IRRIGATIONS
blancs et la végétation connue sous le nom de queues-de-renard ont depuis obstrué quelquefois les tuyaux. Le drainage est partout exposé à rencontrer cet obstacle, et l'on ne réussit à l'en garantir qu'en nettoyant les terrains, avec la plus parfaite attention, de tous les bois dont les racines vont chercher sous le sol les courants d'eau, pour s'y développer.
La pratique générale de l'irrigation est bien plus ancienne que celle du drainage. Dans les climats méridionaux, on peut dire que l'agriculture, qui a pour elle la chaleur, n'a besoin que d'eau pour produire la végétation la plus belle. Les irrigations de l'Arabie, du Milanais, de la Provence, du Languedoc et de l'Espagne sont dans de semblables conditions. Mais les pays du Nord n'ont pas moins à gagner à l'empïoi de l'eau que ceux du Midi ; et les irrigations de la Westphalie, de la Campine belge, et du Lothian en Ecosse, font voir quelle richesse agricole est assurée à un peuple industrieux, qui sait se servir des eaux dont la nature lui permet de disposer.
Les agriculteurs de l'Angleterre et de l'Ecosse ont essayé un perfectionnement des procédés d'irrigation , en substituant à leau pure des engrais liquides. Une ferme organisée pour recevoir les engrais liquides présente une canalisation souterraine analogue à celle des villes. Un réservoir central , où l'eau se mélange aux produits organiques des étables, distribue le liquide aux diverses parties de la ferme ; un ouvrier le répand ensuite à la lance sur le terrain. De grandes discussions se sont élevées sur le mérite économique de ce système, que nous n'avons pas à juger ici. Quel que soit le résultat de ces discussions (et ce résultat peut varier, pour chaque ferme, avec les circonstances spéciales où elle se trouve placée) , le système lui-même révèle une tendance de l'agriculture, à mesure qu'elle se perfectionne, à emprunter de nouveaux secours à la mécanique, et à prendre ainsi un caractère de plus en plus industriel.
Une gi'ande canalisation a été faite à Londres, pour entraîner les matières organiques élaborées par la nombreuse population de cette ville, et les perdre assez loin dans la Tamise pour que le flot
Mécanique. i o
1&6 HYDROLOGIE.
ne puisse plus les ramener à leur point ie départ. Uutilisalion agricole de ces matières a donné lieu à un nouveau projet : il s'agirait de les rassembler dans un réservoir, et de les élever au moyen de machines dans des aqueducs placés à différents niveaux; ces aqueducs les conduiraient dans la campagne, et les mettraient comme engrais à la disposition des agriculteurs. Un autre projet consisterait à amener les engrais liquides sur des dunes incultes qui bordent la mer du Nord, pour colmater et fertiliser, avec un liquide aussi riche en produits organiques, des terrains aujourd'hui sans valeur.
N'oublions pas de signaler les grands progrès faits, de notre temps, par l'étude de Thydrologie des terrains, sujet si important pour l'agriculture.
L'hydrologie rend aujourd'hui les plus grands services. A ce point de vue particulier, les terrains se classent en perméables et en imperméables. Les calcaires, les argiles sont les types de ces deux classes. Les sables, d'une perméabilité moins rapide, forment une sorte de classe intermédiaire. La perméabilité plus ou moins parfaite du bassin d'une rivière exerce une grande influence sur son régime : les crues sont moins considérables dans les bassins perméables, et plus volumineuses au contraire dans un bassin d'une complète imperméabilité. La position des sources et le développement de la végétation mettent en évidence le degré de perméabilité des terrains. Ainsi les sources des coteaux de la Brie se trouvent distribuées le long des lignes d'aflleurement des couches imperméables d'argile; l'argile plastique ou les marnes vertes donnent les niveaux Jteau où l'on trouve répartis les villages et les maisons de campagne; tandis que les sources de la craie blanche, que l'on voit en Champagne, sont les aflleurements d'une nappe d'eau courante qui parcourt la profondeur du sol, et que découvrent seulement les fonds des vallées les plus profondes. Aussi les sources s'y montrentelles seulement dans le lit des rivières. On est parvenu à fixer, dans cette région, par la considération de la perméabilité des di-