CULTE RENDU A UAKEM SOUS LA FIGORB DUN TEAU
On croit généralement aujourd'hui quelesDruzes, dans leurs assemblées , adorent Hakem sous la figure d'un veau; et le savant Adler a publié un de ces monuments de leur superstition, tiré du muséum du cardinal Borgia. Cependant M. Venture, auteur d'un bon mémoire sur les Druzes qui n'a point été public en français, mais dont il existe une traduction anglaise imprimée à Londres en 1786*, doute que les Druzes regardent cette figure comme un symbole de la divinité, objet de leur culte.
«Nous ne pouvons, dit-il, nous former que des a idées vagues et imparfaites de ce qui se passe dans «ces assemblées mystérieuses des adeptes; tout ce « qu'on a pu en découvrir, c'est qu'ils y montrent d un veau d'or , qu'ils y lisent les livres sacrés , et « qu'ils en donnent une interprétation cabalistique «qui se transmet parmi eux par tradition. L'opi- « nion commune est que ce veau d'or est l'objel de «l'adoration des adeptes; mais je me crois autorisé «à assurer que, bien loin d'être l'objet de leur « culte, on ne l'expose à leur vue que comme l'em- « blême des autres religions dominantes, qui sont
' Apf.fndix to the Meinoirs oj baron de Toli, p. 98.
232 EXPOSÉ DE LA KELIGION« etc.
« sur le poiiît d'être renversées par leur législateur. «Je fonde mon opinion à cet égard sur leurs livres u sacrés, qui déclament sans cesse contre Tidolâtrie, uet qui comparent le judaïsme, le christianisme et (( ]e mahométisme à un veau et à un buffle. »
Rien n'est ^lus vrai que cette dernière observation, et elle m*a fait soupçonner, il y a longtemps, que la prétendue idole des Druzes était, au contraire, l'emblème d'Iblis, de Tennemi ou du rival de Hakem.
C'est aujourd'hui pour moi une vérité démontrée, et j'en ai donné les preuves, il y a près de vingt ans, dans un mémoire qui a été publié dans le tome III des Mémoires de la classe d'histoire et de littérature ancienne de l'Institut. Convaincu que le culte du veau, loin d'être prescrit, ou même^ simplement autorisé, par la doctrine primitive des Druzes et par l'enseignement de Hamza, n'est au contraire qu'une iimovation, introduite dans la religion unitaire par le chef d'une secte hérétique, je n'en parlerai point davantage ici, réservant ce sujet pour la partie de cet ouvrage où je traiterai des altérations qui se sont introduites dans les dogmes et la morale des disciples de Hamza.