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POPULATION ACTUELLE

La race mexicaine actuelle est le résultat d'un nouveau métissage entre la race essentiellement métisse des anciens Mexicains et l'élément ibérique. Après un mélange de près de trois siècles et demi, représentant une succession de

quatorze générations en moyenne, elle s est complètement fixée, et , si elle ne parait pas bien homogène quant aux types, dans lesquels on retrouve lous les degrés do similitude avec les éléments constituants, elle est fixée par les caractères physiologiques d'une manière définitive.

Cette race, h laquelle on a reproché trop de défauts par excès de sévérité, a aussi des qualités particulières, qu'il ne faut point méconnaître. Un grand nombre de voyageurs lont jugée à Mexico , c est-à-dire dans un centre exceptionnel et presque cosmopolite: on doit Tétudier, au contraire, dans les provinces, dans les haciendas et dans les villes, où elle est livrée tout entière à ses usages, à ses mœurs et à ses tendances naturelles.

Le Mexicain est de taille moyenne et svelte; on retrouve chez un grand nombre les dehors physiques de TËspagnol avec une petite nuance exotique, qui est le caractère du créole en général. Il a alors une certaine tournure andalouse, dans laquelle , toutefois, la vigueur et lactivité ont été remplacées par une froide réserve ou par une gaucherie d*allure qui tient de Tlndien. Sa physionomie se rapproche tellement de celle de TËuropéen, qu'il nest souvent pas facile de distinguer un Mexicain d'un Espagnol. A côté de ce type, on aperçoit toutes les gradations jusqu'au type indien le plus accusé. Certains Mexicains présentent même dans leur physionomie des caractères mixtes, juxtaposés avec si peu d'harmonie, qu'il en résulte un assemblage de traits que l'on chercherait en vain dans les races locales. Ce défaut, assez fréquent chez les hommes, n'existe, pour ainsi dire point chez les femmes, dont le type est beaucoup plus uniforme, et chez lesquelles les traits ont presque toujours, à défaut de beauté, un galbe régulier joint s\ une grande douceur d expression. On remarque cependant chez

elles une gradation entre le type blanc et le type indien, sans que ce dernier s accuse trop complètement. Le premier se rencontre dans certaines provinces avec une apparence de pureté et souvent avec un éclat de beauté tout européen. Les populations féminines deTepic, Ghilmahua, Durango, San-Luîs-Potosi, et de quelques autres villes, sont remarquables sous ce rapport.

Les Mexicains des plateaux, qui sont les plus nombreux, représentent une race parfaitement appropriée au climat sous lequel elle habite. D une organisation nerveuse et peu sanguine , vivant dans une atmosphère raréfiée et sous un ciel tempéré, elle a adopté un mode d'existence conforme à ce milieu : il consiste principalement dans une grande sobriété d'alimentation et dans un déploiement très-léger des forces physiques et intellectuelles. Cette race métisse est très-féconde : c'est encore une preuve de son adaptation au milieu quelle peuple. Contrairement h ce que Ton croit en général, lacclimatement na pas donné lieu à une dégénérescence, mais à une appropriation physiologique de la race métisse.

Comme Ta fait remarquer M. de Quatrefages, l'Espagnol peut être regarde comme ayant une aptitude particulière à l'acclimatement en Amérique. Son rôle comme colonisateur dans les deux parties de ce continent en est la preuve.

L'élément espagnolisé est de beaucoup le plus nombreux au Mexique, contrairement à ce qu'on a cru longtemps.

La population, sous le rapport des races, se divise ainsi :

Indiens d^ancienne souche i,5oo,ooo

Mexicains (race métisse espagnolisée) 6,5oo,ooo

Blancs (américains, européens et régionaux) aocooo

ToTAi 8,200,000

La population a une faible tendance à laugmentation^ . Toutefois la vie moyenne est très-courte; on s'accorde à la fixer à vingt-quatre ans. La mortalité des enfants, d'un côté, et, de faulre, le manque d'hygiène, sont les deux principales causes de cette brièveté de la vie. La constitution de la race et les maladies endémiques y entrent aussi pour une certaine pari. Sur les plateaux, le Mexicain est exposé à la fièvre typhoïde et aux affections des voies digestives. Dans les terres chaudes, il à à combattre la fièvre jaune et les affections du foie.

Au moral, le Mexicain est intelligent, pénétrant, doué dune grande finesse de tact et d appréciation. Enfant, il donne les preuves d'une grande précocité intellectuelle, qui peut se porter indistinctement sur toutes les branches du savoir humain. Cette mobilité d'esprit exclut presque toujours chez lui une aptitude bien caractérisée, qui seule peut produire une personnalité accusée. Arrivé à l'âge adulte, il semble que les instincts physiques prennent le dessus et arrêtent la maturité de son esprit. Il aborde la vie par le côté extérieur et facile; le luxe le séduit, l'indolence l'enchaîne , la fierté le domine. Il est enclin à la dissipation, à l'insouciance et à la susceptibilité. Ces défauts ne sont pas toujours très-accusés, et ils sont tempérés par uiie grande douceur et une bienveillance de caractère qui va jusqu'au dévouement. Sous le rapport des qualités morales, les

