuré en avoir trouvé.

Le relief du désert m'a beaucoup intéressé par son uniformité orogénique : des bandes montagneuses, courant du nord au sud et parallèles entre elles, sillonnent la région de l'Ata-

t') Parmi les météorites représentées dans la collection d*liistoire naturelle du British Muséum de Londres, je trouve celles de Mount Hicks, Mantos Blancos, à environ io milles d'Antofagasta ; de Serrania de Varas; de Cachiyuyal, dllimaë, de Mercedîtas, de Juncai, de Pu-

quios, de Lllano del Inca, de Dona Inez, de Carcote, de Vaca Muerta, Sierra de Chaco (Mejillones, Jarquera ou Janacera).

En ajoutant à cette liste le Joël Iron et la Lutschaunig Stone, on a le bilan à peu près complet des météorites rencontrées jusqn*à ce jour dans T Atacama.

26 GENERALITES GEOLOGIQUES.

cama d'un bout à l'autre. Ces chaînes montagneuses ont été très dénudées et offrent à la vue des formes de dôme. Nul doute que les eaux météoriques n'aient arrondi les sommets abrupts en les démolissant peu à peu. Jai observé très nettement qu'un autre agent de destruction agissait sur les roches granitoïdes du désert. Je veux parler de fair lui-même.

Ainsi les roches, soumises alternativement aux effets du chaud et du froid, se fendillent et s'écaillent par retrait; les zones feldspathiques, elles, se transforment par la même cause en kaohn. Les rognons calcédonieux qui accompagnent les porphyres restent à la surface du sol, en subissant une désagrégation lente due aux grains de sable projetés par le vent. Ce phénomène externe contribue certainement à donner aux fragments de roches précitées un aspect lustré et une forme tuberculeuse.

L'âge des masses rocheuses qui composent toute l'étendue du désert est loin d'être le même. Les roches les plus anciennes s'étagent le long de la Cordillère côtière, puis viennent des roches porphyritiques moins anciennes, auxquelles succèdent des trachytes et des ponces ainsi que des roches d'injection sur les points élevés de la Cordillère proprement dite '^^

Les formations calcaires jurassiques s'avancent jusque sur la Cordillère de la Côte, comme à Caldera (étage sinémurien); plus au nord, à Caracoles, on retrouve le jurassique supérieur (étage callovien).

Des formations lacustres assez récentes recouvrent directement les andésites de la région de San Pedro, lesquelles sont recouvertes de matériaux détritiques amenés par les vents.

La disposition des terrains du désert d'Atacama a été particulièrement favorable à l'établissement de la voie ferrée, car il n'y a pas eu pour ainsi dire de terrassements à faire. Le voya-

^^^ &)rame Tavait déjà apprécié Wendt, sud -est du plateau de Bolivia doivent d'utie façon si nette, les porphyres des être rangés parmi les dacites et les rhyoauteurs anciens étages dans les zones lites.

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traverses.

GÉNÉRALITÉS GEOLOGIQUES. 27

geur parvient insensiblement de 3 m. 4 o (altitude prise à la station d'Antofagasta) jusqu'à Calama (2,266 mètres d'altitude); il traverse des roches' pulvérisées qui ont dû être de la plus grande utilité pour exécuter les remblais.

A partir de Calama, la ligne atteint son maximum d'altitude à Ascotan (3,955 mètres) , si Ton en excepte toutefois le tronçon sinueux de voie ferrée Uyuni-Pulacayo où le point le plus élevé est 4i 1 52 mètres. D'Uyuni à Oruro, il n'y a plus d'accidents de terrain ; le chemin de fer côtoie la lagune saline d'Uyuni à une altitude variant entre 3,700 et 3, 800 mètres. Le profil schématique de la ligne Antofagasta-Oruro-Uyuni-Pulacayo indiquera, d'une manière plus frappante que ne le pourrait faire une longue description, les formes actuelles du relief du haut plateau bolivien.

Les roches stratifiées du désert d'Atacama ont une certaine allure , ou mieux une sorte de parallélisme très caractéristique qui tranche avec les roches éruptives à texture granitoïde formant saillie.

Alluro d«* terp»in« •édiment aires suprajurassique* du désert d'Atacama

A la surface du sol, sur d'immenses étendues entre Pampa Neptune et au delà de la Laguna Blanca (environs de Pampa Central), se trouvent répandues de nombreuses calcédoines, les unes colorées, les autres blanches à reflets opalins, provenant des amygdaloïdes et dont la joaillerie pourrait tirer un excellent parti en raison de leur aspect chatoyant au polissage.

«Dans certaines roches amygdaloïdes, dit M. A. Daubrée, dans son ouvrage sur Les eaux souterraines aux époques anciennes, l'acide silicique ne s'est pas déposé à l'état anhydre ou de quartz, mais à l'état d'hydrate, c'est-à-dire d'opale. Parmi les localités

28 GENERALITES GEOLOGIQUES.

OÙ se rencontre Topale, on peut rappeler le Siebengebirge ou Massif des Sept-Montagnes, auprès de Bonn, au-dessus de la plaine du Rhin et l'Ecosse (Dumbarton)/»

On peut citer le désert d'Atacama comme pouvant fournir des agates et des opales. Il est d'ailleurs aisé de constater la présence de porphyres amygdalaires le long de la Cordillère de la Côte, d'Antofagasta à la baie de la Chimba, par exemple.

J'ai aussi rencontré des amygdalaires sur le haut plateau bolivien, au Cerro Huanco près de Huancane, où ils accompagnent des trachytes. Il m'a été remis à San Pablo, dans la province Sur Lipez, comme provenant de Ovejeria, canton de (îuadalupe, des géodes de couleur verte à base d'alumine et de protoxyde de fer tapissées de quartz améthyste- Mais, pour revenir à notre désert d'Atacama, après avoir vu des sources séléniteuses à Calama, j'atteignis la région des volcans près de San Pedro, où se voient des andésites rougeàtres.

Quelques habitations en terre , bâties le long de la ligne du chemin de fer, ont été disloquées à la suite d'une secousse sismique survenue le 26 mai 1901 au San Pedro.

Cette région de San Pedro est la seule après Calama où la végétation est apparente; celle-ci existe surtout à la base du volcan San Pedro et consiste en yareta ou llareta [Bolex glebaria)^ plante très utilisée au Chili comme bois de chauffage avec le (jueha, arbuste du genre Polylepis, et qui croît en abondance à OUague, frontière actuelle du Chili et de la Bolivie.

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