Exposé budgétaire par l'Hon. Sir Charles Tupper, C.B., G.C.M.G., & c., ministre des finances [microforme]
Sir CHARLES TUPPER: En me levant pour vous demander de laisser le fauteuil, M. l’Orateur, afin que la Chambre se forme en comité des voies et moyens, saisissant cette occasion de m’exprimer en cette Chambre, je désire dire hautement que, reconnsissant la grande habileté de l'honorable député d’Oxtord-Sud (M. Cartwright), et la manière dont il a pu remplir ses devoirs de ministre des finances, durant la période où les honorables membres de l'opposition étaient au pouvoir, et reconnaissant aussi, comme nous le faisons, la grande habileté des messieurs qui, de ce côté de la Chambre, ont occupé la même position sous l'honorable ministre qui maintenant, conduit la Chambre, je dois demander l’indulgence de la Chambre à cette première occasion où il est devenu de mon devoir d'occuper cette position.
Je ne me propose pas dans la circonstance actuelle de passer en revue ce que les .
honcrables messieurs de ce côté de la Chambre qui m'ont précédé ont fait avant moi.
On se rappellera que, sous un tarif comparativement peu élevé, le pays a joui d’une prospéritéémarquée pendant les sept premières années de la Confédération ; mais il ne faut pas oublier que pendant cette période les industries du pays ont joui d'une protection qui provenait de la dislocation du marché ouvrier dans la république voisine, ce qui nous a placés dans une position toute différente de celle que nous avons occupée très peu de temps après.
: Lorsque ce changement eut lieu et lorsque les industrios languissantes du Canada ont exigé des efforts de la part du ministre des finances d'alors lorsque au lieu de sur-
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plus considérables nous nous sommes trouvés en face de déficits non moins considérables pendant plusieurs années cousécutives, l'opposition d'alors demanda à cet honorable ministre de reconsidérer la position et de s’efforcer de protéger plus effica-
cement noire industrie nationale pour l'empêcher de lauguir et d’être complètement.
ruinée. Nous n'avons pas réussi, je ne dis pas à amener l'honorable ministre à cette conclusion, car j'ai quelque raison de croire qu'il avait des doutes très forts et très. nCmbreux sur cetté question, mais dans tous les cas nous n'avons pu changer la politique des hommes qui réglaient alors les destinées du Canada. C'est un fait bien connu que la question de la protection fut le principal article du programme. Conservateur aux éleotions générales de 1878. De retour au pouvoir, les conservateurs qui s'étaient engagés à encourager et à protéger les industries du Canada, autant qu'il serait en leur pouvoir, exposèrent leur programme par l'entremise de sir Leonard Tilley, dont l'absence est profondément regrettée, j'en suis certain, par- 128 membres des deux côtés de cette Chambre, —et je n'hésite pas à dire que le succès de cette politique exposée à plusieurs reprises et mûrie avec le temps a su mériterla confiance d’une grande partie du public jusqu'à ce jour.
. L'exporé si complet de nos finances fait par sir Leonard Tilloy et par mon hono-. rable ami qui occupait le poste de miuistre des finances il ÿaunan m'exempte d'établir une comparaison entre les années qui ont précédé cette politique de proteo. tion et celles qui l'ont suivie, mais il me sera permis d'appeler un instant. l'attention de la Chambre sur le fait qu'il s'est produit un grand changement d'opinion dans l’esprit des économistes comme question abstraite d'écoromie politique. Personne de ceux qui ont suivi avec soin les progrès des événements. publics et de l'opinion publique, ne peut ignorer qu’il s'est produit un changement très marqué dans tous les pays sur cette question. Aux Etats-Unis on tient peut-être avec plus de tenacité que jamais au principe de la protection. in Angleterre, où c'était une hérésie que de donner à entendre quelque chose dans ce sens il y a quelques années, môme à l'époque dont j'ai parlé, il s'est produit un grand changement dans l'opinion publique. Le professeur Sodgewick, membre du collège de la Trinité, de: l’université de Cambridge, le même qui à la grande réunion de l'Association Britan. nique en 1886 a lu un essai sur l’économie politique, a publié un Ouvrage contenant. des opinions qui, il y a quelques années auraient été considérées comme une grande: hérésie sn matière économique, Mais, M. l’Orateur, je n'ai pas l'intention de retenir la Chambre pour passer en revue les preuves innombrables des changements de: l'opinion publique à ce sujet. D'autre part, tandis que le comité nommé par le parlement impérial pour considérer la dépression commerciale restait attaché au libreéchange, la minorité de ce comité, composée d'hommes d'Etat des plus distingués, d'hommes occupant des positions éminentes dans les affaires publiques en Angleterre, n’a pas hésité à se prononcer en faveur de la protection pour les industries nationales,
Je ne me crois pas tenu de m'engager plus avant dans cette question d'économie politique abstraite pour une autre raison très importante, Depuis la dernière session
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de ce parlement, c'est un fait bien connu que l'honorable député qui commande avec an talent si distingué la loyale opposition de Sa Majesté en cette Chambre, a, en présence de l'électorat canadien, annoncé son entière concession aux principes économiques partagés par la msjorité de cette Chambre. La réélection de cet honorable député à la position de chef de ce grand parti en cette Chambre et dans le pays a -Causé un sentiment de satisfaction universelle de ce côté-ci de la Chambre, et pour deux raisons : premièrement à cause des aptitudes éminentes qu'il possède pour ce poste distingué ; secondement, parce que nous considérons sa réélection à cette haute position comme une affirmation, de la part des honorables membres de l'opposition, qu'enfin le temps est arrivé où le pays peut se féliciter du fait que les grands capitadistes qui sont intéressés au développement des ressources du pays pourront placer leurs capitaux dans ces grandes industries canadionnes sans craindre d’être dérangés par un changement d'administration. Dans ces circonstances, je crois que je ferais perdre à la Chambre un temps précieux si je ne mé bornais à exprimer le plaisir que j'éprouve en constatant que le temps est arrivé où nous ne faisons plus qu’un en ce qui concerne cette grande et importante question. Sa déclaration a fait cesser les craintes des capitalistes au sujet des modifications qui auraient pu amener dans le tarif un changement d'administration, et je crois que le temps est arrivé 6ù ia seule question est maintenant de savoir comment donner le plus d'efficacité possible à cette politique qui a su donner une satisfaction si entière à la grande masse du pouple canadien.
