QUANT A SON CRÉDIT
Un des plus sûrs baromètres de la condition d’un pays, c’est la position que son crédit occupe sur les marchés monétaires du monde. Or, il est arrivé qu’en plein milieu de la crise, de la stagnation commerciale qui s’est fait sentir partout, et plus ou moins au Canada, nous avons été obligé, en octobre 1894, de placer un emprunt sur la place de Londres. Ila été mis sur le marché au millieu d’une crise financière et commerciale qui avait eu pour effet de faire enfermer dans les voûtes de Londres d'énormes quantités d'argent que les banquiers ne laissaient sortir que sur les meilleures garanties, ce qui par conséquent, fournissait un moyen infaillible de juger de la qualité des garanties qu’offrait un pays sollicitant un emprunt.
À une époque où les garanties coloniales étaient dépréciées, lorsque les obligations des colonies sœurs étaient cotées bien bas, à une époque où le com-
mn
merce et les recettes du Canada diminuaient et que des bulletins mensuels, indiquant cette situation, étaient entre les mains des capitalistes de Londres, à une époque où la valeur des garanties offertes étaient scrutée et pesée avec plus de soin que jamais, à cette époque, dis-je, le Canada a emprunté sur le marché anglais deux millions et quart à 4 pour 100 et 95 minimum.
Qu'est-il arrivé? Ilest arrivé que pas un emprunt fait par le Canada n'avait été sollicité par un aussi grand nombre de capitalistes bound ide. Nous n'avons pas reçue moins de 566 différentes soumissions, Nous ne demandions que deux millions et quart et on nous à offert près de douze millions de louis. Les plus hautes soumissions étaient de £99 12s. 64, ou presque le pair; la moitié était à £97 8e. Gd. et la moyenne £97 9s. 6d., et lorsqu'on calcule l'intérêt après avoir déduit l'escompte et les frais, on arrive à 34 pour 100, le meilleur emprunt qui ait jamuis été fait par le Cunada en Angleterre,
Cela veut dire quelque chose, et la simple exposition d'un pareil fait en dit plus long que les vaines et bruyantes déclamations auxquels peuvent se livrer les ennemis du Canada dans un but de politique et de parti.
Sir RICHARD CARTWRIGHT : Je crois que l'honorable ministre n'a pas encore produit devant la Chambre le prospectus de cet emprunt.
M. FOSTER: Non, mais je le produirai. Peu de temps après les Etats-Unis firent une émission de bons et le taux d'intérêt qu'ils portent et que les Etats-Unis sont obligés de payer, est d’une fraction plus élevé, en effet, je crois qu’il est exactement de 3% pour 100 pendant que l'emprunt canadien a été pris à Londres à 34 pour 100.
Si l’on examine les circonstances différentes dans lesquelles ont été faites les deux opérations, il est facile de s'expliquer pourquoi les Etat-Unis, ont eu à payer un intérêt plus élevé, que dans d'autres circonstances, mais le fait n’en reste pas moins qu’un grand pays comme les Etats-Unis, faisant une émission de 60 millions, dont le remboursement était certainement assuré, a eu à payer 3? pour 100, tandis que le Canada ne paie que 34 pour 100 sur son emprunt.