Alciphron, VII
à produire en nous des dispositions et des habitudes d'esprits déterminées, et de diriger nos actions dans la poursuite de ce bonheur qui est la force impulsive et le but suprême des agents doués de raison. La vraie fin de la parole, de la raison, de la foi, de la croyance à tous ses degrés, n’est pas purement, ni même principalement, la communication ou l'acquisition des idées, mais plutôt la création d’une activité spirituelle tendant à ce qui est conçu comme. le bien, et parfois ce résultat peut être obtenu, non seulement sans évoquer des idées à l'esprit, mais alors qu'il est absolument impossible d'offrir à l’esprit une idée quelconque‘. Les signès peuvent en effet avoir une signification sans suggérer les idées qu'ils représentent, du moment qu'ils servent à régler ou à influencer notre volonté, nos passions et notre conduite. L'esprit peut donner son assentiment à des propositions contenant des termes qui n’évoquent aucune idée, lorsqu'il est ainsi affecté par eux. Un homme peut croire à la doctrine de la Trinité, pourvu que cette doctrine produise en lui l'amour, l'espoir, la gratitude et l'obéissance, el devienne ainsi un principe de vie agissant, par lequel sa ‘vie et ses actions sont influencées ?.
Les conceptions pragmatistes de Berkeley se rattachent étroitement à son immatérialisme et à son spiritualisme volontariste. Comme la représentation dans son ensemble ne possède à ses yeux qu'une réalité secondaire (celle qui consiste à être perçue et qui suppose l’autre, la réalité de l'esprit consistant à agir), il devait être enclin à considérer la valeur de la représentation comme relative à la valeur de l’action qu'elle engendre. Sa philosophie justifiait ainsi ses croyances religieuses. Et en effet, la volonté étant conçue comme incommensurable à l'entendement, nos représentations ne peuvent exprimer l’action, la vie, l’esprit que d’une