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Exposé complémentaire des titres scientifiques, 1893-1900

« Je n’ai pas besoin de vous rappeler que l’alcool quelle que soit sa pureté est un poison; mais son degré de toxicité varie beaucoup avec sa provenance. » (Leçon faite en 1895 à l’Asile Sainte-Anne, clinique des maladies,mentales.)

Cette assertion résumait les idées généralement admises à cette époque sur l’intoxication alcoolique. Elle a été le point de départ des travaux expérimentaux de M. Joffroy ,sur l’alcoolisme. Vérifier en effet, d’une façon aussi précise que possible, tous les termes de cette formule, tel est l’objet des recherches que nous allons exposer.

Voyons auparavant quel était exactement, en 1895, l’état de la question. Tel est l’objet de la première leçon de M. Joffroy sur ce sujet.,

d. — Alcool et Alcoolisme (Galette des hôpitaux, 189S, n» 2b).

L’alcoolisme à depuis une époque bien reculée exercé ses ravages, puisque Ton peut citer parmi les législateurs Dracon et Charlemagne, comme ayant dû promulguer des ordon-

les désordres pathologiques qui portent sur tous les appareils de l’économie consistent d’abord en de simples troubles fonctionnels qui ne sont que le prélude d’accidents morbides beaucoup plus graves, constitués par des lésions organiques pro¬

fondes.

Le 'tube digestif, le foie, le péritoine, le pancréas, l’appareil respiratoire, le cœur, les vaisseaux, la rate présentent des lésions nombreuses et variées. Quant aux reins, ils sont les organes sur lesquels s’exerce surtout l’action des boissons spiritueuses, et les néphrites sont le lot de la plupart des alcooliques. Les organes génitaux ne sont pas non plus épargnés. Enfin de tous les systèmes organiques, c’est le système nerveux qui est atteint le plus fréquemment par l’alcoolisme; pachyméningite, hémorrhagie cérébrale, convulsions, épi-

consommation et, d’autre part, avec la plus gran d’alcools industriels contenant de nombreuses quantités appréciables.

Le problème à résoudre devient donc celui-ci est-il dû surtout à la quantité d’alcool ingéré, 01 qualité de cet alcool.

amener de coagulation (il s en est d’ailleurs assuré) et par conséquent mesurer leur toxicité. Aussi appliquant cette méthode' à l’alcool éthylique, il a vu qu’elle était inattaquable, car les équivalents toxiques extrêmes ont été 10®',32 et 12*',65, soit 11*',70 en moyenne avec une différence qui n’atteint pas 20 p. 100 pour les nombres les plus éloignés, différence expliquée largement par la vari abilité dans la résistance des animaux.

L’expérimentation étendue à la série des alcools et des eauxde-vie a enfin montré à M. Joffroy que la loi de Rabuteau et Dujardin-Beaumetz, à savoir que la toxicité croissait avec le poids moléculaire et le point d’ébullition, était rigoureusement exacte même pour l'alcool méthyligue pour lequel ces auteurs

admettaient une exception.

Les expériences l’ont en effet conduit à donner comme équivalents toxiques les nombres suivants :

Alcool méthylique (CH*0).

- éthylique (C*H*0) .

- propylique (C ! H*0)

Pour les substances contenues dans les alcools du commerce, il a trouvé comme équivalents toxiques :

Quant aux alcools de table, voici les nombres déterminés :

Cognac jeune, provenance connue

Eau-de-vie de cidre 1894. . . :

Marche Bourgogne. . .

Un alcool de topinambour complètement rectifié a donné 11«',70 et incomplètement rectifié, mais assez cependant pour être classé parmi les alcocis de bourse, 7*',82.

Pour les alcools de betterave, les produits.de tête ont pour équivalent toxique 9* r ,78 et ceux de queue 7*‘',90. Enfin l’essence d’absinthe avec laquelle les expériences sont très difficiles à faire (étant donné l’insolubilité des essences dans les alcools très étendus) a paru avoir une toxicité comprise entre O^,90 et Os-,23.

3. — Considérations générales sur la recherche de la toxicité.

En comparant les équivalents toxiques donnés par les auteurs, on est frappé des différences importantes qu’ils présentent.

Cela résulte des procédés de technique variés employés par chacun des expérimentateurs; aussi M. Jofîroy a-t-il voulu déterminer les conditions lui paraissant les meilleures, dans lesquelles on devait'se placer pour avoir des résultats comparables et fixes, quel que soit l’expérimentateur.

Abordant tout d’abord la question des équivalents toxiques, tels qu’ils sont compris de M. Bouchard, il montre qu’on doit préciser la définition de cet auteur qui peut conduire è des résultats variables et qu’il faut dire :

L’équivalent toxique d’un corps est la quantité minima de matière toxique qui, contenue entièrement à un moment donné

Il faut donc aller assez vite; mais faut-il, tout en ayant soin d’éviter les accidents mécaniques, aller extrêmement vite? L’expérience répond à cette question, en prouvant que si l’on part d’une vitesse suffisante pour éviter l’élimination, et qu’on augmente de plus en plus la rapidité de l’injection, l’équivalent toxique peut augmenter dans la proportion d’un à six.

Ce second fait-, M. Joffroy l’explique en faisant remarquer que quand on fait une injection rapide, le poison pénétrant trop vite n’a pas le temps.d’agir d’une façon complète et qu’en conséquence il faut en injecter d’autant plus que l’injection a été plus rapide.

