DE LA MOINDRE ACTION
prémunir les élèves contre certains égarements auxquels i'esprit semble naturellement exposé. Cette idée d'un minimum dans les phénomènes naturels, qui prend sa source dans une doctrine d'optimisme sincère ou dissimulé, est, quand on y regarde de près, une idée confuse qui ne peut avoir de valeur scientifique. Appliquée au mouvement, elle y suppose une indétermination qui n'y existe pas, et qu'on n'introduit qu'au moyen d'une fiction géométrique. Le procédé suivi pour cela consiste à effacer certaines équations qu'on retrouve ensuite après un détour convenablement choisi. Mais la solution du problème étant bien définie d'avance , on peut contrôler par la justesse du résultat la légitimité de ce détour arbitraire. Si l'on veut appliquer un procédé analogue à d'autres questions de philosophie naturelle, pour lesquelles les équations connues sont en nombre insuffisant, on fait disparaître, par la recherche d'un minimum, l'indétermination qui doit y subsister comme la traduction fidèle de notre ignorance, et l'on tombe dans une voie arbitraire qui peut mener à des conclusions tout à fait inexactes. Maupertuis avait lui-même senti le danger du principe qu'il devait proposer deux ans plus tard comme base de la mécanique, lorsqu'il écrivait en 17ÛÛ : crNous ne connaissons pas (Tassez quel est le but de la nature, et nous pouvons nous méprendre crsur la quantité que nous devons regarder comme sa dépense (tdans la production de ses effets. -n Quelques mots d'histoire à propos de la moindre action ne seraient pas déplacés dans un cours de mécanique élémentaire, et suffiraient peut-être pour garantir les élèves contre ce qu'il peut y avoir de séduisant dans certaines théories hasardées.
Les théorèmes généraux, et notamment le théorème de la quantité de mouvement, font voir qu'une force, si grande qu'elle soit, ne peut produire d'effet sur un point matériel qu'à la condition d'agir sur ce point pendant un temps appréciable. Par là se trouve repoussée la notion des forces instantanées, admise autrefois dans la mécanique. Il n'y a pas de force instantanée dans le sens strict