‹ Explorations minéralogique des régions mexicainesChapitre 30 sur 46 · ANCIENS MEXICAINS · texte numérisé non relu

ANCIENS MEXICAINS

J'entends désigner sous ce nom la race mexicaine telle qu'elle était lors de l'arrivée des Espagnols en Amérique. Comme l'a fait très -judicieusement remarquer M. de

' Voir« pour les détails grammaticaux, l'ouvrage de D. Francisco Pimentel, Lengtuu indigenas de Mexico, 186 s, Mexico, 1. 1", p. 273.

Quatrefnges , u la famille mexicaine représente une popuiilation métisse au plus haut degré. Toutefois la ressemiiblmice générale des races envahissantes qui sont entrées «comme éléments dans celte population lui a permis de Il conserver une assez grande homogénéité accusée en par- « ticulier par le caractère des têlea osseuses. <■

Je vais passer rapidement en revue les éléments constitutifs de cette grande famille, d'abord ceux que l'on peut appeler les éléments réguliers et qui trouvent leurs représentants dans les tribus immigrantes ou envahissantes, puis les éléments accidentels empruntés aux populations qui se sont rencontrées sur leurs routes dans le voisinage de l'Anahuac ou qui habitaient la vallée même de Mexico.

Le rôle des migrations est déj.'i bien frappant. Des plateaux septentrionaux de l'Utah et du Colorado s'échappèrent successivement des essaims de populations formés d'éléments ethniques juxtaposés, dont on ne connaît pas encore bien la nature ni t' origine, mais dans lesquels on peut soupçonner cependant deux races distinctes, un rameau de la race blanche et une branche du tronc raongoliqne. Cette dernière était probablement déjà une race mixte, qui s'était formée dans ce centre d'élaboration , au moyen d'éléments qui afHuèrent de divers côtés, et parmi lesquels on doit reconnaître aussi l'élément noir polynésien.

La prépondérance relative d'un de ces éléments ethniques a beaucoup contribué , à certaines époques , au mouvement des migrations. Clavijero, dont les recherches précises, au point de vue hisloriqne, peuvent être invoquées ici, donne les dates de ces événements.

' Bopport inr Ut pngrti it rwitArD^IojiV.Parii, 1867. Ouvrag« publié k les auspices du Ministère de l'inslniction pnktiqne.

Suivant cet historien :

Les Toltèques arrivèrent dans i'Ânahuac en Tan 648 de notre ère.

lis abandonnèrent la vallée en io5i.

Les Chichimèques s'y établirent en 1170.

Les Acolhuas ou Golhuas vinrent en 1 200.

Les Nabûas ou Mexicains arrivèrent à Tula en i 1 96.

Us fondèrent Tenocbtitlan (Mexico) en iSaS.

Quoi que Ton puisse dire sur la rigoureuse détermination de ces dates, elles n'en indiquent pas moins relativement la succession des tribus du Nord dans leur mouvement vers TÂnabuac. Les Toltèques sont les premiers peuples dont rbistoire fasse mention. L'état d'avancement des arts et des sciences qu'ils introduisirent au Mexique, la civilisation qu'ils y développèrent à un si haut degré pendant quatre siècles, donnent bien la preuve de l'existence d'une race supérieure, initiée à la civilisation, et ne permettent pas de croire que ce mouvement intellectuel se soit développé spontanément sur les plateaux du Nord. Il provenait bien certainement de quelque appoint étranger, dont l'introduction au milieu de populations inférieures détermina un mouvement de migration.

Les Toltèques furent suivis irrégulièrement par des essaims de Chichimèques. C'était le nom générique sous lequel étaient désignés les peuples venus du Nord , et il s'applique comme épithète aux Toltèques d'abord et à toutes les autres tribus, y compris les Nahûas ou Mexicains. Les Chichimèques proprement dits étaient des peuplades grossières et barbares, chez lesquelles l'élément blanc existait aussi, car on citait encore , au xvi* siècle , des Chichimèques blancs dans la sierra Gorda et dans celle de Guanajuato. Cet élément anthropologique avait donc perdu chez eux toute sa puis-

