PRÉFACE
Les vœux des savants, des jurisconsultes et particulièrement des criminalîstes appelaient depuis longtemps la publication d'une édition française du système de législation criminelle préparé par M. Edouard Livingston pour la Louisiane et pour les États-Unis de l'Amérique septentrionale. Il s'est heureusement rencontré dans la librairie française un éditeur assez bien inspiré pour sentir combien il était utile et combien par conséquent devait être avantageux de combler cette lacune; car si de pareils ouvrages n'ont pas le succès instantané d'une actualité, ils aspirent à celui plus durable de répondre aux besoins progressifs de la science et de la civilisation. La notice que notre éminent confrère et ami, M. Mignet, a consacrée à Edouard Livingston devait naturellement servir d'introduction à cette édition ; car il était heureux pour Ëdoi^ard Livingston d'avoir eu ce grand penseur et ce grand écrivain pour honorer sa mémoire et apprécier ses travaux.
• M. Mignet avait à peindre de face M. Livingston, et il a dessiné à grands traits avec son incomparable talent rhomme d'Ëtat, le législateur et le jurisconsulte. Mais
Il PRÉFACK. •
il n'avait pas à reprendre en sous-œuvre son beau travail et à se livrer à des études spéciales, pour tracer h un point do vue exclusif et isolé le profil du célèbre criminalisle américain. C'était au spécialiste à le faire. Or, aucun, que nous sachions, ne Ta fait encore d'une manière complète et avec de suffisantes informations.
Tel devait être le principal objet de cette préface; mais nous ne pouvions prévoir que cette tâche nous était réservée. La prudence nous commande, en effet, d'être sobre et même avare du temps que Dieu peut nous accorder encore» pour la réimpression de nos ouvrages, depuis si longtemps épuisés, et il fallait de bien graves motifs pour nous laisser momentanément distraire de ce travail.
La seule héritière d'Edouard Livingston, madame Barton, n'avait pas oublié l'amitié qui nous unissait à M. Livingston. Elle savait lactivité qu'avait eue notre correspondance qui remontait à 1828, et qu'enOn il nous avait été donné d'apprécier de près, mieux encore que nous n'avions pu le faire de loin, tout ce qu'il y avait d'élévation dans Tintelligence de M. Livingston, d'étendue dans son érudition, de hardiesse et de prudence h la fois dans son esprit novateur, et surtout de chaleureux et persévérant dévouement aux deux réformes de l'abolition de la peine de mort et de l'adoption du régime pénitentiaire.
Arrivé, en effet, à Paris en septembre 1833 comme ministre plénipotentiaire des États-Unis, rien n'avait pu l'arracher à ses études de prédilection. Pendant tout son séjour à Paris, M. Livingston, malgré toutes ses préoccupations diplomatiques, assistait avec une grande