Jetons maintenant un rapide coup d'œil sur la position financière que le Canada «ccupe présentement.
Pour ce qui regarde les recettes et les déponses de l'exercice expiré le 30 juin 1886, on trouvera que l’ex-ministre des finances, dans son exposé budgétaire du 30 mars de l’année dernière, estimait que la recette totale du fonds consolidé se monterait à $833,550,000. Les comptes publics, qui ont été dûment distribués aux honorables membres de la Chambre, constatent que le montant réel de. la recette a été de 833,177,040.39, ce qui établit que los estimations de l'ex ministre des finances se sont presqu'entièrement vérifiées, Comme question de fait, son estimation du rendement des douanes a été de $150,000 au-dessous de ce qu'il avait prévu; mais la principale différence s'est fait sentir sur l’accise, qui n’a pas produit ce que l'on attendait. Il faut, toutefois, considérer que durant toute cette année, le Canada a souffert partiou. lièrement d’autres causes, indépendamment de la dépression ordinairo de commerce qui s’est fait sentir dans tout le monde, Je remarquerai ici que si les honorables membres de la gauche ont eu la mauvaise fortune de se trouver au pouvoir dans un temps de dépression commerciale très sérieuse, non seulement au Canada, mais dans tous les autres pays, il y a eu récemment une dépression commerciale également grande dans la Grande-Bretagne, dans les Etats-Unis et dans la plupart des autres pays du monde, Le Canada a souffert plus ou moins de cette dépression ; mais le fait qu’il a pu traverser cette période et se tirer d'affaires comme il l'a fait, est la meilleure preuve de la sagesse de la politique adoptée par le gouvernement et endossée par le
peuple. Or, M. l'Orateur, au commencement de l’année les e‘ots de la rébellion dans. le Nord-Ouest se faisaient rigoureusement sentir. Ce fut une calamité imprévue, qui affecta les affaires, paralysa le commerce, ar1êta le mouvement de l'immigration et éloigna le capital. De plus, M, l’Orateur, le grand centre commercial de ce pays, la cité de Montréal a été le théâtre d’une calamité inattendue, la variole, qui a tenu, pour ainsi dire, ce centre comme en quarantaine pendant plusieurs mois, ce qui a produit les effets les plus désastreux sur le commerce,
D'un autre «616, l’ex-ministre des finances avait estimé la dépense à $38,126,287.61, et elle s’est réellement élevée à $39,011,612.26. La différence peut être attribuée aux frais encourus pour la suppression de la rébellion dans le Nord-Ouest, qui avaient êtéestimés à $2,300,000, tandis qu'ils se sont réellement élevés à 83,177,220,50. De plus, la police à cheval a nécessité une dépense de $1,029,369.20, contre une estimation de $£32,941.66. Ces dépenses additionnelles étaient inévitables, et il fallait y faire face. Il y a eu, malheureusement aussi, le déficit de l’année dernière, conséquence également de la rébellion. On peut dire que la dépense se rapportant à la rébellion du Nord- Ouest, n'étant pas d’un caractère ordinaire, devrait être considérée comme une dépense da capital, et nous nous proposons d'adopter cette distinction pour les sommes payées durant le présent exercice pour solder ce service, et aussi pour indemniser les victimes de la rébellion. Si nous passons maintenant au résultat pour l’année courante, on trouvera que l'ex ministre des finances, dans son exposé de la dernière session, a estimé que le rovenu provenant de toutes les sources se monterait à $34,500,000. En faisant cette estimation, il a pris, sans doute, en considération la dépression commerciale, qui se faisait sentir en Canada, comme dans toutes les autres parties du monde, Cependant, d’après les relov5s jusqu'aux dernières dates, qui ont été soumis à la Chambre, on verra que le montant des recettes prévues sera plus élevé, et qu’au lieu d’un revenu de $34,500,000, nous aurons, en chiffres ronds, $35,300,000, A ce sujot, il est peut-être à propos d'emprunter au Statist, du 6 février dernior, les lignes suivantes d’une revue. que ce journal faisait de l’histoire financière et commerciale de l'Angleterre en 1886, Voici ses paroles :
- Il y a lieu d’être satisfait de la tournure générale des affaires pendant l’année. Leg hommes d’affaires ont secoué leur torpeur ; ils ont trouvé, enfin, que l’on était arrivé au fond de la crise, et ils se sont montrés plus disposés à marcher en avant. Quelques faits, cependant, ne sont pas très rassurants, et certaines branches de commerce n’ont pas participé au progrès général ; mais en somme, les marchands sont plus satisfaits, et le commerce a reçu une impulsion, qui ne peut avoir qu’une longue durée, à moins d’une réaction imprévue.
