CORO CORO
Coro Coro (4,o5o mètres) et ses environs sont extrêmement riches en cuivre. Celui-ci se présente à l'état natif dans une gangue gréseuse assez facile à extraire. Une grande faille, dont la direction exacte est S. S. 0. -N. N. E. , divise la zone métallifère en deux parties.
Comme à Cobrizos, on trouve à Coro Coro non seulement du cuivre natif, mais encore du minerai noirâtre dû à la présence de l'arseniate de cuivre.
On rapporte généralement à l'étage permien les grès rouges de Coro Coro, parce qu'on assimile leur formation à celle des schistes bitumineux cuprifères de Saxe.
Le vanadium , V^ 0^, entrant dans la composition chimique du minerai de Coro Coro, permet de synchroniser la formation bolivienne avec celle de la Thuringe.
C'est, comme on le voit, une assimilation à grande distance, mais qui n'en a pas moins une certaine valeur, étant donné que le terrain houiller est immédiatement au-dessous des sédiments de Coro Coro. Il est facile de suivre l'étendue de ce terrain permien au delà du rio Desaguadero jusqu'à son embouchure dans le lac Titicaca.
6BOLOGIE. 8
IHI'HIHEHIK RATIOSALK.
Le cuivre natif de Coro Coro est, pour ainsi dire, pur; il a des formes dendritiques très belles, comme celui de Cobrizos. 11 n'est pas rare de rencontrer superficiellement sur le cuivre un léger dépôt d'argent qui ne laisse aucun doute sur la manière galvanoplastique dont le métal s'est déposé.
Grande faille de Coro Coro
Il n'existe pas de filons proprement dits dans les mines de cuivre de Coro Coro. Le cuivre natif se trouve disséminé irrégulièrement dans les masses de grès rouge plus ou moins argileuses.
Un accident minéraiogique des plus curieux est la formation de cristaux épigènes de cuivre natif. Le cuivre a plus ou moins pris la place des cristaux d'aragonile , sans modifier le système de cristallisation.
C'est donc bien à une véritable épigénie qu'on a afiaire ici. Les cristaux d'aragonite de Coro Coro présentent des degrés différents de transformation. Leur minéralisation par substitution est plus ou moins complète. La forme des cristaux est un prisme droit à angles rentrants et à stries sur les faces latérales. Les cristaux d'aragonite qui ne se sont pas épigénisés sont de la couleur de leur gangue argileuse, c'est-à-dire brun rougeâtre; leur cassure est esquilleuse, ils sont à peine trans-
lucides et point du tout homogènes; ils contiennent une quantité variable de manganèse, comme on peut le constater avec des réactifs.
Au reste, ces cristaux épigènes ayant fait Tobjet d*une note intéressante de la part de I. Domeyko, parue dans les Annales des Mines en 1880, je n'insisterai pas autrement sur leur description.
La manière de voir de M. Sotomayor, relativement à Torigine du cuivre natif de Coro Coro, est curieuse. Celui-ci tente d'expliquer son existence par des phénomènes chimiques secondaires, suivant lesquels les sulfates de cuivre des Cordillères y auraient été réduits.
Cette hypothèse est, à mon avis, peu vraisemblable, car, à Coro Coro comme à Cobrizos, la minéralisation des masses gréseuses semble avoir accompagné des phénomènes thermochimiques indépendants des phénomènes d'ordre purement accidentel.
VIACHA, TIAHUANACO, HUAQUL
Les chaînes ou plutôt les contreforts de la Cordillère des Andes bohviennes passant par Viacha, Tiahuanaco, Liman- Pata (4ii45 mètres) et Huaqui (3,8 10 mètres) sont constitués par des grès rouges qui appartiennent par leur faune aux terrains dévoniens. Ces derniers, comme aux environs d'Oruro, sont traversés par des roches éruptives porphyriques et trachytiques.
Au point de vue de leur constitution minéralogique , ces grès sont tantôt durs, tantôt argileux.
La faune dévonienne qui s'y rencontre est toujours assez rare et souvent empâtée dans des fragments de grès plus ou moins roulés.
Aux environs de Viacha, à la base de la colline Letanias, Dereims dit avoir rencontré des fossiles qui l'ont fixé sur l'âge dévonien de ces sédiments. Les fossiles que j'ai ramassés aux
SE
alentours de Tiahuanaco m'ont aussi permis de fixer l'âge flévonien de ces grès rouges qui s'étendent au nord de Tialiuanaco jusqu'à Huaqui. Ces fossiles sont : Cryphœas convexus Ulr. , Acaste devonica Ulr.
A l'île Quebaya, les couches du carboniférien inférieur [dinantien) reposent sur un porphyre verdàlre très altéré (jade de De Saussure) ''l
Ayant passé peu de temps sur les bords du lac Titicaca, je n'ai pu voir que les couches qui se déroulaient sur les lignes suivies.
Le carboniférien inférieur se présente aux îles d'Amasa, de Tirasa, sous faspect d'un calcaire compact noirâtre avec veinules de quartz; il est tout à fait analogue au calcaire de Visé ou de Sainl-Hilaire'^'. Dans ces différents endroits, les couches du carboniférien se trouvent en concordance de stratification avec des grès rouges calcarifères
''' Ce porphyre décomposé, siuceptible d'un beau poli, se rencontre par petits blocs isolés dans les ruines de Tiahuanaco, où il y a été apporté dans le but d'être travaillé.
<*' Ce calcaire carboniférien existerait, d'après F. Toula, au» environs de Cocha- Itamba, à ^5 kilomètres Sud>E)st ; il aurait donc une extension considérable.
ITINÉRAIRE À TRAVERwS LE CHILI ET LA BOLIVIE. 117
sans fossiles. Aux environs d'Achacache, des grès rouges également sont pénétrés de Leptocœlia Jlabellites Gonr. ; ils doivent être rapportés aux terrains dévoniens. C'est surtout à Tétat de contre-empreinte que Ton rencontre ce fossile.
C'est également des environs d'Achacache que doivent provenir ces énormes blocs d'andésite bien taillés qui composent les ruines de Tiahuanaco.
Les grès rouges de Tiahuanaco appartiennent à la formation dévonienne. Ceux-ci forment les contreforts de la Cordillère des Andes boliviennes ou Cordillera Real.
J'ai recueilli, tant à Tiahuanaco qu'aux environs : Cryphœus convexas Ulr. (dévonien), ainsi qu'une espèce très voisine de celle-là, Acaste devonica Ulr., cf. (espèce enroulée comme à Charuarani) Actinocrinus (?) d'Orb.
TABLEAU DU SYNCHRONISME DES FORMATIONS PRIMAIRES EN EUROPE, EN AMERIQUE ET PARTICULIÈREMENT EN BOLIVIE.