INTRODUCTION
Nous essayons, dans les pages suivantes, de présenter le tableau de l'état actuel de la mécanique et d'en signaler les plus récents progrès. Pour remplir complètement un programme aussi étendu, il faudrait examiner une à une les différentes industries , puisqu'il n'en est aucune qui n'emprunte à la mécanique quelque secours; il faudrait, de plus, suivre la science dans toutes les conséquences •que les analystes ont su en tirer.
A peine pourraitron déterminer d'avance le nombre de volumes que remplirait une pareille encyclopédie. Notre but est moins ambitieux : nous nous bornerons à faire rapidement la revue des diverses branches de la mécanique moderne , en y joignant un exposé sommaire des applications les plus importantes qu'on en ait faites à l'industrie. Notre travail sera divisé en quatre grands chapitres : le premier aura pour objet la mécanique générale; le second, la mécanique des fluides; le troisième, l'élasticité et la résistance des solides; le quatrième et dernier, la théorie mécanique de la chaleur. Le caractère pratique de la science devra ressortir de cet examen.
Ce caractère pratique est en effet commun aujourd'hui à toutes les sciences positives. Chacune rassemble des éléments qui ne tar-
Mécanique. i
â CARACTÈRE DES SCIENCES MODERNES.
dent pas, en générai, à être mis en usage par Tindustrie. De l'union de plus en plus intime entre la pratique et la science spéculative , résulte un concours d'efforts dont il est permis d'attendre les conséquences les plus heureuses. Tantôt l'industrie profite des progrès de la science; tantôt les rôles sont intervertis, et l'industrie met la science sur la voie de quelque vérité jusqu'alors inaperçue. L'union de la pratique et de la théorie a ainsi des avantages pour la science même , avantages que méconnaissent parfois les défenseurs trop exclusifs des études abstraites et désintéressées. Pour le savant, cette union prévient le pénible isolement où, dans les temps passés, tant de puissants génies se sont trouvés condamnés à vivre; rappelant sans cesse à la pensée les lois précises du monde réel, elle prévient les égarements auxquels de très-grands esprits ne savent pas toujours résister par leurs propres forces. Pour le vulgaire, l'union de la pratique et de la théorie, en rendant la science abstraite plus accessible, met l'instruction à la portée d'un plus grand nombre d'individus; sous l'influence de cette union naît et s'organise dans tous les centres de population l'enseignement professionnel. Qui peut prévoir l'étendue des résultats moraux de cette courageuse lutte entreprise contre l'ignorance, ce redoutable fléau des sociétés modernes?
La mécanique a beaucoup à gagner à cette diffusion de plus en plus grande des connaissances humaines; car il reste encore sur ce point bien des préjugés à détruire , bien des notions fausses à redresser. La justesse du sentiment mécanique est très-rare parmi les hommes, et les vrais principes de la science, si satisfaisants pour celui qui les possède, sont assez éloignés de l'évidence intuitive pour avoir échappé à toute la sagacité des géomètres antiques. C'est aux grands génies du xvii* siècle, à Galilée, à Huyghens, à Newton, que revient la gloire d'avoir enfin trouvé le mot de l'énigme qui jusque-là paralysait tous les efforts. Les progrès modernes de la science sont dus à cette sorte de révélation qui a ouvert à l'esprit humaui tant d'horizons nouveaux. Mais ces principes, adoptés uni-