‹ Exposé d'un système de législation criminelle pour l'État de la Louisiane et pour les États-Unis d'AmériqueChapitre 33 sur 83 · LIVINGSTON · texte numérisé non relu

LIVINGSTON

Messieurs, en peu d'années rAcadémie a fait des pertes considérables. La mort Ta frappée coup sur coup. Un de ses membres^Ies plus jeunes (2) lui a été enlevé. Nous avons Yu disparaître la plupart des hommes illustres qui remontaient par leur gloire comme par leur âge jusqu'à lautre siècle, et qui laissent notre Académie, ainsi que notre temps, privés de leurs grands noms. La puissante génération à laquelle ils appartenaient et dont vous conserviez les précieux restes, n'aura bientôt plus d'autre asile que l'histoire.

Les trois derniers représentants d'une école philosophique célèbre, Garât, Destutt de Tracy, Laromiguière, sont morts à peu de distance l'un de Tautre, Nous avons vu s'éteindre au retour de l'exil la forte intelligence de Sieyès, et, peu de temps après, l'esprit brillant de Rœderer. Plus récemment encore, la tombe s'est ouverte pour le savant diplomate (3) dont nous avons entendu l'éloge de la bouche

(1) Lue dans la séance publique de rAcadémie des sciences morales et politiques du 30 juin 1838, par M. Mignet, secrétaire perpétuel.

(2) M. Ch. Comte, secrétaire perpétuel de TAcadémie.

(3) M. le comte Heinhard.

XLIl NOTICE SUR LIVJNGSTON.

même du grand politique (1) qui vient de succomber à son tour, après avoir voulu terminer en quelque sorte au sein de rinstitut une vie mêlée à toutes les pensées d*un demisiècle, sans être dominée par ses vicissitudes.

Nos pertes extérieures n'ont pas été moins grandes. Un économiste profond, Malthus; un historien politique, M. Ancillon, un législateur habile, M. Livingston, ont étendu notre deuil en Europe et Font porté jusqu'en Amérique. C'est de ce dernier, auteur de plusieurs vastes codes, que je viens vous entretenir aujourd'hui.

M. Edward Livingston naquit en 1764 dans la colonie de New-York. Sa famille, originaire d'Ecosse, était ancienne et illustre. Les Livingston avaient formé un clan puissant, et leur chef fut Tun des lords sous la tutelle desquels avait été placée la jeune reine Marie Stuart.

Au dix-septième siècle, le vent de la persécution religieuse qui poussa, des îles Britanniques sur les côtes septentrionales du continent américain, tant de pieux émigrants destinés à y devenir la semence d'un grand peuple, entraîna aussi les Livingston sur cette plage lointaine. Ils quittèrent les montagnes d'Ecosse pour les bords libres de l'Hudson. Par un souvenir de leur ancienne splendeur, qui les suivit au delà des mers et qui conserva chez eux le culte des traditions à côté de l'esprit d'indépendance, ils donnèrent à leurs établissements américains quelques-uns des titres que portaient les manoirs de leurs ancêtres. Cette famille généreuse, qui avait quitté son ancienne patrie pour rester libre, prit hardiment la défense de sa patrie nouvelle lorsque ses droits furent méconnus par la métropole, et que le moment de son entière émancipation fut arrivé.

Edward Livingston, le dernier de onze enfants, était en-

(I) M. 1c prince de Talleyrand.

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