LE CANADA EN 1874-78 ET EN
On peut commenter cette question à un autre point de vue encore—en comparant le Canada avec lui-même, Sous le rapport de la vérité, cette comparaison est plus satisfaisante, bien qu’elle puisse n'être pas aussi agréable pour tout le monde.
Il est admis que de 1874 à 1878, une crise a sévi au Canada. Ilen à été souvent question depuis. Ce thème a fait le fond de plus d’un discours de husting et de plus d’un article de journal.
Mais depuis un certain temps il a été de mode chez un certain groupe d’orateurs et d'écrivains de prétendre que sous le rapport de la crise et de la dureté des temps et du mauvais état de choses, en général la période de 1890 à 1894, éclipsait de beaucoup celle de 1874 à 1878.
Examinons les faits : En avril 1874, le ministre des Finances d'alors, prononcçait son exposé budgétaire, à peu près de la place que j’occupe en ce moment. Dans ce discours après avoir parlé du passé, il appelait l'exercice de 1872-73 ‘‘ la dernière année d’abondance ”, avec un surplus de $1,600,000.
De l'exercice 1873-74, au milieu duquel on était alors, il disait :
Nous n’avons pas avancé, mais nous n’avons pas reculé non plus. Bien que nous puissions raisonnablement spérer que la richesse de la nation augmentera rapide ent, nous ne pouvons pas nous attendre à aucune augentation considérable dans la population. Pour éviter es déficits sérieux il faudra nécessairement une somme onsidérable de taxe additionnelle,
Il imposa pour $3,000,000 de nouvelles taxes, et “ette même année, 1873-74, ses dépenses ont augmenté de $4,000,000,
Sir RICHARD CARTWRIGHT: Non.
M. FOSTER : L'honorable député peut prétendre qu'il n’en était pas responsable, mais dans tous les as, c’est ce qu'on trouve dans les comptes publics. es $3,000,000 de nouvelles taxes ont diminué son urplus de $1,600.000 à $888,775, en 1873-74, et à 935,644 en 1874-75. Ses dépenses au compte du apital se sont élevées à $10,000,000 ; il a ajouté à a dette $8,476,502, en 1873-74, $7,683,000, en 1874- 5 et son commerce à diminué de $17,000,000,.
En février 1875, il prononce son deuxième exposé udgétaire. On le voit alors dorloter son excédent ui s’en va duninuant, et promettre qu'il ne sera as plus petit l’année suivante, Il excuse la dimi. ution des importations en disant que diminuer
‘est pas rétrograder, chose qu'il ne devra pas erdre de vue cette année. IL console les gens LV'affaires en exprimant l'espoir qu'ils trouveront ‘de nouveaux champs de commerce qui les dédomnageront en partie, de ce qu’ils n’ont pas réussi, our le présent, à obtenir de leurs amis de la répu-
lique voisine.”
En février 1876, il parle encore et commence insi :— I1 serait inutile et malhonnête de ma part de chercher cacher à la Chambre que les circonstances dans lesuelles nous nous réunissons sont telles qu’elles doivent ecevoir notre plus grave considération. Il est malheueusement trop vrai que nous subissons et avons subi epuis plusieurs mois une crise commerciale d’une inten-
ité pour ainsi dire, sans précédent*** Il y a des cas de isère profonde dans le pays.
Nous sommes au milieu d’une ‘* tempète comnerciale, d’une tourmente, si vous le préférez,” 20,000,000 de moins dans le commerce de l’année précédente ; un surplus de dépenses imminentes le $700,000 ; en présence d’une diminution encore lus grande de commerce, une perte plus considéable de revenu et une plus forte augmentation de épenses. Il n’a pour se consoler que la pensée que ue ‘ bien que le marasme se soit empuaré des intéêts industriels et commerciaux du pays ” la baisse lans les prix est une chose contre laquelle, ‘ni lui i aucun ministre des Finances ne peuvent se pré-
cautionner à l’avance,” et ‘ puisque le peuple en à plus pour son argent, somme toute, c'est plutôt un bien qu'un mal pour lui,” et ce qui est déplorable pour le revenu est un avantage pour la population. Acculé par ses adversaires, sur la politique fiscale il déclare :
Peu importe que votre marché soit de quatre, de quarante ou de quatre cent millions, l’excès de production produira toujours la gêne. Et à ce point de vue par-
ticulier, peu importe aussi que nousayons le libre échange ou la protection,
Avec de pareilles excuses et de pareilles platitudes, il s’en va sur nn pied de deux millions de déficit, de vingt-sept millions de diminution dans le commerce, et de trois quarts de million d’augmentation dans les dépenses, et de huit millions et demi d’addition à la dette.
En février 1877, il revient à la charge et déclare que l’année 1875-76 à été excessivement critique et qu'on se la rappellera longtemps dans nos annales financières. Je le crois. Le commerce diminuait, et continua à diminuer. Notre revenu diminuait et ne donnait aucun signe, ni aucun espoir d’amélioration. Les seules choses qui angmentaient c'était les taxes et la dette, et elles augmentaient avec une rapidité vertigineuse.
Malgré tout fiant.
et déclara qu'il avait de bonnes raisons de croire que le pire de la crise était passé. [1 se rabattit sur la circulation, les dépôts dans les caisses d'épargne, l'augmentation des assurances sur la vie,
ministre des Finances était con- Il accorua son violon sur une note joyeuse
les exportations, la consommation du sucre et du thé, comme autant de raisons indiquant qu'après tout l’état du pays n'était pas trop désespéré.