Les honorables membres de la gauche, sans doute, savent que M. Giflin, l’'éminent statisticien, est l’auteur de ces observations. Si nous décomposons l'estimation donnée plus haut, nous trouvons que les douanes rapporteront 822,000,000. L'accise avait êié œtimé à $7,000,000, mais soit exagération dans l'estimation de l'année précédente, ou soit une plus grande tempérance dans les habitudes du peuple, les officiers du département du revenu de l'intérieur ne croient pas que le revenu provenant de cette source dépasse $6,000,000, Les divers articles du revenu se monteront à peu près à l'estimation, savoir, à $7,300,000, ce qui fait une recette totale de 835,300,000.
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Sir RICHARD CARTWRIGHT : Vous psrlez présentement de l’année courante ?
Sir CHARLES TUPPER: Oui. Si nous passons à la page des dépenses, nous trouvons que la somme totale dépensée jusqu’au 30 avril dernier, telle qu'indiquée par les états soumis à la Chambre, s’est élevée À $25,985,548.30, dont il faut déduire, comme nous l'avons dit plus haut, pour'ls porter au compte du capital, la somme de
$210,085.52, cette somme se composant de divers déboursés faits en rapport avec la.
rébellion du Nord-Ouest. Les charges pour les services du fonds consolidé seront. probablement comme suit: balance des intérêts à payer, $1,500,000 ; fonds d’amortissement, $600,009, et pour divers autres services, $4,760,000. D'après les probabilités, la dépense totale sera d'environ 835,600,000, ce qui laisse un déficit apparent, à. la fin de l’année, de $300,000, et je n’ai aucun doute que cette estimation se réalise, pourvu que les recettes se montent au chiffre prévu. Vu la position dans laquelle. nous nous sommes malheureusement trouvés, il y a un an, cette Chambre doit se féliciter et le pays tout entier doit se trouver heureux d'apprendre que le présent: exercice se clora avec un déficit n’excédant pas $300,000. Pratiquement, il y aura équilibre entre les recettes et les dépenses, parce que ce déficit étant si peu élevé, le plus léger changement pourrait le faire disparaître.
Je ferai maintenant l'estimation du résultat probable de l’année fiscale 1887-88. Ici, nous devons changer de point d'appui, n’ayant pas des données certaines comme celles que nous avons eues jusqu’à présent, mais ne pouvant nous éiayer que sur des probabilités. Quant aux probabilités pour l’année commençant le 1er juillet prochain, qui ue sont qu’une pure estimation, le gouvernement croit que le revenu des douanes so montera en chiffres ronds à $22,500,000, si les conditions du commerce restent dans leur état actuel—et il n’y a aucune raison de prévoir une diminution d’après les. présentes apparences—et si nous tenons compte des changements apportés au tarif. Le commissaire En revenu de l'intérieur m'informe que le revenu de j’accise, d’après une estimation soignée, sera, l'année prochaine, de $6,409,000. Sur ce montant les spiritueux compteront pour $3,500,000, en chiffres ronds; le tabac pour $1,600,000 ; les cigares pour $710,000 ; le malt et les liqueurs de malt pour $400,000, et la balance proviendra des licences et d’autres sources. Nous pouvons dire avec assurance, en comptant les revenus divers, y compris le revenu des postes, des chemins de fer, l'intérêtsur placement et autres revenus, que le montant réalisable sera $7,500,000, ce qui portera le revenu total, durant l’année fiscale 1287-88, à $36,400,000. Les honorables membres de la Chambre ont devant eux l'estimation de la dépense probable à faire pour les divers services durant l’snnée 1887-88, et à moins que l'honorable ministre des Travaux publics ne requièrent des sommes additionvelles pour achever certains travaux sous son contrôle, ou pour répondre aux besoins du pays, il n’est pas probable que les estimations supplémentaires qui seront soumises, ajouteront beaucoup aux sommes maintenant présentées au parlement, Sous ces circonstances, en comparant le revenu, que je viens d'estimer à $36,400,000, avec la dépense, nous nous trouverons en présence d’un surplus assez considérable à la fin de l’année fiscale 1887.88, à moins, comme je l’ai dit, que le ministre des Travaux publics ne l'eraporte