sance, et nous voyons que les Cbichimèques , parveaus dans ta vallée de Mexico, durent s'unir aux Coihuas, descendants des Toltèques et héritiers de leur civilisation, pour former le royaume d'Acolhuacan , tandis que la masse de leurs tribus Kxées dans d'autres points du Mexique resta dans un état très-arriéré. C'est ainsi que nous avons vu les Teules chichimèques et les Cascanes rester à l'élat de populations montagnardes dans la Sierra-Madre du Pacifique. Nous retrouvons les membres de cette famille dans divers autres cantonnements confondus avec des tribus de la bmille Nahûa, qui est aussi désignée comme chichimèque, et que l'on a improprement appelée aztètjae ou azttè^ae, d'Aztlan son point de départ Le nom générique de chichimèque est-il suffisant pour conclure k la conformité d'origine de ces divers peuples? Je serais tenté d'y voir seulement avec M. Orozco y Berra une communauté de provenance plutôt qu'une identité de race. On sait que la langue nahuall.dont le véritable nom est colhaa, était celle des Toltèques [mexicain ancien), et qu'elle fut également celle des Nahûas {mexicain moderne). L'idiome chichimèque paraît, au contraire, avoir été une langue particulière toute différente du mexicain, mais qui s'est malheureusement perdue. Les trois degrés de civilisation qui se sont développés sur le mesa d'Anahaac portent des caractères si tranchés, qu'on n'y trouve aucune preuve de conforniité de race. La civilisation toltèque brilla surtout par la culture des arts et par la douceur des mœurs. Celle qui lui succéda, composée des débris de la précédente et de l'élément chichimèque formant masse, prit une très-grande puissance, grâce <i la vigueur des nouvelles populations; mais il arriva un fait digne de remarque, c'est que, dans cette fusion de races, la langue chichiuiètjue disparut, et le Colhua fut bientôt cultivé à un

point tel, qu'il en résulta un grand mouvement littéraire produisant des historiens et des poètes, et qui bientôt fit de Tetzcoco la ville lettrée de TAnabuac.

Avec les Nahiias commence la troisième période; la culture des arts et des sciences n'est plus qu'une imitation arriérée et incomplète de la civilisation toltèque. Les éléments ethniques, qui se sont agglomérés pour former celte famille, ont fourni à sa religion le cruel usage des sacrifices humains et ont apporté à ses mœurs la pratique hideuse du cannibalisme.

Les aptitudes morales et intellectuelles d'une nation font partie de ses éléments anthropologiques, et les changements brusques ou radicaux qui se manifestent, à une époque donnée, dans ses mœurs et dans ses usages, ne peuvent s'expliquer que par l'introduction d'un nouvel apport ethnique. Les diverses modifications qui se remarquent, à cet égard, dans les migrations mexicaines, ne pourraient se concevoir, si on admettait que ces populations appartiennent aux groupes septentrionaux, dont les Peaux-Rouges sont aujourd'hui les représentants; l'opposition des types, des langues et des aptitudes générales , empêche d'admettre une filiation aussi complète.

On voit donc que , s'il y a une souche commune primordiale, elle a été tellement modifiée par l'adjonction de nouveaux éléments, qu'il est impossible de remonter à son origine. D'un autre côté, on remarque que le rôle des migrations a été d'introduire au Mexique, à diverses époques, des populations à éléments multiples. Les migrations mar- ' obèrent avec une grande lenteur; plusieurs siècles séparent souvent l'époque de leur départ des plateaux septentrionaux et celle de leur arrivée dans la vallée de Mexico; un grand nombre de tribus s'arrêtèrent en route. Les essaims furent

nombreux, et ils procédèrent isolénienl vers une action cominone et convergente, qui eut pour résultat la fusion et racclimatcment progressif, par voie de mélange, des races rt des éléments ethniques qui s'y associèrent.

Les Toltèques trouvèrent dans l'Anahuac tes Otomis et les restes des populations oluièques. Les Colliiias et les Chirhimèques j rencontrèrent les Tolonaques déjà établis A Teotiliuacan avec une civilisation avancée'.

Les tribus chichimèques sont nombreuses, j'en ni nommé quelques-unes : les Teules, les Cascanes, les Chichimèques blancs; on doit y ajouter les Mèques {Mecos) et probablement aussi les Guachiehiles.

Les tribus nahuatlatjues ou de langue nahuati étaient en grand nombre; leurs noms nous ont été mieux conservés. Les unes restèrent dans diverses régions du Me&iquc, comme les Conchos, sur les bords de la rivière de ce nom clans l'Etat de Cliiliuahua; les Chinarras, les Mazapilis cl les Mapimis, sur les plateaux du Bolson; les Zacatecos, le long <le la Sierra-Madre depuis le 33' jusqu'au 2 5'degj'éde latitude. Les autres nirivèrcni par diverses loutes et à dilTércntes époques dans l'Anahuac.