On doit donc, en résumé, faire l’injection le plus lentement possible pour que le poison puisse agir d’une façon aussi com+ plèle que possible; mais il y a une limite à cette lenteur, car it faut avoir terminé Vinjection avant qu’il ait pu se produire une excrétion notable du poison.

La vitesse d’élimination étant très variable suivant les sub¬

peler toxicité expérimentale.

Pour lui l’équivalent toxique expérimental mesurant la toxicité expérimentale sera la quantité de matière toxique

poison suffisante et nécessaire pour le tuer ; de telle façon que, si l’on arrête l’injection 4 ce moment, la mort survienne à bref délai.

C’est cette quantité que M. Joffroy désigne sous le nom d’équivalent toxique vrai :

L 'équivalent toxique vrai qui mesure la toxicité vraie c’est donc la quantité de matière toxique qui est nécessaire et suffisante pour amener par elle-même la mort d’un kilogramme d’animal dans un court délai.

On comprend aisément que la recherche de l’équivalent toxique vrai (le seul important, puisqu’il n’a rien de relatif, ét que pour une même substance il est absolu), exige des tâtonnements, des expériences multiples. Aussi chaque fois qu’on aura une grande quantité de matière toxique à sa disposition, devra-t-on chercher à déterminer la toxicité vraie. Quand, au contraire, on ne possédera qu’une petite quantité

très resserrées..

Remarquons en passant que ees assertions sont exactes quelles que soient les substances dont on veut déterminer la toxicité.

Ajoutons que toutes les conclusions émises par M. Joffroy à propos des toxicités expérimentales sont également applicables pour la recherche de l’équivalent toxique vrai. Ainsi :

Il est absolument indispensable etéviter les coagulations, sans quoi les résultats sont livrés au hasard.

En possession d’une méthode expérimentale rigoureuse, M. Joffroy l’applique aux divers alcools et à leurs impuretés. En premier lieu au furfurol, substance qui, par son équivalent toxique expérimental, paraît de beaucoup la plus nocive. Il a trouvé en effet comme équivalent toxique expérimental Os',29 pour le chien, 0e r ,2i pour le lapin et Os',21 pour le cobaye.

Les équivalents toxiques vrais ont pour valeur 0s',20 chez

ment, quelquefois avec arrêt momentané de la respiration.

La circulation présente également un ralentissement, mais les troubles cardiaques et respiratoires sont nettement dissociés, l’arrêt de la respiration précédant de plusieurs minutes la cessation des battements cardiaques.

Notons encore des accidents de paralysie, des troubles oculaires, un abaissement notable de la température et des phénomènes psychiques qui sont d’une part les phénomènes de l’ivresse alcoolique, d’autre part des phénomènes hallucinatoires se produisant souvent à la fin des attaques-d’épilepsie.

Dans l’intoxication subaiguë, les crises convulsives et les phénomènes paralytiques peuvent survenir jusqu’à dix jours après l’injection de furfurol.

avec vraisemblance ce phénomène à la lenteur de l’élimination , ce qui prouve qu’il n’a pas donné dans ses travaux précédents une trop grande importance à cette dernière.

Et, en fait, la toxicité est plus grande lorsqu’on fait des injqctions intra-musculaires que quand on fait des injections inlra-veineuses, parce que dans ce dernier cas l’élimination est un peu plus rapide en raison de l’accroissement brusque de ten-

Du reste, si cela est vrai, la différence considérable qui existe entre la toxicité expérimentale et la toxicité vraie (toutes deux intoxications aiguës) doit s’accuser encore entre la toxicité vraie et la toxicité dans l’intoxication chronique, et c’est précisément ce que M. Joffroy a vérifié en intoxiquant chroniquement des animaux avec l’alcool méthylique.

Dans les troubles produits par l’injection intra-veineuse ou intra-musculaire d’alcool méthylique, l’un des plus nets est l’abaissement de température. Cet alcool arrête presque com-

(eaux-de-vie, rhums, cognacs, kirsch, etc.), il trouve qu’un litre d’alcool éthylique pur serait capable de tuer 64 l »,500 de substance animale ; qu’un litre de l’eau-de-vie commerciale la moins toxique (eau-de-vie de Montpellier) tuerait 64'*,904 de la même substance vivante, et un litre de la boisson distillée la plus toxique (eau-de-vie de prunes de Lorraine) tuerait

On voit qu’entre les deux chiffres maximum et minimum il y a une différence bien faible et, qu’en somme, ce qui donne au produit la plus grande partie, ou, pour mieux dire, la presque totalité de sa toxicité, c’est l’alcool éthylique. Celui-ci, sans contredit le moins toxique de tous les produits contenus dans l’eau-de-vie, est en proportions tellement prédominantes, que c’est lui qui joue le rôle principal, presque tout le rôle toxique.

Ces calculs ne s’appliquant ici qu’aux alcools de bon goût montrent cependant que le point de me le plus important dans la question de l'alcoolisme, ce n’est pas la qualité, mais la quantité et alcool ingéré.

Rappelant ensuite que ses travaux ont montré qu’une même quantité d’alcooljétait d’autant moins toxique qu’elle était plus étendue,JM. Joffroy revient aux conclusions qu’il avait déjà

le celui-ci est à un titre plus élevé (impôt très issons à titre alcoolique fort et dégrèvement des ygiéniques).

morale, de faire cesser cette situation, qui se résume dans ces mots : « l’inégalité devant l’impôt ».

. — Mensuration de la toxicité vraie de l’alcool éthylique. Symp-

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