Il à alors lancé son emprunt à 91 et portant 475 pour 100 d'intérêt, imposa pour environ un demimillion de nouvelles taxes, risqua la prédiction que le navire de l'Etat tenait bon contre la tempête et approchait des eaux calmes, s’endormit dans la douce chaleur des déficits passés et se berca dans les délices anticipés du déficit d’un million et demi qui le guettait pour l’année suivante.
Il ouvrit la session de 1878 par une jérémiade financière comme jamais auparavantn’en avait prononcé ministre des Finances et comme jamais, je l'espère, il n'en sera prononcé à l’avenir.
Voilà maintenant près de quatre ans que, devenu ministre des Finances, j’ai eu la tâche désagréable de lui faire voir les graves embarras financiers qui nous menaçaient et la nécessité de nous soumettre à une augmentation considérable de l’impôt si nous voulions satisfaire aux obligations encourues, Malheureusement, quelqueS sérieuses qu’aient été les prévisions que je faisais alors, la crise financière qui est survenue a été beaucoup plus
longue que je ne m’y attendais. Ce n’est pas souvent que l’histoire de tous les pays consigne dans ses pages l’exem-
ple d’une baisse aussi considérable que celle qui s’est produite pendant les deux ou trois dernières années,
Il déclara que l’ensemble de notre commerce était diminué de $50,000,000, et le revenu de $3,000,000. Bien plus, il avoua que le développement naturel du commerce canadien, avait été en outre retardé de 30 à 40 millions de piastres et le revenu, dans la même proportion ; et lorsqu'il en vint à annoncer son nouveau déficit au milieu des sourires de plus d’un de ses auditeurs, il leur reprocha gravement cette légèreté intenipestive qui les faisait sourire à l'annonce d’un déficit.
Voilà le tableau tidèle de la situation pendant la période de 1874 à 1878, tel que peint par le ministre des Finances d'alors.
Il annonça le déficit d’un million et demi pour
876-77, une augmentation de la dette de $S,700,- 000, démasqua ses batteries pour 1878, et laissa entrevoir un déficit existant de plus d’un million, et un déficit en perspective de près de deux millions, avec une augmentation de dépense d’un million et une augmentation de dette de sept autres millions.
Après tout ce que je viens de rappeler, nous pou. À vons espérer aujourd’hui, que nous sommes sortis d'une crise commerciale, qui cependant, n’a pas été aussi sévère —
M. MILLS (Bothwell) : Sortis ?
M. FOSTER : Oui, sortis, car je suis fermement convaincu que la crise est finie, que nous avor: franchi le tournant et qu’à partir d'aujourd'hui le: ! affaires vont aller en s’améliorant. Je n’exprime 4 pas uniquement mon opinion en parlant ainsi. Loin de là. Il n’y a pas un journal finai.cier des Etats. | Unis, un journal sérieux du Canada, financier 4 ou autre, qui, dans ses articles de fond, ses colonnes 4 à nouvelles ou ses commentaires sur la situation, 4 ne laisse entrevoir les mêmes espérances et ne fasse la même prédiction. Ë
Pour résumer la question et la rendre plus facile à consulter, je donnerai sous forme de tableau, LA comparaison entre les deux périodes 1874-79 etA 1889-94 :
Les exportations ont diminué de.... ......... $18,000,000 Les importations sesssessessss 46,000,000 Les droits perçus Se sv... 1,500,000 Les taxes ont augmenté de.................. .. 1,500,000 La moyenne des droits a augmenté de 4 D. c.
La dette a augmenté de ................... . 40,000,000 L'intérêt net sur la dette publique a augmen-
BAR res Se mine done Man nn 1,500,000 H'Anet pes ar tête de la population a augmen-
té de .59.
Crédit tel qu indiqué par l’ Res He 475 Déficits nets..................... seras 5,500,000 Moyenne des faillite se dati SU 22100000 Augmentation : passif des faillites. ...... 210 pour 100 Remise de taxes............... dé Centres ei Néant. Diminution de l’épargne..........,...., 4'5p.c.
Les exportations ont augmenté de.
Les importations ‘* ............
Les droits perçus ont diminué de..........
Les taxes perçues “ ....... ss La moyenne des droits a diminué de 45 p. le.
La decte a augmenté de......... ere L'intérêt net sur la dette publique a aug-
monté de... 00 peace s ose eco 0 des ses à 100,00€ DH net, per capita, ‘a diminué de $1:86 à
$ Crédit tel qu’indiqué par l’emprunt........... 3'l Excédents.........,.., RD NL 7,500,00( Moyenne des faillites.........,.... ésrtse e s.... 15,500,000 Diminution : passif des faillites rs aan see ES 2} p.ci Remise de taxes : sucre, charbon, verre...... 18,000,004 Augmentation de l’ épargne rs De PR 40 p.c!
Il contracte ensuite sur le marché de Londres un emprunt—tout compte fait, escompte, commissions et tout—au taux de 4°75 pour 100, que le Canada a continué à payer depuis ; le dernier emprunt de la dernière période à été fait à 3°16 pour 100.
Les déficits nets de la première période ont été de cinq millions et demi de piastres ; l'excédent net de la deuxième est de sept millions et demi.
La moyenne des faillites pendant la première période a été de vingt-deux millions et un cinquième et pendant la seconde de quiuze millions et demi.
L'augmentation dans les faillites et le passif résultant des faillites a été de 2°10 pour 100 dans la première période et duns la deuxième, il y a eu une diminution de 24 pour 100.
L’épargne a diminué de 4£ pour 100 dans la première période et augmenté de 40 pour 100 dans la deuxième.
Dans la première période, il n’y a pas eu de réduction de taxes, au contraire, l'impôt est allé constamment en augmentant ; dans la deuxième la
remise des taxes sur le sucre, le charbon et le verre
s’est élevée à $18,000,000.