' D'après M. le docteur Jourdanet , i augmentation annuelle serait de 8,67 poar 1000 sur les hauts plateaux et de 9,84 pour 1000 dans les niveaux intermédiaires jusqu'aux rivages. Ces chiffres sont bien inférieurs à la proportion exagérée de 35 pour 1000 indiquée par de Humboldt. Pour plus de détails sur ce sujet, consulter Texcellent mémoire De la Statistique da Mexique dans ses rapports aoec t acclimatement, publié par le docteur Jourdanet dans la Gazette médicale de Paris, i864t et dans le BuUetin de la société de géographie et de statistique de Mexico, i865.

femaies sont supérieures aux hommes, ainsi que cela se remarque pour d*autres pays.

n ne faut pas être trop sévère dans les jugements que Ton porte sur le peuple mexicain; on doit faire la part des conditions dans lesquelles il s*est formé et au milieu desquelles il a longtemps vécu. Le régime colonial de TElspagne avec son système oppressif a profondément agi sur le caractère de la race métisse en lui enlevant toute initiative et toute énergie. L*cducation coloniale, il faut le reconnaître, n'était pas faite pour préparer un peuple à Tindépendance et è la conduite de ses propres affaires. La masse de haines et de passions accumulées a bien produit cette explosion de révoltes, qui, d*une extrémité à f autre du continent, a eu pour résultat Texpulsion des Espagnols; mais, ce grand effort accompU, la race métisse s*est trouvée en présence d'elle-même et s*est montrée inhabile à s'organiser et à fonder un ordre de choses régulier. L'absence d'opinion publique, conséquence de l'inertie du caractère individuel, a amené une situation telle, que le pays entier peut être dominé, à un moment donné, par un homme suflBsamment énergique et audacieux. Telle a été l'histoire des contrées de l'Amérique espagnole depuis cinquante ans.

On s'est beaucoup préoccupé , dans ces dernières années, de l'état politique du peuple mexicain et de l'avenir qui peut lui être réservé. L'immigration européenne avait été regardée comme pouvant amener de bons résultats dans un pays auquel sa grande surface et ses ressources naturelles permettaient de recevoir un accroissement sensible de population. On a du reconnaître que l'Européen, et particulièrement celui du centre et du nord, ne se prêtait pas à l'acclimatement direct, c'est-à-dire individuel. L'Amérique, en effet, qui semble parfaitement convenir à l'acclimatement

de ]a race jaune (coolies chinois des Antilles et de la Californie), modifie profondément TEuropéen. L'exemple de la formation du peuple nord-américain est frappant à cet égard : après quatre ou cinq générations, il s est produit un type de race parfaitement défini et ne ressemblant nullement aux éléments européens dont il a été formé.

Les Américains, en absorbant les possessions septentrionales du Mexique, ont pu refouler une population très-clairsemée, avec laquelle il ny avait pas d'assimilation possible; mais ils ne pourront agir ainsi avec un peuple de 6 millions et demi d'habitants; d'ailleurs, les conditions climatériques de la région tropicale du Mexique, et particulièrement celles des hauts plateaux , leur sont aussi défavorables qu'à l'Européen; on ne doit donc pas s'attendre à une absorption en bloc de ce pays par les États-Unis; l'exemple de ce qui se passe dans le nord près de la frontière du Rio-Grande indique bien de quelle manière se fera la transformation. Là les Nord-Américains qui s'y sont établis , trouvant dans la race locale mexicaine les caractères de pureté apparente dont j'ai déjà parlé, se sont mariés dans le pays. Il se forme une race mixte, qui poun*a s'étendre de proche en proche en empruntant à l'élément local les aptitudes à l'acclimatement. C'est une sorte de migration lente qui commence , et qui remplira, dans le Mexique moderne, le même rôle que les migrations chichimèques vis-à-vis des anciennes populations. La race métisse mexicaine est donc appelée à subir un nouveau mélange et à prendre un nouveau type.

Après avoir exposé, dans les pages qui précèdent, les résultats principaux de mon voyage d'exploration, il me reste, Monsieur le Ministre, à vous adresser l'expression de mes remerciments pour avoir bien voulu me choisir parmi

tant d'autres et m'avoir chargé d exécuter une mission si intéressante. L'initiative, prise par Votre Excellence, d'inaugurer les études mexicaines, tâche dans laquelle la Commission scientifique est venue seconder ses vues, n'est pas restée infructueuse; et, si l'on a égard à la brièveté du temps qui a pu être consacré par les voyageurs à leurs investigations , et aux difficultés dont furent entravées leurs tentatives, on doit reconnaître que la somme des résultats positifs acquis dépasse ce que l'on pouvait attendre dans de semblables conditions.

Bientôt la publication des divers travaux ouvrira une voie nouvelle aux études sur le Mexique. L'intérêt tout particulier dont Votre Elxcelience a appuyé les premiers résultats est pour tous un témoignage de la sollicitude dont elle entourera la continuation de l'œuvre.

JTai l'honneur d'être. Monsieur le Ministre, avec un profond respect ,

de Voire Excellence, le très-dévoué et très-obéissant serviteur,

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