‹ Exposé Critique de la Philosophie de BerkeleyChapitre 77 sur 181 · LES VUES MYSTIQUES · texte numérisé non relu

LES VUES MYSTIQUES

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INTRODUCTION

LA SIRIS.

La Siris contient trois éléments : ouveaux :

1° La théorie de l’éther, esprit vital du monde.

2° L'idée d’une connaissance suprasensible, et la tendance à regarder le monde sensible comme une apparence.

3° La théorie des hypostases, avec les-tendances mystiques qu'elle suppose.

Uette nouveauté même a porté certains esprits à douter de : la fixité de la doctrine !. La théorie de l’éther, feu invisible, paraissait en opposition avec la doctrine selon laquelle toute matière existe seulement en tant qu'elle est percue. L'idée d'une connaissance suprasensible semble contredire le sensualisme de Berkeley Enfin la doctrine des hyposlases, par les emprunts qu'elle fait à la théorie desidées de Platon peut ètre jugée la négation même du nominalisme berkeleyen.

Y aurait-il donc use évolution de la pensée de Berkeley, et la Siris constituerait-elle une seconde philosophie en opposition partielle avec la première ?

Mais d’abord la question se pose de savoir quelle a été l'évolution de la pensée de Berkeley antérieurement à la Siris. Car si toute pensée humaine évolue et se modifie nécessairement avec l’âge, par l'effet de cette vision plus étendue et plus profonde des choses, qu'amènent l'expérience de la vie,

1. Sur la nature des modifications que la Siris apporte à la philosophie de Berkeley, cf. Stuart Mill, art. sur Berkeley, Rev. philos., 1870 #14 C. Fraser, introd. à la Siris. G. Lyon. L'Idéalisme en Angleterre. VIIL, 1v, 5. M. David, Berkeley, p. 60.

la réflexion sur soi-même et le contact de pensées étrangères, la doctrine d'un philosophe ne saurait se comporter d’une manière différente, quoique j'incline à la penser constituée dans ses grandes lignes dès la jeunesse, le travail ultérieur consistant plutôt à approfondir et à développer qu'à découvrir, En, fait, la philosophie de Berkeley est déjà presque tout entière en germe dans son journal philosophique. Critique des idées générales abstraites, immatérialisme, passivité de la matière, efficacité de la volonté, hétérogénéité des sensations du toucher et de éelles de la vue, action universelle de Dieu, tous les grands principes'sontexpressément aflirmés, et l’œuvre ultérieure du philosophe jusqu'à la Siris, ne fera que développer les idées notées au Jour:-le jour dans le Commonplace Book.

Deux traits cependant sont plus fortement marqués que dans ses ouvrages ultérieurs, sans doute parce que l'ardeur naturelle à la jeunesse et la moindre étendue de sa vision, en lui donnant un sentiment plus vif et une perception plus exclusive de la vérité qu’il aperçoit, le portent à outrer son opinion en toutes choses en même temps que les tâtonnements inévitables qu’exigent la recherche et la découverte le jettent dans des directions opposées, et l’acculent presque fatalement à des contradictions provisoires.

Nulle part il n’a usé de formules sensualistes aussi nettes. «Je ne comprends pas ce qu'est l’intellect pur !. Nous devons avec le vulgaire placer toute certitude dans les sens?, L’existence des idées constitue l’âme.La conscience est un amas de perceptions. Otez les perceptions, vous ôtez l'esprit. Posez les perceptions, vous posez l'esprit *. Le plaisir sensible est le souverain bien #. » Nulle part non plus la réalité et l’originalité du vouloir, par exemple, n’ont été mieux mises en

INTRODUCTION lo

lumière. Si la pensée de Berkeley, dans son journal philosophique, n’est pas exempte de contradictions, ce sont toutefois les contradictions naturelles à une pensée qui se cherche, et non les contradictions inévitables d’une pensée qui se méconpait elle-même. La considération de la doctrine exposée dans les ouvrages ultérieurs nous permet de discerner ce qui, dans. les notes de jeunesse du philosophe, représente un point de vue parliel, ou un moment de sa pensée, et ce qui, au contraire, exprime déjà le fond même de sa philosophie. Le sensualisme a subsisté en s’atténuant. Le volontarisme s’est engrené dans l’ensemble du système, et a pris par là même des contours moinsnels et une apparence moins saisissante. Au total, la pensée du philosophe s’est développée d'une manière harmonieuse.

Ainsi la comparaison des premiers ouvrages de Berkeley nous montre que sa doctrine n’a, en somme, jamais varié dans ses traits essentiels. Son dernier ouvrage, la Siris, nous en apprend-il davantage ?

A ne considérer même que l'esprit général de l'ouvrage et sa méthode d'exposition, la Siris occupe une place à part dausl'œuvre de Berkeley. Tandis que dans ses autres travaux, il n’est occupé que d’exposer ses idées personnelles et menlionne à peine, plus souvent pour les réfuter que pour les louer, quelques rares philosophes modernes, il fait preuve ici d’une érudition très vaste, avec une prédilection marquée pour les philosophies antiques, particulièrement pour Platon et Plotin. En même temps, il procède en métaphysicien plutôt qu’en psychologue. Il s'efforce d’embrasser tout l'univers au lieu d'analyser les données de la conscience. Il met en lumière l'unité du monde ; il place dans l'unité de l'esprit la source de l'unité et de l'identité, de l'harmonie et de l’ordre, de l'existence et de la stabilité. Il remonte ainsi, à travers tous les intermédiaires, jusqu’au premier moteur immobile !,

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