NOTICE SUR LIVINGSTON. XLIII
core fort jeune au début de cette graade révolution. Ses premières années s'étaient écoulées à Clermont, riche domaine de sa famille sur les belles rives de THudson, au milieu de mœurs patriarcales, d*idées nobles, d'habitudes opulentes et sous Tinfluence d'une honnêteté héréditaire. Dans cette éducation des bons exemples, dont Teffet insaisissable, mais continu et profond, agit sur Tâme qui se forme, comme un air pur et vivifiant sur le corps qui se développe, Livingston avait puisé des penchants heureux, une piété douce et des goûts élevés. Mais il reçut bientdt de nouvelles et plus fortes leçons des événements qui s'accomplirent dans son pays.
Il fut témoin de la grande insurrection qui constitua les colonies anglaises d'Amérique en États indépendants; il entendit pousser les premiers cris de résistance à Toppression métropolitaine ; il vit sa famille entière se dévouer à cette noble cause. Son frère, Robert Livingston, alla siéger dans ce magnanime congrès qui, durant sept années et à travers toutes les vicissitudes de la guerre, ne désespéra pas un seul instant de la fortune américaine et qui le désigna avec Jefferson et Franklin comme Tun des cinq membres chargés de proposer la déclaration d'indépendance et de dresser l'acte de naissance de la nouvelle nation. Son beau- frère Montgommery fit devant lui ses adieux à Jeannette Livingston, avec laquelle il était marié depuis moins d'un an, pour marcher contre le Canada, où ce valeureux capitaine, après avoir prisla ville de Montréal, devait périr à l'assaut de Québec, sousla mitraille anglaise. Edward Livingston assista à leur touchante séparation ; il vit le pays, reconnaissant, élever, par un décretpublic, un monument à la mémoire de ce jeune héros, et sa veuve, le cœur rempli d'une tristesse éternelle, revêtir comme une Romaine et porter pendant cinquante ans le deuil de celui qu'elle appelait son soldat. Il vit arriver à Clermont
XLïV NOTICE SUR LIVINGSTON.
les nobles et intrépides auxiliaires que Tamourde lagloire, le goût naissant de la liberté et les intérêts de la politique» conduisirent d'Europe en Amérique ; et le premier comme le plus célèbre d*entre eux qu'il connut d'abord fut ce généreux la Fayette, qui devint Thôle des Liyingston, et qui commença dès lors à se montrer le défenseur officieux des peuples. Tels furent les patriotiques exemples, les beaux spectacles, les illustres personnages au milieu desquels se forma l'adolescence d*Edward Li- Yingston. Il trouva dans sa propre famille l'éducation morale qui fait Thonnéte homme, et Téducation publique qui fait le bon citoyen.
Mais si le caractère d'Edward Livingston s'était développé à cette forte école, si même sa raison s'y était mûrie de bonne heure, son instruction avait été un peu négligée par la faute des événements. Le temps des guerres civiles n'est pas favorable aux études, et un peuple qui cherche à fonder son existence s'occupe peu d'orner son esprit. Les traditions littéraires n'avaient cependant pas disparu. L'Amérique, détachée de TEurope parles institutions, lui était restée unie par les idées, et, sous ce rapport, elle sëmblait.encore une colonie du vieux monde. Elle n'avait pas perdu les nobles goûts de Tesprit; l'on n'y était pas encore arrivé à réduire les hauts services de l'intelligence à satisfaire les simples besoins de la vie. Les hommes éminents qui étaient les disciples du génie européen, vivaient encore et servaient de parure à leur paysaprès l'avoir délivré. Ed. Livingston les prit pour modèles; il se livra à la culture des lettres et à l'étude du droit avec cette vigueur de volonté et cette persévérance d'attention qu'il montra depuis en toutes choses. Il s'appliqua à connaître le droit coutumier d'Angleterre conservé par PAmérique, dans les nombreuses collections d'arrêts, dédale obscur de décisions confuses qui enlèvent à la règle du droit ses mérites les plus néces-