‹ Exposé d'un système de législation criminelle pour l'État de la Louisiane et pour les États-Unis d'AmériqueChapitre 42 sur 83 · LVI NOTICE SOR LIVINGSTON · texte numérisé non relu

LVI NOTICE SOR LIVINGSTON

qui devait embrasser la législation pénale, la procédure criminelle et la réforme des prisons. '

Pour se préparer à cet immense travail, M. Livingston fit son étude des codes qui avaient régi les divers temps et les divers peuples ; il vécut dans le commerce des g^rands maîtres de la science. Il fortifia sa pensée avec Montesquieu, développa ses sentiments généreux avec Beccaria, exerça son esprit d'analyse avec Bentham, se perfectionna dans Fart de la composition avec Pothier, et forma son style législatif avec les habiles rédacteurs de nos codes.

Il fut détourné de ces belles méditations par un événement qui l'obligea à quitter ses livres et à prendre les armes. Les États-Unis, en 1812, après avoir longtemps subi, de la part de TAngleterre, les exigences les plus humiliantes pour une nation libre, s'étaient enfin décidés, bien qu'un peu tard, à se joindre à la France pour défendre la liberté des mers et le droit des neutres. Ils avaient vaillamment soutenu la lutte pendant le cours de deux années. Puis, restés seuls dans la lice, lorsque Napoléon eut succombé en 1814, ils se trouvèrent exposés aux attaques de toutes les forces anglaises. Une expédition formidable fut préparée contre la Louisiane. Quinze mille hommes de vieilles troupes, qui s'étaient battues en Portugal et en Espagne, firent voile pour cette contrée, la dernière qui eût été réunie à la fédération américaine, et celle dès lors qui paraissait devoir en être le plus facilement détachée. La Nouvelle-Orléans, si sérieusement menacée, était dépourvue de tout moyen de défense. Assise sur la rive gauche du Mississipi, elle semblait bien protégée par les lacs que le fleuve avait formés, et par les terrains marécageux et tremblants qu'il avait déposés vers ses embouchures; mais elle n'avait ni fortifications ni troupes. A peine pouvait-elle mettre douze cents hommes sous les armes; aussi l'approche du danger la jeta dans la consternation. Ses

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habitants ne s'étaient jamais battus. Ils jouissaient depuis deux ans de leur pleine indépendance. Ils étaient souverains, mais ils n'étaient pas organisés. Ils possédaient les droits qui charment les volontés; ils ne disposaient pas des pouvoirs qui les rallient. C'est le grand inconvénient des Etats démocratiques, qui, d'un autre côté, ont l'avantage de former des hommes vigoureux, dont la pensée de- TÎent un moyen passager d'organisation, et qui établissent un moment par leur caractère l'unité du commandement et le concours des eflbrts^ La Louisiane fut assez heureuse pour trouver un de ces hommes dans le major général André Jackson.

Chargé par le président Madisson de défendre la Louisiane menacée, le général Jackson accepta sans hésiter cette mission difficile. Dans sa vie aventureuse il s'était accoutumé à ne rien croire impossible. Destiné par ses parents au ministère religieux et entré par son choix dans la carière du barreau, sa véritable vocation était la guerre. Quoiqu'il eût été nommé par Washington, avocat général dansle Tennessee, qu'il eût fait partie du congrès comme législateur, d'une cour suprême comme juge, il s'était surtout distingué les armes à la main. A l'âge de quatorze ans^ il avait combattu en volontaire sous le drapeau de l'indépendance, et il y avait été blessé. Emporté par le besoin de l'action, la fougue du caractère et le goût des aventures, il avait émigré vers l'Ouest, où il était devenu l'un des belliqueux pionniers fondateurs du Tennessee. Chef de la milice de cet État dans la guerre de 1812, il avait vaincu les Creeks et chassé les Anglais de Pensacola. Un indomptable courage, à l'aide duquel il était sorti avec bonheur des plus grands dangers personnels, et avec succès des entreprises les plus audacieuses, lui donnait une confiance sans bornes. Il pensait qu'entre hommes comme entre pays, celui-là peut le plus qui veut le mieux.

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C'est dans ces dispositions qu'il arriva à la Nouvelle- Orléans. Il n'avait pas vu son ami M. Livingston depuis quinze ans. Il le trouva plein de zèle et de résolution, à la tête d'un comité de défense qu'il avait organisé ; il le nomma son aide de camp. De concert avec lui, il prit toutes les mesures de défense. Convaincu que, dans les moments de danger, Tunité de pouvoir est nécessaire, et que le salut d'un pays désorganisé ne peut se trouver que dans la ferme volonté d'un seul homme, le démocrate André Jackson se fit dictateur. 11 proclama la loi martiale, suspendit ïhabeas corptis^ et défendit même plus tard à la législature de s'assembler. Il appela tous les citoyens aux arnies, accepta pour auxiliaires les pirates de i'ile Barataria, et pressa les milices du Tennessee et du Kentucky de se rendre en toute hâte sous la Nouvelle-Orléans. La vigueur de ses résolutions et la tranquillité de son courage inspirèrent à tout le monde la confiance dont il paraissait animé lui-même.

Pendant toute cette campagne M. Livingston fut le coopérateur zélé du général Jackson. Il prit part à ses mesures comme à ses succès. 11 l'accompagna dans la terrible attaque du 23 décembre où il déconcerta les projets et arrêta la marche de Tavant-garde anglaise. Il le seconda dans la construction du retranchement qu'il éleva à deux lieues de la Nouvelle-Orléans entre les marécages et le fleuve, et où il attendit l'ennemi de pied ferme. Il fut témoin des efforts tentés deux fois et vainement par l'armée anglaise contre ces fortifications improvisées que défendaient l'artillerie de quelques officiers habiles et de quelques hardis pirates et le courage de cinq mille soldats de milice. Il assista enfin, le 8 janvier 1815, jour à jamais mémorable dans les fastes de la Louisiane, à la bataille qui devait décider du sort de ce pays. Il vit s'avancer silencieusement et en bel ordre les vieilles bandes britanniques pour forcer dans un dernier assaut la ligne américaine. Il les vit, malgré la

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