Les Matlaltzincas s'arrêtèrent à Toiocan(To)uca);les Teponecas s'établirent à Aicapozalco ; les Teochichimecas ou Techichimecas fondèrent la république de TIaxcallan (Tlaxcala); les Cholloltecas celle tle Chollula, les Haexotzincos

' Celle int^reuanle nation passa ensuite à Tenamilic, puii adopta Hiiquihuacan comme capitale; on peut la Juger chei ses descendants Giës dans la Htiaalèquc : l'Indien Tolonaque a la ftee large, la figure avenante et ouverte. la peau blanche; il parie une inngue polysyllabique qui paraît se rapprocher de celle qui est usitée dans la même province et qui est l'ancien idiome butstique. Le Tolonaque est très-amaleur de la danse ; il possède encore quelques traditions de rites cborfgraphiques ; il est tris-disposé A tous tes e:

celle d'Huexotzinco. Les Malinalcas se fixèrent à Maiinalco, les Xochimilcas à Xochimilco, et les Chalcas à Chalco.

On sait que les Toltèques, en abandonnant la vallée, allèrent vers rAmérique centrale; quils donnèrent leur religion aux M ixtèques et aux Zapotèques , et que , plus tard , les tribus Nahûas se portèrent du même côté et finirent par détruire les civilisations transformées par leurs devanciers. On rencontre des restes de langage nahuatl jusqu'en Guatemala et dans le Nicaragua, où il se nomme niqaim du nom des Indiens Niqairas qui le parlent. Un autre dialecte de la même langue est le pipil, parlé par les Indiens Pipiles.

Il existe au sud de Mexico, dans les départements d'Oajaca, Tabasco, Chiapas et Yucatan, les restes des populations le plus anciennement civilisées. Les principales sont les Mixtèques, les Zapotèques et les Yucatèques ou Mayas. La civilisation de ces peuples était déjà très-avancée avant que les peuplades du Nord fussent sorties de leur barbarie. Il n'est pas douteux qu'il n'y ait eu également une certaine fusion ethnographique entre ces populations et celles de race nahuatl (les Toltèques en particulier). La population de i'Anahuac et des plateaux mexicains en général (ut donc une race essentiellement métisse.

A l'époque de la conquête, les nations de langue nahuatl occupaient la moitié de la surface du Mexique et consti> tuaient les deux tiers de ses habitants. L'évaluation de la population totale ne peut se baser sur aucun document sérieux. Un seul chiffre donné par le P. Motolinia indique neuf millions d'Indiens baptisés pendant la période de quinze années employée à soumettre les différentes provinces. Le zèle religieux des Espagnols était trop intéressé pour que ce nombre n'ait pas été exagéré. Du reste les moyens coërcitifs étaient si durs, que beaucoup d'Indiens, pour échapper

i leur ligueur, diirciil se luire biipltser plusieurs ibis. Pliifi lard, lorsque les roiiquéraiits pénéirtrent vers le nord, ils Iriiuvèrcnt les plateaux déserts et quelques rares peuplades cantounées dans les sierras. Il n'est donc pas prohahie, malgré la grande densité qu'elle présentait dans Mrtifjtunc. que la population totale fi'it plus ronsidérabie à cette époque qu'aujourd'hui.

Le nahuatt était la langue des Toltèques et probablement celle de l'élément initiateur qui dota les peuples du Nord d'une civilisation exotique. La rcnctmtre daus cette langue de mots chinois et japonais semble indiquer une origine asiatique ou tout au nioîns une Pdialion avec ce continent.

Déjii quelques esprits impatients ont cherché à établir ces > par des similitudes entre les traditions religieuses des deux continents, d'autres les ont indiqués dans les races et dans les idiomes. Il semble qu'il y ait quelque tentative sérieuse à poursuivre dans cette voie, mais on ne peut espérer y arriver avec une certitude complète que plus tard, lorsque, des deux côtés, les études asiatiques et les études mexicaines seront plus avancées et qu'elles auront élucidé tout ce qui est propre à chacun des deux foyers. Alors seulementles points de contact pourront s'établir sur des preuves irrécusables puisées à la fois dans l'anthropologie, l'archéologie, la linguistique et les traditions religieuses et hîsloriques.

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